‹ Histoire de FranceChapitre 140 sur 142 · SI · texte numérisé non relu

SI

POMTIQIJF. EXTÉniRI ni:.

üe demaiidur scs passo-porls, el il eiivuyail à Paris au prince Kurakin ceux que le prince avail précédciuiiiont demandes. Les lellres écrites aux deux ambassadeurs roulent naturellement sur un mémo fond d'idée», que distingue seulement quelque diiïérciice dans l’expression : ■ Par votre noie du K 50 avril, disait le ministre Français au prince

Kurakin, vous m’avez déclaré qu'un arrange* <• ment entre nos deux cours était impossible, si U S. M. l’empereur cl roi n’adhérait pas préala- )• blenicnlà la demande péremptoire de l’évacua* *• lion de« États prussiens. Il ii’élail pas possible « de (lenser que, dans les circonstances actuelles ■> de l’Kurope, votre souverain, qui ne méconnaît I* sans doute ni le caractère do l’Empereur ni ee- II lui de la nation française si Odclc à l'hooiicuç, » voulût déshonorer la France. S. U. l'empereur » cl roi ne pouvait donc voir, dans la condition •I de t'cvacualion de la Prusse pour préalable de ■I toute négociation, qu’un refus formel de négo- » cier... S. H., ne pouvant plus douter des inleii- II lions de votre cour, m'a ordonné de vous cn- * voyer vos passe-ports. » Malgré la ressemblance de la pensée, nous citerons aussi la lettre adressée .lu général Ijauristoii, rien n'étant indifférent dans les circonstances qui précèdent la terrible guerre à laquelle désormais il n'est plus possible d’échapper : i> l.es démarches du prince Kurakin, dit le > duc de Bassano au général I..aurisU>n. avaient X* délcnninc S. M. à p tir de Paris; la publicité

I qui leur a été donii... lui a fait sentir ta néce.s- :i silé de quitter Dresde et de se rapprocher de » son armée. Elle avail espère que. jusqu’au der- « nier moment, des pourparlers pourraient avoir » beu; mais cei espoir cesse d’exister, lorsqu'elle

II voit que les propositions que l’on aurait réelle- » ment à lui faire sont incompatibles avec son H honneur. A Austcriilx, lorsque Parmée russe !• avail été détruite, lorsque rempercur Alexan- •• dre voyait la sùrété mémo de sa personne expo-

sce ; à Tilsilt, lorsqu’il ne lui restait plus aucun » moyen de soutenir la lutte dans laquelle toutes » les forces de son empire avaient succombé, S. M. >• ne lui a proposé aucune condition dont son bon- <• neur pût s'offenser. Il est aujourd’hui trop connu X que le gouvernement russe veut la guerre pour » que vous restiez plus longtemps à Pétersbourg. «

Cependant l'empereur Napoléon a mis en mouvement son armée. Ses journées entières sont consacrées à l'organisâtion des moyens de transport, soit par terre soit par eau, pour l'approvisionne-

' Ijt cour <l« Berlin en avail été iastruiie. A Pélcri- Ixiurg le lerret n’en ivaii pa« éié gardé, r( ta ronnaisvaacr en était parvenue eu Angleierrt-.

ment des divers corps dont elle se compose. I.cs services nombreux qui forment l'administration militaire l'occupent tour à tour. Après s’être arrêté quelques Jours à Kœnigslterg, il marche en avant; mais il marche sans avoir une résololioii arrêtée de combattre. I.a guerre n'est pss coin. mcncéc ; la paix subsiste toujours, son maintien reste encore possible; c'est seiilcinrnt le 19 juin, à Gumbinnen, qu’il cosse de l’étre. Un courrier de Pétersbourg remet des dépêches par lesquelles le général Laurislon rend compte de la multiplicité el de l’énergie de ses instances alin de pouvoir SC rendre à Wilna, des refus de M. de Romansof et de l’inflexible opposition du gouverneur de Saint-Pétersbourg. Là aussi arrive un des secrétaires de l'ambassade en Russie, II. Prévost, qui lionne quelques détails de plus : tous confirment la rupture.

