CHAPITRE XI
AFFAIRES INTÉRIEDRES.
Complément de rorg«niM(ion de riiniversilé impériale. — Nomination de M. de Fonlancs comme (jrand maître de rnniversité. — Idée# de Napoléon *ur la dignité de# fonctions de professeur. — Saf'cssede certaines vues de rEmpereur. — Réficsions de IT.mpcrcur sur l'école de Coinpiêgnc. — Enroiiragcnieni à In fondntuHi de bourses dan* les ijeées. — Opinion .actuelle sur les inconvénients d’une haute instruction dans les rangs inferieurs du peuple. — Compte présenté par l'Institul «lu progrès de# eonnnissanees dans les vingt «Icrnières années. — Effort* de rEmpereur pour la deslriietion «le la inemlicité. — Opinion de l’Empereur sur la eompétence de# conseils généraux de «lépnrlement. — Attention soutenue «le PEmperciir .à presser le# travaux pid)lii-s de tout genre. — S«)llieitu«le de l’Empereur pour le eomnieree. — Kneouragement pour la culmre de l'itidigo et «lu coton.
— Firtes d«>nn«Vs à l’armée dans sa marclie pour rE*i«agnc. — llouneiirs rendus aux rédacteurs du code civil. — Madame de Staël cl madame «le Clievreuse. — Bons procédés «le l’Empereur envers la première femme «le Jérôme Bonaparte. — Questious de finances. — Charges produites pour le trésor par la création «le royautés nouvelles.
— Marine française. — Lutte «lu trésor contre l’agiotage. Pari liasanlcux gagné par le tri’sor contre l’agiotage.
— Raisons «le l’Empereur pour ne pas adopter le système financier de l’.^nglclerrc. — Situation financière de la France et de l'Angleterre en 18U8-
Saivanl Dn usage honorable cl bien entendu , le ministre tic l'intcricur preisenta au corps icgislalir, le â novembre, un exposé de la situation de reiiipirc. Ces exposés réunis ronneraient seuls, en quelque sorte, unrésumédcrhislüircilugouvcrncinenl impérial. Ce sont sans conircdil des docuinciils instruclifs et ulikts à consulter, mais leur r«irinc oratoire attesic trop qu'ils sont niuiiis un récit qu’un panégyrique. Nous serons plus près de l’exacte vérité eu coiisidéraiit rEmpereur dans les mesures qu’il discute et dans les ordres qu'il donne sur chacune des partii:s diverses dont sc cuiii|)ose le tableau annuel présenU; nu corps légisial^. L'Empereur UC perdra pas .i cet c.xamcn.
L’une des œuvres les plus graves de 1808 est l'organi.salion de l’uiiivcrsilé impériale. Nous avons, en 180Ü, fait connaître > les idées cl les projets de l'Empereur relativement à rinstruclioii publique. En 1806, rélablissemenl d'un corps enseignant a été ordonné par une loi. C’est en 1808 que le gouvernement achève son ouvrage. Par un décret du 17 mars, vreiiscigncmeiit public dans tout « rempirc est confié exctusicement à runiversilé ; » aucune école ne peut être formée sans l’auluri-
* Histoire de France^ tome P»,
a salion du chef de l’université impériale. » L'institution subsiste encore; seulement clic vient de perdre le droit exclusif dont elle avait été investie. Ce droit exclusif, suivant le gouvcriiemciit impérial, SC fondait sur l'importance de l’uNtVé. « L'in- N struction publique, disait ce gouvernement, est » deslinée à indiquer le bien et à signaler le mal ;
* clic triomphera d'autant plus sûrement que scs
* forces seront cunccnlrées dans l'unité de but et » do moyens... L'université aura la force «le l'u- » nité, sans partager aucun des ineonvénienfs des » anciennes institutions... Libre dans l'usage de » tous les bons moyens de transmettre les connais- I) sauces humaines et de les étendre, elle ne s'aper- » cevra de sa dépendance de l'aulurilé publique 1* que dans le cas où clic s’égarerait en exerçant s> une action coiilrairc à l'iiitérét public et au bon » ordre de la société. ■> Le décret qui établissait l’université impériale créait, en même temps, une magistrature élevée , uii ministère d'une haute iiiOucncc : c'était la fonction du clicf de celte institution , sous le titre de grand maître. Celle place nouvelle était un appât olTcrl non-sculemcnl à faïubition des individus, mais à celle des opinions rivales qui sc trouvaient en présence à la cour de l'Empereur. Deux partis surtout s'y disputaient la
CriAPITRE XI.
