RÈGLEMENT DE LA JOURNÉE
Du Lever des enfants.
1. Les plus grandes se lèvent à quatre heures; celles qui les suivent, à quatre heures et demie ; les moyennes, à cinq heures, et les plus petites, selon leur besoin et leurs forces. Car vous savez que nous en avons de tous âges depuis quatre ans j usques à dix-sept et dix-huit.
2. En les réveillant on dit Jésus : et elles répondent Maria j ou Deo grattas.
3. Elles se doivent lever promptement , sans prendre du temps pour se réveiller, de peur de donner lieu à la paresse. Si elles se trouvent mal, elles doivent en avertir celle qui les réveille, afin qu'on les laisse encore reposer. S'il y en avoit quelqu'une des grandes qui eût ordinairement besoin de plus de repos que l'heure marquée, on lui en donne ce qu'elle en a besoin, afin que l'heure qu'on leur aura prescrite étant venue, elles se lèvent avec promptitude ,. étant dangereux de s'accoutumer à la paresse à la première heure de la journée.
h- En s'éveillant elles disent une petite prière qui leur est propre pour cette heure-là.
5. Aussitôt qu'elles sont levées, elles adorent Dieu et baisent la terre, et puis viennent toutes dans la chambre destinée pour s'habiller, et adorent Dieu encore une fois devant
leur oratoire à deux genoux et tout haut, de crainte que quelqu'une ne l'eût oublié.
6. Les grandes se peignent l'une l'autre, et elles doivent faire cette action dans un parfait silence , étant bien raisonnable que leurs premières paroles soient de prière et d'actions de grâces à Dieu ; et si quelques-unes par nécessité ont quelque chose à dire, elles doivent s'adresser à leur maîtresse, afin qu'elle-même puisse demander ce qu'elles auront besoin à celle qui en aie soin, pour éviter toutes les paroles qu'elles se pourroient dirent les unes aux autres pendant un si grand silence que celui du matin, et pour empêcher aussi que, comme il faut parler fort bas durant ce temps-là, elles ne prennent occasion de dire quelque autre chose que le nécessaire, qui ne pourroit être entendu de personne, ce qui leur pourroit être une occasion de faire un mensonge, si on venoit à leur demander ce qu'elles auroient dit. Cet étroit silence dure jusqu'au Pretiosa de prime, et il se garde aussi depuis V Angélus du soir, même en été, quand elles se promènent au jardin.
Du temps que les enfants s'habillent.
1. On les exhorte à se peigner et s'habiller le plus promptement qu'elles peuvent, pour s'accoutumer à donner le moins de temps que l'on peut pour orner un corps qui doit servir de pâture aux vers, et pour réparer les inutilités des femmes du siècle à s'habiller et à se coiffer.
2. Aussitôt que les grandes sont habillées, elles peignent et habillent les petites avec la même promptitude et le même silence. On fait en sorte que le tout soit achevé au plus tard à six heures et un quart, qui est environ le temps où on sonne la première messe.
3. Chaque grande a soin de faire répéter les prières aux petites en les peignant et coiffant.
Des Prières du ?natm,
1. Au dernier coup de prime, ou au plus tard au Pretiosa, elles se mettent à genoux pour commencer les prières aus-
sitôt que le signal a été donne par la maîtresse qui y assiste toujours, ou la sœur qui lui est donnée pour compagne. L'on commence par les prières qui leur sont destinées, et puis on dit de suite les primes du grand office. On nomme toutes les semaines une enfant qui commence toutes les prières qui se disent à la chambre. C'est pourquoi je l'appellerai ensuite la semainière.
2. Les primes et les compiles se disent d'un ton médiocre , ni trop haut ni trop bas, faisant de légères méditations. Elles sont toutes debout pendant toutes les primes et les compiles.
3. On les avertit qu'elles demeurent en cette posture pour témoigner à Dieu qu'elles sont toutes prêtes à accomplir ses saintes volontés.
à. Toutes les prières générales que l'on fait dans la chambre sont dites lentement, distinctement, et avec de bonnes poses.
5. A la fin de prime, elles sont un petit espace de temps, environ de deux Miserere, pour considérer devant Dieu ce qu'elles ont à faire le long de la journée et les fautes principales qu'elles auroient pu commettre le jour précédent, afin de lui demander sa sainte grâce pour prévoir et éviter les occasions qui les y ont fait tomber.