L'bésitation n'csl plus permise; toute incertitude a cessé U Les Russes, dit Napoléon, les Russes, » que nous avons toujours vaincus, prennent un • (on de vainqueurs; il nous provoquent. .. accep- H tons comme une faveur l'occasion qui nous fait n riolence , et passons le Niémen, x Une proclamation du juin annonce à l’année l’ouverture de la campagne, (’ette proclamation est courte, mais un mut important la caractérise. Depuis la paix de Tilsitt, et surtout depuis la guerre d'Autriche en 1809, on a vu les efforts persévérants de la Russie pour faire disparaître les noms de Polo gne el de Polonais; on a vu les complaisances do Napoléon |>our répondre aux désirs de l’empereur Alexandre, complaisances poussées à un degréex- Iraordinaire, el qui n’ont eu de terme que le jour où, malgré rengagement qu'il était disposé à prendre, que même il avait contracté et par écrit, l’empereur Alexandre, inexorable dans ses exigences, avait prétendu lui imposer, pour l'expression de cet engagement, une formule inouïe, fatidique, ridicule clans une Iwuclic humaine, admissible seulement dans le langage des oracles cl de la Divinité. Napoléon, quoique sans être lié par aucun contrat, a été fldcle à la réserve voulue par la Russie ; le nom de Polonais a disparu ; il est ' effacé du vocabulaire officiel de la France; dans le duché de Varsovie, on n'osc ni le faire entendre ' ni l'inscrire dans aucun acte public. La guerre seule le fait retentir sur les bords de la Vistulc .* « Soldats, dit Napoléon la seconde guerre de » Potogne Cil commencée. La première s’cst lern mince à Friedland et à Tilsilt; à Tilsitt, la Rus- " sic a juré une éternelle alliance à la France cl X la guerre à l’Angleterre; elle viole aujourd’hui

' Piwlniii^itioii, datée Ir juin, de \S ilkn\tiiki.

CHAPITKE XXXIV.

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M SCS serments; cite ne veut dunner auconc cxpli*

M cation de son étrange conduite, que les aigles « françaises n'aient repassé le Hhin, laissant par » là nos alliés à sa discrétion... La Russie est cnit traînée par la fatalité; les destins doivent s’acit complir. Nous croit-elle donc dégénérés? Ne soit rions-nous donc plus les soldats d'Austerlilz? it Elle nous place entre le déshonneur et la guerre:

X notre choix ne saurait être douteux. Marchons " donc cti avant; passons le Niémen, portons la X guerre sur son territoire. La seconde guerre de X Pologne sera glorieuse aux armes françaises;

X mais la paix que nous conclurons portera avec M elle sa garantie; elle mettra un terme à la fu- X ncsie innucncc que la Russie exerce depuis it cinquaute ans sur les affaires de l’Europe, x Si Napoléon s'ctail fait un devoir de recommander la modération et la prudence dans le duché de Varsovie aussi longtemps qu’il ne désespérait pas d'un arrangement avec l'empereur Alexandre, il n'avait pas dù négliger de se préparer dans ce pays de puissanlcs ressources pour l'hypollicse où la guerre viendrait à éclater. Dans le but tout naturel qu'il se propose, de donner une forte secousse à ranCienne Pologne et une énergique impulsion à l'esprit de scs habitants, sa première pensée fut d'y établir, sous le nom d'ambassadeur extraordinaire, un personnage d’une position très-élevéc capable de prendre un ascendant incontesté sur toutes les aulurilcs polonaises et même sur les maréchaux cl généraux français que la guerre amC'ricrail sur cc territoire. L'homme qu'au premier moment il cul en vue pour ccilc grande mission était le prince de Bénévenl, M. de Talleyrand, tenu depuis quelques années dans une sorte de disgrâce, ou du moins éloigné des cuminuincations intimes auxquelles il avait été si longtemps admis. Ce retour, (oui à fait dans le caractère de l’Empereur, qui en luiinëme était déjà un bien, avait aussi sa valeur comme calcul. Napoléon dit quelques paroles sur celle intention à M. de Talleyrand, et le projet parut arrêté. Nous ignorons par quelles causes il SC trouva bientôt rompu. On a expliqué ce changement par un avis reçu de Vienne, cl annonçant que ce dessein, à peine conçu à Paris, avait été

