Marguerite
fils aîné 1, il a été trouver M. Singlin à qui il a déclaré son cœur, et lui a témoigné qu'il a un éloignement entier du monde et qu'il ne pense qu'à se donner à Dieu. M. Singlin fit tout ce qu'il put pour le tenter, jusqu'à lui dire que monsieur son père étant si honnête homme et si grand justicier, il y avoit tout sujet d'espérer qu'il l'imiteroit, et que ce n'étoit pas un service peu agréable à Dieu que de rendre bien la justice. Tout cela ne l'ébranla point , et il le fut encore moins après; car M. Singlin, le voyant si ferme, se mit de son côté et le confirma autant qu'il put dans son dessein, qui est fort bon ; car sa vue est de se joindre à M. de Tillemont et à M. du Fossé-, qui sont deux aussi honnêtes gens que Ton puisse voir. M. Singlin m'a ordonné de vous mander cela nonobstant le carême , pour vous réjouir tous deux et vous porter à rendre grâces à Dieu. »
Bientôt la persécution s'appesantit sur Port-Royal. Au mois d'avril de cette même année 1661, un ordre'
1. Etienne Périer. Il ne put accomplir les vœux et les espérances de sa tante. Obligé bientôt de sortir des écoles de Port-Royal, il alla demeurer chez son oncle Pascal, qui lui fit faire sa philosophie au collège d'Harcourt, dont son ami, M. Fortin, était principal. Il cultiva ensuite les mathématiques et le droit, succéda à son père dans la charge \e conseiller à la cour des aides de Clermont, se maria en 1G78 et mourut en IGSl. Il professait toutes les opinions de Pascal; il eut une grande part à l'arrangement des Pensées, et il est l'auteur de la préface.
2. Tous les deux sont assez connus. Le premier est le plus grand critique du xvii« siècle dans l'histoire ecclésiastique, et l'autre a été pour beaucoup dans les travaux de Le Maître et de Saci. Il a laissé d'intéressants mémoires.
de la cour enjoignit aux deux monastères de rendre à leurs familles toutes leurs pensionnaires. Jacqueline et Marguerite Périer se retirèrent auprès de leur mère, qui était alors à Paris, rue Saint-Étienne-du-Mont. Leur tante ne manqua pas de leur rappeler et de soutenir leur vocation religieuse.
LETTRE
DE LA SOEUR JACQUELINE DE SA INTE-E D PHÉM lE PASCAL A MESDEMOISELLES PÉRIER SES NIÈCES '.
«GLOIRE A JÉSUS, AU TRÈS SAINT SACREMENT
« Ce 47 juin IGGl K
« Mes très chères Sœurs,
« Je ne sépare point ma lettre parce que Dieu me donne cette consolation dans ma douleur de vous voir parfaitement unies dans le dessein d'être entièrement à Dieu. Je le supplie de tout mon cœur de vous affermir de plus en plus dans cette disposition ; mais, mes chères sœurs, vos actions et votre fidélité à suivre les lumières que vous avez reçues doivent être les plus efficaces prières de toutes, et il est sans doute que sans celles-ci les nôtres seront peu écoutées de Dieu. Je sens une joie extraordinaire, quand je me souviens des bonnes dispositions qui sont marquées dans vos lettres ; et comme je ne souhaite aucun bien ni aucun
1. Recueil de Marguerite Périer, p. 454, Recueil d'Utrecht, p. 308.