prédominance , k parti philosophique auquel rcs- I laient allachés luus les amis éclairés de la révolution, et le parti anli-philusophique ou religieux, composé d'hommes qui, malgré leur préférence pour la monarchie ancienne, ne demandaient pas mieux que de prendre rang dans la monarchie iioiivcne, en favorisant le retour aux formes du passé et l'extciision indèlinic du pouvoir. Le hé* raut du parti rtdigteux était M. de Chateaubriand ; son métaphysicien , M. de Ronald ; son metteur en œuvre, le courtisan, poêle, orateur adroit, M. de Fttilancs. Chacun des deux partis avait son can- ' didal. Celui du parti philosopliiquc était le chi- I miste Fourcrol, honiinc d'un mérite éminent, qui I d^à , par ses travaux , avait rendu de grands services à rinslruclion publique. Les litres ne furent ^ pas pesés. Co^t M. de Funtancs qui l’emporta, ün I SC tromperait cependant si on jugeait, d'après ce ! choix, les sentiments de r£ni|)ercur. Sa pensée n'était ni rétrograde ni même stationnaire. Nous ' en trouvons la preuve dans les notes particulières qu'il dicta pour faire coiinallre quel était son but . dans la fondation de l'université. Après s’étre oc- j cupé de la partie, pour ainsi dire, matérielle de riiKtitiUion, rRmj)ereur ajoutait : h Dans la situa- | n tiun ' présente des choses, un homme de talent n et de bonnes mœurs élablil-il une école, cette n école a la vogue et la mérite. Survient-il quelque : H malheur à ce particiilicr, l'instruction sc trouve » arrêtée sur-le-champ... A sa mort, rentreprisc n passera ^ivs d'autres mains et dans un autre M système. Ce serait une inconséquence funeste de N laisser, pour ainsi dire, à fonds perdu, l'un des n plus précieux intérêts de l'État... Des directeurs,
■ des professeurs de lycée êont île» magitiratê tmn porlatU». Ils ne sont point, comme les ciitrepre- \ I» neurs de pensions, des maîtres d'hétel et des N stipendiés. Ils marchent, le front levé, avec les » parents dont ils Sont les égaux; ils n’ont point : n devant eux uneconlenance de salariés; ils n’assu- ' !• jcitissciil point leurs principes an caprice et à la » mode. Ils peuvent faire tout le bien qu’ils sont ' B ap|)elés k produire. Enfin l'Empereur veut réa- ' B User, dans un Étal de quarante millions d'iiidi- ; B vidus, ce qu'avaient fait S|>arte et Athènes. Sa ' n Majesté veut un corps dont la doctrine soit â | » l'abri des petites lièvres de la mode, qui marche ' » toujours quand le gouverueiiient sommeille, dont : I* l'adininislralion et les statuts deviennent telle- » nient nationaux, qu'on ne puisse jamais sc déler- » miiicf légèrement à y porter la main. Si scs espé- » rances se réalisent, l'Empereur veut trouver dans B ce corps même une ganotie contre les théories
' 31 mars 1808.