' Je n'étaU accrédité à Varsovie que rouime Résident, ce titre étant le seul qii'aulorisit le traité de Tilsili pour la France qtii même avait soute le privilège d'entretenir un agent dans le duché. Des la fin de décembre iKll , l'F-mpercur m'avait fait prévenir que. dans le csa de guerre, il m'appellerait k son quartier général. Fidèle aux habitmles une fois prises, il employait, volontiers eide préférence. les mêmes hommes aux fonctimis dans Irsquelirs il Icsavaiidéjè essayés. Parcela seul qu'en 1H07

presque aussitôt connu dans cette cour. Noos avons peine à croire que le tort ici soit provenu de M. de Talleyrand qui, dans sa carrière politique, n'a guère été indiscret qu’autant qu'il lui a plu de l'élre. Quel qu'ait été l'incident qui a fait renoncer l'Empereur à ce projet, nous nous en afliigcons pourdeux motifs, d'abord, parce que M. de Talleyrand, Hé par là plus étroitement aux destinées de Napoléon et associé à ses revers, eût été moins prompt à se séparer de lui; cl, en second lieu, parce que l'Empereur eût évité ainsi le plus malheureux choix qu'il fût possible de faire pour la Pologne comme pour la France. Ce fut le général Duruc qui, à Dresde, désigna M. de Pradl à l'Empereur pour l'envoyer à Varsovie. Le litre seul d'archcvéque était une recommandation et un moyen d'influence dans une contrée ou depuis longtemps les prélats devenaient de puissants chefs de parti, et sc distinguaient comme défenseurs des libertés nationales. D'autre part, on comptait plu sieurs archevêques cl evéques français accrédités, comme ambassadeurs, par nos rois auprès des rots de Pologne, et ces traditions de l'ancienne nionarchie n'élaient pas indilférenlcsaux yeux de l'Empereur. D'ailleurs, H. de Pradt, parleur et écrivain spirituel, que, d'après l'audace de son l.ingagc et l'assurance de ses jugements, on devait regarder comme un homme d'expédients et d'action, comme un véritable aumônier do dieu Mars, ainsi qu'il se qualifiait Hfirémc, ayant en outre l’avantage du caractère ee« ‘(-.siastique de l’ordre le plus élevé, propre à lui garantir le respect des autorités polonaises et la dcfcrcncc des militaires français, semblait réunir toutes.. les qualités du rôle auquel l'Empereur le destinait. Nous le reconnaissons sans détour, tout autre que Napoléon eût pu tomber dans la même méprise. Jamais les apparences n'avaient été plus trompeuses; jamais confiance ne fut plus complètement déçue.

La proclamation de l'Empereur du SS juin ayant fait cesser l'clal de paix, cc sont les événements de la guerre que nous allons avoir désormais à raconter; mais il reste encore une circonstance que nous croyons devoir, malgré une légère anticipation de date, mentionner dès à présent : ce sont les derniers mots directement échangés

et 1808, il m'avail donné à Berlin l'emploi d'adminittrateurde la Priiiar, il m'avait, de même, dans la canipagne de IHOO, confié l'administration générale des pays conquis en Aulriebe. .linsi. dans la cnmpngnc de en créant iin gouvernemeru provisoire dans les provinces litluianicunes, il me plaça, en qualité dc coimnissairr impérial, auprès dc ce gouvernement, pour présider n rodministratioD de ces provinces.

l'ÜLlTJ(,)UE EXTÉUIEUUE.

entre Alexandre el Napoléon; ce sont les deux | dernières lettres de leur correspondance de dix années, interrompue seulement pendant la guerre d’Autriche en 1808, el de Prusse en 1806 el 1807.

Le S8 juin, Napoléon (nous donnerons plus tard le détail de scs mouvements) avait fait son entrée ,à Wilna, d’où les Russes n’étaient sortis que le malin même. Deux jours auparavant, l’empereur Alexandre, de celle ville où il était encore, lui avait écrit une lettre portant la date du 28. A peine Wilna a reçu le quartier général /rançais, que cette lettre de l’empereur Alexandre y est apportée par un des aides de camp de ce prince, te général Balachof, qui lui en remettra la réponse. Ces deux dernières pièces sont trop précieuses pour que nous ne les citions pas tout entières. D'ailleurs c’est là peut-être, c’est dans l’esprit qui les a dictées que réside tout le secret des causes de la guerre. Voici la lettre de l’empereur Alexandre :

