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CHAPITRE VllI

LOUIS Xil.— (U96.1515.)

Louis XII naquit à Blois, le 27 juin i4G2. 11 était fils de Charles, duc d'Orléans, et de Marie de Clèves, et petit-lils de Louis K"^, duc d'Orléans, et de ValentineVisconti. Ilsuccéda, en qualité de premier prince du sang, à Charles VIÏI, mort sans postérité. Comme Louis XI, il avait troublé l'État par ses révoltes avant de monter sur le trône ; comme Louis XI, il avait des ressentiments à exercer ; mais la ressemblance n'alla pas plus loin entre ces deux princes : Louis XI s'était hâté de punir, Louis XII se hâta de pardonner. LaTrémouille, qui l'avait vaincu à Sam t-Aubin, craignait de porter la peine de sa fidélité à la régente. Le roi de France j lui dit le monarque, ne venge pas les injures du duc d'Orléans. Le parlement de Paris, qui avait rejeté ses plaintes en 1485, éprouvait des inquiétudes; elles redoublèrent, lorsque le roi s'étant fait apporter la liste des magistrats, on le vit placer une croix à côté des noms de ceux

qui lui avaient été le plus contraires; mais les craintes furent bientôt dissipées : Qu'ils se rassurent, dit le prince, en leur apposant le signe sacré de notre salut, n'ai- je point annoncé le pardon? Anne de Beaujeu s'était montrée l'implacable ennemie du duc d'Orléans : Louis XII ne l'excepta point de ses bontés, et assuragénéreusement à Suzanne de Bourbon, sa fille unique, les apanages de ses parents, dont une partie, après leur mort, devait revenir à la couronne. S'il était beau d'oublier les injures, il était juste de reconnaître les services. Georges d'Amboise, attaché de bonne heure au duc d'Orléans, partagea sa prospérité, comme il avait partagé ses malheurs. Louis XII obtint pour ce fidèle ami la dignité de cardinal, lui donna celle de premier ministre, et le fit régner avec lui.

Il semblait avoir réservé toute sa rigueur pour Jeanne de France, son épouse, seconde fille de Louis XI , et dont ce monarque l'avait forcé d'accepter la main. Cette princesse rachetait par ses vertus les défauts physiques de sa personne ; mais elle ne posséda jamais la tendresse de son mari. A l'âge de quatorze ans, Louis XII avait subi celte union infortunée. Il l'avait formée par crainte, l'avait supportée par politique : il la rompit dès qu'il fut le maitre. En accordant le duché de ValenlinoisàCésar Borgia, fils d'Alexandre YI, il rendit ce pontife favorable à ses projets de divorce , et trois prélats , délégués par la cour de Bome, déclarèrent son mariage nul, sous prétexte de parenté en un degré défendu, d'aflinité spirituelle, de contrainte, etc.

Anne de Bretagne, depuis la mort de Charles VIIÏ, était rentrée en possession de son duché. Le roi, par un second mariage, également conforme au penchant de son cœur et à la raison d'état, rattacha à la France cette importante province. Toutefois, il fut stipulé dans le contrat que la reine se réservait la jouissant; pleine et entière des revenus de la Bretagne, et qu'après sa mort, ce duché passerait à son se-

cond enfant mâle, et, à défaut de mules, à ses filles, dans l'ordre de primogéniture. Si elle mourait sans enfants, le roi conserverait, sa vie durant, la possession de la Bretagne, qui retournerait ensuite aux plus proches parents de la reine. Quant au gouvernement de la province, Louis XII s'engageait à n'y rien changer. Aucun impôt ne serait établi, aucune levée de troupes n'aurait lieu sans le consentement des états. La reine nommerait aux charges vacantes, et le roi ne prendrait le titre de duc de Bretagne que dans les actes relatifs à ce pays. Ce traité conclu, le mariage fut célébré à Nantes le 8 janvier 1 199. Anne fut couronnée une seconde fois à Saint-Denis. Des fêtes brillantes accompagnèrent cette cérémonie, et le peuple fut invité à la joie par la diminution d'un dixième sur les impôts, par la promesse d'une réduction plus considérable, et par l'exemption totale du droit de joyeux avènement.

Ce n'était là que le présage des heureux desseins de Louis XII pour la prospérité du royaume. Les deux premières années de son règne (1498-99) furent presque entièrement consacrées à dos réfoimes utiles, à des institutions nécessaires, et aux travaux du gouvernement intérieur.

Charles V et ses successeurs avaient fait de vaines tentatives pour assujettir les troupes à une discipline régulière^: leurs sages règlements ne faisiiient qu'attester le mal sans le détruire, et, après tant d'inutiles eflbrts, le succès sem-

» « J'ai vu moi mesme, dit Sainl-Gelais, que quand les gens d'armes arrivoienl dans un village, bourgade ou ville champestre, les habitants, hommes et femmes, s'enfuyoienl en retirant de leurs biens ce qu'ils pouvoient dans les églises, ou aultres lieux forts , tout ainsy que si c'eussent été les Anglois, leurs anciens ennemis : qui estoit chose pileuse à voir. Un logement de gens d'armes qui eussent séjourné ung jour et une nuit en une paroisse y eust porté plus de dommaigc que ne leur coustoit la taille d'une année. »

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blait impossible. Louis XII n'en jugea point ainsi : il rendit une sévère ordonnance qui, assignant aux troupes des garnisons fixes, et assurant leur subsistance, menaçait d'un châtiment exemplaire quiconque oublierait qu'un soldatne devait pas être un brigand. II la fit rigoureusement exécuter, et quelques punitions éclatantes intimidèrent les gens de guerre, et les retinrent dans le devoir.

