Sic
3. Petite-fille du duc et de la duchesse de Liancour, qui épousa le prince de Marsillac, fils de La Rochefoucauld.
M. Jean le Petit, libraire, son neveu, la mena céans en dévotion à la sainte épine. Depuis ce jour-là, cette mauvaise odeur cessa si absolument qu'elle n'en avoit aucun reste. Environ huit jours après, elle revint un peu. Sur quoi M""^ de Courbe prit le dessein de la ramener ; et incontinent qu'elle l'eut dit à l'enfant, la mauvaise odeur cessa tout à fait, et n'a aucunement paru. Depuis elles vinrent céans toutes deux en rendre grâces, et on me les fit voir il y a dix ou douze jours. M'""* de Courbe, craignant de n'être pas crue, parce qu'on ne la connoissoit point céans, amena M. le vicaire de Saint -Séverin, qui voulut bien prendre cette peine pour rendre gloire à Dieu et témoignage à la vérité.
« Un jardinier de nos voisins qui ne nous aimoit pas trop, je ne sais pourquoi, se trouvant ces jours passés avec M. de Saint-Gilles^ ou quelqu'autre de ces messieurs, lui dit en son patois, tout en grondant : « Je devrois pourtant bien les aimer, car j'ai été guéri dans leur église d'un grand mal d'oeil , à quoi \e ne savois plus que faire. Je suis le second miracle pi s'y est fait. )>
« Il y a aussi une religieuse de Troyes en Champagne qu'on dit avoit été guérie d'une fistule avec mauvaise odeur, comme la petite. J'espère que nous en saurons les particularités, car M"*® du Plessis Guénégaud^ y est allée exprès pour le vérifier. »
1. Antoine Baudri, S"" de Saint-Gilles d'Asson, gentilhomme de Poitou, un des solitaires de Port-Royal.
2. Elisabeth de Choiseul-Praslin, femme de Henri du Plessis-Gué-
EXTRAIT b'cne lettre de la même a la même *.
gloire a jésus, ad très saint sacrement.
« Ce 30 octobre 1656.
« Ma très chère SœuR,
« Mon frère ne manquera pas de vous envoyer des imprimés de la sentence par laquelle, comme vous verrez, M. le grand vicaire nous ordonne de chanter une messe d'actions de grâces le vendredi 27 de ce mois. On nous fit commencer cette solennité dès la veille, où nous chantâmes vêpres de la sainte couronne, de quoi nous fîmes office double le vendredi en chantant toutes les heures, et les chantres tenant le chœur comme aux grandes solennités. Ma petite sœur Marguerite (qui ne s'appelle plus Margot) étoit au chœur parmi les novices, parce que c'étoit sa fête, car les petites n'y viennent pas d'ordinaire, afin que rien ne manquât à la cérémonie. Le lendemain, il se trouva, dès le grand matin, quantité de monde à réglise, quoiqu'il plût beaucoup. On fit dans notre chœur un petit autel contre la grille qui demeura
négaud, secrétaire d'État, si connue par les lettres de M"^« de Sévigné. « Elle avoit pris, dit le Nécrologe, p. 332, ce monastère en une telle affection qu'elle s'y étoit fait construire une chamhre dans le corps ^de logis devant l'église, où elle se retiroit souvent. »
