HIMOIRE DE FRANCE. |j^q ^jjj
OU miles à la religion, bâtissant des églises, fondant ou dotant des monastères, et surtout réunissant un concile, à l'effet de déterminer plusieurs points importants en matière de mœurs et de discipline ecclésiastique. Ce concile, tenu à Orléans (5ii), ville située au milieu des autres Eglises, fut souscrit par les cinq métropolitains de Bordeaux, de Bourges, de Tours, d'Eause, de Rouen, et par les vingts sept évoques <le Saintes, de Périgueux, de Caliors, de Rodez, d'Auvergne, de Bazas, d'Aucli, d'Angoulème, de Poitiers, de Paris, du Mans, de Soissons, d'Avranches, de Nantes, d'Angers, de Troyes, d'Hyesme (Séez), de Vannes, de Rennes, d'Amiens, de Vermandois, d'Evreux, de Coutance, de Senlis, d Orléans, d'Auxerre et de Chartres. L'indication de ces sièges divers montre jusqu'où les armes des Franks avaient prévalu.
Les évèques assemblés obtinrent de Clovis tout ce qu'ils souhaitaient pour l'avantage de leurs Eglises. Ce prince ne pouvait terminer d'une manière plus consolante et plus glorieuse un règne si éclatant. Il mourut peu après à Paris, le ay novembre 5i i, dans la trentième année de son commandement et la quarante-cinquième de sa vie. On l'enterra dans la basilique des Saints- Apôtres, depuis Sainte-Geneviève, qu il avait commencé de faire bâtir.
Clovis était réglé dans ses mœurs; du moins l'histoire ne lui reproche aucun désordre depuis sa conversion à la religion chrétienne. Plein de valeur et de prudence, il sut profiter de toutes les conjonctures propres à augmenter son pouvoir et à étendre sa domination. Mais, excité par une ambition qui ne connaissait point de bornes, il lui sacrifia, à la fin de sa vie, les droits de l'humanité; et l'on eut à blâmer, dans Clovis chrétien, des cruautés que ne s'était point permises Clovis païen. Heureusement le repentir expia ces sanglantes inconséquences; et si le barbare reparut en Clovis, le chrétien l'effaça bientôt.
THIERRY I«, CLODOMIR, CHILDEBERT P', CLOTAIRE 1er.
Clovis, après avoir poussé ses conquêtes au sud de la Gaule, réagissant contre ses propres frères d'armes, détruisit l'un après l'autre les rois des Franks orientaux '. A la mort de ce chef redoutable, toute la confédération franke parut encore unie comme un seul peuple, quoiqu'elle fat fractionnée en quatre royaumes, disent nos historiens, au profit des quatre fils de Clovis, savoir Thierry (Thio-
» Aug. Thierry, Lettres sur l'hist, de France, p. 143.
[An 51 IJ I^IV. I. THIERRY I, CLODO.M., CHILD. 1, CLOT. I. ij
derik) I", roi à Metz, Clodomir (Hlodemer) à Orléans, Childebert (Hildebert) P*" à Paris, Clotalre (Hlodeher) 1er à Soissons.
Cette institution de plusieurs héritiers du royaume, ce partage, comme on dit, d'une couronne de sa nature indivisible, a été signalée comme une faute politique. Mais est-il raisonnable de juger d'après les maximes de la politique moderne, la conduite de ces enfants de Mere-wig, qui sont si loin de réaliser l'idée d'un roi selon nos mœurs .i*
Véritables chefs nomade^, dans un pays civilisé, ils campaient et se promenaient à travers les villes de la Gaule, sans autre idée que celle d'amasser beaucoup de richesses en monnaie, en bijoux et en meubles; et enfin ce qui procurait tout cela, des compagnons d'armes bien déterminés, gen'^ cle cœur et de ressources '. Par droit de conquête, et comme les premiers de la nation conquérante, ils s'étaient approprié dans toutes les Gaules un très-grand nombre de maisons et de terres qui formaient leur domaine patrimonial, leur al-o(l, comme on disait en langue franke. Les villes même étaient regardées par eux comme des portions de cet al-od, comme matière de possession et d'héritage. Acquérir de nouvelles richesses, accroître le nombre des braves qui garantissaient à leur chef la possession de ses trésors et qui lui en gagnaient de nouveaux, tel était l'unique but de leur politique. En même temps qu'ils acquéraient pour eux, ils procuraient des acquisitions à leurs braves, dont ils reconnaissaient les services par des soldes en terres on feh-ods^. Puis, avant de mourir, ils divisaient paternellement entre tous leurs fils Yal-od qu'ils avaient reçu de leurs ancêtres et tout ce qu'ils y avaient ajouté. Ces fils vivaient et mouraient comme eux, et à chaque génération se renouvelait une semblable distribution de meubles, de champs et de villes. Ce serait donc à tort qu on regarderait les partages que les rois franks, avant de mourir, faisaient entre leurs enfants, comme de véritables démembrements du corps social et de la puissance publique. La maison royale procédait à ces partages, non pas en tant que famille publique divisant l'Etat, comme s'il lui eût appartenu, et ne sachant pas que c'était elle qui appartenait à l'Etat; mais en tant que famille prwée concluant des arran-
' Aiig. Thierry, p. 126. Greg. Tur., passim. Script, rer. Franc, t. 2; p. 168. 2 ' M. Aug. Thierry fait observer {Lef très sur l'hist. de France, p. 128) que. f eh ou feoh, en langue franke, signifiait toute espèce de propri(^tc mobilière, comme les troupeaux et l'argent, et par extension le revenu, la solde militaire. Feh-od veut dire littéralement propriété-solde. De là Tiennent les mots latins /corfKW et feudum, ainsi que notre mot de fief, ,
28 HISTOIRE DE FRANCE. [\n 511]
geinents d'après les lois domestiques qui sont applicables aux particuliers.
