GLOIRE A JÉSUS, AD SAINT SACREMENT DE L'ADTEI
Invisible soutien de l'esprit languissant,
Secret consolateur de l'âme qui t'honore.
Espoir de l'affligé, juge de l'innocent,
Dieu caché sous ce voile oii l'Église t'adore,
Jésus, de ton autel jette les yeux sur moi;
Fais-en sortir ce feu qui change tout en soi;
Qu'il vienne heureusement s'allumer dans mon âme.
Afin que cet esprit qui forma l'univers,
Montre, en rejaillissant de mon cœur dans mes vers,
Qu'il donne encore aux siens une langue de flamme!
Au fond de ce désert et ne vivant qu'en toi. Je goûte un saint repos exempt d'inquiétude. Tes merveilles, Seigneur, pénétrant jusqu'à moi, Ont agréablement troublé ma solitude.
J'apprends que par un coup de ta divine main. Trompant l'art et l'espoir de tout esprit humain *, Un miracle nouveau signale ta * puissance. Ce miracle étonnant, dans un divin transport. Me presse de parler par un si saint efî'ort, Que je ne puis sans crime être encore en silence.
i. Ce vers manque dans la copie récente et dans l'imprimé. 2. L'imprimé : sa p.
Ce climat, si fertile en diverses beautés,
Bien qu'il n'ait d'ornements que ceux de la nature.
Qui, sans l'aide de l'art, fait voir de tous côtés
Des grandeurs de son Dieu la naïve peinture,
L'Auvergne, en sa Limagne, étant loin de ces monts
Où de sombres rochers, sans fruits ni sans moissons,
Ne font voir en tout lieu qu'un affreux précipice,
Renferme un petit mont si fertile et si beau.
Et si favorisé du céleste flambeau.
Qu'on le nomme Clairmont pour lui faire justice
Une ville en ce lieu, féconde en habitants, Riche en possession, et chef de la pro^^nce, Dans des troubles divers s'est fait voir en tout temps Aussi fidèle à Dieu que fidèle à son prince; Et même lorsqu'Henry, cet invincible Roi, Sembloit avec raison, par Terreur de sa foi. Soulever contre lui tout le peuple fidèle, Cette heureuse cité fit voir dans le hasard Qu'elle rendoit justice à Dieu comme à César, En conservant sa foi sans devenir rebelle.
Dieu, par sa providence, ayant choisi ce lieu, En tira le sujet d'un prodige visible.
Montrant que quand il veut il sait agir en Dieu, Et tirer un grand bien du mal le plus horrible. Une enfant de sept ans, fille d'un sénateur Qui depuis fort longtemps s'efforce avec honneur De rendre en chaque cause un arrêt équitable. Sur Tordre de celui qui fait vivre et mourir,
Fut surprise d'un mal si pénible à souffrir Qu'elle eût touché le cœur le plus impitoyable K
L'œil de cette petite en imminent danger, Jetant incessamment une liqueur impure, Obligeoit ses parents à ne rien négliger Pour arrêter le cours de cette pourriture. Paris, où tous les arts se savent signaler, Les voit venir chez elle ou plutôt y voler, Pour trouver un remède à ce mal qui s'obstine. Mais n'étant pas un mal facile à secourir, L'avis des médecins est qu'il ne peut guérir Sans appliquer le feu jusque dans la racine.
Cet arrêt si sensible cà l'amour maternel
Affligeant à l'excès sa mère désolée ,
Elle craint pour l'enfant le remède cruel^
Et pense que sa mort l'auroit mieux consolée.
Sur cela, l'on propose un remède plus lent,
Mais de beaucoup moins sûr, comme moins violent,
1. Ces trois stances, III, IV et V, sont abrégées comme il suit d la copie récente et dans l'imprimé.
Il faut donc que ma voix retentisse en tout lieu,
Pour rendre à l'Éternel d'immortelles louanges,
Qui daigne dans (l'imp. : en) nos jours agir vraiment en Dieu,
Tirant les plus grands biens des maux les plus étranges.
Au milieu de l'Auvergne, une enfant de sept ans, Soit pour son péché propre ou ceux de ses parents, Ou pour une autre fin, sans qu'ils fussent coupables, Par l'ordre de celui qui fait vivre et mourir, Fut surprise d'un mal si pénible à souffrir. Qu'elle eût touché le cœur des plus impitoyables.
