XXVIII DISCOURS SUR LA RELIGION
les hommes malheureux vers ce qui leur offre un soutien et une consolation clans leur malheur. C'est que l'association chrétienne était la seule, comme en convient M. Guizot', (\\ii procurât à ses membres les joies de la vie intérieure; «|ui possédai, dans les idées et les sentiments qu'elle avait pour base, de quoi occuper les âmes fortes, satisfaire les imaginations actives, satisfaire enfin ces besoins de l'être intellectuel et moral que ni l'oppression ni les calamités ne peuvent étouffer complètement dans tout un peuple.
La conversion de la nation gauloise fut récompensée par les services que lui rendit le clergé, instrument de cette conversion. Dans la décadence progressive de l'Empire, la puissance, la juridiction, la richesse affluaient vers les églises et les évêques, comme vers les seuls points autour desquels les hommes fussent d'eux-mêmes disposés à se grouper, et qui exerçassent, sur toutes les forces sociales, la vertu de l'attraction. En retour, la paroisse sauva le municipe, dont elle prenait la place. L'évêque, dit encore M. Guizot -, était devenu dans chaque ville le chef naturel des habitants, le véritable maire. Son élection, et la part qu'y prenaient les citoyens, furent l'affaire importante de la cité. C'est par le clergé surtout que furent conservées, dans les villes, les lois et les coutumes romaines, pour passer plus tard dans la législation générale de l'État, Entre l'ancien régime municipal des Romains et le régime municipal civil des communes du moyen âge, le régime municipal ecclésiastique est placé comme transition.
Mais laissez s'accomplir l'invasion de l'empire par les barbares, et alors vous verrez combien la Gaule eut à se féliciter d'être devenue chrétienne, puisqu'elle ne dut son salut qu'aux évêques. Qui nierait l'ascendant que la religion de Jésus-Christ acquit rapidement sur ces barbares? Ses ministres ne s'en servirent que dans un intérêt de conservation. Après les désordres de la conquête, il fallait que la société commençât, qu'il s'établît quelques rapports entre
' Essais sur l'hist. de France, p. 21. * Ibid., p. 51.