Des Lits et du Déjeuner des enfants.
1. A la fin des prières elles vont toutes ensemble faire leurs lits et ceux des petites , les faisant deux à deux selon qu'on les a destinées , et personne ne sort d'une chambre que toutes n'ayent entièrement fait , si ce n'est que la sœur qui les accompagne ne permît à quelques-unes d'aller en commencer d'autres dans la chambre prochaine , croyant les pouvoir voir eu se mettant en lieu d'où elle puisse voir dans les deux chambres en même temps, et encore prendon garde quelles enfants on envoyé, et que ce soient celles dont on est le plus assuré de la sagesse et de la fidélité.
2. Pendant qu'elles font leurs lits, il y en a une qui apprête le déjeuner et ce qui est nécessaire pour laver les mains, et du vin et de l'eau pour laver la bouche.
3. Les lits étant faits, elles vont laver leurs mains, et ensuite déjeuner, pendant lequel une d'elles fait une lecture du martyrologe du jour, afin qu'elles sachent de quels saints l'Église fait particulière mémoire en ce jour, et qu'elles les honorent et se mettent sous leur protection.
Dit Travail.
1. A la fin du déjeuner, qui est environ à sept heures et demie pour le plus tard, toutes se retirent à la chambre destinée pour le travail, où elles doivent employer leur temps avec fidélité, gardant le silence très -exactement. S'il est besoin de parler, il faut que ce soit tout bas, afin de ne point interrompre celles qui sont en âge de s'entretenir avec Dieu.
2. On accoutume aussi les petites à ne point parler, quoiqu'on leur permette de se jouer après qu'elles ont été fidelles à travailler et à se taire : mais on observe que dans ces petits temps où on leur permet déjouer, elles le fassent seule à seule pour éviter le bruit, et j'ai trouvé que cela ne leur fait point de peine , et que quand elles y sont accoutumées, elles ne laissent pas de se divertir fort gaiement.
3. On instruit les enfants à ne pas rendre leur travail inutile, mais à l'offrir à Dieu , le faisant pour son amour. On leur donne des sujets pour se tenir en la présence de Dieu selon les temps et les fêtes; et de temps en temps, quand la maîtresse est avec elles , elle leur dit quelque parole de Dieu pour leur fortifier l'esprit, et les empêcher de penser à toutes sortes d'inutilités et de distractions. On prend garde néanmoins d'éviter l'excès, et de ne pas vouloir les rendre trop spirituelles , étant si jeunes , de crainte de deux inconvénients : l'un qu'elles se peinent trop, et ne se fatiguent l'esprit et l'imagination, au lieu d'unir leur cœur à Dieu ; l'autre qu'elles ne se découragent en voyant qu'elles ne pourroient atteindre à la perfection que l'on leur demanderoit.
Ix. On tâche d'accoutumer les enfants à se mortifier, et à ne point suivre leurs inclinations , en s'attachant plutôt à un ouvrage qu'à un autre. C'est pourquoi on leur repré-
sente que le travail qu'elles font plaira d'autant plus à Dieu qu'il ler.r plaira moins , et qu'ainsi elles doivent faire avec plus de diligence et avec plus de gaieté celui qui leur déplaît davantage, et s'accoutumer à travailler avec un esprit de pénitence. On ne laisse pas néanmoins d'en avoir pitié, et de s'accommoder à elles le plus que l'on peut, mais sans qu'elles connoissent qu'on a cette condescendance.
5. Elles ne doivent point travailler deux ensemble, si ce n est en cas de nécessité, et alors on en choisit une qui soit fort bonne avec une plus imparfaite , afin que le fort supporte le foible.
6. On les exhorte à n'être point trop attachées à leur ouvrage, le quittant aussitôt que la cloche sonne, soit pour aller à l'office, ou pour le dire en son particulier : car il faut qu'elles soient toujours prêtes de rendre à Dieu leurs devoirs, ne s'attachant qu'à cela.
7. Quand la maîtresse est à la chambre, elle peut prendre ce temps pour leur faire rendre compte comment elles ont entendu la sainte messe, afin de trouver occasion de leur expliquer plus particulièrement l'exercice de lasainte messe, et leur montrer comment elles s'en doivent servir.