L'administration de la justice réclamait les soins du monarque : de grands abus s'y étaient glissés. Des hommes de mœurs suspectes ou d'une capacité douteuse siégeaient parmi les magisn-ats : des ajournements arbitraires éternisaient le cours des procès, au profit des gens de loi et à la ruine des plaideurs. D'autre part , dans les causes qui regardaient leur domaine, les rois ne se faisaient pas scrupule d'influer sur la décision des juges; et plus d'une fois leur vengeance, s'alTranchissant des formalités accoutumées, préférait aux tribunaux ordinaires une commission spéciale, instrument plus docile et plus sûr de la mort d'un ennemi ou d'un traître. Louis XII, par une célèbre ordonnance sur les cours de judicature, régla avec sagesse la durée des procès, le nombre des instances, les frais de la procédure, ordonna des examens pour s'assurer de la capacité des juges, garantit leur indépendance et proscrivit les commissions spéciales.

Étant gouverneur de Normandie sous le règne précédent, il avait remarqué les vices du tribunal suprême de cette province, qui n'était autre chose que l'ancienne cour féodale, et portait encore le nom d'échiquier. Il le mit sur le même pied que les autres parlements du royaume, et lui imposa les mêmes règles. Il introduisit un pareil changement dans le parlement de Provence. Toutes ces réformes s'opérèrent sans résistance.

L'université n'imita point la soumission des tribunaux et de l'armée. Ce corps avait d'immenses privilèges, dc^t

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plusieurs, avec le temps, étaient devenus des abus si scandaleux et si notoires, que les états de Tours en avaient demandé la suppression. Elle fut ordonnée par Louis XII. En respectant ce qui était compatible avec le bon ordre et la justice, ce prince retrancha ce qui leur était contraire. Quelque sage que fût cet édit, l'université n'y vit qu'un attentat à des droits qu'une longue possession lui faisait regarder comme sacrés. Elle protesta, ferma ses collèges ; la turbulence de ses écoliers menaça la tranquillité publique, et le courroux de ses prédicateurs se déchaîna dans les chaires contre le roi. Louis XII était à Blois ; il envoya son chancelier, qui ne put apaiser le tumulte. Enlin, il s'achemina lui-même vers Paris avec ses gardes. Tout se soumit à son aspect, et le pardon suivit de près l'obéissance.

L'église attira aussi son attention. La discipline ecclésiastique était alors dans un tel désordre que Georges d'Amboise, le ministre, l'ami de Louis XII, avait été nommé évêque de Montauban, n'ayant encore que quatorze ans. Cette partie importante de l'administration demandait et subit une réforme.

Au milieu de ces travaux de la paix , le roi méditait et préparait une nouvelle expédition en Italie. Il voulaitfaire revivre les droits qu'il tenait de son aïeule Valentine Visconti sur le Milanais, punir Ludovic le Maure, et recouvrer le royaume de Naples. Il s'occupa d'abord du Milanais.

Louis XII fit d'immenses préparatifs : avant le départ, des négociations nombreuses lui avaient assuré la neutralité ou la coopération des états voisins. L'archiduc Philippe qui, le traité de Sentis à la main , réclamait les villes d'Hesdin, d'Aire et de Béthune, avait obtenu satisfaction, tout en prêtant serment de foi et hommage pour la Flandre, l'Artois et le Charolais.

L'Espagne et l'Angleterre avaient renouvelé leurs traités d'alliance ; les cantons suisses devaient garder une

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neutralité parfaite ; Venise, qui pour le moment ne redoutait que l'agrandissement de Ludovic le Maure, promettait un secoure de six mille hommes au prix de Crémone et Chiara-d'Adda, après la conquête ; enfin, par le traité de Genève , le passage des Alpes était ouvert à travers les états du duc Philibert de Savoie, qui donnait même quelques troupes.

L'armée française , forte de trente mille hommes, se rassemblait à Lyon, sous le commandement de Louis de Luxembourg, comte de Ligny, du seigneur d'Aubignv e de Jean-Jacques Trivulce. Quand le roi fut arrivé, eue mit en marche. Au mois d'août 1499, elle passa les Alpes et envahit le Milanais, au moment où la diversion des Vénitiens laissait Ludovic le Maure sans espoir de secours. La trahison de Galéas San Severino , gendre du duc de Milan, laissa les villes et les forteresses à découvert ; Ludovic le Maure se sauva en Allemagne avec ses enfants et ses trésors. Jamais conquête, à part celle de Naples, ne fut plus facile. Vingt jours après la descente des Alpes, Louis XII faisait à Milan une entrée triomphale; puis il songea au retour. Trivulce fut nommé gouverneur du Milanais; des traités d'alliance furent conclus avec les étals voisins, Florence, Ferrare, Bologne, Mantoue, leMontferrat. César Borgia obtint trois cents lances et quatre mille Suisses pour conquérir la Romagne.

Guelfe de cœur et de famille , le nouveau gouverneur persécutait les Gibelins que la victoire lui avait mis entre les mains; il laissait les bandes françaises courir le pays et piller les propriétés milanaises contre l'ordre du roi ; les habitants se lassèrent de son système d'oppression. On avertit Ludovic qui leva cinq mille lances en Franche-Comté, et huit mille Suisses, malgré le directoire fédératif : à son entrée dan^ le Milanais, huit mille Italiens vinrent se joindre à lui; il s'empara de Como, de Milan,

HISTOIRE DR FRANCE

de Pavio, de Parme, que Triviilce avait abandonn(''es. Bientôt après, des secours arrivèrent de France ; Louis de la Trémouille passa les Alpes avec six mille hommes, et le bailli de Dijon avec six mille Suisses. Novare s'était rendue aux Milanais, parce que les Suisses de la garnison avaient été gagnés i)ar leurs frères dans le camp des assiégeants. Mais des ordres sévères venus du directoire, et l'or de la France, amenèrent une nouvelle trahison. La Trémouille, sachant que Ludovic le Maui-e s'était i-enlermé dans Novare, était allé l'assiéger avec toutes ses forces Une capitulation fut signée entre les défenseurs et les Français, sans aucune mention du duc. Les Suisses défilèrent ; le malheureux Sforce s'était déguisé en capucin ; trahi ou reconnu, il fut saisi par la Trémouille lui-même, et envoyé en France, au château de Loches, où il mourut. Son frère, le cardinal Ascagne, arrêté à Plaisance , fut envoyé à Venise , puis livré aux Finançais et enfermé dans la Tour de Bourges (1500).

