Voyez plus haut, p. 266 et
RÈGLEMENT POUR LES ENFANTS. 3r)i
qu'il faut éviter sur toutes choses, et que toutes les maîtresses ne puissent pas les entretenir dans une si exacte discipline, en gagnant en même temps leur affection et leur cœur, ce qui est tout à fait nécessaire pour réussir dans leur éducation. C'est donc à la prudence à tempérer toutes ces choses, et à allier, selon la parole d'un pape, une force qui retienne les enfants sans les rebuter, et une douceur qui les gagne sans les amollir: Sit rigoi\ sed non exaspefans : sit cunor, sed non emolUens.
GLOIRE A JÉSUS, AU TRÈS SAINT-SACREMENT
Ce 15 avril 1657.
Je vous demande très humblement pardon si j'ai différé si longtemps à vous ^ rendre compte de la manière dont j'agis avec les enfants. Ce qui m'a empêchée de le faire dès la première parole que vous m'en avez dite a été que je croyois que vous me demandiez que je misse par écrit la manière dont il les falloit conduire, ce que je ne jugeois pas pouvoir entreprendre sans une très-grande témérité, ayan", si peu de lumière pour un emploi si difficile. Car je vous puis assurer qu'il n'y a que la seule obéissance qui soit capable de m'y faire faire la moindre chose, et que si je n'y gâte pas tout, cela se peut attribuer à l'efficace des paroles de notre mère qui me dit, en m'en donnant le soin, que je ne me misse en peine de rien et que Dieu seul feroit tout : ce qui apaisa tellement le trouble dans lequel mon impuissance m'avoit mise que je demeurai pleine de confiance et avec un aussi grand repos que si Dieu même m'avoit fait cette promesse; et j'avoue à ma confusion que, quand je me regarde moi-même et que j'entre dans le découragement, comme vous savez que je fais assez souvent, ces seules paroles, Dieu fera tout, prononcées avec confiance, rendent la paix à mon âme. Mais ce qui m'a ôté de peine, c'est que vous m'avez dit depuis que vous ne me demandiez pas que j'écri-
l. Jacqueline s'adressft à son directeur, M. Singlia.
visse comme il les falloit conduire, mais seulement comme je les conduisois, afin de remarquer les fautes que j'y commets, qui ne détruisent pas seulement ce que Dieu y fait par moi, mais apportent même de grands obstacles aux grâces qu'il met dans ces âmes.
Pour garder donc quelque ordre dans cette reddition de compte, je commencerai premièrement à vous dire comment j'ai distribué les heures de la journée, et en second lieu ce que je fais pour leur conduite spirituelle et corporelle.