Le caractère d'actes politiques ne s'introduisit dans les partages de ce qu'on appelle la monarchie, qu'à la longue et indirectement'. Comme les terres du domaine royal, distribuées sur toute la surface du pays conquis, se trouvaient en plus grand nombre dans les lieux où les tribus frankes s'étaient établies de préférence, les fils des rois, quand ils avaient reçu leur part d'héritage, étaient par le fait investis d'une prééminence naturelle sur les petits propriétaires et les guerriers cantonnés autour de leurs domaines. Ainsi l'exercice du commandement était la conséquence, mais non l'objet, du partage, qui n'avait réellement lieu qu'à l'égard des propriétés person nelles, soit mobilières, soit inmiobilières. Rien ne le prouve mieux que le tirage au sort qui avait souvent lieu entre les enfants des rois. Aujourd'hui encore, dans certains cas, on tire au sort les différents lots d'une succession : jamais il n'est tombé dans l'esprit des hommes de diviser en lots l'administration sociale et les dignités politiques. La conduite des fils des rois franks vient à l'appui de cette explication. Ils semblaient attacher moins d'importance aux domaines territoriaux qu'à l'argent et aux meubles précieux, dont ils s'emparaient premièrement et qu'ils se disputaient avec ténacité ; jugeant qu'une plus ample distribution d'or et de bijoux aux capitaines et aux braves était pour eux le plus sûr moyen de devenir rois comme leur père, c'est-à-dire d'être reconnus par un nombre suffisant de soldats bien déterminés à soutenir le chef qu'ils auraient proclamé. Et même, au moment où le père aura fermé les yeux, on les verra quelquefois, sans se conformer à ses dernières volontés, piller ses trésors, enlever la plus grosse part qu'ils pourront, et l'emporter sur les domaines qui leur seront échus, pour s'assurer de la fidéUté des anciens compagnons ou pour en acquérir de nouveaux.
11 arriva aussi que, de leur vivant, les rois franks envoyèi'ent leurs fils résider dans les parties du territoire où ils possédaient de grands domaines, soit pour en diriger l'exploitation et en percevoir les revenus, soit pour surveiller la conduite des propriétaires voisins, soit enfin pour consolider et étendre leurs établissements dans les pays où ils avaient fait des expéditions ^. Cette mission, plus domestique que politique, mais donnée quelquefois avec grand appareil, est toujours présentée par nos historiens comme une véritable
VAug. Thierry j'iic^^ré 5 sur l'hist. de France, p. 129. ~- [bid., p. \'ib.
fAn 620] t-IV. I. — THIERRY I, CLODOM. , CHILI). I, CLOT. I. -ig
association à la royauté et un partage formel de l Etat. L'abus que font les anciens chroniqueurs des formules politiques de la langue latine a pu favoriser cette illusion. Dans la réalité, il ne s'agissaii pour les fils que d'être associés avant lâge à la jouissance des biens paternels. Seulement, cette transaction toute privée entraînait d'ordinaire des conséquences d'une autre nature. Le fils établi sur les domaines royaux dans telle ou telle grande province, ime fois connu des propriétaires voisins, se conciliait leur attachement et devenait leur chef de préférence à tout autre, au moment où la royauté était vacante. Cela se faisait naturellement par le simple cours des choses.
. Maintenant que nous avons expliqué ce qu'il faut entendre par les prétendus partages du royaume, renouons la chaîne des faits. , Les quatre fils de Clovis demeurèrent unis et tranquilles pendant plusieurs années, contenus en deçà de la Loire par la crainte que leur inspirait Théodoric qui, outre l'Italie où il commandait aux Ostrogoths, gouvernait aussi dans les Gaides et en Espagne les possessions des Visigoths, au nom de son petit-fils Amalaric, héritier d'Alaric. Et telle était la force que cette union de toute la nation gothique concentrait en ce prince, qu'à partir de l'an 5 1 2 tout le pays qui s'étend depuis les frontières d'Auvergne jusqu'au Rhône et à la Méditerranée fut purgé des Franks pour retomber dans le domaine des Yisigoths.