8. Dans les occasions où quelqu'une feroit quelque faute, on l'en reprend devant toutes, et on prend de là sujet de leur représenter l'horreur du vice et la beauté de la vertu. J'ai trouvé qu'il n'y a rien qui leur serve tant, et qu'elles retiennent bien mieux cela que de grandes instructions qu'on leur fait de suite.
9. On évite de leur en dire trop, de peur de leur accabler l'esprit, et j'ai éprouvé que les instructions leur profitent bien davantage quand elles n'en sont point lasses. C'est pourquoi je crois qu'il est bon quelquefois de passer quelques jours sans leur en donner, et les laisser comme affamées de cette nourriture : ce qui fait qu'elles reçoivent mieux ce qu'on leur dit.
10. On veille à ce qu'elles ne soient point mal soigneuses, malpropres et négligentes, qu'elles aient soin de tout ser rer, de ne rien perdre, et d'être propres et diligentes à ce qu'elles font.
11. On les accoutume aussi à aimer beaucoup l'ouvrage, et à porter partout de quoi travailler, afin de ne point perdre de temps dans de certaines rencontres que Ton n'auroit point prévues; elles travaillent aussi aux récréations, au moins celles qui sont un peu grandes, sans que néanmoins on les y oblige. On les exhorte seulement à prendre cette bonne habitude de n'être point oiseuses : quand elles Font une fois prise, ce ne leur est plus une charge ; au contraire cela leur tient lieu de divertissement, comme je le vois par la grâce de Dieu parmi les nôtres qui ne trouvent rien si long présentement que les récréations des fêtes. J'ai trouvé qu'il étoit bon pour leur faire prendre cette coutume de réserver quelque ouvrage auquel elles eussent affection, qu'elles ne pussent faire qu'à cette heure-là. J'ai appris aux nôtres à faire des gants d'estame, et comme elles n'ont que le temps des récréations pour y travailler, elles y sont fort âpres.
12. A toutes les heures de la journée une d'elles dit tout haut et à genoux une pièce selon la saison et le temps auquel on est, comme en carême sur la Passion, etc. ; toutes demeurent assises ; il n'y a que celle qui en a la charge qui se met à genoux aussitôt que la cloche sonne.
13. On prend garde qu'elles soient civiles à recevoir ou demander ce qu'elles auront de besoin pour leurs ouvrages, qu'elles se tiennent droites et de bonne grâce, qu'elles fassent la révérence en sortant et en entrant. C'est pourquoi, encore qu'elles portent un voile, elles ne font point la révérence en religieuses, que lorsqu'elles sont devant le très saint-sacrement.
là. En cet espace depuis le déjeuner jusques à hui heures, celles des grandes qui ont quelques chambres à bar layer, ou leurs cellules à faire, le font en ce temps-là avec diligence et silence. On a soin qu'elles ne soient jamais deux ensemble à faire ce qu'elles ont à faire, si ce n'étoit avec quelques-unes de la sagesse desquelles on seroit entièrement assuré.
lo. A huit heures toutes celles qui sont employées parmi les chambres, comme il a été dit, doivent tout quitter et
revenir à la chambre, pour entendre une lecture que la maîtresse y fait jusqu'à tierce , qui se dit à huit heures et demie. Cette lecture est prise du sujet dont la sainte Église fait l'office en ce temps : comme durant TAvent, du mystère de l'Incarnation ; depuis Noël jusques à la Purification, de la naissance de Notre Seigneur et de l'Adoration des Rois; en carême, de la Passion, et ainsi le reste de l'année selon les temps et les fêtes; et durant ce même temps, quand il arrive quelque saint remarquable, on prend son sujet sur la vie du saint. Cette lecture doit servir d'entretien particulier le long de la journée. On leur dit toujours quelque chose quand on leur fait une lecture, ou pour la leur appliquer à elles-mêmes, ou pour les instruire, et leur faire mieux comprendre ce qu'on leur lit.
De l'Office.
1. Aussitôt que tierce sonne, elles se mettent à genoux pour demander la bénédiction à Notre Seigneur, en disant : Benedicat nos Deus, Deus 7ioster„ benedicat nos Deus, et onetuant euni omnes fines tenace : ce qu'elles font toutes les fois qu'elles sortent pour aller à l'église, afin d'obtenir de Dieu la grâce de n'y être point distraites, et de se comporter comme il faut parmi le monastère.
