Recueil de Margu^ite Périer, p
sur les petits manquements que les postulantes nouvelles venues, dont on ne manque guère céans, peuvent faire, manque de savoir les coutumes et les ordres de la maison, pour les en avertir et les leur apprendre peu à peu. J'ai soin aussi de la plupart de leurs petits besoins extérieurs, pour les pourvoir de souliers, de chausses, d'épingles, de fil, etc. Et parce que la mère Agnès, qui est notre maîtresse , comme vous savez (car je crois que vous savez aussi que je suis encore du noviciat), et la sous-maîtresse qui est une excellente personne dont je n'ai pu m'empêcher de vous parler une fois parce qu'elle étoit alors la première maîtresse des petits enfants, ont trop d'occupation pour se charger de l'instruction de celles qui sont si ignorantes qu'il leur faut apprendre le premier alphabet de la foi, c'est à moi à qui on a donné ce soin ; et afin que vous n'ayez plus sujet de vous plaindre de mon silence, je vous avoue ingénument qu'on m'a aussi chargée de leur conduite dans ce qui regarde la conscience, en sorte qu'elles n'ont que moi pour conseil dans la maison; car dehors elles ont leur confesseur. Voilà en quoi consiste proprement ma charge, pourquoi il est besoin, non pas d'un petit mulet, comme vous dites, mais de quelque chose de plus que ce que j'ai. Vous voyez bien néanmoins que ce n'est pas grand'chose en soi, puisque je n'ai qu'à recevoir des autres ce que je leur dois donner, et que ma sœur Madeleine, qui est toujours présente, peut me redresser dans les fautes que j'y fais, et a l'œil sur elles comme moi, et que les pauvres
filles, qui sont si mal pourvues de conductrices, peuvent , quand bon leur semble, s'adresser à elle ou à la mère Agnès. Mais avec tout cela, je ne laisse pas de bien trembler, quand je considère que j'ai entre les mains la vocation de cinq ou six filles, s'il faut ainsi dire, et qu'elle dépend en quelque sorte de mon peu de cbarité et de lumière, qui fait souvent que je préfère mon repos à leurs besoins, faute de les connoître ou de les vouloir soulager.
u Je vous dis la vérité : voilà naïvement ce qui en est ; je vous avoue que l'ouverture de cœur qui doit être entre nous m'a souvent donné du scrupule sur le secret que je gardois avec vous sur cela pendant que vous étiez ici, et que vous me demandiez si souvent quel emploi j'avois ; et j'avois même écrit sur mon agenda pour savoir de la mère Agnès si je ne vous devois pas cette confidence ; mais Dieu a permis que je l'aie toujours oublié : cela a fait que je n'y ai plus pensé depuis que vous êtes partie. Je n'en ai rien dit non plus à mon frère; s'il le sait, c'est, comme vous, par d'autres que par moi. 11 y a un grand avantage en cet emploi, en ce que sa principale obligation consiste à faire connoître Dieu aux autres, et à leur inspirer et à leur imprimer sa crainte et son amour Mais vous avouerez qu'il y a aussi un grand danger, parce quMl est bien difficile de parler de Dieu comme de Dieu, et qu'il est bien dangereux de donner aux autres de sa disette, au lieu de son abondance. Priez Dieu qu'il regarde mes deux deniers comme les gravides aumônes des riches, et qu'il me fasse la grâce de
mMnstruire moi-même en instruisant les autres. Adieu, ma chère sœur; je suis tout à vous en N.-S.,
« SCEUR DE SaINTE-EuPHÉMIE,
(( religieuse indigne. »
Voici maintenant d'excellents conseils sur la manière de se conduire avec les domestiques.
LETTRE
DE LA SOEUR S AINTE-EU PHÉMIK PASCAL A MADAME PÉRIEn *.
« Ce 15 août lôoo.
« Ma très chère Soeur,
« Je prends une grande feuille, parce que je suis en dévotion de vous faire une grande lettre, si Dieu m'en fait la grâce. Après avoir lu votre lettre, que mon frère m'apporta, je ne pensois pas du tout à y répondre, premièrement parce que je me trouvois très éloignée de le pouvoir; et outre cela je ne croyois point du tout le devoir, parce qu'il me semble qu'il n'y a rien de plus sauvage que de voir une petite novice, qui à peine commence d'ouvrir les yeux à la vraie lumière, vouloir se mêler d'éclairer les autres et de porter le flambeau devant eux. Cela me semble insupportable ; néanmoins, voyant que je ne pouvois vous procurer d'ailleurs le secours que vous me de-