Non-seulement le fruit des expéditions tentées au midi par les Franks leur échappait en partie ; mais au nord une flotte de pirates danois, entrant par l'embouchure de la Meuse, versa une armée sur le pays situé entre cette rivière et le Rhin, pour entamer le territoire de l'Austrasie [Oster-Ri/ce ^). Thierry, roi à Metz, envoya à leur rencontre son jeune fils Théodebert, qui défit les Danois sur terre et sur mer, tua leur chef nommé Cochiliac, reprit tout leur butin et fit un grand nombre de prisonniers (5 20). Premiers efforts des hommes du nord contre les Franks, et preiive que ceux-ci avaient déjà une marine ^.
Thierry, attaqué dans ses possessions, se préparait à porter la guerre au dehors, en se liguant avec Hermanfried, roi d'une partie «le la Thuringe, poiu' dépouiller de l'autre partie Baldéri(;, frère d'Hermanfried. Mais la mauvaise foi de son allié priva Thierry des résultats de la victoire remportée sur Baldéric, qui fut tué dans le combat. Sous prétexte de ne pas aigrir les esprits des Thuringiens,
' Gesta reg. Fraricorum, c. i9, .. , >;
" Atiquptil, t. 1, p. 27'». ' „ ,, -
3o HISTOIRE DE FRANCE. f^n 523]
en livrant aux Franks leur part de la conquête, qu'il promettait de leur donner plus tard, Hermanfried obtint que Thierry retirât ses troupes '. Lorsqu'elles furent éloignées, il manqua impunément à sa parole, et Thierry dut dissimuler son ressentiment tant que vécut Théodoric, oncle de la reine de Thuringe(522).
L'activité de Thierry excitait l'émulation de ses trois frères. Ils se rappelèrent que Gondebaud, roi des Bourguignons, avait tué le père et retenu l'héritage de leur mère Clotiïde. Mais Gondebaud était mort; et son fils Sigismond avait épousé une fille du redoutable Théodoric, dont l'alliance le rassurait contre les entreprises des Franks. Quoique Gondebaud professât l'arianisme, Sigismond, instruit dans la véritable religion par S, Avit, évêque de \ienne, joignait la pureté de la foi à la pratique de toutes les vertus. Son premier soin, comme roi, fut de purger ses Etats du poison de l'hérésie et des vices. A la mort de la reine, qui lui laissait un fils nommé Sigeric, il se remaria malheureusement, et le jeune prince encourut l'indignation de sa belle-mère. Elle l'accusa d'avoir tramé le projet d ôter la couronne et la vie à Sigismond. C'était une calomnie; mais le père infortuné, tombant dans le piège, porta contre son fils une sentence de mort qui fut exécutée sur-le-champ. Il ne tarda pas à reconnaître qu'il avait été trompé. Déchiré de remords, il alla pleurer son crime dans un monastère, se soumit aux austérités de la pénitence, et supplia le Seigneur de le châtier en cette vie pour qu'il pût obtenir miséricorde dans l'autre. Ses prières furent exaucées^.
Les trois fils de Clotiïde, présumant que Théodoric, outré du meurtre de son petit-fils, n'aurait garde de protéger Sigismond, fondirent sur les terres des Bourguignons et défirent leur roi, qui tomba entre leurs mains avec sa femme et ses enfants (5 28). Clodomir, chef de l'entreprise, envoya les captifs à Orléans, où ils furent étroitement gardés. Cependant Godemar, frère de Sigismond, leva de nouvelles troupes et reprit la plus grande partie de la Bourgogne. Irrité de ce revers, Clodomir, qu'avaient délaissé Childebert et Clotaire, appela Thierry à son aide^, et faisant retomber sa colère sur les prisonniers, il ordonna de les massacrer et de jeter leurs corps dans un puits. Thierry répondit en effet à l'appel de Clodomir; mais, comme il avait épousé la fille de S. Sigismond, ce ne fut pas sans protester qu'il vengerait la mort
' Greg. Tur., 1. 2, c. 4.
* Vies des Pères, etc., t, 3, p. 285.
' Greg. Tur., 1. 3, c. 6.
[An 531] LIV. I. — THIERRY I, CHILDEBERT I, CLOTAIRE I. 3l
tle son beau-pèi'e^. Dieu voulait châtier Clodoiuir dans sa personne et dans celle de ses enfants.
Les deux rois franks réunis battirent Godemar, aux environs de Vienne. Alors s'accomplit le châtiment personnel de Clodomir Emporté par son cheval à la poursuite des Bourguignons, ils le reconnurent à sa longue chevelure et le tuèrent sur la place. Sa tête, coupée par l'oidre de Godemar, fut mise au bout d'une lance pour servir d'étendard aux Bourgxiignons qui revenaient au combat. Mais, loin d'être abattus à la vue de leur roi mutilé, les Franks se jettent sur l'ennemi, le taillent en pièces, parcourent son territoire en mettant tout à feu et à sang, et ne le quittent qu'après l'avoir entièrement désolé^. S'il faut en croire Frédégaire, Clodomir ne se serait trouvé à la merci des Bourguignons, que parce que les guerriers de Thierry, réalisant la vengeance de leur roi, auraient abandonné son frère (524).
THIERRY I", CHILDEBER T |er, CLOTAIRE 1er.
Clodomir laissait trois fils en bas âge ; les trois rois se saisirent des terres de leur héritage, qu'ils s'approprièrent sans scrupule^.
