‹ Histoire de FranceChapitre 107 sur 158 · Ou d'Alcncé, chirurgiec cûièbre du temps · texte numérisé non relu

Ou d'Alcncé, chirurgiec cûièbre du temps

miséricorde. J'ai une joie particulière de n'avoir aucune part à ce miracle ; cela fait que ma joie et ma reconnoissance ne sont traversées d'aucune crainte. J'ai cru prévenir votre désir en vous envoyant l'antienne et l'oraison que l'on chanta devant la sainte relique ; je m'en vas de ce pas demander permission de la dire tous les jours en mémoire de ce bienfait, tant que je serai en état de dire mon office ; je prétends la dire après matines ; mais pour vous, si vous avez cette dévotion, vous le pouvez faire à trois heures après midi, qui est l'heure où il a plu à Dieu de l'opérer, comme c'est celle où il a donné par sa mort une si merveilleuse puissance aux instruments de sa passion. Adieu.

« Depuis, M. d'Alançai a vu Margot, et a jugé la guérison pleine et miraculeuse, mais il a remis à huit jmiMs pour en assurer ; on n'en dit mot jusque-là. »

A EA MlêMÏ >.

« Ce vendredi 31 mars, après midi.

« M. d'Alançai est venu ce matin ; mais avant de V0US dire en quel état il a trouvé la petite , il faut vous dire celui où il l'avoit vue, premièrement seule avec quelqiies-unes de nos sœurs, et ensuite en présence de M. Renaudot^ et de M. Desmarets, qui est

1. Recueil de Marguerite Périer, p. 115. Le Recmil d'Utrecht donne cette lettre, p. 285.

2. Ce ne peut être Théophraste Renaudot, mort en 1653; ç© doit

de la maison de Bailleul. Tous trois sont témoins qu'elle avoit non-seulement le coin de l'œil, mais le dessous et la joue visiblement enflés : surtout le coin de l'œil l'étoit beaucoup ; quand on le pressoit, il en sortoit de la boue, n'étoit qu'on l'eût pressé peu auparavant, en quel cas il ne sortoit que de l'eau plus ou moins épaisse, en moindre ou plus grande quantité une fois que l'autre, sans règle ; mais on ne le pressoit point sans faire sortir quelque chose, pourvu qu'elle eût demeuré la longueur d'un Pater sans le presser. Lorsqu'on l'avoit bien pressé, l'enflure ne paroissoit plus, mais elle revenoit petit à petit en commençant un quart d'heure après ; et en deux ou trois heures elle étoit revenue comme devant. Lorsqu'on la pressoit bien, il en sortoit de la boue par l'œil et par le nez, mais non pas en assez grande quantité pour désemplir celte poche qui ne paroissoit plus, car elle étoit fort grosse ; ce qui fit juger à M. d' Alançai que sans doute il y avoit une autre issue par où il s'en déchargeoit une partie. Il lui fit ouvrir la bouche, et, après l'avoir bien regardée, il connut que l'os du nez éloit percé et qu'une partie de cette ordure entroit 'ians sa gorge par cette ouverture ; et, en effet, il en lira (le toute espèce avec sa spatule, ce qui faisoit qiî'on ne lui pressoit plus son œil sans horreur, parce qu'on savoit qu'il en couloit autant dans la gorge qu'il en sortoit par l'œil. Outre tout cela, il sortoit une trèsmauvaise senteur de «^^ oeil et de son nez. Voilà ce

être son fils, Eusèbe, qui devint plus tard precier mrdocin de la Dar.phine.

qu'il avoit vu il y a environ deux mois, et qui lui fit conclure qu'il ne falloit pas différer à y mettre le feu ce printemps, parce que cet os percé ne feroit que se pourrir de plus en plus, et pouvoit avoir de si mauvaises suites qu'on n'osoit quasi me les dire, comme de lui faire tomber le nez et pourrir la moitié du visage. Il ne désespéroit pas néanmoins de la guérir par le moyen du feu, mais il n'en assuroit point aussi, et assuroit qu'il étoit impossible qu'aucun autre remède humain le put faire. Yoilà l'état auquel il l'avoit vue ; à quoi il faut ajouter que tout cela étoit encore beaucoup augmenté depuis ce temps-là, de sorte que sa maîtresse m'a dit aujourd'hui que, quand elle la mena baiser la sainte relique, elle n'avoit nulle pensée de son œil, mais qu'elle s'en avisa en la voyant approcher, à cause de l'horreur qu'il lui fit, tant il étoit mal, et que la douleur qu'on lui faisoit en la peignant étoit si grande qu'elle lui faisoit beaucoup pleurer les yeux malgré elle.

