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L'imprimé : retours

A!î! JACQUELINE PASCAL. APPENDICE N° 2.

mortifient et qui soient opposées à leur faute. Comme, par exemple, si elles avoient blessé la charité quelles doivent à leurs sœurs, on fera qu'elles les servent et leur rendent tous les devoirs de charité avec plus d'onction et de douceur; et si cela avoit paru, on leur fait demander pardon et à celle qui auroit été offensée et à celles qui Pont vu : on leur fait aussi faire quelques prières pour celles qu'elles ont offensées. On fera en sorte qu elles ne retournent point à confesse que leur cœur ne soit véritablement humilié, et qu'elles n'aient regret d'avoir offensé Dieu. On fera ainsi sur tous les défauts principaux que les enfants commettent, afin qu'elles ne fassent pas leurs confessions par routine, ce qui est fort à craindre pour toutes sortes de personnes, mais particulièrement pour les enfants.

10. Nous leur disons que ce n'est pas assez de dire cinq ou six fautes ou plus, m'ais qu'il faut qu'elles disent leur état et disposition depuis leur dernière confession, et que des fautes dites seules et séparées de leur état ne donnent presque aucune connoissance d'elles. Comme, par exemple, si elles sont sujettes à Porgueil ou à la paresse, etc., on leur dira qu'elles ont besoin, pour se bien faire connoître, de dire si elles croient y être plus portées depuis leur dernière confession, et combien de jours ou d'heures elles ont été dans le sentiment de ces fautes, en particularisant celles qu'elles ont faites.

11. Il faut qu'il y ait une parfaite conformité entre le confesseur et la maîtresse, pour réussir en leur conduite, et que la maîtresse ne permette rien de considérable, comme la sainte communion, des pénitences et des prières, sans avoir pris Pavis du confesseur ; et aussi que le confesseur avertisse la maîtresse de ce qu'il croit être utile pour le bien des enfants, afin qu'elle ne dise ni ne fasse rien que ce que le confesseur trouvera bon. Il faut que les enfants ne trouvent aucune différence dans la conduite que le confesseur et leur maîtresse tiennent sur elles.

12. S'il y en avoit quelqu'une qui eût quelque petite peine de se confesser à celui qui lui a été présenté , on ne souffrira pas qu'elle en parle à ses compagnes, mais on lui per-

mettra de présenter sa répugnance à sa maîtresse, qui y donnera ordre avec la permission de la supérieure, au cas qu'elle crût que sa peine fût raisonnable, et que ce ne fût pas une badinerie.

13. Nous ne touchons pas ici toutes les dispositions requises pour la confession, et nous ne le ferons pas aussi pour la sainte communion et autres exercices , parce que nous n'avons le dessein que de remarquer ce qui peut être utile en particulier pour la conduite des enfants.

De la sainte Communion.

1. Nous devons beaucoup prier Dieu qu'il nous fasse la grâce de donner aux enfants une grande crainte de faire des communions indignes et infructueuses, et le conjurer que lui-même leur donne cette crainte, sans laquelle tout ce que nous leur dirons ne servira de rien. Nous tachons de leur faire concevoir qu'une seule communion doit opérer dans leur cœur quelque changement, et que même cela doit paroître dans leur extérieur, et que celles qui sont nourries du corps du Fils de Dieu doivent être reconnues entre toutes par leurs paroles et par toutes leurs actions, et qu'elles doivent particulièrement garder leur langue, qui a le bonheur de recevoir la première ce pain du ciel. Il faut aussi leur représenter qu'elles doivent mener une vie toute différente de celle qu'elles menoient avant que d'avoir reçu cette grâce, et qu'étant nourries solidement elles doivent être plus fortes dans la mortification de leurs inclinations et dans la pratique de la vertu.