C'était le moment, ou jamais, de marcher à la conquête de Naples. Florence, dont le gonfalonier, Pierre Soderini, était l'ami du cardinal d'Amboise, avait promis le passage à travers les terres de la république, parce que la France seule pouvait la sauver des continuelles attaques des Médicis exilés, et de César Borgia , duc de Valcntinois. Le pape Alexandre avait fait alliance avec Louis XII , non par amitié, mais par politique, car le roi de France était plus fort que lui : en Allemagne, Maximilien, d'abord irrité de la spoliation des Sforce, s'était laissé gagner par argent, comme toujours, et par la promesse d'un mariage entre Claude de France et l'archiduc Charles, son petit-fils; enfin la cession de Bellinzona avait fermé la bouche aux Suisses. Restait donc l'Espagne, dont les intérêts étaient plus grands encore, puisqu'elle possédait la Sicile. Un traité fut conclu à Grenade, le il novembre 1500, par lequel

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Ferdinand s'engageait à aider le loi de France de trou; es et d'argent. La part de Louis XII était belle, Naples, r.aéte, la terre de Labour et les Abruzzes, avec le titre de roi de Naples et de Jérusalem ; mais il eut le tort de s'adjoindre un copartageant et un rival, car Ferdinand le Catholique, déjà maitre de la Sicile, allait s'emparer de la Calabre et de la Pouille, et se conservait toujours un pied à terre en Italie, en cas d'événement : le péage des troupeaux voyageurs de l'Abruzze et de la Pouille dut être également partagé. On voit que les deux rois comptaient sur le suo cès. 11 est curieux de suivie sur les chroniques contemporaines la liste des seigneurs de renom, des brillants gentilshommes qui voulurent être de l'expédition : on y retrouve des noms devenus [)opulaires, quelquefois immortalisés par des chansons ridicules, la Palisse, la Trémouille, Bayard, Stiiart d'Aubigny, d'Alègre. Le pape avait béni le traité, et son fils César Borgia était, avec d'Aubigny et le Napolitain San Severino, un des commandants de l'armée. La marche des Français à travers l'Italie fut encore une promenade. Le 24 juillet 1501, Capoue se rendit après quelque résistance ; sa garnison fut passée au fil de l'épée ou pendue aux créneaux .

Naples , effrayée de cette cruauté de mauvais augure , ouvrit aussitôt ses portes le 19 août. Le roi Frédéric, découragé', céda de bonne grâce; il échangea son royaume contre le duché d'Anjou et 50,000 ducats de rente. Son fils Ferdinand n'était pas d'aussi bonne composition. Abandonné de ses soldats, il erra longtemps dans les Abruzzes, puis il s'enferma dans Tarente, oùGonzalve de Cordoue , qui venait de s'emparer de Gaëte , vint l'assiéger. Le prince napolitain se rendit, à condition qu'on le laisserait aller en liberté; mais le rusé Gonzalvc l'envoya prisonnier en Espagne, au mépris de la capitulation. Après la conquête, les envahisseurs avaient respectivement pris

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possession des provinces stipulées dans le traité ; mais il survint bituitôt une occasion de guerre : dans les conditions du partage, on avait oublié la Basilicate, la Principauté Ultérieure et la Capitanate.

Le duc de Nemours , gouverneur du royaume , les réclama comme appartenant aux Abruzzes ; Gonzalve de Cordoue , comme faisant partie de la Fouille. La Capitanate était un point important, parce qu'elle était le passage des bestiaux, dont le péage se montait tous les ans à 200,000 ducats; or, si l'Espagne s'était emparée du poste, c'en était assez pour affamer les Abruzzes , et réciproquement s'il était tombé aux mains des Français, la Fouille se serait trouvée à leur merci. Les hostilités commencèrent : Gonzalve, forcé de reculer, se jeta dans Barletta, laissant ses ennemis piller à l'aise les possessions espagnoles. L'instant était critique; l'Espagne n'avait plus qu'un pied dans le royaume; Ferdinand usa de ruse: il envoya à Lyon l'archiduc Fhilippe, avec plein pouvoir de conclure un traité à l'amiable.

Louis XII s'y laissa prendre ; on convint de part et d'autre de céder tout le royaume de Naples à Claude de France et à l'archiduc Charles, si le mariage avait lieu ; sinon, chaque partie rentrerait dans ses droits. La guerre avait été suspendue par un ordre royal, mais Gonzalve recevait à chaque instant des renforts. Enfin , quand il se crut assez fort, il leva le masque, et marcha contre les Français. L'armée de Louis XII n'était nullement préparée à cette attaque ; personne ne s'attendait à la trahison , pas même l'archiduc Fhilippe, qui fit tout pour se justifier aux yeux de l'Europe. Le 21 avril 1503 , d'Aubigny fut défait à Séminara, en Calabre, par Hugues de Cardonne et Antonio de Leyva; le général vaincu courut s'enfermer dans la forteresse d'Angitola,où, quelque teinpsaprès, la disette le força de se rendre. Le 28, Gonzalve lui-mèm<^ mit en déroute

l'armée du duc de Nemours à Cérignole ; le prince y fut tué. Naples, Capoue, Aversa se rendirent.

