‹ Histoire de FranceChapitre 21 sur 116 · ET LES MOEURS DES GAULOIS. XXIX · texte numérisé non relu

ET LES MOEURS DES GAULOIS. XXIX

les deux populations, celle des conquérants et celle des vaincus; car l'une, en devenant propriétaire, renonçait à la vie errante, et l'autre ne pouvait être exterminée. Ce fut là l'œuvre du clergé '. Seul, il pouvait représenter et défendre, jusqu'à un certain point, la société romaine, parce que seul il avait conservé des intérêts généraux et des institutions. Les évêques et les supérieurs des monastèies conversaient et correspondaient avec les rois barbares; ils entraient dans les assemblées des leudes, et en même temps la population romaine se groupait autour d'eux dans les cités. Ils retenaient dans leurs terres l'usage des lois romaines, et les immunités qu'ils obtenaient tournaient au profit des cultivateurs romains. Ils devinrent le lien des deux peuples, et leur puissance fut une nécessité sociale pour les vainqueurs comme pour les vaincus. C'était aux évêques que s'adressaient les provinces, les cités, toute la population romaine, pour traiter avec les barbares; ils passaient leur vie à correspondre, à négocier, à voyager. C'était à eux aussi que recouraient les barbares pour rédiger leurs propres lois, conduire les aflaires importantes, donner enfin à leur domination quelque ombre de régularité. Une bande de ces conquérants venait-elle assiéger une ville ou dévaster une contrée? tantôt l'évêque paraissait seul sur les remparts, revêtu de ses ornements pontificaux, et, après avoir étonné les assaillants par un tranquille courage, il traitait avec eux de leur retraite; tantôt il faisait construire une espèce de fort, où se réfugiaient les habitants des campagnes. De jour en jour l'activité des évêques s'ouvrait quelque carrière nouvelle, et leur influence recevait une nouvelle sanction. En pouvait-il être autrement, lorsqu'au milieu d'une domination anarchique et sauvage le clergé seul se présentait au nom d'une force morale? Ce clergé, avec de tels éléments de succès, ne devait-il pas prendre une grande place dans la société du moyen âge? Mais nous traçons là un tableau auquel nous ne pouvons donner le fini qu'après nous être expliqué sur la religion et les mœurs

' Guizot, Essais sur l'hist. de France, p. 220.

Page 1