2. On remarque leurs progrès pour régler le temps de leur communion, et on la permettra rarement à celles qui auroient de l'arrêt et de l'attache à quelque défaut particulier, et qui ne recevroient pas bien les avertissements qu'on leur donneroit pour s'en corriger. On prendra garde surtout si elles ont de la crainte et de l'amour de Dieu, pour ne pas communier indifféremment et seulement pour imiter les autres. Il s'en pourroit même trouver qui le

feroient par orgueil, et afin que Ton crût qu'elles feroient mieux que les autres et pour faire les grandes filles. Tous ces défauts et bien d'autres se rencontrent dans les enfants, si on n'y prend bien garde ; c'est pourquoi il est bon de leur donner quelque crainte par des paroles fortes, pour leur montrer le danger qu'il y a de communier en cet état, et que c'est où on reçoit ou la vie ou la mort, ce que l'oc ne sauroit trop appréhender. On leur doit dire ces choses dans le général à toutes, et le répéter dans le particulier à celles en qui on reconnoîtroit de ces défauts.

3. S'il s'en trouve parmi elles quelqu'une trop timide et trop scrupuleuse, ce qui est assez rare parmi les enfants, on la consolera et fortifiera dans le particulier selon son besoin.

A. Encore qu'on en vît quelqu'une fort dévote et exacte à se corriger, on ne lui doit point permettre de communier plus souvent qu'à celles qui font le mieux dans la chambre et qui suivent le train ordinaire. Car il est fort à craindre que cette vertu apparente ne soit une tromperie, et on ne peut manquer à la tenir dans le train commun, afin qu'elle ne s'aperçoive pas que Ton remarque cette vertu. Il ne faut jamais souffrir qu'elles se louent entre elles pour quoi que ce soit , mais particulièrement pour leurs communions. Il est même bon de ne les pas louer l'une devant l'autre, ni dans le particulier ni dans le général, quand ce seroit sous prétexte de les bien édifier, ou de leur donner de l'émulation au bien, à moins que ce fût de petits enfants de deux ou trois ans. S'il y a du bien, elles le voient bientôt, comme aussi le mal ; mais si elles s'aperçoivent qu'on fît quelque cas de leur vertu, il y en auroit qui feroient bien pour être louées et estimées, et afin qu'on leur permît plus souvent la sainte communion par ce même motif.

5. Il faut bien prendre garde qu'il y a des enfants qui avant que les jours approchent auxquels on leur permet d'ordinaire la sainte communion, se règlent mieux et témoignent y penser : ce qui n'est pas assez, si on reconnoît qu'après la sainte communion elles retournent comme auparavant dans leurs fautes et légèretés. C'est pourquoi on

leur imprimera dans l'esprit le plus qu'on pourra qu'il ne suffit pas qu'elles aient témoigné y penser quelques jours avant les bonnes fêtes, et que l'on ne se réglera pas même pour leur permettre la sainte communion sur ce qu'il y a longtemps qu'elles ne l'ont faite , mais seulement par la suite d'une bonne vie et d'un bon règlement dans toutes leurs actions.

6. Il faut bien remarquer par quel esprit elles sont poussées quand elles font leurs satisfactions. Car il s'en trouve qui les font fort facilement, et à qui rien ne paroît difficile, par orgueil et pour éviter l'humiliation ; mais si on les veille et examine de fort près et dans toutes les rencontres, on verra bientôt qu'elles ne le font pas du cœur. Quand cela est reconnu, il leur faut rarement accorder une aussi grande grâce qu'est la sainte communion.

7. Quand on juge à propos de les en priver , il faut bien prendre garde que cela ne leur passe point pour indifférent : au contraire, il leur faut faire ressouvenir de la perte qu'elles ont faite, et leur montrer qu'elles doivent être dans un continuel gémissement pour obtenir de Dieu la grâce de recouvrer ce qu'elles ont perdu, ou d'avoir ce qui leur manque pour rentrer dans la participation du très saintsacrement.

8. On ne fera point communier les enfants si jeunes , et particulièrement celles qui sont badines, légères et attachées à quelque défaut considérable. Il faut attendre que Dieu ait fait en elles quelque changement, et il est bon de prendre un temps notable, comme un an, ou au moins six mois, pour voir si leurs actions ont de la suite. Car je n'ai jamais eu de regret d'avoir fait reculer des enfants. Cela a toujours servi à faire avancer en vertu celles qui étoient bien disposées, et à faire reconnoître le peu de disposition qu'il y avoit dans les autres qui ne l'étoient pas encore. Oa ne sauroit apporter trop de précaution pour la première communion : car toutes les autres dépendent souvent de celle-là.

