‹ Histoire de FranceChapitre 101 sur 158 · Recueil de Marguerite Périer, p · texte numérisé non relu

Recueil de Marguerite Périer, p

mandiez, parce que rhumilité de nos mères et la maladie de M. Singlin m'en ôtoient tout moyen, j'ai cru que m'étant trouvée autrefois dans la peine où je vous vois, je pourrois vous dire avec liberté ce que je me suis dit à moi-même, puisque, comme je le prétends, nous ne sommes qu'un cœur et une âme en Jésus-Christ.

(( Comme j'en étois là, il m'est venu en pensée que M. de Rebours auroit peut-être bien la bonté de vouloir vous donner quelques avis ; cela m'a fait interrompre pour le consulter, et c'est par son ordre que je vous écris ce qu'il ne peut vous écrire luimême présentement, parce qu'il a fort mal aux yeux, et de plus parce que ce n'est pas, dit-il, à lui à donner conduite à personne ; c'est M. Singlin qui a mission pour cela, et non pas lui, à ce qu'il veut croire.

« Il m'a donné charge de vous dire que, comme c'est une chose constante qu'une des principales et indispensables obligations d'un chef de famille est le ioin qu'il doit prendre de la régler, encore qu'il soit \ rai que ce soin doive être divisé et que celui des hommes regarde principalement le mari et celui des filles la femme ; néanmoins cela n'a pas lieu chez vous, M. Périer étant trop occupé pour s'y donner comme il faut, ce qui vous en charge, sans pourtant l'en décharger, parce que l'obligation principale doit toujours être préférée. Que si vous pouviez le porter à s'acquitter d'un 'devoir si important, vous en seriez quitte; mais si cela n'est pas, vous en demeurez chargée ;, ce qui vous oblige (comme tous voulez

travailler à leur salut^ et non pas simplement vous acquitter extérieurement de cette obligation , ce qui seroit assez aisé) à tâcher premièrement de les bien connoître en les éprouvant même en de petites choses qui vous peuvent faire connoître s'ils ont de la piété ou non, s'ils sont hypocrites ou hardis à se faire connoître mauvais, quels vices régnent en eux, et de quel bien ils sont plus susceptibles. Il faut aussi tâcher de vous faire aimer d'eux en ne les reprenant point aigrement, quoiqu'il le faille toujours faire sévèrement et fortement; et pour cela il faut, autant qu'il est possible, laisser passer son émotion avant de les reprendre, et alors leur faire grande honte de leurs fautes, et leur faire entendre qu'on est beaucoup plus fâché pour le tort qu'ils se font que pour celui qu'on en reçoit; et il leur faut souvent répéter cela, car c'est une maxime générale que tous les esprits qui ne sont pas fort subtils, comme ceux du peuple et des enfants, ne conçoivent autre idée des personnes qu'ils fréquentent que celles qu'ils leur donnent eux-mêmes ; en sorte que, pour se rendre aimable à eux, il leur faut dire qu'on les aime, qu'on s'y croit obligé , et qu'on croiroit manquer au plus important de ses devoirs si on manquoit d'affection pour eux. Après cela il seroit bien difficile que d'autres leur persuadassent le contraire, pourvu toutefois qu'on ait soin de le leur ramentevoir souvent. C'est pourquoi il ne faut pas se contenter de leur donner à entendre par des

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