‹ Histoire de FranceChapitre 38 sur 142 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

ques ouvrages du gouvernement impérial, dont le ' bienfait n'eût jamais existé pour aucun d'eux sous | leurs anciens maîtres.

llusicurs autres lettres de Bayonne attestent rmnbien rKü)|iereur craint de laisser perdre un jour pour les travaux qui peuvent être exécutés ; il veut savoir à quel point un en est à l'égard des canaux, à l'égard des maisons pour l’exlinclion de . la mendicité : h Jlèpeiise-t-on tout l'argent que » j'ai accordé? bes travaux de Paris ne vont pas;

<1 on n'a [H>int encore pris de fonds à la caisse d'a<

» ntortisseinenl. Les prêts que j'ai autorisés ' sur n les vins de Bordeaux ne inardient pas davan<

H tage, puisque l'argent est toujours là. Où en est i> la Bourse? (^u'a-t*t>n fait à l'arc de triomphe? et , » la gare aux vins? et les magasins d'abondance? J » et la Madeleine? I*asserai-jc sur le pont d'iéna à » mon retuur?Voilà pour Paris. Dcpen$era-t>on, | N cette aniiccy trois millions au canal de l’Escaut ■

Il au Rhin , trois millions au canal de Bourgogne, | » trois millions au canal de Napoléon? T.es travaux U ordonnés à Paris sur l'empruiil de huit millions H marchent-ils? Je pensais que tout cela était en M mouvement. 1/orsquej’y repasserai, ricane sera B commencé. » |

La lenteur des travaux excite ses plaintes jour- , naliéres. « Je voulais - dépenser trois millions à ' » chacun des grands caïuux. et on n'y aura pas » dépensé six cent raille francs. J'ai accorde un a million pour la route des Landes, cl ou n'y » travaille pas. a L'Eni|>ereur ne veut point que I nulle part il reste des bras oisifs; il ordonne que le I canal de Truyes soit commencé sans delai, ut il y I affecte pour le début, une somme de quatre ce»( mille francs. 11 est mécontent que rien n'avance dans le Piémont, où les fonds ne peuvent pas manquer, attendu qu'il y a fondé une caisse pour des travaux cxtraonlinaires. Eiiüu, las d'élrc i obligé de renouveler sans cesse des injundiuns qoi ne produisent que peu d’effet, il Romande que, } chaque mois, il lui soit remis uii tableau conte- i uatit 1° le iiouibre des ouvriers employés, dans le mois, à chaque espèce de travaux ; l'argent dépensé dans le mois ; S*' l'argent affecté pour l'an- î née; 4" ce qui reste à dépenser, avec des observa- ; lions sur -ce qu’il faudrait faire eu plus ou en i moins. C'est do Bayuime encore, le 1:2 juillet, que l'Empereur prescrit ces mesures. Dans le mois de ' septembre, le :21, il écrit de Kaiserslaulern : u Dans M la Sarre et la Moselle, ou a travaillé |H>ur avan- I n cer la roule : dans le départcincnl du Moal*Ton* !

' Un décret daté de Bayonne, le 39 «rril, porte : «Une | » soinmcdeS.OOO.OUOseraemployéeàfâirede* prèuaux 1 » ppopriélaires de vignobles du dep‘. de ta üiroade. • [

» nerre, on n'a rien fait. On a commencé la cam- » pagne au mois d'août. Les beaux mois de l'été » ont été perdus en procès-verbaux, en chicanes, n en paperasserie: cette manière 4^ faire est par I* trop ridicule. J'ai accordé deux millions pour n cette route; on ne fait point ce que je veux, n Soit faute de l'administration, soit faute du co- » mité, on perd trois ou quatre mois i résoudre » lesdifBcultésqui sc présentent... Il faut pourtant » trouver moyen d'arriver à, un résultat. » De retour à Paris dans le mois d'(»cU>bre, l'Empereur arrête la construction de deux |>onU de plus, un pont à Choisy sur la SoMie, cl un pont sur le KhOne, près de l’arsenal de Lyon. 11 trouve qu’à Paris aucun marcl»é n’csl couvert; que Tenlrepiil du sel n'a point été rétabli; que rien n'a été fait pour la haUe aux vins; que les abords du pont d'Austerlitz, que la construction delà Bourse n'avancent pas. Déjà, l'au dernier, deux ceol mille francs ont été accordés pour le palais des Arts, et le projet ne lui a pas encore été présenté. Autrefois les artistes avaient des ateliers au Louvre, U faut les leur rendre. L'émulation qu'ils oui manifestée est digne d'encouragement; <i il importe de M ne pas 1a laisser se refroidir. »

Déjà l%ni|>ereur s'est occupé d'uii projet de promenade couverte d'bivcr pour Paris. 11 veut qu'on lui soumette un rapport sur reinplaceinent le plus convenable , sur le genre des l>àliiiiciils à construire; il le demande à Paris en octobre; il le rappelle de Madrid dans le mois de décembre. Par la même lettre de Madrid, le 16. il exprime son regret de ne pas recevoir des notions détaillées sur la marche des travaux qu'il a ordonnés, « Vous » ne m'aves pas rendu compte si l'eau du canal de » rOurcq est arrivée à Paris et si elle jaillit dans la » fontaine des limoconls. Vous ne m'avez pas fait B coanaitre si ce que j'ai désiré, pour conduire B l’eau de l’Otircq sur les Tuileries, .peut s'enlrc- » prendre ccUe année, b Une autre lellre de l’Empereur, également datée de Madrid, explique le parti qu'il veut tirer de l'eau de cette petite rtvière. K Mon inlciilion, écrit-il, est de m'en servir » pour embellir le jardin des Tuileries par des » cours d'eau cl des cascades, et les Champs- > Élyséesel leurs envirous par d'immenses pièces B d'eau sur lesquelles il puisse y avoir des bail leaux de toute es|)èce. » Non content de donner à Paris une fontaine colossale sur la place de la Bastille, dont le uiinislre de riulérieur a rèce/nuiciil posé la première pierre, l'Empereur veut

* l.«tlre de Bayonne, du 35 juin.

