ET LES MŒURS DES FRANKS. ILXXXIX
Irimoine des pauvres, qui menaçait la religion cUe-nicme dans l'existence de ses niinislres.
L'impiété ne s'arrête point là : dévorée d'une rage que rien ne peut éteindre, elle va chercher, dans la fange des chroni(pies les plus obscures et les ])lus niéj)risées, ce que ses suppôts de tous les âges (car elle n'a jamais cessé d'en avoir) ont pu écrire de plus infâme, de j)lus grossièrement mensonger contre les prêtres et les moines : et opposant avec impudence ce vil fatras de turpitudes aux témoignages de l'histoire les plus graves, les plus avérés, les plus éclatants, elle ne craint pas de dépeindre comme des scélérats abominables, des hommes cpii, d'âge en âge et jusqu'à nos jours, n'ont cessé de transmettre aux générations les croyances, les préceptes, la morale de ITvangile; supposant que, par un miracle plus grand, plus inconcevable (pie tous ceux qu'elle rejette, ces hommes ont pu et voulu, dans cette longue succession qui ne s'est pas interrompue un seul instant, perpétuer des croyances auxquelles ils ne croyaient pas, annoncer des préceptes auxcpiels ils n'obéissaient pas, prêcher une morale qu'ils ne prali<piaient pas; créant ainsi, au gré de sa haine extravagante, une société de nobles toujours furieux et de prêtres toujours hypocrites, société impossible, qui cependant a duré (piatorze siècles, société la plus tyranni(pie qui ait jamais opprimé les peuples, et qui cependant a donné pour la preuïière fois au monde le spectacle d'une nation où il n'y avait plusdc maiiresni d'esclaves. L'ignorance était grande dans les premiers temps de la conquête, et d'autant plus profonde, d'autant plus incurable, que ceux qui y étaient livrés se plaisaient au milieu de ses ténèbres '. Où se conservaient les dernières lueurs des lettres et des connaissances humaines prêles à s'éteindre, si ce n'est dans les cloîtres (pii rendirent ensuite à la société moderne ce qu'ils avaient sauvé du grand nau-
' Los Fidèles dosoeiuliis de.» aiirirns Frank* iiié|)risaipnt IfS lettres, [>arlnien frès.pcn latin, n r.sliin.iieit <iue la protessi.iii (\is arinos, et ne (|iiitt::ient les camps i|ne iKiiir allrr >(• e')n:i vr dans It-iirs tenc» ; pendant iJiésdedinx siècles, lotir i;^n(naiH'i' h s reinit iiicapililcs d'exercer aucune l'oi.ctiou cccii>iastique ; tous les clercs étaient [\omainti.
XC DISCOURS son LA RELIGION
frage de l'ancienne sociélc? où étaient les seules écoles qu'il y eût alors? auprès de la cathédrale et de la demeure des évoques : là étaient encore l'Iiôpilal pour les malades, l'hospice pour les pèlerins et les pauvres voyageurs; et dans ces asiles de paix « la science et la miséricorde s'étaient ren- » contrées et embrassées '. » Lorsque le pouvoir politique, si faible alors sous des rois liîiblcs, parce qu'il n'était pas naturellement constitué, reprenait un peu de vigueur sous quelcpies princes guerriers ou d'un ferme caractère, à qui s'adressait le monarque pour le rétablissement de l'ordic et le maintien de la justice, si ce n'est aux évéques, protecteurs naturels des peuples, et qui recevaient alors la noble mission de porter au pied du trône le cri des opprimés et de demander en leur nom que justice fût rendue? Qu'était le vassclage, seul lieu de cette société naissante, qui, comme nous l'avons déjà dit, ne futjamais entièrement rompu, sinon le respect pour la foi jurée? et quel autre garant (jue la religion pouvait-on avoir de la foi du serment? Lorsque tout n'était que trouble et confusion dans l'État, où étaient l'ordre et l'unité, sinon dans la société des fidèles, qui seule demeurait immuable dans ses dogmes, dans ses traditions, dans sa discipline? Pour cette multitude que divisaient sans cesse des intérêts si opposés, des usurpations si manifestes, des préjugés d'indépendance si fortement enracinés, quel autre signe de ralliement que la croix qui, s'élevant de toutes parts sur le sommet de leurs tours et sur la pointe de leurs clochers, réveillait à tous moments dans leur cœur des sentiments qui leur étaient communs, des croyances qui pour tous étaient les mêmes, et semblait rappeler à ne former qu'une seule patrie sur la terre, des hommes destinés à n'avoir qu'une même patrie dans le ciel? Et nous pouvons défier toute la subtilité sophistique des incrédules de nos jours, d'expliquer comment il eût été possible que ce royaume de France, formé par desévêques, ainsi que l'a dit un écrivain, dont sans doute ils ne récuseront pas le
' Misericordia et veritas oh'icaerunt sibi : justifia et pax osculatœ sunt- (Ps. LXXXIT,',11.)