1. Recueil de Marguerite Périer, p. 118. Le Recueil d' Utrecht donne cette lettre, p. 290.
ouverte, paré de blanc et couvert d'un beau voiîa de calice, sur quoi notre mère posa le reliquaire de la sainte épine environné de quantité de lumières, où M. le grand vicaire, qui faisoit la cérémonie, le vinf prendre avec la croix, accompagné de seize diacres qui tenoient des cierges ; et il le porta en cérémonie, couvert du dais, comme à la procession du saint sacrement, jusqu'à l'autel , deux diacres Tencensant continuellement, où il le posa sur un petit tabernacle bien paré, qu'on avoit fait exprès. Cependant toutes les sœurs, avec leurs grands voiles baissés, chantèrent à genoux devant la grille l'hymne : Exite filiœ Sion^ et rantienne O corona. avec des cierges allumés, aussi bien que la petite guérie qui étoit devant notre chœur, tout devant la grille, habillée en sécuhère fort proprement, mais fort modestement, avec une robe grise et une coiffe', et à genoux sur deux grands carreaux, afin qu'elle fût assez haute pour être vue d'une foule de peuple qui grimpoit où il pouvoit pour la voir. Ensuite de quoi on ôta l'autel, et M. le grand vicaire dit la sainte messe qui fut chantée avec beaucoup de solennité : pendant quoi le milieu de la grille demeura ouvert, afin que le peuple eût la consolation de voir la petite qui en étoit proche, sur un prie-Dieu couvert d'un tapis, avec un cierge allumé devant elle et une chaise pour s'asseoir quand elle en
i. C'est à peu près ainsi que l'a représentée Philippe de Champagne, le digne peintre de Port-Royal, en un tableau admirable, tout à fait inconnu, mais parfaitement authentique, égaré aujourd'hui dans Téglise de Liuas, village à quelques lieues de Paris.
auroit besoin. Elle demeura la avec autant d'assurance que si c'eût été sa place ordinaire, se levant et s'agenouillant quand il falloit, avec autant de modestie que si elle eût été bien dévote, et d'aussi bonne grâce que si on lui eut bien fait étudier. A la préface, on rôta pour la communion des sœurs, qui dura longtemps, parce que toutes celles à qui leur santé et leurs occupations l'avoient pu permettre , s'étoient réservées pour cette messe qui fut fort solennelle, le célébrant y étant accompagné de ses diacres, et de six acolytes avec des cierges allumés. La messe étant achevée, on ouvrit la grille entière ; on remit le prie- Dieu, et nous descendîmes toutes dans les chaises des novices, avec des cierges à la main. Le Te Beum fut chanté, pendant quoi le célébrant après avoir encensé la sainte épine, l'adora le premier, puis la donna à baisser à tous les ministres de l'autel ; ensuite de quoi on le supplia de s'aller reposer, parce qu'il étoit plus de midi : un des prêtres la prit pour la faire baiser au peuple ; nous refermâmes la grille et chantâmes sexte pour achever la solennité du matin, qui dura jusqu'à l'après-dînée, où nous ne fîmes que mémoire des saints apôtres saint Simon et saint Jude, ayant eu ordre de faire vêpres entières de la sainte couronne. « Yoilà tout ce que je sais, sinon qu'il faut ajouter que le temps étant devenu plus beau pendant la céré monie, l'église ne désemplit pas le matin, et qu'on vendit un si grand nombre de sentences de M. le grand vicaire qu'on estime qu'il y en eut pour cent francs à un sol la pièce, seulement dans la cour qui est de-
vantla porte de l'église. Je n'ai ni le temps ni le pouvoir de vous dire mes sentiments sur ce sujet ; je crois que vous en jugez par les vôtres. Tout ce qui regarde Dieu est ineffable, et s'apprend beaucoup mieux par l'expérience que par des paroles. Prions Dieu seulement qu'il nous fasse avoir toujours présente au cœur une si grande merveille, et que le temps ne la fasse pas vieillir à notre égard, puisqu'il ne sera pas moins admirable dans dix ans d'ici qu'un si grand mal ait été guéri en un instant que dans l'instant où il le fut. Il faut que je quitte par nécessité : je ne vois plus goutte que pour vous dire que ^P'^ d'Aumont, qui a beaucoup de bonté pour nous tous, vous envoie le portrait^ de ma petite sœur Marguerite en taille-douce, ne doutant point que vous n'ayez bien envie de la voir. On lui a fait toucher la sainte épine. »