* Lettre du 7 juillet.

AFFAIRES INTÉRIEURES

encore, pour la capi^Ie, une seconde fontaine dans 'des proportions pareillement gigantesques, et il charge 1^ ministre d'en fairè préparer le projet d’après -les indications qu'il lui envoie. Il entend que^ette fontaine « représente une belle galère tri- » rème,^cellc de Déinélriiis p.ir exemple, et qu'elle ^ » ait la même dimension que la trirème des aiin'ckns. l/eau jaillirait tout autour. Vous sentez » qu'il faut que non-seulement les architectes fas- » sent des recherches pour la construction de ces n deux rontaines, mais qu’ils se mettent d'accord » avec les aiitiqunircs et les savants, alln que l'é- » léphaht et la trirème».pfTrciil une représéntation » exacte de l'usage qu'en faisaient les anciens. » Peut-être un goût sévère n'approuvera-t-il pfas ce projet de fontaines monumentales, dont la masse est destinée à frapper les yeux et à étonner les imaginations de la multitude ; peut-être y trouvera- Uil plus de bizarrerie que de grandeur; mais ce qu'il y a surtout de remarquable ici, c’est le lieu d’où l'Empereur exprime cette volonté. C'est à Madrid, au milieu d’une nation insurgée, au milieu des soins que réclame la direction de son armée répandue sur. un vaste territoire, c’est la veille du jour * où il va se mettre à la poursuite de l’armée anglaise, que Napoléon s’octupc «le pièces d’eau et de cascades pour l’embellissement des Tuileries et des Champs-Élysées; qu'il veut savoir quel n été l'usage exact de l'éléphant et de la trirème chez les anciens, et qu'il donneen France ces questions à éclaircir aux architectes cl aux antiquaires. Telle est sa puissance sur lui-même, qu'il .se sépare, s'isole à volonté de tout ce qui l’entoure, de toutes les pensées qui le préoccupaient une ^ minute auparavant, pour se livrer également tout » entier à un objet nouveau, à un objet éloigné. Sans rien dérober à ce que la guerre exige, il peut ainsi être tour à tour administratcur^inancier ou édile, la veille et même le jour d’une bataille,

La dernière lettre que l'Empereur ait écrîfc de • Madrid, et toujours le 21 décembre, annonce au ministre de l'intérieur qu'il fait r^nir à Bayonne trois cents quintaux de quinquina , dont il ordonne la distribution entre les quarante-deux bonnes villes de l’Empire. Ce spécifique précieux était alors très-rare en France. C’est un fruit de la conquête que l'on peut avouer, attendu que ce n'est pas un butin enlevé a la propriété particulière.

Nous procéderons, à l'égard du commerce et de l'induslrie^commc nous l'avons fait relativement aux travaux plublics. Nous laisserons presque lou-

' 1,1» Iciire c»i du 91 décembre; l’Fmpereur quiit.-» Madrid le 22..?i

I jours parler l’Empereur. Depuis la paix de Tilsitt, rEAipercur désire beaucoup établir des relations commerciales avec la Russie. De son côté; l’empereur Alexandre ne demandait pas mieux que de voir une colonie française entrer en coiicurreucc avec la colonie anglai.k àpPétersIwurg. Le.43 jar^ vier. Napoléon écrivait au mipislrc de l’intérieur :

« Il serait bon que le commerce créât à l’éters- II bourg des maisons qui recevntîunt des ii)firchann^dises françaises et feraient passer en France des

Il marchandises russes Rt>aucoup de ipaisons

Il françaises ont des créances en Russie. Huit on Il dix de ces iiiaisons pourraient se réunir et acheiiler en Russie, avec leurs créances; dés bois de Il mâture que je leur payerais, u Pour faciliter ces opérations, il charge ,M.M. Crelct et Mollien de s’entendre avec les négociants <le Paris et de Lyon dont ils croiront que les conseils pourront leur être utiles.

Dans les mois suivants, et surtout pendant son séjour à Rayonne, il s'occupe spécialement du commerce avec les colonies. françaises et espagnoles.

Il voudrait rendre de l'activité, à nus ports, faire arriver en France des denrées colonilles;-c^ aux colonies les deux objets de première nécessiU?^ le |>aia.çt le viij^’armi les entreprises qui se présenteni à son esprit, il crf est une dont il croitTc^écutjpn facile ; ce serait qu’il se formât dans les Ailles de Bordeaux, la Rochelle, .Nantes, Saint-.Malo, Granville cl le Havre, des compagnies dont les acr tions seraient de K, 10 ou 1*5,000 fr., pour faire des expéditions avec des navires, bons marcheurs, de ISO à 300 tonneaux. Pour établir de telles compagnies, l’autorité du gouvernement n’csl pas nécessaire; mais voici, dit FEmpercur -, les encouragements que je pourraisdonner : 1® Je prendrais, , Il pour chaque armenicul, le tiers dcsaclions. 2® La » marine payera, sur chaque bâtiment, le passage

II de dix à vingt conscrits qui iront renforcer nos Il garnisons. -3® La marine prendra de 20 à 150 tonn ncaux de chaque chargement. La chambrejdë n commerce de Bordeaux, à qui j'ai parlé, ihi créêr Il dcsaclions pour deux millions. » Les négociant^ les plusaccréditésdes autres grandes places dccîiihinercc pourraient opérer de la méfhe manière,''Suivant les forces. proportionnelles de chacune, L'Empereur estime que l’on arriverait ainsi à méllrc en merjiisqu’.â soixante bâtiments, (tortant à peu pn;s 12,000 tonneaux, ce qui serait un grand bienfait et pour les colonies et pour la métropole.