Vingt mille hommes arrivèrent de France , sous le commandement du marquis de Mantoue ; la Trémouille devait les commander : il tomba malade à Parme. Le marquis de Mantoue se laissa battre partout où il fit rencontre des Espagnols; son successeur, le marquis de Saluées, ne put ranimer l'armée démoralisée ; au mois de décembre , le reste de ses troupes fut encore battu au Garigliano; le 1*^' janvier 150i, Gaëte capitula : il ne restait plus aux Français que Venouse , où le brave Louis d'Ars , un des preux de l'expédition , s'était jeté avec tout ce qu'il avait pu réunir de soldats. Après une vigoureuse défense, il en sortit sur l'ordre de Louis XII, et commença, à travers l'Italie, une brillante retraite, frappant des contributions de droite et de gauche , et s'ouvrant partout un passage, malgré la malveillance longtemps comprimée des Italiens ; il traversa enfin les Alpes, et vint retrouver le roi à Blois avec ses quelques mille hommes. Un peu désenchanté de l'Italie méridionale par la triste issue de son expédition , Louis XII tourna ses vues ailleure.

L'investiture du duché de Milan était toujours son point de mire ; c'est là ce qui le détermina à conclure ce malheureux traité de Blois, que le cardinal d'Amboise eut, plus lard, tant de peine à faire oublier à son maître. Louis XII accordait en dot à sa fille Claude de France les duchés de Bourgogne, de Bretagne, de Milan, avec toutes leurs dépendances. Gênes, les comtés d'Asti et de Blois. C'était, pour la maison d'Autriche, un précieux apanage, et pour la France une dot terriblement onéreuse. Une autre cession, moins importante il est vrai, vint encore diminuer les prétentions du pouvoir royal. La grande Isabelle venait de mourir, et tous ses droits au trône de Castille passaient à l'archiduc Fhilippe , qui prit

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alors le titre (le roi. Ferdinand haïssait son gendre: il s'empressa d'opérer un rapprochement avec le roi de France, dont il demanda la nièce , Germaine de Foix , en mariage. Louis XII céda à la princesse ses droits au demi-royaume de Naples, à condition toutefois qu'il les recouvrerait à défaut de descendance.

L'Italie entre les Français et les Espagnols s'agitait sourdement; le pape Jules II venait, avec l'appui de Louis XII, de s'emparer de Bologne, d'où il avait chassé la famille seigneuriale des Bentivoglio. Le fougueux pontife, impatient dans ses conquêtes temporelles, aussi bien que dans ses ordres ecclésiastiques, était entré dans la ville , le casque en tête, la cuirasse sur le dos. Le pape s'était fait l'apôtre de la révolution populaire , afm d'avoir meilleur marché de la noblesse, son ennemie. Les Bentivoglio , et, avec eux, nombre de seigneurs, sortirent de la ville. L'exemple de la populace bolonaise qui avait hué à la fois les nobles et les Français fut peut-être déterminant pour la révolte de Gênes. Jules II, toujoui-s fidèle au but politique de sa vie, l'expulsion des Français, y entretenait la discorde entre le peuple et la noblesse. Gênes depuis longtemps déchue du rôle brillant que Venise jouait encore dans l'Italie, était, comme nous l'avons vu, tombée sous la suzeraine du roi de France, qui envoyait un gouverneur de son choix dans le château ; mais elle conservait encore tous les dehors d'une vieille république. Là, comme ailleurs, la noblesse était fière et hautaine ; les vingt-huit familles titrées , les Fiesque , les Doria, les Spinola, les Grimaldi, ne marchaient guère dans la rue sans une nombreuse suite armée ; leur devise était un mot insultant pour le peuple, etcemot, ils l'avaient fait graver sur leurs épées : castiga villani. MaisU leur coûta cher. D'autre part, il y avait encore au sein même du peuple un germe de division, celui qui existera toujours dans une société peu nivelée, la distinction du riche et du pauvre ,

que l'usage avait consacrée par la dénomination triviale, mais juste, de peuple gras et de peuple maigre.

Toujours en garde contre la noblesse, qui , dans l'exécution des ordres émanés de son sein, traitait le vilain de haut comme dans la rue, le peuple murmurait, mais il obéissait ; car la garnison française aurait brisé toute résistance. Un jour pourtant un gentilhomme, je ne sais de quelle famille , se laissa emporter jusqu'à lever la main sur un bourgeois. Le peuple maigre s'attroupa pour tirer vengeance de l'offenseur : on courut aux armes ; la révolte devint générale. Prise au dépourvu, la noblesse ne put pas même se défendre ; elle laissa piller ses palais et ses galeleries, et s'échappa furtivement, abandonnant quelquesuns des siens aux mains de la populace , qui en eut bientôt fait justice. (i8 juillet 1506.)

Le gouverneur de Gênes , Pliilippe de Clèves Ravenstein, était alors à Asti : les exilés se rendirent auprès de lui , Louis de Fiesque à leur tête. Quelques jours après, Ravenstein rentra dans la ville rebelle avec toutes les troupes qu'il avait pu réunir. D'après l'ordre du roi, il confirmait le décret que les Génois avaient arraché à Rocabertino, son lieutenant; les plébéiens devaient, àlavenir, entrer pour les deux tiers dans la distribution des dignités publiques; mais il y ajouta une condition qui fit tout rompre, le rétablissement des Fiesque , Grimaldi , etc. Les tribuns improvisés de la bourgeoisie ameutèrent le peuple ; force fut donc aux Français d'évacuer la ville , après avoir ravitaillé le château .

Dès lors la révolte n'eut plus de frem. Gênes se transforma en un vaste arsenal pour se préparer à la guerre. Un homme, comme on n'en voit paraître qu'aux joui's des triomphes populaires, vint imprimer à ce mouvement spontané le cachet de son audace et de son énergie. Le teinturier Paul de Novi passa de son humble atelier sur le trône

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du doge, où il s'assit pour quelques jours, comme Uienzi à Rome et Mazanielio à Naples.