2. On permet d'ordinaire à celles qui ont quatorze ans et qui sont fort saines d'aller à tout l'office les grandes fêtes, et même à matines à celles qui le demandent avec instance et qui méritent qu'on le leur permette ; elles vont aussi à l'office de tierce et à vêpres les jours que l'on fait double et semi-double, et toutes les octaves des principales fêtes ; les fêtes fêtées et les dimanches on leur permet aussi d'aller à prime ; et toutes généralement, grandes et petites, vont à tierce et à vêpres les fêtes fêtées et les dimanches. Elles y vont encore les jeudis et quelques fêtes des saints docteurs et autres auxquelles elles ont dévotion, encore qu'elles ne soient point fêtées.
3. Néanmoins ce règlement d'aller à l'office tous ces jours-là ne s'observe point comme une coutume. Il faut que toutes le demandent selon leur dévotion, et on ne le
leur accorde que comme une grâce. On les exhorte de n'y point aller si elles n'en ont dévotion : car il faut toujours qu'elles soient dans le désir d'y aller plus souvent qu'on ne le kur permet, afin qu'on ait droit de ne les y point souffrir indévotes.
à. On prend garde qu'elles s'y tiennent dans une grand(> modestie, ne souffrant point qu'elles lèvent la vue pouf regarder de côté et d'autre ; qu'elles y chantent continuellement quand elles le peuvent ; quelles ayent toujours un livre, quand elles sauroient tout leur office par cœur; qu'elles fassent leurs inclinations profondes, et qu'elles se tiennent droites.
5. Celles à qui on fait la grâce de leur faire dire quelque chose au chœur doivent mettre leur dévotion à s'en bien acquitter, se souvenant qu'elles font l'office des anges, et qu'on leur fait une très-grande faveur de se servir d'elles. Il faut qu'elles sachent parfaitement ce qu'elles doivent dire seules ; et si elles font des fautes, on leur en fait faire pénitence et dire au réfectoire ce qu'elles ont manqué, et quelquefois même plusieurs jours de suite, si c'est par timidité qu'elles faillent, afin de les corriger de cette foiblesse.
6. Il demeure toujours une sœur à la chambre pour garder celles qui ne vont point à l'office, quand il n'y en auroit que deux.
7. Toutes les fois qu'elles vont parmi le monastère, ellcr; y vont en rang comme à la procession , encore qu'ellco fussent peu, et on prend garde de ne pas mettre ensemble celles que l'on juge se pouvoir parler. Elles sont toujours accompagnées partout.
8. Elles ne vont d'ordinaire jamais seules parmi le monastère, et encore moins deux ou trois ensemble. S'il arrive ' néanmoins quelque nécessité de faire faire quelque voyage parmi le monastère, on prend une des plus sages et des moins curieuses, et cela même fort rarement.
De la sainte Messe,
i. Ensuite de tierce, toutes vont à la sainte messe, si ce
n'est de fort petites, ou quelques-unes qui seroient encore légères et badines qu'on n'y fait pas aller tous les jours ouvriers. Et en ce cas, il demeure une sœur pour les garder, et leur faire entendre la sainte messe dans le même respect qu'à l'église.
On les accoutume de jeunesse à entendre la sainte messe à genoux : l'on a éprouvé que cette posture n'est pas si difficile quand on y est accoutumé de bonne heure.
2. On a jugé qu'il vaut beaucoup mieux, quand les enfants sont petites ou trop légères, de les retenir à la chambre lorsqu'il n'y a pas d'obligation d'aller à l'église, que de leur laisser prendre une mauvaise habitude d'y parler ou ày badiner.
3. Au commencement du Sub tiium prœsidium, etc., qui est une antienne de la sainte Vierge qu'on chante immédiatement avant la messe, elles se mettent toutes à genoux deux à deux au milieu du chœur, un peu éloignées les unes des autres, les mains jointes dessus leur scapulaire, et sans gants tout le long de la sainte messe. Elles s'y doivent tenir dans un grand respect et application à Dieu : c'est pourquoi on tâche de les bien instruire sur toutes les cérémonies et parties du saint sacrifice. Elles se servent pour cela de la pratique et des explications de M. de Saint-Cyran sur la sainte messe, et on les instruit à recevoir de Dieu les prières qu'il faut qu'elles fassent, en leur apprenant qu'elles n'en sauroient faire qui soient agréables à Dieu, si
j le Saint-Esprit ne les forme en elles, parce que c'est lui qui gémit et qui prie en nous.