Par une autre lettre du mois suivant l’Emper|ur revient sur ce projet, et en même temps il

’ Lettre de Bayonne, le 15 avrit. ,

’ Lettre de Bayonne, le 19 mai.

cuAPiraE XI.

fait connaître an ministre an syslt^me d’assurance adopté à Bayonne et à Bordeaux. A Bayonne, par exemple, le commerce expédie quatre bilimcnls où tous les risques sont en commun. S’il en arrive un en retour, il n’y aura ni gain ni perte. S’il en revientdoux.il y aura un héiiéBce de quarante pour cent. li'Kmporeur {>ensc que la banque à l'aris pourrait assurer d’aprt'S ce système, et il engage le ministre à eu conférer avec les chefs de cet établissement.

Des renseignements parvenus à l'Empereur ap* prennent * que, dans le Slidi, le cabotage se fait presque exclusivement par les Espagnols. Dans le Nord, il est presque entièrement entre les mains des Hollandais. Pourquoi donc les Français en sontils ainsi déshérités? Un tel état de choses appelle une enquête et des explications.

Dans le mois de mai, sur quelques réclamations du commerce, le ministre des finances défendit rexporlation des cotons Blés. L'Empereur approuva ^ celle (iefense, et, à cette occasion, deinand.i au ministFe >t s'il iic faudrait pas même >• défendre d'exporter les toiles de colon, alin de » s*op|>oser, autant que possible, à leur excessif M enchérissement. » II serait diflicile de prunoncer aujourd'hui sur l'opporlunité ou l'imtpportunilé de ces mi'sures. Ce n'est pas d'après des principes généraux d’économie |H>litique qu'il faut Juger cc qui a pu être plus ou moins applicable dans des coiijuncturcs tout 4 fait extraordinaires, comme ocllcs où l'Europe sc trouvait alors.

Entre les villes de France, Lyon est une de celles qui ont le plus éprouve les soins bienveillants de rEnipcrcur. f.c 27 mai il avertit le ministre de surveiller avec soin les teintures de scs fabriques. « Vous savex que c’est une grande partie de nos » richesses ; je voudrais établir à Lyon une chaire ■ rie chimie. chimiste qui s'y trouve actuelic- »• ment est médiocre. Occupcx-vousd’y en envoyer H un Irès-hahile. iVésenlex-moi un projet pour for- M mer là un établissement de chimie qui ail queln que valeur. » Le I" juin, encore de Bayonne, l’Empereur écrit : u H m'est revenu des foires de » Leipsick cl de Francfort, que Lyort ne fabrique » pas assez, et que Us négociants do ces pays, Charly gés de fournir à la Saxe, à la Bologne, 4 la Busw sic cl au Danemark, se plaignent que les com- » mandes qu’ils font ne se remplissent pas, quoique » cependant ils fassent les avances. » Kniin . de Madrid même. le 10 déceiiibre. il envoie au ministn; copie des ordres qu'il a donnes à l'intendant

* Lettre de Bayonne, du !7 avril.

* Leitre de Bayonne, du Sii mai.

* Lettre de Baronne.

général de sa maison pour des dépenses d'ameubleinénl : «■ Tâchez, lui dit-il, d'en tirer bon parti n pour perfectionner nos manufactures, a Les fonds appartenant à la liste civile des princes ne pcavcol pas recevoir une meilleure destination.

Au début de l'insurrection d'Espagne, les Français établis dans ce royaume avaient clé en butte 4 tous les genres de violence, de s|x»liation cl de barbarie. Les premiers soins de rEnipcrcur victo> rieux furent pour ces infortunes. Il nomma une commission de négociants, qui devait se réunir à Bayonne, pour recevoir leurs réclamations, les examiner cl vérilier les perles qu'avait essuyées chacun d'eux par la coniiscalion ou le pillage. Il informa aussilèl le ministre de rintéricur des mesures qu'il se proposait de prendre pour leur assurer des dédonimagcnients. « Imlépendanmienl ^ de la » confiscation des laines que j'ai ordonnée pour H cet objet, j’ai les mnyejis de le faire moi-mèine. n L'Empereur explique quels sont oes moyens. I) les trouve dans les immenses propriétés que le duc de l'infantadü et autres grands d'Espagne pussedeut dans le royaume de Naples , en Piémont , dans la Belgique et ailleurs. *i Ce n'est, ajoute-t-il, qu’une » première idée, n H invite le rniiiislrcà faire rédiger, sur cette donnée, un projet de règlement, à le faire passer au conseil d’Ëtat et à tout prévoir, de manière que « les Français qui ont éprouvé des M pertes Soient tous indemnisés. » Le tnème jour, il chargeait son ministre des alTain-s étrangères de faire opérer la confiscation des propriétés espagnoles dans le royaume de Naples, dont « la moitié, dit-il, » appartient aux grands d'Espagne. •

]>c Burgos, l'F.mpereurfailtransportorà Bayonne vingt mille ballcsde laine, valant, selon lui, quinze à vingt millions. Il ordonne * qu'elles soient vendues à l’cuchère. I>t ville de banlander renferniait de grands depOts de colon : l'Eiiipcreur les fait aussi transporter en France pour y être vendus. « Le prix en sera restitué aux propriétaires qui re- » vicndrunl; le reste appartenant aux Anglais ou » aux individus qui les auront suivis, sera séquesn tré et confisqué. »

Huit jours apres, un nouvel envoi de laines est fait d'Aranda ® sur Bayonne; l’Eniiiereur l’évalue à trente mille quintaux, et compte, par de nouvellea expéditions, en porterie nombrejusqu'à cciilmille. H demande au ministre de préposer à la conservation de ces laines un hnninic de haute probité. Le ministre lui ayant désigné pour celte fonction M. le Boi, ancien consul général, l'Enqiereuradbère 4 ce

* Leiirv de Biirgot, le 19 novembre.