B pernicieuses et subversives de l'ordre social dans n un sens nu dans un autre, b Tel est, selon l'Empereur. le but que tous les gouvernements ont dd se proposer, et qu'ils ont plus ou moins alleiul. A celte occasion, il cite avec leurs Ikiiis et mauvais résultats, runiversité de Paris en Franco; en Allemagne. celles de Gmltingue et d'iéria ; celle d’Oxfurd en Angleterre; en Italie, celles de Pavie, de Pise et de Padouc; en Espagne, celle de Salamanque ; et , en Turquie, le corps des oulémas. L'Empereur urdunne que scs notes soient communiquées au grand maître, aQn que cclui-ci sache bien dans quel sens U entend que l'aniversité s'organise.
Les vues énoncées par l'Empereur nous paraissent saines et pures. Loin d'élre rennemi du progrès, il veut saisir le progrf'S là où il existe et se l’approprier; les pcrfectiuiinemeiits. les améliorations qu'un homme de talent a su ttilroduire, cl qui mourraient avec cet homme de talent, l'Empereur cherche à les placer dat>s un corps qui ne iiieiire pas. il désire, et il a raison, que la doctrine du coTfrs enseignant .soit à rabri dei jteUteâ fièvrti de la mode ; mais tl désire aussi que ce corpe marche quand le gouremement iomtneillc; enfin il veut que ce corps devienne, par ses sUituls et par ses procédés, véritablement national, cl trouve, dans ce caractère, la certitude de s.v durée. Cos intentions de l'Empereur sont précises et formelles, Si l’universilc impériale suit une autre direction, elle sera rebcltc à U volonté de son fondateur.
Nous remarquons, par une lettre du 13 mars, que l'Empereur semble entrevoir, quoique d'une manière un peu vague, un inconvénient auquel, depuis la restauration, on amis beaucoup d'importance ; c'est celui d’une grande surabondance d'humoics nés dans une situation médiocre de fortune, mais ayant reçu une éducation complète, auxquels ne suOisent plus les occupations liberales que comporte l'état de la société, en sorte qu'il existe cooinic un trop plein d'aptitudes de divers genres qui, faute d'une application utile, peuvent fatiguer l'ordre social des mouvements d'une activité diflicile à satisfaire.
« J'ai vu avec |M.*inc, écrit * l’Empereur, que M l'école de Compïègne coûte plus de quatre cent N cinquante francs par homme. Il faut que clia- B que élève ne coûte pas plus de vingt sous |>ar B jour. Ces élèves sont fils de soldats et d'artisans B peu aisés. 11 est contre mon intention qu'on B leur donne des habitudes de vio qui ne leur » seraient que nuisibles. » La réûcxion de l’Em-
* Lettre du 13 mars 1608.
[im]
AFFAIRES INTÉRIEURES
pereor est juste; mais il semble i|u'il la perde bieiilùt de vue. Dans le cours de 1808, huit nouveaux lycées sont mis en activité, et douze cents nouveaux élèves sont appelés à une éducation gratuite. Pour assurer U prospérKc des lycées, sous aiigtiientcr encore les charges de l'Etat, l'Einpe- ! rcur imagine une création de bourses cuinmuna- , les. U 1.4'S budjels des communes qui ont plus de J » vingt mille francs de revenu montent à peu près,
■ dit-il à soixante millions. En leur demandant ! » deux millions, ce ne sera pas demander un
■ vingt-cinquième... Vous pouvez ajoutera votre » projet de décret que tout individu qui voudra
■ fuiidcr une bourse ou une demi-bourse dans un » lycée, sera maître de le faire, et pourra s'en !• conserver la nomination. ■ Par cet encouragement donné à la fondation de bourses et deiuJ* bourses, l'Empereur se livre tout entier au bonheur de venir au secours d'une foule d'honorables familles, sans craindre, comme ou le craint aujourd'hui, do former par une éducation savante un uuinbre disprupurüoiinè de Jeunes gens pour le nombre, relativement inférieur, de fonctions, de professions et d'emplois auxquels ce genre d'éducation parait les appeler. Si le danger ne devait pas se sentir dans les années de guerre de son règne, où l'armée recevait chaque jour une partie de cette jeunesse lettrée, le mal aurait pu se montrer plus tard , dans des années de repos.
