‹ Histoire de FranceChapitre 42 sur 158 · Recueil de Marguerite Périer, p. GCO · texte numérisé non relu

Recueil de Marguerite Périer, p. GCO

partie de sa beauté. Elle n'y fut point insensible , mais la piété vint à son secours, et elle fit hommage à Dieu de son malheur dans les stances suivantes :

STANCES

POUR REMERCIER DIEU AU SORTIR DE LA PETITE VÉROLE '. Novembre 1638.

Moteur de ce grand univers.

Inspirez-moi de puissants vers.

Envoyez-moi la voix des anges.

Non pas pour louer les mortels.

Mais pour entonner vos louanges Et vous remercier au pied de vos autels.

Votre souveraine bonté Du haut du ciel a visité Le plus chétif ver de la terre, Et garanti du coup fatal Un corps plus fragile que verre , Parmi tous les excès d'un incroyable mal.

Ainsi Ton voit qu'en vérité, Grand Dieu, votre bénignité S'est montrée eu moi bien extrême, Me garantissant d'un péril Où sans votre bonté suprême Mes ans alloient finir dans leur plus bel avril.

Oli! que mon cœar se sent heureux.

Quand au miroir je vois les creux Et les marques de ma vérole!

Je les prends pour sacrés témoins, Suivant votre sainte parole.

Que je ne suis de ceux que vous aimez le moins.

1. Recueil de Marguerite Périer, p. 661. Le même manuscrit contient, p. 655, une lettre de Gilberte Pascal à son père, du 3 décembre 1638, où il est question de l'accident arrivé à Jacqueline et de lïntérêt qu'y prit la Reine elle-même.

Je les prends, dis-je, ô souverain!

Pour un cachet dont votre main Voulut marquer mon innocence; Et cette consolation Me fait avoir la connoissance Qu'il ne faut s'affliger de cette affliction.

Mais, grand Dieu, mon travail est vaa; Il faut un esprit plus qu'humain Pour bien raconter vos merveilles, Et ce grand excès de bonté, Charmant les yeux et les oreilles.

Excède mon pouvoir et non ma volonté.

L'année 1639 est celle de la fameuse représentalion de V Amour tyranniqiie de Scudéry à l'hôtel de Richelieu , où la petite Jacqueline toucha si bien le cœur du cardinal qu'elle en obtint la grâce de son père. Tout cela est raconté en grand détail par M"'- Périer et Marguerite Périer, ainsi que nous l'avons vu ; mais celle-ci nous a conservé une lettre de la petite Jacqueline à son père Etienne Pascal, où elle lui fait un récit naïf de ce qui s'est passé en cette circonstance. Le lecteur sera bien aise de connaître ce nouveau récit, dont le principal acteur en est en même temps Thistorien, un acteur et un historien di treize ans.

(( Monsieur mon Père,

c(Il y a longtemps que je vous ai promis de ne vous point écrire si je ne vous envoyois des vers; et n'ayant pas eu le loisir d'en faire, à cause de cette comédie dont je vous ai parlé , je ne vous ai point écrit il y a

longtemps. A présent que j'en ai fait, je vous écris pour vous les envoyer et pour vous faire le récit de l'affaire qui se passa hier à l'hôtel de Richelieu où nous représentâmes VA77îour tyrannique devant M. le cardinal; je m'en vais vous raconter de point en point ce qui s'est passé.

• (( Premièrement , M. de Mondory entretint M. le cardinal depuis trois heures jusqu'à sept heures, et ui parla presque toujours de vous , de sa part et non pas de la vôtre ; c'est-à-dire qu'il lui dit qu'il vous connoissoit , lui parla fort avantageusement de votre vertu, de votre science et de vos autres bonnes qualités. Il parla aussi de cette affaire des rentes, et lui dit que les choses ne s'étoient pas passées comme on avoit fait croire, et que vous vous étiez seulement trouvé une fois chez M. le chancelier, et encore que c'étoit pour apaiser le tumulte; et, pour preuve de cela, il lui conta que vous aviez prié M. Fayet d'avertir M... * ; il lui dit aussi que je lui parlerois après la comédie. Enfin il lui dit tant de choses qu'il obligea M. le cardinal à lui dire : <( Je vous promets de lui « accorder tout ce qu'elle me demandera. » M. de Mondory dit la même chose à M'"*" d'Aiguillon , laquelle lui disoit que cela lui faisoit grande pitié, et qu'elle y apporteroit tout ce qu'elle pourroit de son côté. Yoilà tout ce qui se passa devant la comédie. Quant à la représentation, M. le cardinal parut y prendre grand plaisir, mais principalement lorsque je

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