* Auire leilre de Burgos, le ÎO novetubre.

* I.cllre d'Aranda, le 27 novembre.

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AFFAIRES INTÉRIEURES

choix, ayant en cfTct pleine cofinance dans l'inlé- {;ritc de Al. le Roi ; mais «je ne sais, dil-il, s’il a les n connaissances nécessaires. Cocquebert-Muntbrel ^ n ciU clé préférable. »

Nous avons parlé ailleurs de plusieurs essais tentés pour acclimater en France des produits que nous avions jusqu'alors reçus du nouveau monde. Dans le cours de 1808, un lit une plantation d’indigo dans le departement de Vaucluse , et il Tut recueilli une certaine quantité de coton dans plusieurs départeqienls méridionaux. Quoique ces essais aient depuis etc abarïdonnés, il n’est pas inutile*^ de 1rs rappeler comme preuve des constants efforts de l'Empereur pour mettre la France en état de se sulBfe à ellc-méme. '*

nUlpfais plusieurs années, des rêtes avaient été promises à rarniéc pour l'époque de son retour en France. C'était une promesse qui ne pouvait pas être oubliée au moment où.cent mille ||^mmcs tirés de la Prusse cl des autres États allemands passaient rapidement sur le sgi de la patrie, pour aller'chcreher'en Espagne des combats sanglants, qui pronDicttaicnt moins de gloire. Les sentiments de la France envers l'an^ s’accordaient avec les vues de l'Empereur. Tous les cœurs français accueillaient avec orgueil ces vaillants soldats, couverts de tant de lauriers. L'armée traversa , pour ainsi ^ire, la France sous des arcs de triomphe. Le concours du gouvernement n’était pas necessaire , et cependant l’Empereur ne négligea rien de ce qui pouvait donner de l’éclat à ces solennités. Toutes les fétesdevaient avoir lieu au nom des villes; mais, IA où les fonds manquaient, un supplément était accordé par le ministère. Plusieurs lettres de l'Empereur attestent l'inlérét qu’il metiait à ces réceptions. « 1.08 troupes, écrivait-il ^au ministre de n l'intérieur, ontété félcesà Metx, àNancy, àReims.

» Je désire qu’elles le soient à Far^ à Melun , k » Sens, à Saumur, à -Tours, à Bouges et à Bor- » draux. » La direction donnée aux divers corps avait été calculée pour que tous fussent fétés trois fois. Ces détails étaient prescrits^ar l’Empereur. L’homme aux vastes pensées, aux grandes conceptions, ne dédaignait pas un seul de ces moyens, puérils en apparence, qui sont cependant si eOica- «es sur l’esprit des soldats. Outre les banquets, les spectacles, les inscriptions, les harangues, rcconimandésaux préfets et aux maires, rEinperciir n’uu- 'blia pas que, si les Français marchent liu combat en chantant, il leur faut aussi des chants après la viclove. Il savait encore que nos soldats sont rail-

' Ce dernier avait effectiveraem des connaissances eoq^ nirrci.iles très-êicndiies. . ^

’ I.ellrc de .S.iinl-Ctnnd, le 17 septembre? , ^

leurs, et que de méchants vers, qui leur seraient débités sur leur roule, pourraient exciter leurs sarcasmes plutôt que les animer d’une généreuse ardeur. L’inconvénient ne lui a pas échappé; il {trévictit. Il Faites composer des chatisuns ^ que vous » enverrez datis les diiïércntes villes. Ces chatisons I* doivent parler de la gloire que l'armée a acquise, » de celle qu’elle va acquérir cticorc, et de la liberté » de.^ mers qui sera le résultat de ses exploits... Il ■'> faut trois sortes dcchansotis,alin que les soldats » u'enlettdcnt pas deux fois la même. » Nous montrons ici le héros en déshabillé; mais, même en cet état, perd-il de son caractère? C’est au moral des guerriers qu'il s’adresse, c’est de passions élevées qu’il les enflamme, et, il faut bien le rccoimaltre, datis nos sociétés modernes , c’est avec le secours de ces prestiges qu’on fait de l’héroïsme et de la gloire.

Si l'Empereur sait la langue qu’il faut parler aux soldats, il ne connaît pas moins bien celle qui convient à leurs chefs. Dès le début de son gouverncmenl, il a fait transférer aux Invalides les cendres de Turenne. Cette année, en face du mausolée de Turenne, il en fait élever un autre où sera déposé le cœur de Vauban , de ce guerrier citoyen qui aima son pays et le servit avec un dévouement si noble et si pur. L'hommage rendu au passé est une récompense pour le présent. La cérémonie de celle translation est fixée au ÜG mai, anniversaire de la prise de Dantzig. L’Empereur, en honorant riiomme de génie qui créa l’art des sièges, associe à sa gloire les guerriers qui viennent de s'illustrer en mettant scs leçons en pratique.

lais services militaires ne sont pas seuls appréciés par l'Empereur. Les bustes de Troiichcl et de Portalis, rédacteurs du premier projet du code Napoléon, sont placés dans la salle du conseil d'Étal. L’ordreen estdonné par une lettre daléedcRurgos^.