A tort ou à raison , ce mal a été réputé depuis (rés-sérieux, en sorte qu’on regarde comme une sorte de nécessité de varier davantage les degrés de riiislruclion, d'en propager les éléments partout, mais CD même temps de rendre plus rare l'accès à ses degrés supérieurs, ou du moins de s'abstenir de le faciliter outre mesure, surtout aux dépens de l’Étal. Certes, nous avons un vif désir de voir l'inslmction primaire aussi répandu# en France qu'eUe puisse l’étre en aucun autre Mys; mais il ne faut pas qu'une bonne pensée AMe à > une autre qui a aOtei ses avantages. On ne saurait j SC dissimuler que la généralisatiou de l'i^|rucUon primaire, et nous en ayons plus d'un exemple sous les yeux, n'est nullement incompatible avec le pouvoir absolu , tandis qu'il y a une espèce d'impossibilité que le pouvoir absolu se maintienne toujours là où il y a beaucoup de lycées, de gymnases ou autres grands établissements de liaute instruction. ^
Une autre circonstance, qui a encore quelque analogie avec le sujet qui nous occupe, frappa plus lard l'Empereur. Ayant visité la maison d'orphe-
' Lettre du 96 mars.
■ Octobre 1808.
Uns rassemblés so«»l$.|M>m d'Eofcnts do la patrie, il ne fut point sati^^de la nature de cette fondation. Selon son nsa^, il réclama, pour l’écUircissemenl de scs doute*), les avis de ses conseillers, « Esl-il da tiS la justice générale ^ qu'un enfant » trouvé de trois ans, ou le fils d'un mendianl. coûte n quatre cenls francs à la ville de Farts, tandis » qu'un secours de quatre cents francs arracherait » à la misère un père, une mère et (rois autres en- » fants? Il y a dans l'inslructiofi des Eitfanls de la » patrie quelque chose que la raison n'approuve K |Ki9 et a quoi Ü faut remédier. » Cette réRcximi de l'Empereur est encore de celles ^'uii homme d'un sens droit ne saurait mauqderw fairc^L^st une science dilTicile que celle du bien en é^emmie politique, et on doit savoir gré au prince d'y afdfr donné ('attention qu'elle mérite. Sa||« préjuger la question , l’Empereur ajoute que , dans toutes les hypothèses, 1a première idée qui se présenle, c’est que, si un (cl établissement est indispensable, il doit être placé hors de Paris et dans un lieu où les vivres soient à meilleur marché. Au reste, nous trouverons ici une pensée qui explique parfaitement la conduite de l'Empereur : % Eorsque B les élahlissemenls de cette espèce, dil^l’Enif^ B n^ur^, «fit pour objet de récompenser les services > ipdu«, on doit les juger sur d'autres principes. » AîqsI , pour les sct^ices rendus, la libérâKté est justice, et l'éducation des enfants, même à an degré élevé, est à ses yeux une dette de l’Ébit.'ïB là son système de bourses nombrcuipt dans lés lycées, système qui depuis, dans dg^ temps où la guerre n'ofTre plus une large carrière à l'ardeur de la jeunesse, peut avoir le fâcheux résultat de surcharger le pays d'une masse considérable d’Iiommes propres a une certaine nature d'action qu’il n'est plus en son pouvoir de leur fournir, et qui peuvent devenir dangereux pour sa tranquillité, le jour où ils cessent d'étre nécessaires à sa grandeur et à sa gloire. ^
Ce genre si nouveau d’inquiétude, qui, de mt jours, a taiai bèaucoup de bons esprits, même en France, qui occupe surtout les gouvernements absolus et leur fait porter une si active sui^llance sur les universités, celte peur d’uiiè'^trop grande diffusion de lumières qui ait pour résultat de multiplier, dans les rangs inférieurs, les ambitions pour les postes élevés, ce mal de la peur,
I provenant d'une telle cause, l'Empereur ne le connaissait pas. C'était eu toute sécurité qu'il faisait servir les moyens dont il disposait à une propagation illimitée des sciences et des lettres. Il y met*
j * Lettre du moU d'octobre 1808.
