‹ Histoire de FranceChapitre 67 sur 158 · SUR LE MYSTÈRE DE LA MORT DE \OTRE - SEIGNEUR JÉSUS-CHRTST · texte numérisé non relu

SUR LE MYSTÈRE DE LA MORT DE \OTRE - SEIGNEUR JÉSUS-CHRTST

Jésus- Christ est mort par amour envers son Père éternel , parce qu'il est mort pour réparer par une offrande infinie l'offense qui lui avoit été faite. 11 est aussi mort par amour envers nous, parce qu'il a

1. Ces pensées ont été publiées à la suite des Entretiens ou conférences de larévérende mère Marie-Angélique Arnault, etc., Bruxelles, 1757, in-12. Le Recueil de M'^*' Périer, p. 121, en contient une copie qui est conforme à l'imprimé, sauf de rares variantes.

satisfait par amour à nos dettes ; en sorte que le peu que nous pouvons, et que nous ne pouvons sans lui, suffit pour les payer toutes.

J'apprends de là que je dois mourir au monde par amour envers Dieu, pour lui rendre tout ce que je lui dois, en lui donnant tout mon cœur sans aucun partage, et satisfaisant tous mes péchés par la pénitence, qui est enfermée dans cette mort, et par amour ejivers moi-même de la même sorte.

Jésus-Christ n'est pas mort pour ne plus vivre, mais pour ne plus être dans la souffrance, dans la foiblesse et dans les autres infirmités de cette vie humaine, pour vivre éternellement d'une vie exempte de toutes ces misères, toute spirituelle et toute divine.

J'apprends de là qu'après que je serai séparée par ma mort au monde de toutes les appartenances de la corruption de la nature, il faut que dès lors je vive en Dieu seul , et que je ne vive plus à rien de ce qui appartient à ma première vie.

Jésus est mort réellement, et non pas en figure ou en désir seulement.

Cela m'apprend qu'il faut mourir effectivement au monde, et ne pas me contenter en cela d'imaginations et de belles spéculations.

La mort de Jésus n'a rein d'extraordinaire, c'està-dire que son corps a été privé de vie comme tous les autres, et il s'est tenu mort dans la posture et la manière qui étoit propre à cet état.

Cela m'apprend qu'encore qu'il faille faire mourir effectivement en moi la chair et tous ses désirs, il ne faut pas néanmoins qu'il paroisse rien d'extraordinaire ni de singulier dans mes actions, mais que je fasse simplement et uniquement celles qui seront conformes à mon état et à ma condition présente.

Jésus est mort au regard de soi-même, en ce que réellement sa sainte âme et son corps ont été séparés, et qu'ensuite il a souffert toutes les privations que cause la mort , de la vue, de l'ouïe, de l'entendement, de tout mouvement, en sorte qu'on l'emporte dans le sépulcre, et qu'il ne s'y conduit pas soi-même : et il a bien voulu être privé de ces choses, quoiqu'elles fussent fort saintes en lui.

Cela m'apprend à mourir à moi-même en toutes choses, même dans les plus innocentes, en sorte que Je ne produise plus de moi-même aucune action, mais que tout ce que J'opérerai soit tellement produit par l'obéissance que je dois aux maximes du christianisme, et aux supérieurs que Dieu m'a donnés, que l'on puisse dire véritablement que mon esprit n'est

plus et qu'il est de telle sorte séparé de mon corps que ce n'est nullement lui qui le fait agir.

Jésus est mort, non-seulement au regard de soimême , mais encore au regard de sa Mère , de ses parents et de ses amis, les privant de la consolation de sa présence, et se privant soi-même de la leur.

Cela m'apprend à ne pas mourir seulement à ce qui ne touche que ma personne, mais aussi à tous les intérêts de la chair et du sang et de l'amitié humaine, c'est-à-dire, à oublier tout ce qui ne regarde pas le salut des âmes, et ne plus m' empresser dans les affaires temporelles.

Jésus est mort au regard de tout le monde, en sorte que le monde entier est privé de sa présence visible et du fruit de ses exhortations, y laissant seulement ses disciples, qui étoient des copies de sa sainte vie qu'ils imitoient.

Cela m'apprend que, lorsqu'on est mort au monde, il ne faut plus s'y produire, et qu'il faut se contenter de fructifier par le bon exemple et la bonne odeur que cette vie de mort pourra répandre.

Jésus n'a pas attendu de mourir de vieillesse, mais a comme prévenu la mort dans sa forte jeunesse.

Cela m'apprend à ne pas attendre la défaillance de ma vie pour mourir au monde, mais à prévenir ma mort réelle par la mystique.

Jésus est mort de mort violente, et non pas naturelle.

J'apprends de là qu'encore que la nature répugne à cette mort violente, et que toutes les choses humaines qui sont en moi me portent à la fuir, je dois faire violence à tout cela pour mourir vraiment au monde.

Jésus est mort à la croix, élevé au-dessus de tout le monde, ayant sous ses pieds tout, et même sa sainte Mère.

J'apprends de là que mon cœur doit être au-dessus de toutes les choses de la terre, et que par cet élèvement ^ d'esprit, qui n'est pas orgueilleux, mais céleste, je dois regarder comme au-dessous de moi tout ce qu'elle a de plus grand et de plus aimable, parce que , comme je ne me dois glorifier qu'en la croix de mon Sauveur, je ne dois aussi rien estimer qu'elle.

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