‹ Histoire de FranceChapitre 146 sur 158 · S'il y en avoit quelques-unes qui fussent déréglées, et · texte numérisé non relu

S'il y en avoit quelques-unes qui fussent déréglées, et

que pour de bonnes raisons les supérieures jugeassent qu'on les devroit garder, dans leurs meilleurs temps nous les prierions d'agréer que l'on ne souffre point leurs imperfections, leur remontrant avec le plus de charité et de douceur que l'on pourra les obligations qu'elles ont de vivre chrétiennement ; mais si on voit que ces avertissements ne leur profitent point, on leur fera entendre qu'on ne souffrira point ces défauts en elles, et qu'encore que nous reconnoissions bien que tout ce qu'on leur fait et leur dit ne leur serve de rien, nous ne laisserons pas pour la décharge de notre conscience de les avertir et les obliger de satisfaire à leurs fautes par quelque pénitence, pour ne les pas laisser s'accoutumer à prendre de mauvaises habitudes, outre que Dieu veut que nous leur fassions réparer devant leurs sœurs les mauvais exemples qu'elles leur ont donnés, afin que leurs imperfections ne nuisent pas aux autres. Il est bon de leur montrer que nous sommes obligées en conscience d'agir de la sorte.

Des pénitences qu'on leur peut imposer dans le général et dans le particulier.

1. Il leur faut faire demander pardon à celles des sœurs ou de leurs compagnes à qui elles auroient parlé mal gracieusement, ou donné quelque autre mécontentement ou mauvais exemple.

2. Ce pardon se peut demander en plusieurs manières selon la grandeur de la faute, ou dans le général ou dans le particulier, au réfectoire ou pendant les instructions. On peut aussi leur ordonner de baiser les pieds à celle de leurs compagnes qu'elles auroient offensée. Sur toutes choses il faut prendre garde que si la faute n'a été vue que de deux ou trois ou quatre personnes, on ne leur en fasse faire satisfaction que dans le particulier, à moins que la faute fût de peu de conséquence, étant très dangereux de mal édifier celles qui n'auroient point vu les fautes des autres. Je dis le même des fautes de quelques particulières qui seroient

un peu notables; quand il y en aiiroit une bonne partie qui y seroient tombées, il faudroit attendre de les en reprendre chacune en particulier, ou toutes les coupables ensemble, pour ne point mal édifier les foibles.

3. On leur peut faire porter un manteau gris, aller sans voile ou sans scapulaire au réfectoire, et demeurer même h la porte de l'église en cet état.

U. On les doit aussi quelquefois priver d'aller à l'église pour un ou plusieurs jours, selon la grandeur de la faute; ou les faire tenir à la porte de l'église, ou en quelque endroit séparé des autres; il faut surtout prendre garde que la privation d'aller à l'église ne leur soit pas indifférente.

5. On peut faire porter aux petites et aux moyennes des billets qui expriment leur faute, et que cela soit écrit en fort gros caractère : pourvu qu'il y ait un mot ou deux, c'est assez : comme paresseuse, négligente, menteuse, etc.

6. Leur faire prier les sœurs au réfectoire qu'elles prient pour elles, exprimant la faute dans laquelle elles sont tombées, ou la vertu qui leur manque.

7. Pour les plus grandes, on les doit faire craindre pour l'amour de Dieu et par la crainte de ses jugements, et dans les rencontres on leur peut imposer quelqu'une des pénitences que l'on fait ^ux moins âgées , comme de les faire aller" sans voile, ou demander les prières des sœurs au réfectoire. Mais il faut bien regarder si cela leur servira et ne leur nuira point, en ne faisant que les aigrir. Ce qui nous oblige à beaucoup prier Dieu qu'il nous éclaire, et nous conduise en tout pour sa gloire et le salut de ces âmes dont il nous a donné le soin.

De la Confession,

1. Nous parlons le plus souvent que nous pouvons aux enfants, tant dans le général que dans le particulier, de l'extrême importance de faire de bonnes confessions qui soient sincères et sans déguisement, parce que les enfants

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sont fort sujettes à en faire de mauvaises, ne disant pas toutes leurs fautes, ou les déguisant si fort qu'on ne comprend pas leur état.