ClI.VriTRK XI.
lail &on hurmoür, cl cctlc louange éUil une de celles qu'il lut était le plus* agréable de recevoir. Aussi son ministère ne U lui épargiia-l-it pas, en parlant * du compte, présente par rinstilut, du progrès des cuimaissatices dans les vingt dernières apnées.
U Combien, disait le ministre de rintéricur au » corps législatif, elles furent intéressantes ces n séances où les quatre classes du corps illustre » qui honore la France vinrent, au picfl du trùne^ M mêler leurs paisibles trophées aux nobles tro- '• pliées de la victoire!
Il Je crois encore entendre ces députés <les. iet- M très, des sciences et des arts, payer réloquent N tribut de leurs hommages, et, dans les traiis- » ports d’une rospcctiiousv gratitude, prendre » d'honorables engagements qu'ils tiendront, n’en Il doutons pas, eux et leurs successeurs.
» Ils ont déroule sous les yeux de Sa Majesté le N vaste et curieux tableau des connaissances hn- » mailles cl des productions qui ont distingué les M vingt années qui viennent de s’écouler.
» Vous les avc2 parcourus ces tableaux; vous * avez vu, avec une satisfaction mélée de surprise, Il que dans cet intervalle de temps, maigre le mal* H heur des discordes civiles, les sciences physiques N et inaltiéinatiques ont fait des pas immenses, et H rindustrie, de grands progrès; que les arts, et H particulièrement la peinture, ont brillé parmi » nous d’un nouvel éclat; que la littérature an* Il cicime et iiKKlcrne a été cultivée avec succès; H qu’enfin m^s nous sommes soutenus dans tous n les genres dans lesquels nous n’avons pas acquis *» de nouveaux litres de gloire. » La pens«^e de ce compte rendu était belle, et la liche avait été dignement nunpUe. Cuvier, Dacicr, Delambre, Chénier et Lebrclon, en avaient été les organes au nom des diverses classes de i'Iiistitul. Le tort du ministre de rintéricur était d’attribuer à Na|H)lcon des succès que la révolution seule avait pnxluits. Son langage eût été jnstc cl vrai , s’il s'était contenté de dire que, légataire de la révotulion, l'Empereur continuait noldcment son ouvrage.
La destruction de la mendicité ne cesse pas d'occuper i'i'Sprit de Napoléon. C’est de Bayonne qu'est date le décret portant qu’elle est défendue dans tout l'empire. Four répondre à son impatience, le ministre de l’intérieur avait cru devoir présenter un projet qui embrassait tous les dcpartcmenls à la fuis. Cette marche n’obtient point son approluilion. 11 veut une formation successive et non une création simulUnce du dépôts sur tout le territoire.
1* Avec des régies générales, dit-il *, on n’arrive à N rien. 11 faut agir comme les siècles. » Il charge en conséquence le ministre de s’entretenir avec les préfets de quelques départements, ceux de Paris, de Versailles, de Melun et de Beauvais, afin que ces quatre ilépartements, qui sont sous la main du ministre, prennent l'initialivc et donnent un exemple qui puisse être imité par les autres. L’Euipereur calcule que chaque dépOl coûtera, terme moyen, environ cent mille francs; ce qui exigera un capital de dix millions. La dépense ne l’elTraye pas. Ce sera, selon lui, un argent admirablement placé.