Plus d'une fois déjà nous avons fait remarquer avec quels méiiagemcnts l'Empereur procède avant de SC décider à la destitution d'un fonctionnaire. Sa correspondance de 1808 nous en fournit de nou- Tcllcs preuves. Toujours il demande des explications; il veut qu'il lui suit soumis des rapports détaillés, cl, quand la rigueur n'est pas indispensable, il fait, selon la tialurc des griefs, donner des avertissements plus ou tiinitis sévères. Des éloges sont aussi distribués cti soti nom à ceux des agctitsqui exécutent le mieux ses ordres, et surtout à ceux qui, en les cxécutatil, blcssetit le moins les intérêts que ces ordres peuvent cutilraricr.

* Lettre au ministre do l’intériciir.

< Le 18 novcinlirc.

CHAPlTaE XI.

Il est rare de voir l’Empereur cxcrceruncaclion quelconque à l'égard d'individus autres que des fonctionnaires publies. Cependant nous devons signaler, en 1808, deux faits qui ont été d'autant plus justement blâmés , qu’ils s'adressent à deux femmes, madame de Staél cl madame deCbuvreiise. Tout le monde s’csl affligé des persécutions dont "madame de Staël a été l'objet, même dans les pays étrangers, par suite de l’inimitié de l’Empereur. Voici l’ordre qui la concerne : u Madame de Staël » ayant une correspondance ' suivie avec l’écrivain » Geiitz et celte liaison ne pouvant qu'être ré- II préhensiblc, mon intention est que vous fassiez » connaître à mes agents en Allemagne, que cette n dame venant à passer dans les villes où ils rési- » dent, ils s'abstiennent de la voir et la fassent sur- » veiller. » Si l'Empereur s'était contenté de faire défendre h scs MU de voir madame de Staël, un n'aurait point de reproche à lui faire. Du moment en clTct que cette femme distinguée, qui par son esprit était ^aine puissance, s’était constituée en étal de guerre contre lui, il avait raison d'empêcher scs agents «le se rencontrer avec elle, puisque autrement elle eût été, comme eux, dans une position fausse cl embarrassante. Au reste, cette défense seule était déjà un acte assez rigoureux, puisque, les agents français appartenant de droit à la plus haute société dans les cours où ils résidaient, c’était, à peu près, interdire ces sociétés à madame de Staël, et ne lui laisser ouvertes que celles de ces maisons qui se signalaient par leur hostilité contre le chef du gouvernement français. Le tort de l'Empereur était de commander la surveillance. Non commandée, elle n'eùl pas probablement été moins active. Au reste, cette inquiétude de l’Empereur n'a rien d’injurieux pour madame de Staël. C'est un aveu de l’influence qu'il la croit'capable d’exercer sur les esprits dans un sens contraire aux intérêts de sa politique. 4,,

Ce qui regarde madame de Chcvreusc n’a pas la même importance en raison de la personne, mais mérite plus de blâme , parce qu’il y a là un acte tout à fait arbitraire. Madame de Chevreuse était une de ces femmes qui avaient fait vivement solliciter, par leur famille, le titre de dames du palais, et qui ensuite mettaient de l’amour-propre à faire croire qu'elles avaient été forcées * d'accepter celte

’ I.eitrc au ministre des affairée étrangères, de Itaynnne le 38 juin.

’ (icniz, qui avait écrit contre In France, ce qui lui .nvnit Valu une pension de rAnglelcrre, cl qui eût écrit pour la France, si rEinpereur l’eût voulu, après avoir végété quelque temps h Berlin, était passe au service de l’Anirichc. Depuis la chute de Napoléon, M. de Meiicr-

placc. Jeune, brillante et légère, comme il est permis à une jolie femme de l’être, madame de Chevreuse ayant, par quelques mots impertinents à l’égard de la nouvelle cour, excité le mécontentement de l’Empereur, reçut ordre de se retirer à quarante lieues de Paris. Qu'il lui eût fait défendre de paraître à la cour, rien de plus juste ; mais un exil ! C’était la volonté du maître à la place de la loi. Le lendemain, l’Empereur demanda à l’un de ses ministres ce que l’on en pensait. Ce ministre , M. Daru, ne lui dissimula pas que cette mesure produisait une fâcheuse impression, et il parla de liberté individuelle. Mais que veut-on de plus? répliqua l’Empereur. — On veut de la lil)orlé , de l’égalité. — Pour de l’égalité, j’espère qu’on n’en manque pas. Il n’y a pas, et je m’en félicite, -de village de France où il ne rentre quelque fils de laboureur avec des épaulettes et souvent avec une baronnie. Quant à la liberté, est-ce donc qu’on n’est pas libre aussi ? — Sire, on ne l’est plus quand on peut être ainsi exilé. On trouve qu’un pareil ordre ressemble beaucoup à une lettre de cachet. — Oui , vous avez raison , pour d’autres ; mais à la cour, dans le service de la cour, de la liberté! Estce' que la liberté est faite pour les chambellans *f Le mot n’est pas sans un fond de vérité; mais pourquoi des chambellans, si la liberté doit en souffrir? L’Empereur, malgré sa bienveillance, et quelquefois malgré son affection pour les hommes attachés à sa personne , savait, en temps opportun, mettre une grande différence entre eux et tes hommes indépendants qui , en le servant, ne servaient que l’Étal.

L’Empereur fut mieux inspiré à l’égard d’une autre femme, ou du moins, après s’être montré rigoureux envers elle par suite d'idées, fausses en elles-mêmes peut-être , mais qu’une certaine politique excuse^ il sut redevenir juste, et surveillant à son égard. Le plus jeune de ses frères, Jérùme, avait, dans un voyage aux Etats-Unis à l’époque du consulat, contracté un mariage d'ailleurs trèshonorable , mais qui fut réputé ne pas convenir à sa position, lorsque Napoléon empereur lui destina une couronne. Le pape ayant refusé de rompre cette union pour cause religieuse, la volonté impériale avait fini par se passer de son concours. Le mariage américain n'avait point empêche le roi de

nirh l’a fait secrétaire en titre des congrès de la sainte alliance.