« Ce matin donc, M. d'Alançai étant venu, on la lui a présentée sans rien dire. 11 s'est mis à la regarder de tous côtés sans rien dire; il lui a pressé l'œil; il a fait entrer sa spatule dans le nez ; et à tout cela il étoit bien étonné de ne trouver rien du tout. On lui a demandé s'il ne se souvenoit pas du mal qu'il lui avoit vu; il a répondu bien naïvement : a C'est ce que je cherche, mais je ne le trouve plus. » Je l'ai prié de regarder dans la bouche ; il l'a fait, il y a porté sa spatule, et il y a si peu trouvé qu'il s'est mis à rire et a dit : a II n'y a rien du tout. » Sur cela, ma sœur

Flavie lui a dit ce qui s'étoit passé. Il lui a fait répéter plus d'une fois, car c'est un homme fort sage et prudent ; et après avoir écouté paisiblement, et après avoir demandé si cela s'en étoit allé sur l'heure, et que l'enfant même a répondu qu'oui, il a dit qu'il donneroit, quand on voudroit, son attestation qu'il étoit impossible que cela se pût faire sans miracle. Il ne veut pas assurer non plus que nous que le mal ne reviendra pas, parce qu'il n'y a que Dieu qui le sache ; mais il assure que pour le présent il n'y en a point du tout, et qu'elle est parfaitement en bon état. Yoilà les propres termes ou l'équivalent ; il nous a néanmoins exhortées à n'en faire pas de bruit pour le présent, et à renfermer les mouvements de notre reconnoissance dans notre maison, autant que cela se pourra, de peur de faux jugements. Il ne s'est pas expliqué davantage . mais nous avons bien entendu qu'il vouloit dire que notre heure n'étoit pas encore venue, et que c'est à d'autres à qui il faut dire : Cest ici votre heure. Je désire de tout mon cœur que le reste ne leur convienne pas, comme il semble ; car on peut bien appeler ténèbres tout ce qui s'oppose à la lumière de la vérité. Sur cela, il a exhorté la petite à profiter d'une si grande grâce; et sa maîtresse nous a dit que rien ne lui faisoit mieux croire que c'est un miracle, que de voir que Dieu semble la changer et qu'elle est abonnie depuis ce temps-là.

(( Je ne sais plus rien de la visite de M. d'Alançai ; car, comme j'avois su tout ce que je désirois, je les ai quittés, et je suis sortie seule pour te le conter bien

à la hâte, car je n'ai point de temps. Adieu, priez le Seigneur qu'il me fasse la grâce d'avoir de bons yeux dans le cœur, bien sains, bien purs et bien clairvoyants. Il faut encore que je vous dise que toutes les fois qu'on parloit du mal de Margot devant M"'" d'Aumont\ elle souhaitoit qu'elle mourût pour ne pas tant souffrir, et que, quand on parloit de miracles peu assurés, elle disoit que si ce mal guérissoit par l'attouchement de quelque relique, ce seroit vraiment celui-là qui seroit un miracle. »

GLOIRE A JÉSUS, AD TRÈS SAINT SACREMENT

« 24 octobre 1656.

«Ma très chère Sœur,

« Je ne doute point que la joie de mon frère n'ait surmonté sa paresse , et qu'il ne m'ait prévenue en vous mandant la conclusion du miracle dont je ne puis vous mander aucune circonstance, sinon qu'il y a huit ou dix jours que la petite fut vue juridiquement par des chirurgiens d'office, en présence de M. l'oîticiaP, à cause de quoi on la fit sortir avec sa sœur en habit du monde, et que, hier ou aujourd'hui,

1. Anne Hurault de Chiverny, veuve du marquis Charles d'Aumont, lieutenant général, mort à Spire de ses blessures en 1644, une des bienfaitrices de Port-Royal, qui s'y retira, et y décéda en 1655. Voyez IVP^« de Sablé, chap. IV, p. 192, et le Nécrologe, p. 487.

2. Recueil de Marguerite Périer, p. 117. Le Recueil d'Utrecht donne un fragment de cette lettre, p. 289.

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