>1 Monsieur mon frère, j’ai appris hier que, inal- X gré la loyauté avec laquelle j’ai maintenu mes » engagements avec Votre Majesté, scs troupes ont t> franchi les frontières de la Russie, el je reçois » à l’instant de Pélersbourg une note, par laquelle >• le comte de Laurislon, pour cause de celte agrès- » sion, annonce que Votre Majesté s’est considérée » comme en état de guerre avec moi dès le mo- » ment où le prince Kurakin a fait la demande de n ses passe-ports. Les motifs, sur lesquels le duc » de Bassauo fondai^t^n refus de les lui délivrer, n n'avaient guère pu «ne faire supposer que celle X démarche servirait de prclcxlc à l’agression. En X effet, l’ambassadeur n’y a jamais été autorisé ,

X comme il l’a déclaré lui-méme; et, aussitôt que X j’en fus informé, je loi ai fait connaître combien X je le désapprouvais , en lui donnant l’ordre de X rester à son poste. Si Votre Majesté n’est pas X intentionnée de verser le sang des peuples pour X un mésentendtt de ce genre, et qu’elle consente X à retirer scs forces du territoire rutse,je regar- X demi ce qui s'est passé comme non avenu, et un X accommodement entre nous reste encore possible.

X Dans le cas contraire, Votre Majesté me forcera X de ne plus voir en elle qu’un ennemi que rien X n’a provoqué de ma part. Il dépend de Votre X majesté d’épargner à l’humanité les calamites X d’une nouvelle guerre.' Je suis, etc. x Celle espèce d’ouverture de l’empereur Alexandre a été jusqu’à présent passée sous silence par les écrivains favorables à sa cause. La mission du général Balachof était publique ; mais on en a universellement ignoré l’objet. En France aussi, les hommes les mieux informés n’en ont pas su davantage. M.Fain lui-méinc, qui peut-être écrivit, sous la dictée de Napoléon, la réponse à celle lettre, ne

la connaissait pas, car il dit que M. de Balachof était venu offrir, de la part de la Russie, de rentrer dans ie système continental. L’offre , comme on l’a vu, n’allait pas jusque là. Toutefois l’Empereur accueillit avec bienveillance l'aide de camp de l’empereur Alexandre; il lui parla de ce prince avec beaucoup d’intérêt , et témoigna son regret d’avoir été poussé par la politique russe à l’exlrémilc où l’on se trouvait réduit. Au fond, suivant M. Fain, l’Empereur se sentait vivement blessé de la proposition qui lui était faite de se retirer derrière le Niémen : k Traitons sur-le-champ, à Wilna X même, aurait-il dit, et je repasserai le Niémen K dès que la paix l’aura ainsi réglé, x L’envoyé russe, qui n’avait ni pouvoirs ni instructions pour une telle circonstance, devant s’en tenir à l'objet seul énoncé dans la lettre de son souverain, Napoléon fit à ce prince la réponse suivante : u Mon- X sieur mon frère, j’ai reçu la lettre de Votre Ma- X jcslé. La guerre qui divisait nos États se ter- X mina par le traité de Tilsitt. J'avais été à la X conférence du Niémen avec la résolution de ne X pas faire la paix que je n’eusse obtenu tous les X avanlagesque les circonstances me promettaient. X J’avais en conséquence refusé de voir le roi de X Prusse. Votre Majesté me dit : Je serai votre se- X coud contre l’Angleterre. Ce mol changea tout; X le traité de Tilsitt en fut le corollaire. Depuis, X Votre Mcajesté a désiré que des modifications X fussent faites à ce traite. Elle voulut garder la X Moldavie et la Valachie, et porter ses limites sur X le Danube; elle eut recours aux négociations. X Celle importante modification au traité de Til- X silt, si avantageuse à Votre Majesté , fut le ré- X sultatde la conférence d'Erfurlh. Il parait que, X vers le milieu de 1810, Votre Majesté désira de X nouvelles modifications au traité de Tilsitt. Elle X avait deux moyens d’y arriver, la négociation X on la guerre. La négociation lui avait réussi à X Erfurth : pourquoi cette fois prit elle un moyen X différent? Elle fit des armements considérables, X déclina la voie des négociations, et parut ne vou- X loir obtenir des modifications an traité de Tilsitt X que parla protection de ses nombreuses armées. X Les relations établies entre les deux puissances, X après tant d’événements cl de sang répandu, sc X trouvaient rompues. La guerre devint immi- X ncnlc. J’eus aussi recours aux armes, mais six X mois après que Votre Majesté eut pris ce parti. X Je n’ai pas levé un bataillon, je ii’ai pas tiré un X million de mon trésor pour l’extraordinaire de X la, guerre, que je ne l’aie fait connaître à Votre X Majesté el à ses ambassadeurs. Je n’ai pas laissé X échapper une occasion de m’expliquer. Votre > Majesté a fait devant toute l’Europe une pro-

