ET LES MOEURS DES FRAXKS. LXXXVII
fixé par les statuts de leurcommimaiité. On vît donc s'élever de toutes parts des commendes au profit des gens de la cour et des nobles de province; et sous la seule condition de pourvoir à l'entretien des lieux réguliers, et à la nourriture des religieux, les commendataires purent dissiper à leur gré, prodiguer à tel usage profane qu'il leur plaisait, l'îmmense superflu des biens confiés à leur gestion. Ce fut un nouveau genre de spoliation qui n'eut point de bornes : on se partagea les biens des monastères comme des terres conquises; les rois donnèrent des abbayes aux reines, à leurs fils, à leurs filles; ils en gardèrent eux-môm(>s; il n'y eut point de vassal un peu puissant qui ne s'en fît donner, et plusieurs mirent leur fidélité au prix de semblables dons. Vainement les évoques s'élevèrent contre cette dissipation impie et souvent inhumaine des biens des monastères, et menacèrent les spoliateurs des jugements de Dieu ' : ils n'y gagnèrent autre chose que la vaine formalité à laquelle se soumirent les rois et les seigneurs de faire tonsurer ceux de leurs enfants qu'ils voulaient enrichir ainsi, sans rien diminuer de leurs domaines ; et l'on conçoit que, sous de tels abbés, le sort des moines n'était pas plus assuré, ni le vœu des fondateurs plus respecté que sous l'administration des laïques. Enfin les choses en vinrent au point que l'on crut nécessaire de faire des arrangements pour que la communauté ne manquât pas du moins des premiers besoins de la vie, et de séparer à cet effet de la mense abbatiale la portion de bien strictement nécessaire à la subsistance des religieux et à la réparation des églises, portion à laquelle les abbés et les commendataires n'eurent pas le droit de toucher. Un tel remède fut pire peut-être que le mal; parce que, délivrés, par de tels arran-
' Ce n'ét.iit pas contre les commendes en ijénéral qu'ils s'élevaient, puisqu'ils en possédaient eux-mêmes, mais contre la nomination abusive et scarrialruse des laïiiues à de semblables oUices ; c'était ladil?pidation des biens des abbaves, souvent même l'expulsion des relijïieux de ces saintes demeures, qu'ils signalaient à la justice et à la religion du monarque : « 11 y a des lieux, sacrés, di- » saient-ils, qui sont devenus en entier la po.'^session des laïques ; il en est M d'autres qu'ils se sont en partie appropriés ; il en est dont ils se sont donné » les métairies comme leur 'propre héritage. » {Cap. Car. Cale., tit. 3, c, 12, tit. 52.)
LXXXVIII DISCOtJRS SUR LA RELIGIOλ
gcmenîs, de toute responsabililé sur ce qui toucliaît les moines et le luonastère, ces ncliuiiiislrateurs disposèrent plus librement encore et avec moins de scrupule de la part de biens, incomparablement plus grande, (jui leur était restée. Par exeniple, les comtes de Paiis, s'élant établis commendalaires de prescpje toutes les abbayes que renfermait leur comté, une fois ce partage fait avec la communauté, distribuèrent à leurs gens de guerre toutes les terres restantes, (jui furent ainsi pour toujours soustraites à la juridiction ccclésiasti<pie. Ce (pi'ils avaient fait, d'autres seigneurs le firent également dans toutes les parties de la France; et un grand nombre de menses abbatiales se trouvèrent ainsi sécularisées.
Telle est l'histoire des propriétés de l'Église sous les deux premières races; et cette histoire n'est autre chose que le récit du pillaj^e perpétuel de ces propriétés par une race d'hommes violente et guerrière, dont ses nn'nistres travaillaient sans cesse à adoucir les mauirs et à éclairer l'intelligence. Ce que lui enle\ait Tavidilé des vainqueurs dans les momenls de désordre, on voit que la piété des fidèles le lui rendait dans des temps moins agités, au risque de le lui voir enlever encore; et que, dans ce combat sans relâche de la cité de Dieu contre la cité du monde, la charité et la patience de l'une triomphèrent à la fin de l'avarice et de la violence de l'autre. C/est qu'il fallait que l'Église de France subsistât, Dieu ayant visiblement de grands desseins sur un royaume qui fut toujours le premier de la cil ré tien té.
On pei t maintenant apprécier à leur juste valeur ces cris stupides de l'impiété, de toutes parts répétés par la prévention et par l'ignorance, (lui accusent d'usurpation du bien d'autrui un clergé sans cesse dépouille de son pro|>re bien; qui nous présentent comme plongés dans toutes les jouissances du luxe et de la mollesse des cénobites que leurs administrateurs laùpies laissaient mourirdefaim,et comme des ho'umes turbulents et sanguinaires des évè(|ues qu'une triste nécessité forçait à prendre les arnu^s, afin d'ojjposer (juel- . que résistance à \in brigandage qui s'exerçait sur le pa-