Cependant une armée formidable se rassemblait en France. Le cardinal d'Amboise a\ait présidé à tous les pré paratifs, aux moindres détails de l'expédition. Une nombreuse artillerie, un corps de génie complet pour l'époque, le reste de la chevalerie qui avait survécu aux désastres deNaples, c'en était plus qu'il ne fallait pour couper court au soulèv(îment populaire, qui n'avait guère pour lui qu'un enthousiasme momentané.

A l'approche de l'armée française, le siège du château fut changé en blocus , et l'artillerie reportée dans les rerranchements. La position de Gènes était forte ; de nom- Dreux bastions avaient été élevés en face de la ville sur la haute montagne qui la domine , et c'était là que Paul de Novi , avec un renfort de trente mille paysans , attendait les Français. La Palisse fut chargé de l'attaque. Le feu des ennemis était vif; les Suisses avaient refusé de monter à l'assaut : « Retournez, poltrons, retournez , criait le brave « chevalier: si j'en vois un seul quitter le terrain, je le « ferai tailler en pièces. » Blessé lui-même, il remit le commandement au duc d'Albanie : le corps des volontaires nobles vint prendre part au combat. L'argent fit avancer les Suisses ; les Génois furent refoulés dans la ville après une défense opiniâtre ; et Bayard, debout, la lance à la main , sur le haut de la montagne, donna gain de cause à la noblesse et à la royauté par ces mots dédaigneux : « Ores, « marchands, défendez-vous avec vos aulnes, et laissez « les piques et les lances, lesquelles n'avez accoutumées.» (11 avril! 507.)

Le lendemain , une députation des vaincus vint demander au roi la paix ou la bataille. Louis XIl accepta la dernière, et quarante mille Génois sortirent des faubourgs pour se faire tailler en pièces. Puis le roi de France entra

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dans la ville , l'épée nue à la main , en signe d'inflexibilité. Les larmes du peuple le désarmèrent ; il se contenta de faire pendre le doge teinturier et quelques tribuns ; tous les privilèges de la ville furent cassés ; une contribution de 200,000 florins frappée sur la bourgeoisie ; la noblesse rétablie dans la moitié des honneurs ; enfin l'imprenable forteresse de la Lanterne (la Briglia), élevée entre la ville et le port.

L'Europe méridionale attendait avec anxiété le résultat probable de la révolte ; le pape craignait une invasion à Rome , qui eût abouti à sa déposition ; et l'imposante suite du roi en cardinaux , en évèques et archevêques , pouvait aisément motiver cette crainte. Venise, jusqu'alors alliée de lu France , avait fini par se lasser de jouer ce rôle secondaire qui lui profilait si bien , et Ferdinand redoutait une nouvelle descente dans son royaume de Naples. Le licenciement de l'armée victorieuse fut donc une œuvre politiquement agréable aux états menacés ; Louis XII reçut alors de nombreuses félicitations; Venise, Rome, Naples, envoyèrent des ambassadeurs; Ferdinand voulut avoir une entrevue avec son voisin , et son ami pour le moment. Le roi catholique partit de Naples avec sa jeune épouse , Germaine de Foix, son grand connétable Gonzalve, dont il était devenu jaloux, et qu'il traînait à sa suite comme un boulet. Louis XII l'attendit à Savone avec sa cour. Il y eut entre les deux rois de longues et mystérieuses conférences; Jules II et l'empereur Maximilien entrèrent dans le secret : Venise ne se doutait pas qu'une ligue formidable se préparait contre elle. Devenue puissance de premierrang parl'élendue de son commerce et l'immensité de ses richesses, l'astuce de sa politique habituelle avait aigri contre elle tous les états environnants. Les griefs et les prétextes ne manquaient pas : c'étaient Faonza, Rimini, et autres villes de la Romagiij , que Venise avait envahies loi-s de la chute de César

HISTOIRE DF FRANCK

Borgia (1504,; Gradisca, Gœrz, Trieste, Fiume el Pola, que Maximilien revendiquait en vain depuis trois ans; Crémone et Ghiara d'Adda, qui appartenaient au duché de Milan ; enfin les possessions de la république inquiétaient fortement le nouveau roi de Naples.

Le 10 décembre 1508 fut signée la fameuse ligue de Cambrai, entre l'empereur, le pape et le roi de France; l'idée de celte coalition n'était pas neuve ; à proprement parler, ce n'était que la résurrection tardive du traité secret de Blois (1504), qui n'avait jamais reçu d'exécution ; on y convint de partager, au gré des trois souverains, le territoire de la république : le pape réclamait Sarzane, Faenza , Rimini ; l'empereur, Vérone, Padoue et Vicence ; la France, Crème, Brescia, Bergame et Crémone; l'Espagne enfin , qui n'avait pas signé le contrat, Otrante et quelques villes de moindre importance. Le roi de France se mit en avant; ce fut l'armée française qui dut porter les premiers coups ; puis le pape lancerait l'interdit contre la république, et alors l'empereur, à son tour, se mettrait en marche. Les Vénitiens étaient prêts ; la lenteur de la ligue leur avait laissé le temps de réunir leurs troupes , de ravitailler leurs places fortes d'hommes et de vivres. Leur armée, pour parler le langage du temps, comptait dix-huit cents hommes d'armes, neuf mille cinq cents Albanais et autre cavalerie , et vingt-sept mille hommes de pied ; deux généraux habiles, le comte de Petigliano et Barthélemi l'Alviane , en avaient le commandement.

