‹ Histoire de FranceChapitre 79 sur 116 · C DISCOURS SUR LA RELIGION · texte numérisé non relu

C DISCOURS SUR LA RELIGION

» La couronne môme de Charlemagne n'usurpa point sur la chevelure du Frank l'autorité souveraine. Lothaire se voulait saisir de Charles, son frère, pour le tondre et le rendre incapable de la royauté; la nature avait devancé l'inimitié fraternelle, et la tête de Charles le Chauve offrait l'image de son impuissance à porter le sceptre.

» Mais, vers la fin du vi*' siècle, il y avait déjà des Gaulois Romains qui laissaient croître leur barbe et leurs cheveux : les Franks toléraient cette imitation, pour cacher peut-être leur petit nombre, Grégoire de Tours fait remarquer que le B. Léobard n'était pas de ceux qui cherchent à plaire aux Barbares en laissant flotter épars les anneaux de leurs cheveux *. Le précepteur de Dagobert, Sandreghesil, avait une longue barbe, puiscpie Dagobert la lui coupa. Enfin, dans le \if siècle, les rois abrogèrent la loi qui défendait aux serfs de porter les cheveux longs. Cette abrogation fut obtenue à la sollicitation de Pierre Lombard, évoque de Paris, et de plusieurs autres prélats. Les ecclésiastiques, en envoyant leurs serfs à la guerre, et les donnant pour champions, exigèrent qu'ils eussent l'extérieur des ingénus contre lesquels ils combattaient. Yoilà comment la longue chevelure a marqué parmi nous une grande époque historique, comment elle a servi à marquer le passage de l'esclavage à la Hberté, et la transformation du Frank en Français. Il faut toutefois remarquer qu'il y avait des Gaulois appelés CapiUaii., Criiwsly une Gaule chevelue, Gallia comata; que les Bretons portaient les cheveux longs comme les Franks^; que, dans les Yies de plusieurs saints gaulois, on voit ces saints arranger leur chevelure. Est-il probable que les Franks, en se fixant au milieu de leurs conquêtes, aient forcé tous les peuples qui reconnaissaient leur domination à quitter leurs usages? C'est donc particulièrement de la nation victorieuse qu'il faut entendre tout ce qui est dit concernant les cheveux dans notre histoire. »

« Les capitulaires de Charlemagne qui concernent la lé-

' Dimissis capillorum flagcllis Karliarum piaudebat. {De T it. Ptitrum.) ' FrécIégaiiT.

Page 1