^ «C'est singulier, disait un .'incicn ministre dë*l'Em- « pereur, combien il y a de ces dames du f.mhourg Saint- » Germain qui veulent qu’on les force d’être dames du O palais! «

i L’exil, même d'un chambellan, est un attentat à la

.a rrxS^

AFFAIRES INTÉRIEURES

I^iî

Wurtemberg de donner sa fille pour épouse h Jérôme Bonaparte, roi de Wcslphalic. Cependant la première femme’ de Jèrèmc-, mademoiselle Élisa Palerson, après quelque temps d'uiic résistance - bien naturelle , s’clait résignée à une séparation deVenue nécessaire. Elle avait un fils; elle s'oublia elle-même pour songer à son fils. Elle fil connaître cette disposition à l' Empereur par l'entremise du ministre de France aux, États-Unis, le général Turreau. Le 9 juillet , après avoir eu un entretien avec ce ministre, elle lui déclara que, revenue de scs premières illusions, elle cédait à Rempire des convenances sociales, qui lui iin|K>8aicnl le sacrifice le plus pénibjc , le plus douloureux et le plus humiliant;^ V J'obéis, écrivait-elle à la nécessité !> qui]mc sépare et pour toujours d'un lioinmcquc H j'annais dans la |)lus grande innocence de mon I) coeur. » Ensuite, occupée tout entière de sou fils, elle ajoutait : u Biei^tùt» viendr^'âge où les » impressions sont le plus durables. Que devrai-je » faire alors? Il me semble que, pour lui préparer » des jouçs heureux, il faudr^ fui donner des ^i> idées, des opinions, des désirs conformes à sa future situation dans le monde.... Je ne sais ce » que je dois cspércTpour lui et pour moi. Veirtl- » lez bien porter aux pieds de l'Empereur l'hom- » mage de ma résignation a sa volonté suprême.., it Je remets en scs mains mon sort et celui de mon ^ fils. » C'est en Espagne que cette lettre parvint à l'Empereur. Il répondit aussitôt , de Burgos, au ministre des affaires éfrangères : « J'ai lu - la let- » tre de mademoiselle Palerson. Répondez à Turn rcau qu'il lui fasse connaître que je recevrai » avec plaisir son enfant et que je m'en ebargen rai, si elle veut l'envoyer en France ; que, quant » à elle , tout ce qu'elle peut désirer lui sera ac- » cordé ; qu'elle peut compter sur mon estime et i> sur moh désir de lui être agréable ^ue, lorsque !• je me suis refusé à la reconnaître, j7i été conduit t> par des considérations de haute politique ; qu'à n cela près je suis résolu à assurer à son fils un n sort tel qu'elle peut le désirer.^l faut du reste » traiter cette affaire dotuement et secrètement. » Ce fut un tribut fâcheux payé par l'Empereur aux préjugés des anciennes dynasties, de ne pas oser faire asseoir sur le trône de Wcstplialie, ré|lousc ^éricainc de son frère Jérôme. Il eut tort de ne pas compter davantage sur sa puissance. Comme il •avait Tait adopter les rois plébéiens, il ciU aussi fait adopter les reines. La morale y.eùt gagné, «t

liberté. Après l'exclusion du chambellan, l’homme, le^ , citoyen reste. * >

' J.cttre au général Tiirrc.'iii, en date du Ojnillet *

’ I.etirc.dc Burgos^ du 18 DOTCmbre. - *

la politique n’y eût rien perdu. En agissant autrement , il a cru obéir à de hautes considérations ; il ' ne se dissimule pas qu'il blesse un intérêt stfCré.

Du moins cherche-t-il à adoucir la blessure.

IhI question financière était , pour l'Empereur, l'objet d'une perpétuelle sollicitude. Secondé par d'habiles ministres, il avait amené l’administration (lu trésor à un degré de régularité, d'ordre et d’abondance inconnu avant lui. Au moment où j’écris, en 18.14, l'opinion' soulevée se révolte contre les contributions indirectes. L’Empereur alors attribuait à rétablissement de ces contributions l’aisanec qui régnait dans les diverses parties du service. Il se félicitait d’en avoir perfectionné la perception, u Deux millions de propriétaires de :> vignobles, disait un orateur du gouvernement.

Il ont été délivrés du droit d’inventaire et de ceux'

» de vente et de revente qui pesàicnt sur eux. u On croyait avoir, par l'adoiition d’un mode de perception nouveau, assufé pour toujours le facile recoufreinent de ce genre d'impôts. Cette oonfinnee fut justifiée, tant que la quotité des taxes ne dépassa pas de certaines proportion^; mais, quand celte borne fut franchie , le fardeau fut plus difficile à supporter, et, dans les départements méridionaux, le méconlcnlejneut populaire devint un des dangers de l’einpirc et l'un des auxiliaires de la^oiitrerévolution.