L'armée du roi de France était moins forte, mais plus aguerrie : deux mille deux cents hommes d'armes, quatre cents archers, vingt mille hommes d'infanterie. Le premier événement de la guerre fut la prise de Trevi, sur l'Adda, par les Français ; quelques jours après, les Vénitiens y étant retournés en nombre, la reprirent et la saccagèrent. Les hostilités T'iaieut commencées; les deux années s'ap-

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prochaient ; Louis XU passa l'Adda sur un pont do bateaux, prit Bivolta dans sa marche, et rencontra, à Agnadcl, l'arrière-garde vénitienne sous le commandement de l'Alviane. Le général de l'armée, Chaumont d'Amboise, fit aussitôt charger la Palisse avec les volontaires, puis le duc de ïiourbon avec l'infanterie. L'ennemi ne s'attendait guère à cette brusque attaque; le comte de Petigliano essaya de rétablir le combat avec des troupes fraîches ; mais il était trop tard : l'Alviane fut fait prisonnier, et les républicains furent refoulés jusque dans les lagunes (1509).

La victoire d'Agnadel fit cesser toutes les irrésolutions de l'empereur et du pape. Les Allemands pénétrèrent en Italie par la vallée de l'Adige, et les soldats du pape envahirent la Komagne : dans le premier moment de douleur, Venise entière prit le deuil, maie elle se conduisit noblement. 11 parut un décret du sénat, qui, déliant du serment de fidélité les sujets que la république ne pouvait défendre, autorisait les provinces de Terre-Ferme à traiter avec l'ennemi, selon leur convenance particulière et leurs intérêts, et ordonnait aux commandants d'évacuer les places qu'ils tenaient encore. Cet ordre généreux fut rigoureusement suivi, plutôt sans doute par crainte de l'ennemi que par obéissiince au sénat. Tout se rendit à l'approche des Français : Peschiera, Crème, Crémone, Brescia, Vérone, Vicence, Padoue, el tout le Frioul, furent remis à l'empereur; le pape se saisit, dans la Romagne, de tout ce qu'il trouva â sa convenance. En quelques jours, il ne resta plus à la république que les trois villes de Maran, Osopa et Trévise. Venise cependant ne désespérait pas; le provéditeur André Grilli avait rassemblé une nouvelle armée, avec laquelle il surprit Padoue (17 juillet 1509). C'était une conquête importante, aux pories même de la république ; cette nouvelle fut saluée à Venise par des acclamations, tn nouveau décret a^sura aux sujets de la république,

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HISTOIRE DK FRANCE.

qui rentreraient sous sa doTninalion, une indemnité'' complète de leurs pertes. Un mois après, le marquis de; Mantoue fut surpris à l'Isola délia Scala, et conduit prisonnier à Venise. Les alliés, qui s'étaient endormis dans le succès, virent qu il était temps d'arrêter les progrès des ennemis; Maximilien demanda à Louis XII un secours de vingt mille hommes pour aller former le siège de Padoue. La Palisse partit de Milan avec Bayard et nombre de gentilshommes, sauva en passant Vérone et Vicence, enfuma dans une grotte deux mille paysans du Frioul, qui l'avaient harcelé dans sa marche, et alla rejoindre l'empereur sous les murs de la ville. L'armée vénitienne, forte de vingt-cinq mille hommes, s'y était renfermée tout entière, avec le provéditeur et le comte de Petigliano ; l'armée assiégeante comptait cent mille hommes et cent six pièces d'artillerie. Le siège, un des plus mémorables du seizième siècle, dura seize jours, au bout desquels il fallut battre en retraite ; la république était sauvée : Petigliano, marchant sur les derrières de l'armée franco-impériale, s'empara de Vicence et de plusieure autres villes. La destruction de la flotte vénitienne commandée par l'amiral Ange Trevisani à Lago Oscuro, près de Ferrare, par le cardinal Hippolyte d'Esté (22 décembre i 509), ne put contrebalancer les pertes du siège de Padoue. La fortune de Venise renaissait ; trop faible encore pour résister aux forces réunies de la ligue ; elle avait employé une voie plus sûre, les concessions en détail; déjà, depuis longtemps, elle avait fait sonder l'empereur par son ambassadeur, Antonio Giustiniani, et ses avances avaient été repoussées. Ses tentatives de conciliation furent plus heureuses auprès du pape. Peu satisfait de l'ascendant que la victoire d'Agnadel avait donné au roi de France, Jules II prêta volontiers l'oreille aux propositions du député vénitien ; tfn traité de paix fut signé le 24 février 1510, entre le pape et la république. Cette dernière abandonnait toute la Romagne,

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Faonza, Rimini, Ravonne, Ccrvia, etc. Le duc de Ferrare obtint pour sa part la Polésine et Comachio ; enfin la cour de Rome eut satisfaction pour tous les dilTérends qui subsistaient entre elle et la république, au sujet de la collation des bénéfices, de la juridiction ecclésiastique, et de l'immunité de toute contribution que réclamait le clergé vénitien.

Le pape ne s'en tint pas là. Une fois sorti de la ligue, il travailla à en détacher ses co-signataires, l'empereur et le roi catholique. Maximilien résista longtemps, parce que Venise, déjà plus hardie, refusait de souscrire à une condition qui l'eût, en grande partie, dépouillée : la restitution des villes saisies par elle. Ferdinand le Catholique fut de meilleure composition ; ses prétentions étant moindres, les Vénitiens y satisfirent plus facilement; d'un autre côté, Jules II, peu scrupuleux sur les moyens d'atteindre à son but, acheva de le gagner en sanctionnant son usurpation du royaume de Naples par l'investiture. Dès-lors il ne restait plus de la formidable ligue de Cambrai que l'empereur, déjà rebuté par le mauvais succès, le roi de France et le duc de Ferrare, qui avait refusé de trahir les Français, et sur lequel allait tomber tout le ressentiment du pape. Sur les frontières de France, la haine politique du pontife n'était pas moins active ; les Suisses, qui jusqu'alors avaient vécu en bonne amitié avec Louis XII, rompirent brusquement et se jetèrent dans les rangs des ennemis. Enfin, quand toutes les batteries furent dressées, quand la cour de Rome eut réussi à isoler ^a France, la ligue de la sainte union fut conclue entre le pape, Ferdinand le Catholique, la république et les cantons (4 octobre 1510.)