On s’est plaint, et sous beaucoup de rapports, avec raison, des limites trop étroites posées par l'Empereur ù raclion des conseils généraux de département. En voici un exemple. Le conseil général de la Uaute-Garomie avait cru devoir discuter le mérite de quelques lois ou décrets. Aux yeux de l'Empereur, ce conseil clatl paria sorti de ses atlribulions. « Les devoirs des conseils généraux, » écrivait-il se bornent à faire connaître comn ment les lois sont exécutées... Ils sont autorisés n à représenter les abus qui les frappent, soit dans n les détails de radminislration. soit dans la ron- » duitc des administrateurs; mais iis ne doivent le » faire qti'en considérant ce qui est ordonne par » les lois et par les décrets comme étant te tuteur » poisibte... Lorsqu'ils s'érigent en petits législa- » tcurs, ils font une chose aussi déplacée qu’une I» cour d'appel qui, au lieu d'appliquer la loi, |>crn drait son tcni|>s à la discuter et i eu proposer N une autre. » I.a comparaison n'est ps exacte. L’empereur oublie que, si les cours d'appel ne doivent pas se livrer à la discussion des lois, au lieu de les appliquer, il a lui-uièmc non-seulement reconnu le droit, mob impose le devoir à la cour de cassation de lui faire connaître les reclifiealions qu'elle pourrait juger utiles dans la législation exis- Untc. Sans doute un conseil général de département ne doit pas tion plus être on corps législatif au petitpied, mais U doit avoir la liberté d'afipcicr l'altoutiou du gouvcrncnieul sur les vices des luis, et d'exprimer des vœux pur leur suppression ou leur prfectiouiH.*ment.
i'armi les soins variables qui occupent l’Kpipercur, il eu est un de tous les jours qui le suit partout, c'osi celui de raccMcration des travaux publies, travaux qu'il presse en vain, et dont l'excculiuii, à son gré, n'c.sl jamais assez rapide, quoique, au moiucut où il ordonne un ouvrage, il couiineiicc toujours pr accorder les fonds que sou
' Expotê de la situation de Pempirv.
* Le 5 juillet.
* I.ctirc du 0 janvier 18011.
ETigilizeS tiÿ XjDOgle
AFFAIRES INTERIEURES
accompiisscmcht doit exiger. Rien ne peint mieux la sollicitude «le rEmpcrciir à cet ^gard , que sa vive et pressante correspondanee avec le ministre de l'iiitérieur. «riic même lettre portant souvent sur 'des oitjels divers, nous suivrons l’onlre des dates plutôt que l'ordre des matières qui s'y trouvent traitées. II ne sera pas sans intérêt de remarquer (tarrois du quel point de territoire et au milieu de quels mouvements de politique nu de guerre l’Empereur reportait. toute sa liberté d’esprit sur les travaux commencés ou à commencer dans l’intérieur de l'eiiipirc. A la suite d’une grande distribution de Tonds pour diverses entreprises, l’Empereur écrivait. le mars: » Mon inlcnlion est que n les dépenses soient faites avec la plus grande ac- » tivité, surtout pour la route de Paris à Mayence, I* et de (’herbourg au mont Cenis. La route du n mont Cenis est d’une si grande importance qu'on » ne doit rien négliger pour la rendre commode et » sûre, iion-seulcment en réalité, mais pour l'ima- » gination. n Cette allcnlion à rassurer le voyageur n’est rien moins que sui>erÜuc. La route la plus sûre sera peu fréquentée, si, en la suivant, l'imagination n’est pas tranquille.
U II n’a été rien fait, continue l’Empereur, au » quai Na{)oléon en 1807. II faut qu’en 1808 il soit n achevé. J’ai ordonné la construction d’un quai « qui irait du Ca)rps législatif au pont d’iéna. C’est Il un ouvrage qui doit être poussé avec vigueur... n Faites-moi connaître ce qu’il peut y avoir à dire I) contre l’idée de faire le pont d’iéna en fer comme » le pont des Arts. Pourrait- il être fait par une n compagnie? » Cxï n’est pas, comme on voit, la faute de l’Empereur si l’exécution de ponts en fer, et par association, ainsi qu’elle a lieu aujourd'hui, n’a pas commencé plus tôt. Ici l’Empereur rappelle au ministre qu’il lui a accordé un million pour la construction de la Bourse. Il lui rcgominande de poser sans délai les fondations de cet édifij^, et d’en faire l’occasion d’une fête pour la bample, les agents de change et le commerce.