Tandis qu'ils consommaient cette spoliation, Godemar réparait ses pertes. 11 ne put les réparer qu'en partie; car Théodoric, roi des Ostrogoths, dans la crainte que les Franks ne vinssent à envahir le territoire entier des Bourguignons, avait occupé les places situées entre la Durance et le Rhône, et il les garda ^.
Deux ans après (326), la mort de Théodoric, dont le petit-fils Amalaric était roi des Visigoths, et dont l'autre petit-fils Athalaric fut roi des Ostrogoths, vint modifier la face des affaires dans les Gaules, aussi bien qu'en Italie et en Espagne.
La présence de ce puissant prinde ne contenant plus les fils de Clovis, Thierry n'hésita point à punir la déloyauté d'Hermanfried. Clotaire le seconda dans cette entrepiùse contre la Thuringe ^•^3o), dont les peuples expièrent par la conquête, et les grands par la captivité, d'horribles cruautés qu'ils avaient exercées sur les Franks (53I)^
Pendant que Thierry faisait la guerre en Thuringe, le bruit se
' Fredegarius, c. 36.
* Gestu reg. Francorum,c. 2i.
'" Agathias.
* Epist. Athalarici, apud Cassiod., 1. 8, ep. 10. •Greg. Tur.,1. 3, c. 7.
32 HISTOIRE DE FRA.NCE. [An .532]
répandit qu'il aVait été tué'. Arcade, l'un des premiers sénateurs d'Auvergne, invita Childebert à s'emparer de cette province^. La conquête était belle et facile; on n'examina point si elle était juste. Childebert, qui avait inie armée prête pour ime autre expédition, se mit aussitôt en marche et se présenta devant la ville d'Auvergne. 11 en trouva les portes fermées ; mais Arcade, lui en ayant fait ouvrir une, à la faveur d un brouillard, il se rendit maître de cette ville et de quelques autres places. On reçut bientôt la nouvelle que Thierry, à qui appartenait la contrée, était plein de vie et victorieux. Childebert ne laissa pas que de mettre garnison dans la ville d'Auvergne. Il s occupa ensuite d'une expédition plus juste et plus glorieuse.
Amalaiic, roi des Yisigoths, avait épousé une fille de Clovis, nommée Clotilde, comme sa mère. Elle était fort attachée à la foi catholique, et le roi goth n'oublia rien pour l'engager dans l'arianisme; mais elle résista à ses caresses et à ses menaces. Il en vint aux mauvais traitements, permettant que la plus vile populace insultât la pieuse reine lorsqu elle se rendait à l'église des catholiques'^ s'oubliant même au point de la frapper jusqu'à effusion de sang. Clotilde eut recours à Childebert, et pour lui faire connaître l'excès des mauvais traitements qu'elle avait à souffrir, elle lui envoya un mouchoir teint de son sang. Childebert en fut vivement touché. Ne prenant conseil que de sa tendresse et de sa foi, il courut délivrer sa sœur*, entra victorieux dans TSarbonne, alors capitale des Visigoths, et pilla les trésors d Amalaric, qui fut tué en fuyant. Il revenait triomphant à Paris, lorsque la généreuse princesse, qu'il ramenait, mourut en chemin des mauvais traitements qu'elle avait soufferts pour la défense de sa foi.
A peine la guerre contre Amalaric eut-elle été terminée, que Childebert et Clotaire entreprirent de reconquérir la Bourgogne, où Godemar se trouvait d autant plus puissant qu'il avait obtenu des Ostrogoths la restitution des places que Théodoric lui retenait quelque temps avant sa mort (532)^. Dès la première agression il perdit Autun et Vienne.
Thierry, qui n'était pas fils de S*<^ Clotilde, n'avait pas les mêmes prétentions sur le territoire des Bourguignons, et son mariage avec
* Hist. de V Eglise galL, t. 3, p. 173. ^ Oreg. Tur., 1. 3, c. 9.
^ Ibid., c. 10.
* Procop., de Bello GotJiico, I. 1, r. 13. ^ Greg. Tur., 1. 3, c. 10.
j:An fi33| ÏIV. I. THIERRY 1, CHILftEBERa 1, CLOlAiRE I. M
la fille de S. Sigismontl l'empêchait d'ailleurs de marcher à cette conquête. Les Franks auxquels il commandait en murmurèrent. Pour les apaiser, il résolut de les conduire contre les rebelles d'Auvergne, qui n étaient pas encore rentrés sous son obéissance depuis l'expédition de Childebert. « Suivez-moi jusqu'en Auvergne, » cUt-il à ses guerriers, et je vous ferai entrer dans un pays où vous ' prendrez de l'or et de l'argent autant que vous en pouvez dési- >• rer; où vous enlèverez avec abondance des troupeaux, des es- >' claves et des vêtements'. » Les Franks prirent leurs armes, et, passant de nouveau la Loire, ils s avan(;èrent sur le territoire des Bituriges et des Arvernes^. La douceur, plus efficace que la force, soumit la capitale de la province à Thierry. Du reste, tout fut dévasté : les églises et les monastères étaient rasés jusqu'aux fondements''; les jeunes gens et les jevmes femmes étaient traînés, les mains liées, à la suite du bagage, povu^ être vendus comme des esclaves*; les habitants de cette malheureuse contrée périrent en grand nombre ou furent ruinés par le pillage. Rien ne leur fut laissé de ce qu'ils possédaient, dit une ancienne chronique, si ce n'est la terre seule, que les Barbares ne pouvaient emporter ^
Tandis que Thierry soumettait les rebelles d'Auvergne, Childebert et Clotaire achevaient de réduire sous l'obéissance des Franks le territoire des Bourguignons. Mais ces deux piinces ternirent par un horiible attentat la gloire d'une si belle conquête (533). On va voir le crime de Clodomir puni, par ces deux rois, dans la personne de ses trois enfants, savoir Théobalde ou Thibauld, Gunthaire, et Glodoalde ou Cloud''.