La guerre se continuait toujours en Italie. A défaut de grandes batailles, la chevalerie des deux partis s'exerçait en surprises, en escarmouches, en combats singuliers. Il

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HISTOinE DE FRANCE.

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est assez curieux de lire, dans les chroniques du temps, les exploits épisodiques du chevalier Bayard et de ses compagnons d'armes. Après la victoire d'Agnadel, Chaumont d'Amboise, neveu du cardinal, était mort; Trivulce prit le commandement de l'armée, s'empara de Bologne, revint au secours du duc de Ferrare, que la prise de la Mirandole, où Jules II était entré par la brèche, mettait dans un grand péril, puis il Imttit les troupes pontiticales à la Concorde, et reprit la Mirandole. Un ordre de Louis XII le rappela dans le Milanais. Le roi de France se faisait scrupule de continuer les hostilités contre le chef de la chrétienté; il assembla à Tours un concile national, où fut discutée la question de savoir si l'on pouvait, en toute conscience, faire la guerre au pape, et ne tenir nul compte des censures ecclésiastiques qui avaient trait à des intérêts purement temporels. La réponse du clergé fut affirmative, et il y ajouta un don de 100,000 écus. Alors Louis Xll n'hésita plus : « Fort du suffrage des prélats de son royaume, le « roi conclut à «lois, le 17 novembre 1510, avec l'évêque « de Gurk, ambassadeur impérial, un traité qui confirmait « la ligue de Cambrai, et retendait aux sucœsseurs de « Maximilien et de Louis XII.

« Celui-ci promit 100,000 ducats à l'empereur, qui était « déjà son débiteur pour de fortes sommes. Maximilien « devait, au printemps suivant (1511), entrer en Italie à la « tète de trois mille chevaux et de dix mille fantassins, aux- « quels Louis s'engagea à réunir douze cents lances et huit « mille hommes d'infanterie. On devait sommer le pape et « le roi d'Aragon de satisfaire aux engagements qu'ils « avaient contractés par la ligue de Cambrai : sur leur re- « fus, on convoquerait à Pise un concile général.» (Ce concile fut effectivement assemblé ; mais il se sépara sans avoir atteint le but de sa convocation. ) (Schoell. Hist. des temps modernes,)

La contre-partie du traité de Blois fut la ligue de la sainte union, entre le roi d'Aragon, le pape et la république ; le but avoué était l'expulsion des Français et des Allemands de l'Italie. Ferdinand le Catholique obtint le commandement général, et son lieutenant, le catalan Raymond de Cardonne, viœ-roi de Naples, envahit le nord de l'Italie. Le cardinal Jean de Médicis, général des armées du pape, et le provéditeur vénitien André Gritti, vinrent se joindre à lui ; Jules II avait levé neuf mille soldats, Venise sept mille, cl le roi d'Aragon dix-huit mille, qui coûtiiient à ses alliés 40,000 ducats par mois. Les Hottes d'Espagne et de Venise naviguaient de conserve et présentaient une force imposante de vingt-six galères.

Ce lut sur terre qu'eurent lieu les plus grands événements. Louis XII, sentant le besoin d'agir pour prévenir les irrésolutions de l'empereur, donna ordre au gouverneur de Milan de pousser la guerre avec vigueur. Ce gouverneur était Gaston de Foix, duc de Nemours, frère de la reine d'Espagne, jeune chevalier impatient de tournois et de batailles, qui acquit en deux mois la réputation d'un des plus grands génies militaires de l'époque. Gaston descendit en Italie, fit lever le siège de Bologne, reprit Bresse, et périt àRavenne, au sein de la victoire. D'une rapidité fabuleuse dans les mouvements de son armée, il traversa la Lombardie en un clin d'œil, et courut se poster près de Bologne, qu'une révolution nouvelle avait enlevée au légat du pape et rendue aux Bentivoglio. La ville avait une garnison française aux ordres d'Odet de Foix, seigneur de Lautrec et d'Yves d'A-" lègre ; mais elle était vivement pressée par l'armée de la sainte union (28 janvier 1512). Gaston arriva à marches forcées ; le temps était affreux ; le vent et la neige avaient refoulé les Espagnols dans leurs tentes : le 5 février au soir, le général français traversa silencieusement le camp ennemi et i^'iiétra dans la ville assiégée, qui salua sa venue

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UISÏOIRË D£ FRANCE.

par une bonne volée de canons sur l'armée assiégeante. • Quand Raymond de Cardonne apprit l'arrivée des troupes françaises, il abandonna tout aussitôt le siège et se retira dans la Romagne. Gaston ne perdit pas de temps : en entrant dans Bologne, il apprit la surprise de Brescia par le provéditeur ; il se mit au plus tôt en marche avec quinze mille hommes, surprit le général vénitien Baglioni près d'Isola délia Scala, le battit, et, poursuivant les fuyards, arriva en même temps qu'eux devant la ville. La garnison française tenait encore dans le château ; le général français y réunit toutes ses troupes, et le 19 février un assaut général fut donné à la ville. Toute la population était en armes ; aux douze mille Vénitiens de Gritti s'étaient joints trente mille bourgeois ou paysans que la faction victorieuse avait ameutés. L'attaque fut terrible; Bayard franchit le premier le rempart, mais un coup de hallebarde lui perça la cuisse d'outre en outre : ses compagnons le crurent mort. Gaston fit de cet accident un moyen de victoire : les hommes d'armes, furieux, se précipitèrent dans la ville ; la garnison vénitienne fut passée au fil de l'épée, ou faite prisonnière avec le provéditeur. Le pillage dura deux jours, et fut estimé à trois millions d'écus (soixante-douze millions de francs\ car la ville était riche.