r.llAPITRK XXXIV.

>• Inslnlioii que les puissances n'ont l'hahiludc de n faire qu'au moment de se battre, et lorsqu'elles X n'espèrent plus rien des négociations. Je n'y ai

pas répondu. Votre Majesté a, la première, réuni Il scs .innées et menacé mes frontière$. Votre Mali jesté, la première, est [lartie pour son quartier » général. Votre M.ijesié, après avoir constam- Il ment, pendant dix-huit mois, refusé de s'expli- II qiicr, m'a fait enfin rcincllre par son ministre » une sommation d'évacuer la Prusse comme préa- M labic de toute négociation. Peu de jours après, ■1 ce ministre a fait la demande de ses passe-ports. Il et répété trois fois cette demande. Dès ce mo- ■1 ment, j'étais en guerre avec Votre M.ijcsté. Je Il voulus cependant garder l'espérance que le n prince Kurakin avait mai enlcndu scs instruc- X tions, cl qu'il n'était pas autorisé à cette sonin malion »ine quâ non de n'cnlcndrc è rien que la Il Prusse ne fût évacuée, ce qui était me placer en- II tre la guerre cl le déshonneur, langage incon- » venant , que n'aulorisaieiil ni les événements <1 passés, ni la force respective des deux États, ni Il enfin le soiivcnir.qu'ellc ne peutpasavoir perdu. Il que, dans les circonslances les plus critiques, je Il l'ai assez honorée, elle et sa nation, pour ne lui Il rien proposer (|ui pût être le moindrement con- » traire à la délicatesse et <i l'honneur. Je chargeai •1 donc le comte Lauriston de se rendre auprès de Il Votre Majesté et de son ministre des relations » extérieures, de s'expliquer sur toutes ces cir- II constances, et de voir s'il n'y aurait pas moyen Il d'amener l’ouverture d’une négociation, en con-

I sidérant comme non avenue la sommation étrange X cl déplacée du prince Kurakin. Ouclques jours » après, j'appris quc la cour de Berlin avait été inn struite de celle démarche du prince Kurakin, et " qu’elic-inèmc était fort surprise d’un langage

II aussi extraordinaire. Je ne tanlai pasd’apprenn dre qu'à l*étcrsbourg aussi celle démarche était * connue, et que les gens sensés la désapproui> vaienl. Knfln, les journaux anglais m’apprirent » que les Anglais la connaissaient. Le prince Ku- ■1 rakin n’avait donc fait que suivre littéralement X ses instructions. Toutefois je voulais encore Il conserver de l’espoir, cl j'attendais la réponse Il du comte Lauriston , lorsque je reçus à Gum- » binnen le secrétaire de légation Prévost, qui I» m’apprit que, contre le droit des gens, contre » le devoir des souverains en pareille circonstance, » sans égard pour ce que Votre Mcajesté devait à » moi et à elle-même, non-seulement elle avait rc- X fusé de voir le comte Lauriston , mais même , Il chose sans exemple ! que l’oubli i avait été porté

' Snns (Iniilr l'onlili des rj'.irilx ‘‘Il iis.ij’i*.