La reine Glotilde, leur aïeule, qui prenait soin de leur éducation, était venue avec eux à Paris, povir être plus à portée de soutenir les intérêts de ces princes orphelins, auprès des rois leurs oncles, et de leur faire l'estituer les possessions de leur père. Childebert, roi à Paris, ayant pressenti le dessein de Clotilde, envoya secrètement prier Clotaire, roi à Soissons, de le venir joindre, pour aviser ensemble aux moyens de rompre les mesures de leur mère touchant les enfants de Clodomir. Clotaire arriva en diligence, et
' Script, rer. Franc, t. 2, p. 191.
* Aug. Thierry, Lettres sur l'hist. de France, p. 90.
' Solo tenus adaequata. (Script, rer. Franc, t. 2, p. 191.)
* Scitisque viiltibiis pucllas. ( Vita sancti Fidoli, apud Script, rer. Francic, t.X)
'• Prœter tcrram volain quam Barbari secum terre non pot«rant. {Script, rer. Francic, t. iJ, p. 356.)
•^ Hist. de l'Fglise ga!l., \. ?,, p. 182.
34 HISTOIRE DE FRANCE. (An 533)
Childebejl lit courii- le biiiit quil n'avait souhaité celle enlrevue que pour rendre le trône aux jeunes princes. Les deux rois, ayant :u"rêté leur dessein, lîient prier Clolilde de leur envoyer les enfants de Clodomir, afin, disaient-ils, de les faire reconnaître solennellemenl pour rois. La reine ne pouvait recevoir une nouvelle qui lui fût plus agréable. Elle envoya aussitôt les jeunes princes en leur disant : « J'oublierai que j ai perdu mon fils, si je vous vois régner « en sa place. » Mais sa joie fut bien courte. A peine les trois princes étaient-ils entrés dans le palais, qu'on se saisit d'eux, et qu'on les sépara de, leurs gouverneurs et de tous ceux qui étaient à leur service. En même temps, Chiklebert et Clotaire envoyèrent Arcade, ce sénateur d Auvergne dont nous avons parlé, présenter de leur part à Clotilde une paire de ciseaux et une épée nue, afin qu'elle choisît une des deux pour ses petits-fils, et qu elle déclarât, par ce choix, si elle aimait mieux qu'on les fît mourir ou qu on leur coupât les cheveux, ce qui eût été une marque qu ils étaient réduits à la condition de sujets, la famille royale ayant seule le privilège de porter une longue chevelure, à la différence des sujets qui devaient l'avoir tondue en rond. Clotilde, saisie d'horreur et tout éperdue à cette proposition, répondit, dans le premier mouvement de son indignation, cp elle aimait mieux les voir morts que tondus. Arcade n attendit point d'autre réponse, et courut dire aux deux rois que la reine consentait à ce qu'ils exécutassent leur dessein. Aussitôt Clotaire, prenant Théobalde, 1 aîné des trois princes, le jeta contre terre et lui enfonça un poignard dans le cœur. A ce spectacle, Gunthaire, qui n'avait guère que neuf ans, embrassa les genoux de Chiklebert, en s écriant : <^ Secours-moi, mon bon père, afin que je « ne meure pas comme mon frère ! > Childebert fut attendri des maux mêmes dont il était le premier auteur, et dit à Clotaire, les yeux baignés de larmes : » Mon cher frère, accorde-moi la vie de » cet enfant, et je te céderai tout ce que tu me demanderas. » Mais Qotaire, transporté de fureur, et tenant le poignard encore dégouttant de sang, lui dit : « Il mourra, ou tu mourras pour lui. C'est » toi qui m'as engagé dans cette affaire, et tu manques sitôt à ta » foi!" A ces mots, Childebert lui rejeta le jeune prince, quil poignarda aussitôt. De braves hommes sauvèrent Clodoalde ou Cloud, le plus jeune; mais la boucherie ne finit pas. Les deux rois, les mains teintes du sang de leurs neveux, massacrèrent ensuite les gouverneurs et tous ceux qui étaient attachés à ces malheureux princes. Pour Clodoalde, soustrait à leur fureur, il se coupa lui-même les cheveux, et quand il fut en âge il prit les ordres sacrés. C'est
[An 534] Liv. I. THIERRY ï, CHILDEBERT I, CLOTAIRE I. ^5
son nom, quoique fort défiguré, que portent maintenant l'église et la résidence royale de Saint-Cloud, où il fut enterré et où il est honoré. Heureux de n'avoir point été roi, puisque cela lui servit à devenir saint'!