9. Après la sainte communion, il les faut exhorter de ne pas oublier Dieu, qui s'est donné à elles, mais de s'oc-

cuper à lui rendre grâces, l'adorer et le prier souvent. Qu'elles doivent veiller continuellement sur elles pour ne rien faire d'indigne de sa sainte présence , et qu'elles s'assurent que Dieu demeurera autant de temps dans leur cœur qu'il ne verra rien en elles qui lui déplaise, et qu'il ne se sépare point de nous jusqu'à ce que nous nous séparions de lui les premiers en Foffensant. Il est bon de les observer le jour de la sainte communion, pour voir si elles sentent Dieu et lui parlent intérieurement, et si elles se tiennent plus recueillies.

De la Confir?nation.

Quand on nous donne des enfants qui n'ont pas été confirmées, nous avons grand soin de les disposer à ce sacrement, qui les doit remplir de la plénitude du Saint-Esprit.

Que si elles n'ont pas fait aussi leur première communion, nous la différons ordinairement jusqu'après la confirmation, afin qu'étant remplies de l'esprit de Jésus, elles soient mieux préparées à recevoir son sacré corps, et par lui une nouvelle abondance de son esprit, selon ce qui est dit dans l'Évangile, qu'il sera donné à celui qui a déjà.

Je ne m'arrête pas au particulier de ce que nous leur disons pour les disposer. Nous suivons principalement le petit traité qui en a été fait; mais nous nous arrêtons peu à ce qu'elles en savent de mémoire, et nous considérons bien davantage si elles en ont les sentiments dans le cœur, autant qu'on en peut juger par leurs actions et par le soin qu'elles prennent de se corriger de leurs défauts, ainsi qu'il a été dit sur le sujet de la sainte communion.

Lorsque des enfants qui n'ont pas été confirmées se trouvent en péril de mort, nous faisons ce que nous pouvons pour ne les pas laisser mourir sans ce sacrement , selon le conseil qu'on nous a dit qu'en donne saint Thomas; car encore qu'il ne leur soit pas nécessaire à salut, il leur est néanmoins avantageux de n'être pas privées d'une si grande grâce.

De la Prière.

1. Comme,' clans tous les endroits de ces exercices, nous avons toujours parlé de la prière, je n'en puis rien dire ici qu'en général. On tâche de leur donner un grand désir de recourir à Dieu dans tous leurs besoins, et particulièrement dans leurs foiblesses et tentations. On leur fait entendre qu'un seul regard vers Dieu avec confiance, humilité et persévérance, les soutiendra bien plus que toutes les grandes résolutions qu'elles pourroient faire par elles-mêmes, et qu'elles leur seront inutiles si la bonté de Dieu ne les forme dans leur cœur par la puissance de sa sainte grâce; enfin que nous ne sommes capables que de nous perdre , et que Dieu seul nous peut sauver.

2. Nous ne les surchargeons pas d'un grand nombre de prières vocales ou mentales, mais nous tâchons de leur imprimer au cœur un véritable sentiment de la sainte présence de Dieu, afin qu'elles le regardent en tous lieux et en toutes leurs occupations, l'adorant et le louant partout, puisque les créatures même inanimées le louent chacune en leur manière.

3. Nous leur faisons voir que toutes leurs fautes viennent de ce qu'elles ne prient pas Dieu comme il faut, et qu'elles ne prieront pas comme il faut, tant qu'elles auront leur cœur attaché à elles-mêmes, à leurs inclinations et à quelque créature telle qu'elle soit et pour sainte qu'elle soit.

k. On aura grand soin que les prières du matin et du soir soient faites comme il faut, et si elles s'en acquittoient avec négligence et tiédeur , on ne les devroit point faire aller à la sainte messe pour quelques jours. Il faut leur dire qu'on ne peut pas leur donner des sentiments de piété, mais qu'on peut et qu'on doit les obliger de se tenir avec respect et crainte en la présence de Dieu. On leur fera entendre qu'il y a des pénitences pour les légères et badines; et effectivement il leur en faut donner, comme d'être retirées à part, ou même de ne leur permettre que de dire un Paler ou un

Ave Maria, leur disant que quand on les verra plus dévotes on leur permettra davantage.