2. C'est pourquoi on les exhorte à demander à Dieu un esprit vraiment contrit et humilié, qui leur fasse avouer Jours fautes humblement, étant bien aises de recevoir la confusion et d'être traitées comme elles le méritent.

3. Leur dire souvent qu'elles doivent dire les fautes qui les humilient le plus et les circonstances qui les rendent plus grandes, sans avoir égard à leur répugnance. C'est pourquoi il est bon de leur représenter souvent l'horrible état où se trouve une âme à l'heure de la mort lorsqu'elle se voit séparée de Dieu et dans une confusion éternelle, pour en avoir voulu éviter ime petite et passagère qui ne dure qu'un moment; que la confusion qu'elles recevront alors sera vue de tout le monde, et que celle qu'elles croient recevoir dans la confession n'est qu'à l'égard d'une personne, dans le secret et pour un peu de temps.

A. Quand on les verra un peu plus fortes et plus courageuses, on les exhortera de ne rien épargner pour recouvrer l'amitié de Dieu, si elles l'avoient perdue : on les portera doucement à la pénitence intérieure et extérieure, mais particulièrement à l'intérieure. Il est bon de leur dire qu'une marque d'une bonne confession, c'est quand on voit du changement dans les mœurs, et que c'est un très grand mal d'aller toujours à confesse et retomber tous les jours dans les mêmes défauts, et que c'est une marque qu'elles ne se confessent pas comme il faut , et qu'elles n'ont pas un véritable regret d'avoir offensé Dieu.

5. Quand on voit des enfants qui se laissent emporter à faire des fautes dans toutes les rencontres qui se présentent, nous leur dirons qu'elles sont coupables devant Dieu de beaucoup de fautes, qu'il ne leur a manqué que l'occasion, et qu'au jugement de Dieu elles sont plus coupables qu'elles ne pensent, et qu'il leur imputera tous les desseins qu'elles ont formés dans leur cœur et qu'elles ont communiqués aux autres, quoiqu'ils n'aient pas été exécutés. On leur dira quelles se doivent confesser de toutes ces choses, et déve-

lopper tous les détours^ de leur conscience, afin de ne rien celer à celui qui tient la place de Jésus-Christ. On leur peut dire qu'elles peuvent bien tromper les hommes, mais qu'on ne peut point tromper Dieu, et que le sang de Jésus- Christ ne s'applique qu'à ceux qui s'accusent véritablement et sincèrement de leurs péchés. Et ainsi on leur fait comprendre que c'est elles seules qu'elles trompent.

6. 11 est bon qu'elles ne fassent point tant de discernement des grands péchés d'avec les plus petits, pour en avoir moins d'horreur et par ce moyen s'y laisser aller plus facilement. C'est pourquoi on leur doit dire qu'à une âme qui aime Dieu il n'y a rien de petite conséquence, que tout y est grand, et que nous devons éviter sans aucune réserve tout ce que nous croyons lui déplaire, à lui qui n'a pas épargné le sang de son Fils pour nous laver de nos péchés.

7. On ne fera point aller si tôt ni si souvent les plus jeunes à confesse. On attendra pour les moins âgées à les y faire aller qu'elles soient raisonnables, et qu'elles témoignent vouloir se corriger de leurs petits défauts, n'y ayant rien tant à craindre que d'y faire aller les enfants si jeunes sans y voir quelque changement, et on doit au moins attendre qu'elles aient persévéré quelque temps à mieux faire.

8. Il faut petit à petit, quand elles sont fort jeunes, les accoutumer à nous dire toutes leurs fautes, afin de les instruire à se bien accuser, ne contant point des histoires et n'accusant point leurs sœurs. Nous les faisons ressouvenir de toutes les principales fautes dont elles ne se souviendroient pas, et nous leur disons la manière dont elles se doivent accuser.

9. Nous prenons bien garde si les enfants font profit de la confession, avant que de leur permettre d'y retourner, et quand elles ont fait quelques fautes considérables, nous les exhortons d'y satisfaire auparavant, et si elles ont la confiance de nous le dire, ce qui est le plus utile, nous leur proposons de faire quelques satisfactions selon la grandeur de leur faute, mais particulièrement des choses qui les

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