A. Je ne puis m'empêcher de dire ici que l'on ne sauroît trop recommander aux enfants le respect à l'église, et particulièrement durant la sainte messe, et qu'il faut punir avec force les fautes qui s'y commettent, et même les priver d'entrer en l'église hors les jours de fête, autant de temps que l'on jugeroit cette privation nécessaire pour leur bien , quand ce seroit les plus grandes. Car si elles sont plus âgées, elles doivent être plus sages.
De l'Écriture.
1. Au sortir de la sainte messe, elles écrivent, toutes dans un même lieu, après avoir fait une courte prière pour obtenir de Dieu la grâce de bien faire cette action, et on tâche de même de leur imprimer doucement dans Tesprit une sainte habitude de ne faire aucune action un peu notable sans la commencer et la finir par la prière. Elles font ces prières selon leur dévotion, et comme Dieu leur inspire. On dit aux plus petites de dire un Ave^ Maria, au commencement et à la fin de tout ce qu'elles font d'un peu considérable.
2. Elles doivent redoubler leur silence durant l'écriture, et il ne leur est point permis de se montrer l'une à l'autre leurs papiers, ni d'écrire selon leur fantaisie» Elles écrivent simplement leur exemple, ou elles transcrivent quelque chose quand elles sont bien savantes, et qu'on le leur a permis.
3. Elles ne s'écrivent point l'une à l'autre ni lettres, ni billets, ni sentences, sans en obtenir permission de leur maîtresse; et quand elles ont écrit ce qu'on leur auroit permis d'écrire, elles le remettent entre les mains de leur maîtresse pour le donner à celle pour qui elles l'ont écrit. L'écriture dure trois quarts d'heure.
Ix. Le temps qui reste jusques à sexte s'emploie à apprendre à chanter en notes.
De la prière avant le dîner.
1. Quand on sonne sexte, une d'elles, savoir, la semainière, se met à genoux au milieu de la chambre, pour leur faire renouveler leur attention en Dieu, afin qu'elles assistent en esprit à cette heure d'office qui se va dire au chœur.
2. Encore que toute la journée le silence se garde parmi les petites sœurs hors le temps des conférences, il y a néanmoins deux temps particuliers où il est encore plus exactement gardé. Le premier est celui du soir et du matin, dont j'ai déjà parlé ; et le second pendant l'office et les messes qui se disent dans le monastère lorsqu'elles n'y assistent
pas. Elles doivent avoir mis ordre et pourvu à tout ce qu'elles ont de besoin pour, pendant ces deux temps, n'avoir rien à demander à leur maîtresse de ce qui regarde leur ouvrage, ni même aucune permission, si cela se peut, afin de s'entretenir avec Dieu, et aussi pour donner le temps à leurs maîtresses de dire leur office. Aux autres temps, elles peuvent demander ce dont elles ont besoin avec plus d'étendue.
3. Si un de leurs exercices, comme le chant ou la répétition de leur catéchisme, arrive pendant une heure d'office, on ne le quitte pas. Mais ce que nous leur demandons, c'est que cet exercice soit fait avec plus de silence qu'à l'ordinaire, et que la petite prière se dise toujours au commencement de chaque office que l'on dit au chœur, quand il faudroit interrompre l'exercice que l'on commence. Cela fait ressouvenir de se renouveler dans l'attention à Dieu.
h. A onze heures, elles font l'examen toutes ensemble après avoir dit confiteor jusqu'à meâ culpâ.
5. Quelquefois, durant l'examen du soir et du matin, on les fait ressouvenir d'examiner, et demander pardon à Dieu de quelque faute que Ton croit qu'elles n'auroient pas remarquée, et qui auroit été commise devant toutes, pour les accoutumer doucement à se bien examiner.
6. A la fin de l'examen, elles disent toutes ensemble le reste du Conflteor tout haut, et puis la semainière demande pardon à Dieu des fautes commises, et la grâce de mieux employer le reste de la journée.
7. A la fin de l'examen, quelques-unes disent leurs sextes en particulier : on le permet aux plus grandes, à qui on reconnoît assez de piété pour se bien acquitter de l'office. On leur permet de dire depuis laudes jusques à compiles.