5. Celles à qui Ton permet d'aller prier une demi-heure, comme nous avons marqué dans la première partie de ce Règlement, doivent être reconnues affectionnées à la prière; et pour celles-là on doit les instruire dans le particulier de la manière dont elles se doivent comporter. Si on voit que ce temps qu'on leur donne ne les rende pas plus humbles, plus charitables et plus silencieuses, on le leur doit ôter; et quand même elles en feroient profit, on doit de temps en temps les empêcher d'y aller, afin de voir comme elles prendront cette privation, et si elles seront aussi prêtes à demeurer qu'à aller.

6. Nous recommandons beaucoup aux enfants de prendre la sainte "Vierge pour leur mère et médiatrice dans tous leurs besoins et dans toutes les difficultés qui leur pourroient arriver. On leur dit qu'elle a été dans le temple dès son enfance, comme elles sont dans des maisons consacrées à Dieu pour y apprendre à être bonnes chrétiennes : que la maison où elles vivent est consacrée à la sainte Vierge, et se nomme Notre-Dame de Port-Royal ; qu'elle leur doit servir de modèle dans la prière, l'humilité, le silence, la modestie , le travail et enfin dans toutes leurs actions. On les exhorte de bien solenniser ses fêtes, qui sont toutes si fort honorées dans l'ordre de Gîteaux, de dire souvent son chapelet, et tous les jours ses litanies.

7. Nous leur recommandons aussi la dévotion aux saints anges, et particulièrement à leur saint ange gardien, leur disant qu'il leur est donné de Dieu pour les garder des embûches du diable, du monde et de la chair, et qu'il veille continuellement sur elles et sur tous leurs besoins spirituels et même corporels, et qu'il porte au ciel avec joie leurs bonnes œuvres ; et qu'au contraire, si les anges bienheureux étoient capables de tristesse, il en auroit quand elles font mal, et quand elles se laissent emporter à quelque action mal séante et indigne d'une chrétienne.

8. Nous leur disons aussi que les saints nous sont donnés de Dieu pour être nos intercesseurs envers lui. C'est pour-

RÈGLExMENT POUR LES ENFANTS. 419

quoi nous leur apprenons à s'adresser à eux pour les prier d'obtenir de sa divine bonté les grâces dont elles ont besoin, et que chaque jour elles doivent se recommander à saint Joseph, à saint Augustin, à saint Benoît et à saint Bernard , les patrons de la maison, aux saints dont elles portent le nom, aux saints qui leur sont échus pour patrons de Tannée et du mois, et à celui dont on fait Toffice ou la fête.

Des Lectures.

1. Les livres dont on se sert pour les instructions des enfants sont l'Imitation de Jésus-Christ, Grenade, la Philothée, saint Jean Climaque ; la tradition de l'Église, les Lettres de M. de Saint-Gyran , la Théologie familière, les Maximes Chrétiennes qui sont dans les Heures, la Lettre d'un père chartreux traduite depuis peu, les Méditations de sainte Thérèse sur le Pater, et autres livres qui ont pour but de. former une vie vraiment chrétienne.

2. Pour les lectures du matin à huit heures, je l'ai marqué dans le règlement de la journée.

3. Pour la lecture qu'une d'elle fait après vêpres, on peut se servir d'autres livres, comme de quelques lettres de saint Jérôme, de l'Aumône chrétienne, de quelques endroits du Chemin de perfection de sainte Thérèse, con.me aussi des Fondations en ce qui regarde l'histoire des vies des pères du désert et d'autres vies de saints et saintes (|ui sont dans les livres particuliers.

Zi. Nous faisons nous-mêmes toutes les lectures qui se font en général, hormis celle d'après vêpres, mais nous y sommes toujours présentes pour leur expliquer ce qu'on leur lit, et leur parler dessus. On doit avoir pour but de les accoutumer à ne point entendre les lectures dans un esprit de divertissement ni de curiosité, mais avec désir de se les appliquer ; et il faut pour cela que la manière de les leur faire comprendre aille bien plus à les rendre bonnes chrétiennes, et à les porter à se corriger de leurs défauts, qu'à les rendre savantes. Il faut les prier de demander à Die a la

grâce de bien profiter des lectures qu'on leur fait , et aussi qu'il nous mette au cœur ce qui leur est plus utile pour les faire avancer de jour en jour dans la perfection.

