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Officiers, gens poumis d'offices, les magistrats

monde et la plus riche. C'en est assez pour nous faire juger quel bien c'est devant Dieu que les richesses.

« On doit plus craindre d'avoir trop à l'heure de la mort que trop peu pendant la vie.

« On se sert du prétexte de ce que l'on mendie pour ne pas donner à l'hôpital , et de l'hôpital pour ne pas donner aux mendiants. »

Les pensées morales qui suivent, sans avoir une grande originalité, valent assurément la peine d'être tirées de î'oubli.

, « Comme le corps s'appesantit et s'affaiblit par l'âge et la durée de la vie, le cœur s'appesantit et s'affaiblit par la durée des mauvaises habitudes.

« Les événements sont hors de nous ; notre volonté seule est à nous; ne pouvant régler aucun événement, nous devons nous mettre en état que nul événement ne nous trouble et ne nous empêche d'être heureux.

« Il n'y a que deux voies pour se rendre heureux et content, l'une de remplir tous nos désirs, l'autre de les borner à ce que nous pouvons posséder. La première est impossible en cette vie; ainsi c'est une folie que d'entreprendre de se contenter en ce monde par cette voie.

« Les maximes" de morale des païens sont des règles particulières pour de certaines actions, et en de certaines rencontres, pour certaines conditions; celles de l'Évangile sont universelles ; car elles changent le fond du cœur et' s'étendent à toute la conduite en tous lieux et en toutes rencontres.

« 11 y a une différence extrême entre la manière dont nous sentons les injustices qui nous regardent et celle dont nous jugeons de celles qui ne regardent que le pro-' chain.

« Pourquoi souffrons-nous les douleurs sans nous mettre en colère, et que nous ne souffrons pas les injustices et les maux que nous causent les hommes sans mouvement de colère?

« Nous voulons tellement plaire que nous ne voulons pas déolaire aux autres lorsque nous nous déplaisons à nous-

mêmes, et que nous voulons plaire à ceux qui nous déplaisent.

« Quand on est dans la vérité, il ne faut pas craindre de creuser; on trouve toujours un bon fond, on ne saurait manquer d'être soutenu ; mais dans les choses vaines et incertaines, il est périlleux de creuser.

« Les hommes ne jugent de la malice des actions et du cœur de l'homme que par rapport à ce qui les touche. Une incivilité à leur égard leur paroît plus criminelle que de grands péchés devant Dieu qui ne choquent pas les hommes.

« Tout homme qui a la moindre expérience dans le monde juge facilement que tous les autres, sans exception des plus raisonnables, raisonnent mal quelquefois, et raisonnent mal pour l'ordinaire dans leurs intérêts. Ainsi il faut être fou de présomption pour s'imaginer qu'on soit l'unique au monde raisonnable dans son intérêt, et ne pas se défier toujours de son jugement quand il s'en agit. D'où j'admire Textravagance de la plupart des gens, surtout des plaideurs, qui s'imaginent toujours tous avoir le meilleur droit du monde.

« On juge aussi témérairement en bien qu'en mal. Il y a du péril en l'un et en l'autre. Si on juge mal en mal, on blesse la charité; si on juge mal en bien, on blesse la vérité; c'est-à-dire que, jugeant mal d'une bonne action, on fait tort à son prochain, et que, jugeant bien d'une mauvaise action, on fait tort à la vérité.

« Les louanges, quelques fausses, quoique ridicules, quoique non crues, ni par celui qui loue, ni par celui qui est loué, ne laissent pas de plaire; et, si elles ne plaisent par un autre motif, elles plaisent au moins par la dépendance et par l'assujettissement qu'elles marquent de celui qui loue. »

Si les deux pensées suivantes étaient plus travaillées pour le tour et l'expression, on les attribuerait aisément à celui qui a pris la défense des répétitions et qui réduisait toute la poésie à des figures, fatal laurier, bel astre.

« On hait si fort les redites que, quand elles sont néces-

saires, on veut au moins à chaque fois être averti que c'est une redite : dans le palais, ledits, ladite; c'est Texcuse de celui qui redit... Mais d'où vient cette haine des redites? La nouveauté et l'ennui des mêmes choses. L'orgueil y a sa part; car il y a apparence qu'on veut inculquer par redites, . et qu'on n'aime pas paroître dur à comprendre.