Du Réfectoire.
1. Le réfectoire sonne pour l'ordinaire ensuite de sexte, et elles y vont toutes avec la même modestie qu'à l'église : y étant arrivées, elles font leur révérence deux à deux au milieu du réfectoire, et en passant devant quelque sœur. Elles se tiennent modestement à leur place sans se parler.
en attendant que l'on dise le DencdicHe, qu'elles disent tout haut avec les sœurs bien modestement, les manches abattues sur leurs mains.
2. Après Benedicitej, elles se mettent à table, non point selon leurs rangs, mais comme on le juge mieux, entremêlant les plus sages auprès de celles qui ne le sont pas tant, pour. empêcher qu'elles ne se parlent.
3. On a grand soin de ne les pas entretenir dans la délicatesse, les exhortant de manger de tout indifféremment, de commencer par celle de leurs portions qu'elles aiment îe moins, par esprit de pénitence, et de se nourrir suffisamment pour ne se pas laisser affoibiir. C'est pourquoi on prend bien garde si elles ont assez mangé.
U. Elles doivent toujours avoir les yeux baissés, sans regarder de côté ni d'autre, écoutant paisiblement la lecture; et puis elles disent grâce avec les sœurs, et sortent au mêine ordre qu'elles sont entrées.
De la Récréation.
1. Au sortir du réfectoire, on fait la récréation, où les petites sont toujours séparées d'avec les grandes, afin de donner lieu aux grandes de s'entretenir plus doucement et plus sagement : ce qui ne se peut quand les petites y sont, leur âge leur permettant de jouer à des jeux qui ennuyeroient les grandes.
2. Si la récréation se fait à la chambre, les grandes s'arrangent tout en un rond autour de leur maîtresse, s'entretenant modestement et familièrement selon leur portée.
3. Il ne faut pas leur demander des discours si sérieux, ni qu'elles parlent toujours de Dieu : ce n'est pas qu'avec discrétion on ne puisse jeter quelque bon discours à la traverse; et si l'on voit qu'elles y prennent goût, on le continue.
Ix. On les peut laisser jouer à quelques petits jeux innocents, comme à des osselets, volants ou quelques autres. Ce n'est pas que cela se fasse parmi nous présentement; car hors les plus petites, qui jouent toujours, toutes travaillent sans perdre leur temps, et elles y ont pris une si bonne
habitude qu'il n'y a rien qui leur ennu^-e tant que les récréations des fêtes, comme je l'ai déjà dit.
5. On ne leur permet point d'être séparées les unes des autres, quand ce seroit dans la même chambre, et encore moins d'être deux ou trois ensemble, ni de se parler en sorte qu'on ne les entende point. Tout ce qu'elles disent doit être entendu de leur maîtresse, et on entretient toujours la coutmne que Ton a prise , qui est qu'en quelque lieu que ce soit on leur fasse dire tout haut ce qu elles ont dit bas, à moins qu'elles disent humblement : qu'elles sup-. plient qu'on leur permette de ne le dire qu'en particulier à leur maîtresse ; car il pourroit arriver que ce seroit quelque chose qui porteroit grand dommage d'être entendu de toutes. Pour cette raison, elles sont instruites dans le particulier de ne dire jamais tout haut ce qu'elles auront dit bas qui seroit mauvais, et qui pourroit mal édifier, ou blesser la charité, et il leur seroit autant imputé à faute de l'avoir dit haut que si elles avoient celé ce qui devroit être dit
6. Quoique la discrétion se trouve peu dans la jeunesse, on les y accoutume beaucoup à toute heure et à toute rencontre, mais particulièrement à la récréation où il semble qu'elles ont droit de dire beaucoup de choses pour se divertir et se récréer. C'est pourquoi leurs maîtresses ont soin de leur parler et de s'entretenir avec eltçs, afin de les aider à dire des choses raisonnables qui leur ouvrent l'esprit.
7. On ne souffre point qu'elles parlent de ce qu'on leur a dit dans la confession ni dans le particulier, quand ce qu'elles voudroient dire seroit de grande édification. Car il se pourroit faire qu'il y en auroit quelqu'une à qui on n'auroit jamais rien dit de semblable, et cela leur donneroit de la jalousie.