5. x\ux lectures que nous ne faisons pas nous-mêmes, nous leur marquons ce qu'elles doivent lire, et il ne leur est pas permis de changer ni d'endroit, ni de livres : car il se rencontre peu de livres où il n'y ait quelque chose à faire passer.

6. A la lecture d'après vêpres, il leur est permis et même ordonné de faire de continuelles questions sur tout ce qu'elles n'entendent pas, pourvu que ce soit avec respect et humilité, et on leur apprendra, en leur répondant, la manière de s'appliquer cette lecture pour la correction de leurs mœurs. Si en lisant on voyoit qu'elles ne fissent point de demandes sur quelque chose que l'on croit que la plupart n'entendent pas, on leur demandera si elles l'entendent, et si on voit qu'elles ne peuvent répondre, elles seront reprises de demeurer dans l'ignorance, puisqu'on leur a ordonné de se faire instruire sur tout ce qu'elles ignorent.

7. Aussitôt que la lecture est finie, on reprend le livre. Car nous ne leur laissons point d'autre livre dans le particulier que leurs Heures, la Théologie familière, les Paroles de notre Seigneur, une imitation de Jésus-Christ, et un Psautier latin et françois. Tous leurs autres livres sont entre les mains de leur maîtresse, ce qu'elles trouvent fort bon, ayant elles-mêmes reconnu que cela leur est plus profitable, et que les lectures les plus saintes ne leur servent de rien quand elles se font par curiosité ; ce qui arrive presque toujours quand elles ont leurs livres en leur particulier et à leur disposition.

8. 11 ne leur est jamais permis d'ouvrir un livre qui n'est pas à elles, ni de les emprunter les unes aux autres sans une permission de leur maîtresse , qui se donne rarement, pour éviter beaucoup de petits désordres que causent ces emprunts.

Des Malades et de leurs besoins corporels.

1. Il faut avoir un très grand soin de celles qui tombem malades, les faisant servir nettement et exactement aui heures précises ; les faire voir au médecin si la maladie le mérite, et faire ponctuellement tout ce qu'il ordonnera pour le soulagement de leur mal.

2. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour être toujours présentes quand le médecin les vient visiter, et il est bon de lui parler toujours avant qu'il visite les malades, pour lui rendre compte de la maladie et de la manière dont elles se comportent dans la prise des remèdes et de la nourriture, et le prier de dire peu de chose devant elles, de peur de les attrister ou de leur donner lieu de s'attendrir sur leur mal. Après que le médecin les a visitées , l'on apprendra de lui ce que l'on doit faire pour leur soulagement.

3. On les accoutume à ne point faire de façons pour la prise des remèdes les plus fâcheux. Nous y sommes toujours présentes, afin de leur dire quelque parole de Dieu pour les encourager et leur faire offrir leur mal à Dieu.

Ix. On les exhorte à ne trouver jamais à redire aux ordonnances du médecin , parce qu'il tient à leur égard la place de Dieu dans leur maladie. C'est pourquoi elles lui doivent obéir comme à Dieu même, en abandonnant leur vie, leur santé ou leur maladie à l'ordre de la Providencedivine, qui se sert pour notre bien du bon ou du mauvais succès des remèdes. C'est pourquoi en tout ce qui peut y arriver de fâcheux, il n'en faut jamais jeter la faute ni sur le médecin ni sur les remèdes , mais adorer avec silence et humilité l'ordre que la bonté divine ticE" sur nous, et pour donner plus de lieu aux malades d'entrer dans cette disposition, je présuppose que l'on aura toujours, si cela se peut, des médecins bons chrétiens et bons médecins.

5. Il y aura toujours une chambre destinée pour mettre les malades, où on ne permettra pas que les autres enfants entrent, si ce n'est pour une très grande nécessité, et avec

permission de leur maîtresse. Durant les heures de récréa tion, on pourra y envoyer quelqu'une des plus sages pour les divertir. Il faut que celle des sœurs qui les assiste ne les quitte point, si ce n'est qu on eût de grands enfants comme de celles qui sont prêtes d'entrer au noviciat, sur qui on se fieroit entièrement, qui pourroient les garder et même les servir, si la maladie n'étoit pas considérable.