Clotilde, inconsolable d'une action si barbare, commise par ses propres fils, fit faire aux deux princes de magnifiques funérailles. Un nombreux clergé y chanta des psaumes, et elle accompagna le convoi jusqu'à l'église des Saints- Apôtres, où ils furent enterrés dans le même sépulcre auprès de celui de Clovis, leur aïeul. Clotilde alla ensuite à. Toius, pleurer auprès du tombeau de S. Martin la mort de ses petits-fils, et encore plus le crime de ses enfants.
Il semble que les rois franlvs aient voulu, en protégeant la religion, réparer en quel([ue sorte le scandale qu'ils venaient de donner aux peuples'^. Ils désirèrent que les évèques se lendissent à Orléans, pour y dresser les règlements nécessaires au rétablissement de la discipline. Ceux qui ne gardent aucunes lois mettent quelquefois du zèle à les faire garder aux autres. Il se tint donc un concile à Orléans (533).
Après le massacre des fils de Clodomir, Thierry et Clotaire s'étanl unis pour reprendre les places que les Ostrogoths avaient enlevées à la mort de Clovis, le fils aîné de Clotaire, et Théodebert, fils de Thierry, dirigèrent l'expédition. Accueilli en vainqueur dans plusieurs villes, ce dernier s'humilia, au château de Cabrières, devant la beauté de Deutérie, qui en était la maîtresse. La prisonnière captiva le jeune conquérant, que son mariage avec Visigarde, fille de Vacon, roi des Lombards, aurait dû fortifier contre la séduction. Poursuivant sa marche guerrière, il se présenta devant Arles, qui refusa de se rendre. Il la rançonna, ne pouvant la forcer, et se retira en Auvergne pour y passer l'hiver.
Il était ainsi éloigné de son père, lorsqu'il apprit le danger où se trouvait ce prince. Il vint promptement à Metz; et en effet, Thierry ne tarda pas à mourir, dans la vingt-troisième année de son règne (534). Thierry I*^"" avait plusieurs des belles qualités qui font un grand roi et des vices qui font un méchant homme ^. Quoiqu'il ne pratiquât pas toujours la vertu, il la respecta toujours, et la récompensa souvent. 11 eut surtout à cœur qu on rendît une exacte justice aux peuples. Il fit, dans ce but, composer un Corps de droit, ou une
» Daniel, Abrégé de l'hist. de France^ t. 1, p. 00. Grcg. Tur., 1. 3, c. 18. * Ilist. de l'Eglise gnll., t. 3, p. 186.
'- Daniel, Abrégé de l'hist. de France, t. 1, p. (.3. Hist. de l' Egiise galL, t. 3, p. 222.
36 HISTOIRE DE FRANCE. [Aa 534J
Collection des lois des Fraiiks, des \llemands et des Bavarois; car sa domination s'étendait sur ces nations au delà du Rhin. Il ajouta a ces lois les articles qu il jugea nécessaires ', et il en retrancha certains usages qui étaient des restes de paganisme ou de barbarie; mais il ne put les abolir tous.
CHILDEBERT l", CLOTAIRE I", THÉODEBERT I".
Théodebert 1" (Thiodebert ler)^ qui succéda à Thierry en dépit des cabales formées pendant son absence par Childebert et Clotaire pour l'exclure du trône, parut avoir hérité des vertus et des vices de son père ^. Avec un cœur susceptible des plus violentes passions, il avait de la grandeur d'âme et de la noblesse dans les sentiments. On espérait tout de son règne : il le commença par une action qui fit tout craindre.
A peine fut-il sur le trône que, se croyant tout permis parce qu'il pouvait tout, il épousa Deutérie, quoiqu'elle fût mariée, aussi bien que lui *. Malgré les réprimandes et les exhortations de S. Nicet, évêque de Trêves, il demeura sept ans engagé dans ce scandaleux commerce, jusqu'à ce que l'objet de sa passion en devînt le remède. Deutérie avait de son premier mari une fille qui, par les grâces de sa jeunesse, commençait à donner de l'ombrage à sa mère : et de quoi n'est pas capable une femme jalouse et sans pudeur? Cette mère dénaturée ne vit plus dans sa fille qu'une rivale dont elle résolut la perte ; et comme cette fille passait sur le pont de Verdun dans un char couvert,elle la fit verser dans la rivière, immolant la vie de son propre enfant aux soupçons de son amour criminel *. Mais un attentat si odieux acheva de lever le charme qui fascinait Théodebert : il ne put aimer une parricide; et quoiqu'il en eût un fils nommé Théobalde ou Thibauld, il la répudia pour reprendre sa femme légitime.