[IRtI]

X au point que le ministre aussi avait refusé de X l’entendre cl de conférer avec lui, quoiqu’il eût Il fait connaître l'importance de scs communica- 11 tions et la lettre de scs ordres. Je compris alors » que le sort en était jeté; que celle providence in- II visible, dont je reconnais les droits et l’empire, n avait décidé de cette affaire comme de tant d'au- 11 1res. Je marchai sur le Niémen, avec le scnli- II ment intime d’avoir tout fait pour épargner à » riinmanité ces nouveaux malheurs et pour tout » concilier avec mon honneur, celui de mes peun pics et la sainteté des traités. Voilà, sire, l'cx- II posé de ma conduite. Votre Majesté pourra dire Il beaucoup de choses; mais elle se dira à ellc- » même qu'elle a, dix huit mois, refusé de s’expli- Il quer d'aucune manière; qu'elle a depuis déclaré Il qu’elle n'entendrait à rien qu'au préalable je n n’eusse évacué le territoire de mes alliés ; qtic » par là elle a voulu ûter à la Prusse l’indépen- » dance qu’elle paraissait vouloir lui garantir, en y> même temps qu'elle me luontrail les fourches » Oaudincs. Je plains la méchanceté de ceux qui « ont pu donner de tels conseils à Votre Majesté. » Quoi qu'il en soit, jamais la Russie n'a pu tenir X ce langage à la France; c’est tout au plus celui » que Catherine pouvait tenir au dernier roi de X Pologne,.. La guerre est donc déclarée entre X nous. Dieu même ne peut pas faire que ce qui a H été n'ait pa$ été; mah mon oreille sera toujours X ouverte à des négociatip»' de paix; et quand X Votre Majesté voudra sévieuscmenl s’arrachera X rinfluence des hommes ennemis de sa famille, X de sa gloire et dc' celle de son empire, elle rc- X trouvera toujours en moi les mêmes sentiments X et la vraie amitié. Un jour viendra où Votre Ma- X jesté s'avouera que si , dès la fin dc 1810, clic X n’avait pas changé; que si, voulant des modifi- II cations au traité dc Tilsill, elle avait eu recours X à des négociations loyales, ce qui n'est pas cban- X ger, elle aurait eu un des plus beaux règnes dc X la Russie. A la suite de désastres éclatants et réi- X térés, elle avait, par sa sagesse et sa politique, n guéri toutes les plaies dc l’État, réuni à son em- X pire d'immenses provinces , la Finlande et les X bouches du Danube; mais aussi j'y aurais beau- X coup gagné; les affaires d’Kspagnc auraient été X terminées en 1811 ; probablement la paix avec X l'Angleterre serait conclue en ce moment. Votre X Majesté a manqué de persévérance cl dc con- X fiance, cl, qu'elle me pcrmcllc de le lui dire, X de sincérité. Elle a gâté tout son avenir. Avant X dc passer le Niémen, j'aurais envoyé un aide de X camp auprès de Votre Majesté selon l’usage que X j'ai suivi dans les campagnes précédentes, si les :> personnes qui dirigent la guerre auprès d'elle et

IISM)

l'üUTIQUK KXTÉBIEI'HK.

» qui, malgré les leçons del'cxpérieoce, parussent >» si désireuses de la faire, n'avaient témoigné beau- « coupde niéconlenlenicnldc la mission* du comte » de Narbonne, cl si je n'avais dû considérer, >• comme le résultat de leur influence, la non-ad' ’• mission de mon ambassadeur. Il m’a paru alors » iudigne de moi de pouvoir laisser soupçonner » que, sous prétexte de procédé, en envoyant qucl- » qu'un auprès do Votre Majesté, je pusse avoir M tout autre but. Si Votre Majesté veut finir la » guerre, elle m'y trouvera disposé. Si elle est dé- N cidée à la continuer, et qu’elle veuille établir un

• cartel sur les bases les plus libérales, telles que « de considérer les liuimnesaux hôpitaux comme

■ non prisonniers afln que, de part cl d’autre, on » n'ait pas à se presser de faire des évacuations, ce M qui entraîne la perte de bien du monde; telles » que le renvoi tous les quinze jours des prison* » niers faits de part et d'autre, en tenant un rôle a d’échange grade par grade, et toutes autres sti*

■ pulations que l’usage de la guerre entre les peu- » pics civilisés a pu admettre, Votre Majesté me > trouvera prêta tout. Si même Votre Majesté veut » laisser établir quelques communications directes N malgré les hostilités, le principe ainsi que les » formalités en seraient aussi réglés dans cc cartel. » Il me reste à terminer en priant Votre Majesté m de croire que, tout eu me plaignant de la direcm tion qu'elle a donnée à sa poli(t^ue qui influe