Longtemps l'Empereur avait, par la guerri?, 6ntrctciiu en partie ses armées. Il appauvrissait la France en créant des rois ; il faisait des rois vassaux et non des rois tributaires. C'était lui qui , à leur début, était obligé de leur faire des avances. Top- j

dis que Joseph était à Naples, rEinpcrcur lui avait ^ payé cinq cent mille franés par mois. Eh Espagne, il fut aussi forcé de lui continuer scs secours. La courte Joseph, loin àc fournir des ressources à la Fraiige, fut quelque temps une (Aiarge pour son k trésor. A la vérité, l’Empereur conl^lait s’en rcin-^ bourscr à l’aide d’un emprunt * (le vingt-cinq millions qu’il essaya de faire à ParifT contre une garantie do diamants appartenant à la couronn# d'Espagne ; mais l’emprunt n'eut pas de suçc^.

gage que l’on croyait saisir,, échappa aux r(s cherches des agents français à Aladrid. Il fallut en fournir un autre, et l’Empcr^r y pourvut avec les fonds de la caisse du domaine extraordinaire.

L’année 1808, où l’Empereur s’applaudissait, *: avec rais^, de sa situation financière à l’inférieur^ ^ commençait ainsi pour ses finances une èrè nou-^ <

mevoî».

’ C'êtail le l>anqiiier Baqiienaiid qui était chargé de CCI emprunt; . "

t. A L'Empcccnr s’occupa longtemg{ de la recherche de

' I "ces dtahianis ^na pouvoir les retrouver. ^ '■

CHAHTRE XI.

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veltc au dehors. Malgré les six mois de la guerre de 1807, terminée à TilsiU dans le mois de juillet, tes dépenses du déiKirlement de la guerre n'avaient nionlé qu'à trois cent quaranlc-qtialro millions j elles menaçaient de s'élever et s'élevèrent t elTcclivemcni à près de trois cent quatre-vingts millions en 1808.

Après le département delà guerre, le ministère le plus dispendieux est celui de la marine. Trop souvent les créations maritimes de l’Empereur avaient été aussilAt détruites que livrées à la mer. Un nouveau système remplace ses précédentes témérités. La seule Ootlc qui ail quitté les ports français avait pour but d'ajiprovisionner les Iles Ioniennes. La mission a été remplie avec succès, lies frégates isolées ont fait la guerre au commerce anglais ; on évalue leurs priscsà quinze miilions. Une seule frégate a succombé., après un glorieux combat contre des forces supérieures. Jamais les travaux dans les bassins ii'oiit été plus actifs. Dans l'aBnéc, douze vaisseaux de ligne ont été lancés à l'eau. Vingt autres vaisseaux et vingt frégates sont sur les chantiers. Dix vaisseaux armés à Anvers allcndcnl une | destination. Kn ce moment, l'Empereur seine, il : prépare, il amasse et ne compromet rien. Son es- j [►érance est que l’Angleterre forcera TEiinipe à j former une croisade maritime; mais, pour en venir là, il faut, dans sa pensée, que la marine française Soit le noyau de la réunion de toutes les autres marines, et que. le inoincnl venant oà la France appellera, autour (le cont cinquante raiseeaux armés par elle, le contingent de U Russie, de l'Amérique septentrionale, de ritalic, de l'Espagne, de la Hollande cl du Danemark, rAiiglelcrrc soit forcée de descendre au rang que lui avait marqué l.v nature parmi les puissances. L'exécution de ce plan ne demande, selon lui, qu’une campagne bien concertée, et, sans doule, il ne sera pas iiii|)os&iblc, (iisail'i) , de inainlenir, au moins pendant une année, rorgneil de tous les peuples eonlre i’orgucH d'un seul |>cuple. Ce qu'il espértuL contre l'Angleterre s'accomplira contre lui. Cette ligue de l'orgueil de tous contre l'orgueil d'un seul, ce n’est pas l'Angleterre qu'elle atteindra; ce n'est pas l’Angleterre qui on sera la victime.

L'Kmporcur, cette année, tenta, en matière de finances, le jeu le plus audacieux qui jamais ait été imaginé, essai dont nul autre |>rince ou gouvernement n’cùt été capable , parce que nul autre ii'eùt pu en avoir à la fuis, avec la volonté, le pouvoir et les moyens. L'Angleterre prophétisait sans cesse la décadence de la rente française, cl il ne irian-

■ A celle époque, la dépense, terme moyen, de chaque coiiibaiiant sous Ica drapeaux, deptiia le pctuiiier jiu-

quait pas de joueurs habiles pour concourir à cette décadence. De son c6té, Napoléon avait fort à cœur de démentir ces prédictions. .Après la paix de Tilsitt, le cinq pour cent avait été porté à quatrevingt-dix francs; mais, lorsque falTairc d'Espagne se trouva engagée sous de fâcheux auspices, la baisse fut rapide, et la rente semblait devoir bientôt descendre au-dessous de quatre-vingts. L'Empereur SC résignait au cours de quatre-vingts, mais il osa dire à la renie : m Tu n’iras pas plus loin.i* Il lui conmianda de s'arrêter à celle limite, et cette (léternnnation inouïe, il osa, contre toutes ses habitudes, l'adopter seul, sans discussion préalable, sans <lélil)ération ni en conseil, ni avec aucun de scs miiiislrcs. Toute rente olTcrtc au-dessous de quatre-vingts était aussitôt achetée p(N|r le compte du gouvernement. La caisse d'amortissements, la l>anque de Franco fournissent les fonds. <,ïuand elles en manquent, ia caisse do service les supplée. Seul, l'Empereur a délié tous les {wr- Icurs de cinq pour cent, et il a soutenu, six mois, ce pari hasardeux. l*lus de trente millions furent dissipés dans celle lutte entre la hausse et la baisse; mais le cours de quatre-vingts demeura vainqueur. Quoi qu'en puissent dire nos linanciers actuels, c'est une question assez délicate de savoir si ce fut un sacrilke mal placé, et si la chute de la rente, à un taux qui n’admet pas le calcul, n'eut pas été pour la France, soit dans son intérieur, soit dan% sa situation relative à l'égard des autres Étals, suit dans sa puissance morale, une caUmilc plus grande que celle de trente millions perdus.