A ces désordres près, ce prince faisait paraître de grands sentiments de religion et de bonté. Ainsi, l'évèque de Verdun lui ayant demandé à emprunter une somme d'argent qui pût soulager la détresse de son peuple ^, le roi lui donna sept mille écus d'or. Quelques années après, le prélat voulut la lui reporter; mais il refusa de
' In App. nov. tdit. Greg. Tur., p. 1334.
* Hist. de l'Eglise gall., t. 3, p. '223. - Greg. Tur., 1. 3, c. 22 et 23.
* Ibid. Hist. de l'Eglise gall., t. 3, p. 223. ^ Greg. Tur., 1. 3, c. 34.
(An 534] LIV. 1. CHILDKB. /, CLOTAIRE f, THÉODEB. f. 3j
la recevoir, en disant qu'il était assez satisfait d'avoir secouru les pauvres.
Théodebert, dont le règne devint de jour en jour plus éclatant, fit d'ailleurs rejaillir une partie de sa gloire sur l'Eglise, en lui procurant les moyens de veiller à la manutention de sa discipline par la tenue des conciles. On en célébra dans les villes d'Auvergne (535) et d'Orléans (538, 54i). Mais il est juste de faire observer que ces dernières assemblées eurent lieu avec le concours de Childebert, qui ne montrait pas moins d'amour pour la religion, et qui fit presque oublier par ses vertus que l'ambition l'avait rendu coupable du meurtre de ses neveux '.
Nous avons dit que Childebert et Clotaire avaient essayé de ravir à Théodebert la succession paternelle ^. Le neveu se rapprocha de ses deux oncles, en leur promettant de les seconder dans la guerre de Bourgogne. Godemar ne pouvait résister à de si puissants ennemis ". Attaqué en même temps par trop d endroits, il succomba; après la perte d une bataille, 11 fut pris et enfermé dans un château où il finit probablement ses jours. Ainsi le royaume des Bourguignons, incorporé aux domaines des PVanks, près de cent ans après qu'il eut été fondé dans les Gaules, fut partagé entre les trois rois (5 34). C'était, avec les Romains, les Visigoths et laThuringe, la quatrième puissance qui subissait l'ascendant des tribus frankes.
L'échec des Bourguignons devait rendre les Franks plus redoutables que jamais, non-seulement à leurs voisins, mais à 1 Empire, dont les maîtres tâchèrent toujours de les mettre ou de les maintenir dans leurs intérêts. Toute la politique des Byzantins était d'opposer aux Goths, aux Barbares romanisés, des Barbares restés tout barbares : c'est avec des Maures, des Slaves et des Huns que Bélisaire et Narsès remportèrent leurs victoires *. Justinien, qui voulait reprendre l'Italie sur les Ostrogoths, traita avec les trois rois pour que ceux-ci, par une agression imprévue, opérassent une diversion en sa faveur ^. Mais Vitigès, grand capitaine et homme de tête, que les Ostrogoths, à la suite de troubles intérieurs, avaient élevé sur le trône, enchérissant sur les offres de l'empereur qui lui était connues, promit de céder aux Franks le territoire que sa nation occupait en deçà des Alpes. L une et l'autre proposition fut acceptée : les Frank»
' Hist. de l'Eglise gall., t. 3, p. 234.
* Grcg.Tur., 1. 3, c. 24.
'• Procop., de Bello Gothico, I. 1. Marius Avcnt., Chron,
* Michelet, Hist. de France, t. 1, p. 213.
* Epist. Justin, ad, reg. Franc, apud Procop., de Bello Gofhicn, 1, J, r. 5. "
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reçurent l'argent de Justinien, et se mirent en possession des terres cédées par Vitigès (535).
Dix mille Bourguignons envoyés par Théodebert au roi des Ostrogoths l'aidèrent à lutter avec avantage contre Bélisaire, général de l'empereur. L'année suivante (536), après que les Grecs et les Goths se furent réciproquement affail)lis par les combats et les sièges, Théodebert, siq^posant qu'il pourrait avoir sa part du pays en litige et qu'il imposerait peut-être sa loi aux deux partis, descendit lui-même en Italie. Comme les guerriers barbares passaient souvent d'un chef à un autre, et suivaient en grand nombre celui dont l'habileté et le courage leur promettaient plus de butin, il est probable que presque tous les Franks l'avaient suivi, et que bien d'autres Barbares s'étaient mêlés à eux '. Les Goths vont à sa rencontre comme amis et alliés : il fond sur eux et les massacre. Les Grecs le croient alors pour eux, et sont également massacrés ^ Les Barbares changèrent les plus belles villes de la Lombardie en un monceau de cendres, détruisirent toute provision, et se virent euxmêmes affamés dans le désert qu'ils avaient fait, languissant sous le soleil du Midi, dans les champs noyés qui bordent le Pô. Un wrand nombre y périt, mais ceux qui revinrent rapportèrent un immense butin. Heureusement pour Justinien, Bélisaire, vainqueur de Vitioès, s'étant emparé des passages des Alpes, ferma pour un moment aux Franks l'entrée de l'ItaUe (SSp).