6. Quand il y a beaucoup de malades, on y met une sœur, outre celle qui les sert en santé , et il faut que ces sœurs soient sages et douces : sages pour les tenir dans leur devoir, de peur que dans la maladie elles ne perdent tout ce qu'elles auroient acquis avec beaucoup de travail dans la santé, et aussi pour ne les pas flatter dans leurs inclinations ou la répugnance qu'elles auroient à prendre les remèdes qu'on leur ordonne, et à l'abstinence quelles doivent garder de certaines nourritures qui leur seroient nuisibles ; mais il faut aussi qu'elles soient douces , afin d'adoucir par la manière charitable dont elles agiront avec elles et par de bonnes paroles tout ce qu'il leur faut refuser pour leur santé.

7. Nous nous assujettissons beaucoup aux malades, quittant plutôt même les saines, tant pour les faire traiter comme il faut , que pour les tenir dans l'ordre et leur apprendre à être malades en chrétiennes ; cela fait qu* elles ne se dérèglent pas si tôt.

8. Outre ce soin et ces visites générales, nous prendrons des temps particuliers pour les visiter chacune en particulier, quand il y en a plus d'une malade. Ces visites se font avec la plus grande douceur et cordialité que l'on peut, soit pour les écouter si elles ont quelque chose à nous dire , ou pour les exhorter au bien et à prendre leur mal en patience, et à l'offrir à Dieu en Thonneur et pour l'amour des souffrances de notre Seigneur Jésus -Christ; et quoiqu'il les faille traiter doucement et charitablement, il ne faut pas pourtant les entretenir dans une délicatesse qui les rende îiifficiles à servir ou de mauvaise humeur ; il faut au contraire les faire rendre ù tout ce que Ton veut par motif de ?ertu.

9. Quand il arrive que la maladie est dangereuse, il faut prendre avis de la mère abbesse et du médecin pour Tadministration des sacrements selon leur âge et capacité, et de notre côté redoubler tous nos soins et nos assistances spirituelles et corporelles, pour faire en sorte qu'elles soient entièrement contentes, afin de leur dégager l'esprit de l'occupation qu'elles pourroient prendre d'elles-mêmes, et qu'ainsi elles puissent s'occuper de Dieu autant que leur maladie, leur âge et leur vertu les en rendent capables, sans trop les presser néanmoins, puisque au contraire nous devons avoir un soin particulier que nos entretiens ne leur soient point à charge. C'est pourquoi quelquefois on viendra les visiter seulement pour les divertir; et selon qu'on les trouvera portées à s'entretenir de Dieu, on pourra mêler quelque parole de piété.

10. Aussitôt que les enfants seront guéries , on les fera revenir avec les autres, de peur qu'elles ne se dérèglent, ce qui est à craindre dans la jeunesse, qui ne demande le plus souvent que la liberté. Mais quoiqu'elles soient revenues dans la chambre, on aura grand soin de les nourrir et de leur donner du repos autant qu'elles en auront besoin pour le parfait recouvrement de leur santé.

11. Pour les légères incommodités qui leur surviennent, on leur donnera tous leurs besoins, mais on ne les flattera pas trop ; car il se trouve des enfants qui font quelquefois semblant d'être malades. J'en ai vu quelques-unes de cette sorte, quoique par la grâce de Dieu il y a longtemps que cela n'est arrivé parmi les nôtres. Mais quand cela arrive, il ne faut pas faire semblant de croire qu'elles nous veuillent tromper, mais au contraire il faut les plaindre beaucoup, et leur dire qu'il est vrai et qu'elles sont mal, et aussitôt les mettre au lit dans une chambre à part avec une sœur qui les garde, mais qui ne leur parle point du tout, leur disant que cela leur feroit mal de leur parler et qu'il leur faut du repos. On les met un jour ou deux aux bouillons et aux œufs. Si le mal étoit effectif, ce régime leur est fort bon, et s'il ne l'est pas, il est sans doute que dès le lendemain elles diront qu'elles n'ont point de mal ; et ainsi on les guérit de

leur hypocrisie sans leur donner occasion de murmurer ; ce qui arrive quand on leur dit qu'elles n'ont pas le mal dont elles se plai;^nent, et même on les expose à faire des meuîonges et à se feindre encore davantage.

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