« La poésie a d'ordinaire plus d'éclat et plus d'agrément que la prose ; mais ce n'est que comme les grotesques dans la peinture : ce qui y plaît est plus surprenant, mais assurément moins solide et moins beau que le naturel. » , Maximes toutes empreintes de l'esprit de Port-Royal, et ^ qui auraient pu échapper à la plume de Pascal dans un moment de négligence :

« Aujourd'hui la dévotion et la vertu sont choses fort différentes.

« Il est bien à craindre que les dévotions extérieures de ce temps, scapulaires, etc., ne soient dans la nouvelle loi ce qu'étoient dans l'ancienne les traditions superstitieuses des pharisiens, par lesquelles et sous prétexte desquelles ils quittoient l'essentiel de la loi, s'imaginant qu'ils étoient purifiés par ces cérémonies. »

Voici les fondements mêmes de ce qu'on pourrait appeler la logique et la philosophie de Pascal :

« Nous n'agissons pas par raison, mais par amour, parce que ce n'est pas l'esprit qui agit, mais le cœur qui gouverne ; et toute la déférence qu'a le cœur pour l'esprit est que, s'il n'agit pas par raison, il fait au moins croire qu'il agit par raison*.

« Il y a deux manières de venir à la connoissance de la vérité, l'une par démonstration, et l'autre par des vraisemblances qui peuvent venir à un tel point que la preuve en soit aussi forte que la démonstration et même plus touchante, plus persuasive et plus convaincante : par exemple, on est plus persuadé qu'on mourra, quoiqu'il n'y en ait pas de démonstration, que de toutes les vérités d'Euclide.

1. Voyez Études sur Pascal, seconde préface, p. 43, et p. 202, etc.

^ « Il est impossible d'avoir des démonstrations des vérités de notre religion, car il arriveroit deux choses : Tune que tout le monde l'embrasseroit, l'autre quïl n'y auroit pas de foi,- qui est la voie par laquelle Dieu a voulu nous unir à lui: »" '

Est-ce Fauteur des Lois civiles ou celui des Pensées qui a tracé ces lignes où Tesprit, l'humeur et la mélancolie" se confondent dans une originalité si touchante? Ce peu de lignes nous font pénétrer dans Pâme de Domat, et nous découvrent sa grandeur et ses misères, son austérité et ses caprices, Pune et l'autre face de la médaille, l'homme tout "entier.

(( L'esprit sans piété ne sert qu'à rendre misérables ceux qui en ont, ce qui arrive en bien des manières, et entre autres par la peine qu'il y a à souffrir les sots.

« Ce n'est pas une petite consolation pour quitter" ce monde que de sortir de la foule du grand nombre des sots et des méchants dont on est environné.

' « Toutes les sottises et les injiKtices que je ne fais pas m'émeuvent la bile.

<{ Je ne serois ni de Phumeur de Démocrite ni de celle d'Heraclite ; je prendrois un tiers parti pour mon naturel, d'être tous les jours en colère contre tout le monde. ' M Quelle satisfaction peut-on avoir de ne voir que des misères sans ressources? Quel sujet de vanité de se trouver dans des obscurités impénétrables?

« Un peu de beau temps, un bon mot, une louange, une caresse, me tirent d'une profonde tristesse dont je n'ai pu me tirer par aucun effort de méditation. Quelle machine^ que mon âme, quel abîme de misère et de faiblesse !

« J'ai une expérience réglée d'un certain tour que fait mon esprit du trouble au repos, du repos au trouble,- sans que jamais la cause ni de l'un ni de Pautre cesse, mais seulement parce que, la roue tournant, il se trouve tantôt dessus, tantôt dessous. '

1. Sur le sens de cq moi machine, voyez Études sur Pascal, p. CSO, et le Dictionnaire de Pascal, p. 553. .■■■»■

« Mon sort est différent du vôtre : vous changez souvent d'état, et moi je suis toujours à la même place; nous sommes pourtant tous deux également tourmentés: vous roulez dans les flots et je les sens rouler sur moi^ »

I. Nous avons rappelé une partie ie ces pensées dans Mme de Sablk^ ^hap. nie, en faisant connaître que les portefeuilles du Docteur Valant à la bibliothèque royale contiennent plusieurs billets de Domat, raêrne des vers de sa façon, par exemple, une inscription en rors pour l'entrée du Louvre.

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