N'ayant plus de guerre au dehors, ils en commencèrent une au dedans. Clotaire pénétra dans le royaume de Childebert jusqu'à l'embouchure de la Seine ^. Childebert et Théodebert le suivirent et l'enveloppèrent dans son camp. Les supplications seules de la pieuse Clotilde pouvaient venir en aide à Clotaire. Ses adversaires se préparaient à forcer le camp, lorsqu'écîata un orage, mêlé d'éclairs et de orêle, dont les troupes des deux alliés souffrirent, tandis que la tempête épargnait leur ennemi. Cela fit croire à Childebert et à Clotaire que c'était un coup de la main de Dieu qui voulait les punir de l'animosité avec laquelle ils s'acharnaient, l'un contre son frère, l'autre contre son oncle, et ils lui accordèrent la paix (54o).
S'« ClotUde, heureuse de cet accord, vécut encore quelques années et ne mourut à Tours que vers 545. Princesse véritablement grande sur le trône, où elle ne monta que pour faire régner Jésus-
* Michelet, Hisf. de France, t. 1, p. 208.
* Procop., de Bello Ùoihico, 1. 2, c 25. Appendix ad Marcel!., Paulus Longobard., 1. 2,c. 2. Greg. Tur., 1. 3, c. 32- Michelet, Hist. de France, t. 1, p. 2Ï3.
* Greg. lur., 1. 3, c. 28. Gestn reg. Francorum.
[An 543] I-IV. r. CHILDEB. I, CLOTAIRE 1, THÉODEB. I. 39
Christ dans le cœur de Clovis et des Franks; plus grande encore lorsqu'elle en descendit pour se sanctifier dans la retraite par la pratique de toutes les bonnes œuvres. Son corps fut porté à Paris accompagné d'un nombreux clergé, et ses deux fils Ghildebert et Clo taire la firent enterrer auprès de Clovis dans l'église des Saints- Apotres '.
Autant l'union des trois rois fut utile aux Franks, autant elle fut fatale aux Visigoths. Moins hevireux à la guerre et plus pacifique que son neveu, qui mettait à profit les troubles de l'Italie disputée aux Ostrogoths par Justinien, Ghildebert ne demeura cependant pas longtemps oisif. Joignant ses forces à celles de Clotaire, il pénétra en Espagne (543) et assiégea Sarragosse^, placée sous le patronage du martyr S. Vincent. La tunique du saint, que Childebert obtint de l'évêque de Sariagosse, fut tout le fruit de son expédition. La possession de cette relique, qui le flattait plus que la prise de la ville, le consola d'un échec qu'il reçut au passage des Pyrénées. Après la guerre, il fit commencer près Paris une magnifique église en l'honneur de S. Vincent, pour y placer la tunique : c'est l'origine du monastère de Saint-Germain-des-Prés.
Théodebert ne se montrait pas moins religieux : il gouvernait selon la justice, révérait les évêques, aimait et soulageait les pauvres. Mais, en même temps qu'il réparait par de bonnes œuvres le scandale de sa jeunesse, passionné pour la gloire des armes, il continuait à être la terreur des Grecs et des Goths.
Le pohtique Justinien, pour se concilier les Franks, se désista, en faveur de leurs rois, des prétentions qu'il élevait sur la Pro vence, comme ayant été démembrée de l'Empire par des usurpateurs. Il consentit à ce que ces princes présidassent à Arles aux jeux du Cirque, à l'exemple des empereurs ou de leurs représentants, et à ce que la monnaie d'or marquée au coin des rois franks ^ et empreinte de leur iniage fût reçue dans le commerce par tout l'Empire : privilège qui n'avait été jusqu'alors accordé à aucun prince, pas même aux rois de Perse ^. De son coté, Totila, alors chef des Ostrogoths, tentait de sunir aux Franks, en épousant la fille de Théodebert ■*; mais Théodebert déclina fièrement cette alliance. Il n'entendait pas traiter avec les Goths en leur donnant sa fille pour leine, mais en recevant d eux un accroissement de
' Greg. Tur., 1. 4, c. l. Hist. de l'Eglise gall., t. 3, p. 2o3. - Greg. Tur., I. 3, c. 29.
* Procop., de Bello Gothico, l. 3, c. 33- -. . >
* Ibid.yC. 37. ,. .
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territoiiv. Les progrès do I armée qu'il jeta en Italie ' amenèrent les Ostrogoths à convenir que, si Totila chassait les Grecs de la Péninsule, il céderait aux Franks les terres qui seraient à leur bienséance. A cette condition, ceux-ci devaient rompre avec l'empereur, se joindre aux Ostrogoths en Italie, et opérer à leur profit une diversion sur le Danube. Les motifs de rupture avec Justinien ne manquaient pas. L'empereur, donnant faussement à entendre qu'il était le vainqueur des Franks, prenait dans ses édits le titre de Francique; ce qui autorisa Théodebert à prendre en représailles le titre d'Auguste. Mais un accident imprévu brisa les projets de ce prince. Après avoir tant de fois affronté la mort dans les combats, il la trouva dans les divertissements. Blessé à la chasse de la chute d'un arbre qu'un buffle renversa sur lui, il mourut (548) dans la quatorzième année de son règne, ne laissant pas d'autre fils que Théobald (Thiodebald) qu'il avait eu de Deutérie.