l.a persévérance de l'Empereur avait réussi. C«î fut lui qui resta maître du terrain. Vingt-cinq à trente spéculateurs à la l>aissc furent ruines. II eut pitié d'eux, il leur donna des places ou des secours. De Madrid même, il écrivait ^ qu’il ne fallait pas laisser tomber le cinq pour ccnl au-dessous de quatre-vingts, qu’à cel égard il ii'adhiellait pas d'excuses. » Je ne regrelte pas les trente millions » que j’ai employés à cet usage. DiU-Ü encore en » coûter aulaul, vous devez tenir la main à ce que » ce cours soit maintenu. » Sans approuver celte mesure de l'Empereur, le ministre du trésor en était l'instrument. Il crut du moins pouvoir profiter de l'occasion pour amener l'Empereur à un système d’amortissement plus étendu. Il reprcseiilail que la caisse d'amortissement rendrait de bien plus grands services si, au lieu d'inlcn'cnir accidentek leim'rit au milieu des acheteurs de fonds publics, on suivait à Paris, comme à Londres, un système régulier destiné à donner la même garantie à tous

qu'au dernirr grade, ue dépassait guère six cents francs. • Le 15 dérrin1>re. •

AFFAIRES INTÉRIEURES

les crrftDciers de la deltc pnlilique.L’Kinpercur ne laissait pas ces rcpK'sentations sans rr(Kinse. n Je N connais bicn^disaiMI, iesyslènic anglais; je sais w que c’est là qu'on veut arriver, mais rette coin- N binaison ne convinil point à notre situation ac>

N luclle Il n'arrive jamais aux demi-savants

«d'avoir tout vu, tout cniii|)aré; ils présentent » avec confUnre des copies, sans songer que t'imi- N ta/ion ne produit pas toujours la resiemblance.

» Dans les raitseontem{torains, comme dans les faits » historiques, on peut trouver des leçons, rarement n des modèles. Où en scrais-jc viS'à>vis de rEuro|>e n entière arec un ÿourememtni que je Mita au H milieu dea décombrea, dont les ron<lemcnts ne -H sont pas encore assis, et dont à tout instant je » dois combiner les formes avec les circonstances n nouvelles qui naissent des variations même de la » politique extérieure, si je soumettais quclques- » unes de ces combinaisons à desinélbodes absolues » qui n'admettent pas de niodiflcation , et qui ne w sont eflicaces que parce qu'elles sont immua- » blés?... On dit qu’une caisse d’amortissement ne n doit être qu'une machine à emprunt; cela peut K être vrai , mais le tempa n’eat paa renw pour la n France de /bnder aea flnancea aur dea emprunta, a La France p.iye exactement les intérêts de sa » dette sans en accroître le capital. Le cours de » celte dette ne doit «loue pas souffrir de grandes « variations, et , dans des temps ordinaires, notre » coisse d'amortissement suflit pour réparer les M écarts de quelques faux calculs... Survient-il des » tcmp<Hes? il faut que je me charge de soutenir » la pimr contre la cupidité. Je me suis persu.*idc n qu’il suflira de résister au premier choc. On m'opn pose des calculs, j'ai fait aussi les miens; l’événe*

« ment jugera les uns et les autres. » L'événement se prononça, pour lui. Mais, eUt-il fallu dépenser <lix fois plus, il ne sc serait pas arrêté. On reconnaît là un des traits essentiels de son caractère. A toute résistance prolongée, il opposait une permanence d'irritation froide, qui ne cessait qu’avec la résistance. Au reste, les réflexions de l'Em|»ereur que nous venons d'exposer, offrent incontestablement un fond de pensées vraies sous beaucoup de rapports. Scs raisonnements sur la situation d'un gouvememcnl qu'il bâtit au milieu des décombres, sur la difllcullé d'allier des méthodes absolues, des combinaisons immuables avec des circonstances ‘ fondamentales qui varient chaque jour, ne manquent sans contredit ni de justesse ni de profmideur. 11 y a dix ans, nos grands faiseurs d'af- Liires eussent peut-être trouvé l'Empereur bien peu avancé dans la science du crédit; mainlenanf* qu'une expérience qui ne s'est pas fait longtemps attemire nous a enseigné combien il y a peu de !

distance entre l'abus et l’usage, avec quelle facilité et quelle promptitude ou |»as5e de l’un à l’autre, et quel espace un dévore en peu de temps. i»cut-étrc devons-nous rendre grâce à l'Empereur de s’étre refusé à l'emploi d'une arme si dangereuse, qui, maniée par lui , eût pu faire à la France le mal incurable qu’elle a fait à l’Angleterre dans les mains de M. l'ilt et des hommes de son école.

Voici l'élal des recettes et des dépenses de la France cl de l'Angleterre en 1808. Four la France, il ne faut p.vs oublier qu'elle comptait alors cent vingt-deux cléparlemenis, qui offraient une population de trente-six millions d'âmes.

{.es n'cetles sc eomposèrenl ainsi qu’il suit : Excédant de recettes de IH08 et

antérieures

8,000.000 fr.

Contributions directes

Enregistrement cl forêts. . . .

Douanes

Droits réunis

Loteries

Postes

8,Sit.OOO

Sels et tabacs au delà des AJpes.

Salines de l'Est

Monnaies

Poudres et salpêtres

Recettes extérieures

Fonds de la conscription. . . .

Ventcsdedoinainesot décomptes.

Recettes diverses

Fonds spéciaux

Total

811,418,000 fr.

Les dépenses furent ré{iarUcs

de la manière sui-

vante :

Dette publique et pensions. . .

103,300.000 fr.

List^ivite, y compris la famille.

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