Dont on a \u, dit-on, quelque cure admirable Lors cette bonne mère en fait bientôt le choix. Quoique les médecins assurent d'ane voix Qu'à tout, sinon au feu, ce mal est incurable.
Par un ordre secret des volontés de Dieu, On renferme l'enfant dans un saint monastère. Pour user de cette eau qui doit sauver du feu. Faisant le même effet par un moyen contraire - Le Port-Royal s'en charge, et veut bien prendre soin D'assister cet enfant dans un si grand besoin, Par un zèle obligeant autant que charitable. Mais tandis qu'on se sert de cette eau vainement. Dix-huit mois écoulés font voir bien clairement Que le premier avis n'est que trop véritable.
C'est ici, mon Sauveur, qu'il faut hausser ma voix Pour faire entendre à tous un mystère admirable. Adorant tes desseins sur ceux dont tu fais choix Pour signaler en eux ton pouvoir redoutable Ce mal invétéré faisant un grand progi'ès, Sans que l'on pénétrât dans les divins secrets. Obligea de quitter ce remède inutile ; Après quoi s'augmentant avec beaucoup d'excès. Tu fis voir clairement par ce triste succès Combien la guérison en étoit difficile.
Une enflure apparente à l'entour de son œil. Commençant au-dessous, atteignoit la paupière. Et son âpre douleur, s'opposant au sommeil, La laissoit sans dormir presque la nuit entière. Que si, pour lui donner quelque soulagement. On pressoit la tumeur quelque peu seulement.
Il sortoit trois ruisseaux de cette source impure; Le visage au dehors s'en trouvoit tout gâté. Et même le dedans en étoit infecté.
Ce mal en l'os pourri s'étant fait ouverture K
L'horrible infection de cette étrange humeur, Jetant de toutes parts une odeur empestée, On ne pouvoit juger sans beaucoup de ferveur Que cette puanteur put être supportée.
Cependant, mon Sauveur, tu sais qu'en même tei^ps Les vierges qu'on emploie à servir les enfants Disputoient saintement pour lui rendre service; Et ses compagnes même, imitant leur bonté, Souffroient si doucement cette incommodité Qu'on ne peut l'oublier sans leur faire injustice.
Son teint défiguré, son œil horrible à voir , Son odorat perdu, sa parole afToiblie, Faisoient à son abord aisément concevoir La grandeur du péril qui menaçoit sa vie. Même les médecins, consultés de nouveau, Souhaitoient par pitié de la voir au tombeau, N'espérant presque plus en l'industrie humaine. Il lui falloit neuf fois faire sentir le feu. Sans peut-être pouvoir empêcher que dans peu Ce mal ne la rongeât ainsi qu'une cangrène.
Cependant la rigueur d'une triste saison
Nous tenant dans le froid d'un hiver assez rude.
1. Note de l'ancienne copie : « L'os du nez étoit percé et l'ordure tomboît de l'œil dans la gorge. »
On n'osoit travailler à celte guérison.
Attendant le beau temps avec inquiétude. Mais lorsque le soleil, se rapprochant de nous, Nous rendit au printemps un air tranquille et doux. On résolut tenter cette cure incertaine. Son père ayant voulu qu'on l'en fit avertir, Des lettres coup sur coup le pressent de partir; Car l'amour paternel veut qu'il ait cette peine.
Dans ce mois que Jésus, mourant pour notre amour,
A voulu consacrer de son sang adorable *,
A l'heure de midi de ce céleste jour
Que son dernier festin nous rend si mémorable,
Alors ce mal funeste, ou plutôt bienheureux,
Puisqu'il devoit avoir un succès glorieux,
Semblant prendre à toute heure une vigueur Louvelle;
Poar la dernière fois on mande à ses parents
Que, sans rien consulter, ni perdre plus de temps,
Il faut enfin tenter cette cure cruelle.
0 merveille qu'un Dieu pouvoit seul opérer!
Sa sainte providence en cette conjoncture
Voulut ce même jour hautement déclarer
Qu'il est le souverain de toute la nature.
A l'heure 2 où ce Sauveur daigna mourir pour nous,
Après avoir senti les injures des clous,
Les efforts de l'Enfer et toutes leurs machines,
Et qu'un peuple, inventif en son impiété,
Comme pour couronner toute sa cruauté 3,
Oatragea son saint chef tout couronné d'épines.
1. Note de l'ancienne copie : « L'eucharistie fut instituée le "24 de mars. »