• si doulourcuscinc^d %Qr notre vie et sur nos na-

• lions, les acntimein*^ que je lui porte n'en sont <• pas moins i l'aliri des éyéiieincnls et que, si la

• fortune devait encore favoriser mes armes, \ utre I» Majesté me trouvera, comme É Tilsitt et à Kr- » furtfa, plein d'amitié et d'cslimc pour ses belles

■ et grandes qualités et désireux de le lui prouver.

» Sur ce, je prie Dieu, monsieur mon frère,

>* qu'il veuille vous avoir en sa sainte et digne <■ garde. » Celte lettre de Napoléon est évidemment le premier jet d'une pensée qui a bâte de se produire, une muvre non méditée, du moins dans la forme ni dans l’expression; et peut-être le peu d'ordre dans la distribution des sujets, l'impropriété de quelques termes . les fréquentes répétitions, sont-elles jusqu'à un certain point de la pari de celui qui l’a diclée,-une preuve d'abandon ^ et de franchise, lleaucoup d'allégations, de récrimiiialions sont vraies; la récapitulation des faits antérieurs ne manque pas non plus d'exactitude. Les avantages recueillis du traité de Tilsitt par l'empereur Alexandre sont réels, car ils sont

■ A WUn». If» personnes qui rntniiraieni femperrnr Alexandre avaient témoigné irès-oiivert«*nient qu’elles étaient joipauentes de voir partir M. de Narlionne.

I destinés a être durables, mais Napoléon oublie trop que. lui aussi, il a liiiguliéreinenl changé l'état de possession cxislatil à l'époque de Tilsitt, et surtout par son énorme exleniîoit dans le nord de l'Allemagne.

I.o reproche fait à l'empereur Alexandre d’avoir préféré la voie des armes à la négociation, pour obtenir sur ce traité dos inodifleations nouvelles, ne parait pas susceptible de contestation- Nous en avons pour preuve la déclaration formelle de l'ambassade d'Autriche à Pélersbouif. attestant que c'est la France qui provoque les explications, tandis que la Russie les élude et s'y refuse.

A la suite de ces refus obslinés, la sommation adressée à l'empereur des Français d'évacuer les Etats prussiens |X)ur préalable è toute négociation, a été la plus insolente déclaration de guerre qu'il fut possible d'imaginer envers un homme tel que Napoléon. En exprimant une semblable demande, ou plutôt pour parler soit propre langage, en lui montrant dn doigt le$ foMrehet Vaut/inea, on savait à merveiHc que l'on demandait l'impossible. Pour celte fois, les émissaires de l'Angleterre, les partisans soldés ou gratuits de celte puissance, la noblesse russe, qui ne voit que dans le commerce anglais rexporlalion de scs proiluits et ses moyens de fortune, enfin le parti aristocr.iliquc de toute l'Kurope uni contre l'empire plébéien de la France, ont complélcnienl atteint leur but. Le grand réseau, tissu parl'assorj.ition de tant de passions et d'intérêts, enveioppc si bien l'empereur Alexandre, qu'il n'est plus en son |K>uvoir de le rompre. Cc prince ne s'ap|>arlicnl plus i lui-même. Dès ce iimmeiil, il est décidé qu’il faut que Napoléon périsse, s'il met le pied en Russie, dût la Russie tout entière subir les plus épouvantables dévastations. Peutêtre les audacieux fabricateurs «le cette trame ne prévoient-ils pas que l’on sera réduit i brôler Moscou; mais l'incendie de cette capitale, lorsqu'il aura lieu, ne sera qu'un eflTet nalarol de la détermination actuellement adoptée. Pour rentière exécution de ce plan, il faut s'assurer de la personne d'Alexandre, et former autour de lui line barricade à travers laquelle il ne puisse rien passer qui soit de nature k opérer un rapprochement entre Napoléon et lui. A Pétersbourg , on a tenu le générai l.auriston en quelque sorte prisonnier, malgré toutes ses instances pour aller rejoindre ce prince i son quartier général. Lors-

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