U J’ai signé ‘ le décret relatif, à la vtfnte des » canaux. J’attache une grande importance à ce n que les canaux Napoléon, df Bourgogne et du » Nord soient poussés avec la plus grande activité. » Cks canaux ont leurs ressources que j’estime à » cinq ou six cent mille francs par art'. J’ai affecté » deux millions par année aux dépenses de chacun 1* d’eux.
» J’ai destiné pour les travaux de Paris, un fonds » de dix millions, dont deux millions doivent être n dépensés cette année.
• Lellrc do 21 mars.
• Leliré-dc Bayonne, du 28 mai.
Il Parmi les travaux de Paris , je désirerais faire n construire un pont devant les Invalides, puisqu'il n ne nuirait point à la navigation. Un pont qui, i> comme celui des Arts, coûterait six cent millo i> francs, rendrait bien son argent. On en ferait n vendre les actions... » \ ce sujet, l’Empereur rovient sur l’idée qu’il a déjà plus d’une fuis émise, de faire vendre toutes les créations achevées produisant quelque revenu, comme les canaux, les terrains desséchés et autres valeurs récentes, pour en cmployer4es capitaux â des créations nouvelles.
Le 22 mars, l’Empereur ordonne des mesures &c sajiibrité j)our la ville de Boulogne, d’autres mesures pour l’assèchement du territoire de Cqlais, pour l’achèvement de la route de Maldoghem à Breskens, route nécessaire à la communication de Flessingue.
De Bayonne le 2G mai, il exprime sa satisfaction que le pont de Strasbourg à KchI soit Hni et livré au commerce.
Un port d'Italie fixe à un haut degré l'attention de l’Empereur, celui de la Spezzia. « Je prévois * Il que j’y établirai la préfecture des Apennins. Fai- » tes-moi connaître s'il y a une comnfnnicallon de » la Spezzia à Liicques,etde la Spezziaà Livourne, n Il^aut s’occuper séricu.seinent de la coramuni- I» cation de la Spezzia avec Parme. Envoyez-naoi, » ayant le 1" juillet, les projets de communïcatîon Il de la Spezzia à Sarzane et à Pisc, en côtoyant la Il mer; de la Spezzia à Plaisance ou à Parme, de Il la Spezzia à (îénes. Mon projet esU d'établir à Il la Spezzia un autre Toulon. Iles communica- »' lions par terre deviennent donc indispensables.!' Quinze jours après, il revient encore sur ce même projet, auquel il veut faire concourir à la fois'scs ministres de l’intérieur, de la guerre et de la marine. « Les établissements ® maritimes et ceux » de la’ guerre doivent marcher de front avec lu n construction de la nouvelle ville.... I.a Spezzia » sera le chc(-licu du déparlenient des Apennins. I» Il lui faut donc une église, un hôtel pour le pre- I» fet, unchallcrdes prisons, et tout ce qu’ëntraine I» le siège d’une préfecture. » L’Fanpereur prescrit au ministre d’envoyer sur les lieux un ingénieur habile, et donne des instructioiis sur touf ce qu’on doit faire pour accélérer l’accomplissement de scs desseins. Si Napoléon réunissait à son cn>pire beaucoup de [lays étrangers, ce n’était point pour s’en approprier les dépouilles. Dès le lendemain , les pays réunis jouissaient de tous les avantages de l’incorporation. Il n’est pas un territoire ayant aj»partenu à la France, qui ne conserve encore quel-
’ Lettre de- Bayonne, du 10 juin.