Traité de M. de Saint-Cyran, cité plusieurs fois
la grâce de Dieu, de leur expliquer fort particulièrement le catéchisme de M. de Saint-Cyran , afin de les instruire sur ce qu'elles doivent à Dieu et au prochain, et sur les mœurs.
13. On finit leur instruction par la prière Confirma hoc, Deus, etc. Cet exercice est fini environ à deux heures et demie. Elles travaillent pendant cette instruction, pourvu qu'elles n'aient rien à demander à personne : car si quelqu'une a besoin de quelque chose , elle ne fait rien plutôt que de se distraire ou de distraire les autres.
Emploi du temps depuis Xones jusques à Vêpres,
Collation.
1. Depuis nones jusques à vêpres, on fait répéter une leçon du catéchisme, l'une demandant un jour, et sa compagne répondant , et celle qui a demandé le premier jour répondant le lendemain, et à la fin elles répètent une hymne en latin ou en françois. Ces répétitions n'incommodent point et ne font pas perdre de temps; car cela se fait chacune étant à sa place, et sans quitter son ouvrage.
2. Il faut beaucoup exercer la mémoire des enfants, cela leur ouvre l'esprit, les occupe, et les empêche de penser à mal.
3. Ce qui reste de temps depuis l'instruction jusques à vêpres s'emploie à travailler dans un entier silence; on fait seulement à cette même heure, et dans tous les intervalles, lire quelques-unes des moyennes qui ont encore besoin d-s se former à bien lire. Celle que Ton fait lire dans la chambre doit savoir lire raisonnablement, afin que toutes profitent de ce qui sera lu.
U' Pour les petites, nous avons expérimenté qu'elles apprennent bien mieux à lire quand elles sont seules : c'est pourquoi celle des grandes qui est destinée pour les faire lire le fait, à tous les intervalles de la journée, dans une chambre à part. On ne se sert pour cela que d'une des grandes qui a dessein d'être religieuse, et encore faut-il prendre garde qu'elle soit sage, discrète et douce, et qu'elle le fasse de bon cœur et pour l'amour de Dieu.
5. Environ à trois heures et demie, on fait faire collation à tontes les petites et moyennes. On en exempte facilement les grandes quand elles le demandent, ce repas n'étant pas beaucoup nécessaire aux plus grandes, à cause que Ton dîne tard et on soupe tôt ; et on voit que celles qui ne le font pas s'en portent mif;ux. Dès quatorze ans, on leur peut permettre de ne le point faire, à moins qu'il y en eût quelqu'une à qui l'on jugeât que ce repas fût nécessaire; car alors on les obligeroit de prendre quelque peu de nourriture. On se rend difficile d'en exempter les plus jeunes, encore qu'elles en prient, de peur qu'elles ne demandent cette permission pour faire les grandes filles ou par hypocrisie.
6. A cette même heure, quand celles des grandes qui sont les plus sages souhaitent d'aller prier Dieu, on les y mène, et on demeure avec elles jusques à la fin de leurs prières.
7. On ne permet cette prière qu'à celles que l'on voit, autant qu'on en peut juger, poussées à le demander par un pur motif de plaire à Dieu, et qui en font profit.
De l'heure des Vêpres et de l'emploi da temps jusques au Réfectoire.
1. A quatre heures, les plus grandes vont à vêpres, si elles méritent qu'on leur fasse cette grâce.
2. Pendant ce môme temps, on instruit les plus petites; car, encore qu'elles soient présentes à tout ce que l'on dit dans la chambre pour les instruire, elles n'y entendent rien, et si on ne s'adresse à chacune d'elles en particulier, elles n'y comprennent rien.
3. A la fin de vêpres jusqu'au réfectoire, une des grandes fait une lecture. Il faut, autant que cela se peut, que leur principale maîtresse y soit présente. On fait cette lecture jusques à ce que le réfectoire sonne, où elles vont dans le n-ème ordre que le matin.
De la Récréation da soir^ des Prières et da Coucher. 1. Ensuite se fait la récréation tout de même que le ma-
tin, si ce n'est que Tété on va au jardin le soir, et l'iiiver le matin.
2. Les enfants sont séparées aussi bien le soir que le matin. On fait ce que Ton peut pour être deux religieuses avec les grandes, quand il y en a de moins bien disposées, afin qu'une des religieuses marchant derrière elles, elle puisse découvrir celles qui, sous quelque prétexte d'être incommodées, marclieroient plus doucement, afin de se parler bas les unes aux autres.
3. Cette récréation du soir dure jusques au premier coup de compiles, si ce n'est aux grandes chaleurs de l'été où on la finira plus tard, selon leurs besoins, et avec discrétion, afin de les faire promener à la fraîcheur. On ne passera pourtant jamais sept heures et demie sans la finir, pour commencer les prières du soir, qu'elles peuvent dire au jardin durant les grandes chaleurs, se mettant à genoux en quelque lieu écarté, où ensuite elles disent compiles du même ton qu'elles ont dit prime le matin. Elles peuvent marcher en disant les psaumes, pourvu qu'elles s'arrêtent pour faire toutes les cérémonies de l'oflfice.
6. Quand les chaleurs ne sont pas si grandes, elles commencent à prier Dieu au premier coup de complies , afin qu'elles puissent avoir fait pour se rendre au chœur lorsqu'on y chante l'antienne de la Vierge, à laquelle elles assistent tout le long de l'année, hormis environ trois mois des plus grandes chaleurs, qui sont depuis l'octave du Saint- Sacrement jusqu'à la fin du mois d'août, et cela pour ne pas interrompre la promenade que l'on juge être utile à cette heure-là.
5. Au sortir du chœur ou du jardin, elles m.ontent tout droit dans leurs chambres, où elles se déshabillent en grand silence et avec promptitude, tellement que l'hiver et l'été il faut qu'elles soient toutes couchées à huit heures et un quart, et toutes dans un lit à part, sans qu'on en dispense jamais pour quelque prétexte que ce soit.
6. Aussitôt qu'elles sont couchées, elles sont fidèlement visitées, non-seulement celle des cellules, mais aussi celles des chambres, qu'il faut visiter dans chaque lit en particu-
lier, pour voir si elles sont couchées avec la modestie requise, et aussi pour voir si elles sont bien couvertes en hiver.
7. Après, on éteint toutes les lumières, à la réserve d'une lampe qu'on laisse allumée toute la nuit dans une de leurs chambres, pour les besoins qui peuvent survenir la nuit,
8. Il couche une sœur dans chaque chambre, ou une grande en qui on a une parfaite confiance.
9. Voilà Tordre qui se garde toute la journée; ce n'est pas que l'on ne change quelquefois les heures de certains
.exercices pour les besoins particuliers, comme les jours de jeûne de l'Église et le carême, où la matinée est bien plus longue que l'après-dînée.
J'ai réservé jusques ici à mettre les prières que les enfants font le matin et le soir.