ET LES MOEURS DES FRANKS. CI
gislation domestique sont curieux par le détail des mœurs ^
» Le capitulaire de ViU'is fisc'i se compose de soixante-dix articles, vraisemblablement recueillis de plusieurs autres capitulaires.
» Les intendants du domaine sont tenus d'amener au palais, où Charlemagne se trouvera le jour de la Saint- Martin, tous les poulains, de quelque âge qu'ils soient, afin que l'empereur, après avoir entendu la messe, les passe en revue,
» On doit au moins élever, dans les basse-cours des principales métairies, cent poules et trente oies.
» Il y aura toujours dans ces métairies des moutons et des cochons gras, et au moins deux bœufs gras, pour être conduits, si besoin est, au palais.
» Les intendants feront saler le lard; ils veilleront à la confection des cervelas, des andouilles, du vin, du vinaigre, du sirop de mures, de la moutarde, du fromage, du beurre, de la bière, de l'hydromel, du miel et de la cire.
» Il faut, pour la dignité des maisons royales, que les intendants y élèvent des laies, des paons, des faisans, des sarcelles, des pigeons, des perdrix et des tourterelles.
» Les colons des métairies fourniront aux manufactures de l'empereur du lin et de la laine, du pastel et de la garance, du vermillon, des instruments à carder, de l'huile et du savon.
» Les intendants défendront de fouler la vendange avec les pieds : Charlemagne et la reine, (jui commandent également dans tous ces détails, veulent que la vendange soit très-propre.
» Il est ordonné, par les articles 30 et G5, de vendre au marché, au profit de l'empereur, les œufs surabondants des métairies et les poissons des viviers.
» Les chariots destinés à l'armée doivent être tenus en bon état; les litières doivent être couvertes de bon cuir, et si bien cousues qu'on puisse s'en servir au besoin comme de bateaux pour passer une rivière.
' ClwUoTiJiiiiand, OEuvics coniph^tc.'-, l. 0, p. '»8. *
eil DISCOURS SUR LA RELIGION
» On cultivera dans les jardins de l'empereur et de l'impératrice toutes sortes de plantes, de légumes et de fleurs : des roses, du baume, de la sauge, des concombres, des haricots, de la laitue, du cresson alénois, de la menthe romaine, ordinaire et sauvage, de l'herbe aux chats, des choux, des ognons, de l'ail et du cerfeuil.
» C'était le restaurateur de l'empire d'Occident, le fondateur des nouvelles études, l'homme qui, du milieu de la France, en étendant ses deux bras, arrêtait au nord et au midi les dernières armées d'une invasion de six siècles, c'était Charlemagne, enfin, qui faisait vendre au marché les œufs de ses métairies, et réglait ainsi avec sa femme ses affaires de ménage. »
Si Charlemagne garda la première simplicité des Franks, ses successeurs affectèrent la magnificence romaine. On voit auprès de Louis le Débonnaire Harold le Danois portant une chlamyde de pourpre, ornée de pierres précieuses et d'une broderie d'or. Sa femme, par les soins de la reine Judith, revêt une tunique également brodée d'or et de pierreries; un diadème couvre son front, et un long collier descend sur son sein. La reine danoise a aussi des cuissards de mailles d'or et de perles, et un capuchon d'or retombe sur ses épaules. Ce sont des sauvages se parant à leur fantaisie dans le vestiaire d'un palais K
Dès l'établissement des Franks dans la Gaule, on voit sur nos monnaies une croix entre un a et un ^- ; double signe qui faisait allusion à cette parole de Jésus-Christ : Je suis l'alpha et l'oméga^ le commencement et la fin.
Crux vincilî la croix triomphe; telle est l'inscription qui se trouve sur les monnaies des Franks à la fin de la première race : semblable à celle que les légions de Constantin voyaient^ pendant les combats, briller sur le miraculeux Labariim.
Pendant toute la seconde race, nous remarquons encore sur nos pièces d'or et d'argent le signe non équivoque de la foi de nos rois, qui, dans ce titre de Roi très-chrétien,
* Chateaubriand, OEuvres complètes, t. 6, p. 47.