8. Elles ne parlent point du chant des sœurs, en disant qu'une sœur chante mieux que l'autre, ni des fautes qui auroient été faites au chœur, ni des communions des sœurs; et on a soin de les accoutumer à ne point faire de discernement pour cela, et à ne point croire plus saintes celles qu'elles verroient communier plus souvent, ni plus impar-
REGLEMENT POUR LES ENFANTS. 31ô
faites celles qui le feroient moins. On leur dit dans les rencontres que chacune suit le don de Dieu et ce qui lui est recommandé par sa supérieure, et qu'il ne faut pas louer celles qui le font souvent, ni condamner celles qui le font rarement, mais laisser le tout au jugement de Notre- Seigneur.
9. Elles ne parlent point aussi de ce qui se fait au réfectoire ; comme si quelque sœur avoit fait quelque pénitence, ni même de celles qu'elles y auroient faites elles-mêmes ou leurs compagnes.
10. On leur défend aussi de parler des pénitences qu'elles demandent en général quand on les instruit, de peur qu'elles n'en fassent un jeu, ou qu'elles s'intimident l'une l'autre. ,
11. Il ne leur est point non plus permis de raconter ja-' mais les songes qu'elles auroient faits la nuit, quelque beaux ou saints qu'ils puissent être.
12. Elles ne doivent rien dire de ce qu'elles auroient appris au parloir. S'il y a quelque chose qui soit d'édification et qui puisse être dit à toutes, la maîtresse ne manquera point de le dire, afin de leur ôter le désir qu'elles pourroient avoir que cela fût su.
13. On leur fait quelquefois part de quelques nouvelles que l'on sait, et qui sont indifférentes, comme la vêture de quelques sœurs, ou le contenu de quelque billet que l'on auroit mis au chœur, pour recommander aux prières quelque personne ou quelque affaire de piété, ou chose semblable, afin de leur ôter le désir d'en apprendre par des voies illicites.
IZi. On ne les reprend jamais, si Ton peut, pendant leur récréation; on ne prend pas aussi ce temps-là pour leur parler de quelques règlements qu'on auroit à faire dans la chambre, de peur que cette heure-là ne leur donnât lieu d'en dire plus librement leur sentiment ; et puis on seroit obligé de les reprendre; ce qu'il faut toujours éviter autant qu'on le peut.
15. Ce n'est pas que si elles faisoient des fautes de conséquence pendant la récréation, on le souffrît ; au contraire on les en reprendroit avec autant et plus de force qu'en
37(i JACQUELINE PASCAL. APPENDICE N° 2.
une autre heure, de peur cTe leur donner lieu de ne pas craindre, et de suivre leur?- passions avec trop de liberté, sous prétexte de se divertir. Je dis seulement qu'on garde les petites fautes pour une autre occasion, et qu'on n'j' parle jamais des fautes d'un autre temps.
16. On les exhorte de ne pas parler toutes ensemble, pour éviter le grand bruit, mais de s'écouter parler; et quand une aura commencé quelque chose, de ne Tinterrompre pas : ce qu'on leur fait voir être d'une grande incivilité.
17. On leur ordonne sur toutes choses de ne rien dire contre la charité, et d'éviter les plus petites paroles qu'elles croiroient que leurs sœurs ne trouveroient pas bon que l'on dît d'elles, quand ce qu'elles diroient ne serôit pas mauvais en soi : parce qu'il leur doit suffire pour se taire qu'elles sachent que quelques-unes d'elles aimeroient mieux que l'on parlât d'autre chose.
18. On leur inspire aussi de se prévenir d'honneur l'une Taiitre par une sainte civilité, qui ne soit produite que par la charité.
iO. Elles évitent toutes sortes de familiarités les unes envers les autres, comme de se caresser, baiser, ou toucher sous quelque prétexte que ce puisse être : les grandes mêmes n'usent point de cette familiarité envers les petites. Si Ton défend toutes ces choses à la récréation, à plus forte raison elles ne doivent jamais être faites ni dites en un autre temps, où jamais elles ne se doivent parler qu'en présence de leurs maîtresses, ou pour quelque besoin.
20. La récréation finit par une oraison à la sainte Vierge, pour demander à Jésus-Christ, par l'intercession de sa sainte Mère, qu'il leur fasse la grâce de passer saintement le reste de la journée.
De l'Instruction.
1. A la fin de la récréation, s'étant rangées en deux rangs fîu milieu de leur chambre, pour se disposer à recevoir rinstruction, elles se mettent à genoux, et disent le Veni,
Sancle Spirilus, toutes ensemble; et leur maîtresse qui les doit instruire dit l'oraison et le petit verset.
2. Ensuite de la prière, toutes se mettent sur leurs sié- 2:es, et celle qui a dévotion de dire quelqu'une de ses fautes tout haut le peut faire, mais on n'y force personne ; au contraire on leur fait voir que cela est permis par grâce, mais non pas commandé. Elles ont néanmoins accoutumé de le faire de bon cœur.
3. Elles doivent écouter avec grand respect les avertissements qu'on leur donne , qui doivent toujours être fort charitables. Car il faut qu'elles soient convaincues qu'on ne les reprend que pour leur bien, et qu'on n'épargne point les unes plus que les autres.
U. Il faut qu'elles reconnoissent que l'on n'y agit par aucun mouvement déréglé , soit de passion ou de propre intérêt : ce qui n'empêche pas qu'on ne les reprenne avec force, afin qu'elles soient véritablement humiliées et confuses ; car si elles faisoient cela par accoutumance, ou afin que l'on crût qu'elles sont bien fidèles à dire leurs fautes, cela se tourneroit en jeu et en hypocrisie ; ce qu'il faut éviter sur toutes choses. C'est pourquoi on leur donne pénitence de toutes les fautes considérables dont elles s'accusent; ce que je n'ai pas reconnu leur avoir ôté la liberté de les, dire.
5. Elles ne disent jamais leurs fautes de cette sorte, c'està-dire devant leurs sœurs, les fêtes et les dimanches.
6. Aussitôt que toutes les fautes sont dites, ce qui dure toujours plus d'un quart d'heure, on employé le reste de l'heure à les instruire, et à répéter ce qu'on leur a dit la veille. Cette répétition consiste à faire dire à trois ou quatre enfants ce qu'on leur a dit le jour précédent. On ne leur demande pas de rang , pour les surprendre ; on s'adresse tantôt à l'une et tantôt à l'autre , et on ne le fait pas à toutes, parce que cela tiendroit trop de temps. Que si les fautes avoient employé toute la demi-heure, on demeure encore trois quarts d'heure pour les répétitions et instructions.
7. Les jours où il y a évangile propre, comme le carême, les quatre-temps, et les samedis pour les dimanches, toutes
se lèvent debout, et ayant les mains jointes elles écoutent répître et Tévangile avec respect.
8. Après la lecture de Tévaugile on le leur explique le plus simplement que Ton peut : les autres jours où il n'y a point d'évangile propre, on les instruit sur l'explication du catéchisme, ou sur les vertus chrétiennes. On leur apprend aussi la manière de se confesser, communier, faire son examen et bien prier Dieu. On ne passe pas légèrement d'un sujet à un autre, afin de leur donner du temps pour bien comprendre ce qu'on leur dit.
9. Quand on leur explique le catéchisme, cela doit durer longtemps, car on commence par le signe de la croix, et ensuite les articles de notre foi, et les commandements de Dieu et de l'Église : les principaux mystères sont réservés pour l'approche des jours auxquels ils sont solemnisés en l'Église.
10. Je vous dirai comme je me suis comportée depuis quatre ans. La première année je leur ai parlé sur le symbole, sur le signe de la sainte .croix, Teau bénite, les commandements de Dieu : la seconde année, j'ai tâché de leur faire bien entendre l'explication de la sainte messe, qui est dans le Cœur nouveau^; car encore que cela soit tout expliqué, elles n'y entendoient rien, parce qu'elles le lisoient par routine, sans y faire assez de réflexion, au moins la plus grande partie, et particulièrement les dernières venues.
il. J'ai fait la même chose pour les prières du soir et du matin, l'examen, et les autres devoirs d'une bonne chré- \ tienne. Depuis je leur ai parlé des vertus, me servant pour cela de saint Jean Climaque.
12. Pour cette dernière année où nous sommes, je l'ai toute employée à la pénitence, en me servant de la tradition de l'Église, et insistant particulièrement sur les endroits ^qui font voir combien les chrétiens sont obligés de conser- . ver l'innocence de leur baptême, et la difficulté de la réparer quand ils l'ont perdue. J'ai maintenant dessein, moyennant