« Il n'est rien si certain, dit le chroniqueur de Bayard, « que la prise de Bresse fut en Italie, la ruine des Fran- « çais ; car ils avaient tant gaigné en cette ville de Bresse « que la plupart s'en retourna et laissa la guerre, et ils « eussent fait bon métier à la journée de Ravenne, comme « vous l'entendrez ci-après. »

Il était temps d'en finir par un coup décisif, car la France allait perdre le reste de ses alliés : Gaston cherchait la bataille, et Raymond de Cardonne mettait tous ses soins à l'éviter , il attendait le résultat des engagements pris avec l'Angleterre, et l'issue des négociations avec l'empereur.

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Maximilien résistait avec opiniâtreté ; sa haine était toujours aussi profonde contre Venise ; mais la pénurie habituelle de son trésor le rendit plus traitable ; il consentit enfin à une trêve de dix mois avec la république, au grand détriment de son allié, le roi de France (6 avril 1512), et tout aussitôt il envoya à Jacques d'Embs, son lieutenant en Italie, l'ordre de se séparer de l'armée française. Mais Jacques d'Embs ne se crut pas tenu d'obéir de suite au commandement de l'empereur ; il voulait assister à la bataille qui allait se livrer. Gaston, pour y forcer Raymond de Cardonne, avait marché sur Ravenne, et livré à la ville un assaut furieux.

Son adversaire parut, quand les habitants allaient se rendre, malgré la non réussite de l'attaque, qui leur en faisait redouter une seconde. Le 11 avril 1512, au jour de Pâques, Gaston de Foix l'attaqua dans ses retranchements. « Et avait ledit sieur de Nemours, dit le maréchal de Fleu- « ranges dans ses mémoires, de coutume pour l'amour de « sa mye, de ne point porter de harnois, fors la chemise, « depuis le coude en bas jusqu'au gantelet. Et priait à « toute la compagnie de la gendarmerie, en leur remon- « trant et donnant beaucoup de belles paroles, qu'à ce jour « voulussent garder l'honneur de la France, le sien et le « leur, et qu'ils le voulussent suivre. Et cela fait, ditqu'ils « verraient ce qu'il ferait pour l'amour de sa mye ce jour, « et incontinent partit et fut le premier homme d'armes « qui rompit sa lance contre les ennemis. »

Ce fut une rude journée ; la cavalerie espagnole se laissa battre aisément, mais l'infanterie, couchée derrière les retranchements, attendait de pied ferme, et quand elle fut tournée, elle opéra sa retraite en bon ordre ; les lansquenets allemands qui ignoraient l'ordre tenu secret de l'empereur, se battirent en désespérés; le duc de Nemours y ccmbattit comme un simple homme d'armes : on sait l'é-

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pisode de sa mort. Deux mille Espagnols se réfugiaient le long d'une chaussée, après la perte de la bataille; Gaston, avec une suite de vingt ou vingt-cinq gentilshommes, se jeta sur eux à corps perdu pour leur fermer la retraite ; il pénétra dans les rangs, mais il y fut tué. La perte fut grande des deux côtés. Yves d'Alègre, les capitaines Molard et Jacques d'Embs, nombre de vaillants hommes d'armes y périrent. Du côté des Espagnols, le cardinal Jean de ivJ< (iicis, Fabrice Colonna, Pierre Navarro, créateur del'ar^ tillerie espagnole, les marquis de la Palude, de Ditonto et de Pescaire, enfin tous leurs généraux de renom tombèrent au pouvoir des vainqueur.

La victoire de Ravenne fut le terme des succès de la France en Italie. Le cardinal Antonio de San Severino, légat du concile de Pise, et la Palisse, se disputaient le commandement ; l'armée fut sur le point de se dissoudre par suite de cette division imprévue. Toutefois la bataille porta ses fruits : Ravenne, Imola, Forli, Césène, Rimiiii, furent prises et pillées. L'alarme était grande à Rome, on agitait dans le conseil des cardinaux la question de l'abandon de la sainte-ligue. Jules II vit mieux dans l'avenir : il entama des négociations pour attendre avec plus de sûreté reirel de ses intrigues avec les cantons suisses. En effet, la mésintelligence s'était glissée entre Louis XII et la république des Alpes ; le roi de France préférait à ces mercenaires la soldatesque indisciplinée des lansquenets, qui coûtait moins cher et se battait tout aussi bien.

Dans les circonstances actuelles, c'était une faute. Le pape le sentit à merveille, et tout aussitôt il envoya en Suisse le fougueux cardinal de Sion, pour y lever des troupes. Les prédications évangéliques de ce singulier général eurent un plein succès : l'émissaire du pape n'avait demandé que dix mille hommes, vingt mille Suissesse trouvèrent à Coire, au lieu du rendez-vous. Mais il fallait des-

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Cendre en Italie ; la France avait hérissé de troupes et de canons les défdés du lac de Como, qui étaient, de ce côtélà, le seul passage des Alpes ; les Suisses firent un grand détour, et traversèrent le Tyrol pour aller joindre l'armée vénitienne. Maximilien, déjà lasdu traité de Blois, les avait laissés passer sans résistance.

D'autre part, Henri VIII, gendre de Ferdinand le Cathoque, et plein alors d'une ferveur religieuse qui bientôt devait s'exhaler en invectives contre Luther, avait déclaré la guerre à la France, qui avait mis son père sur le trône. Une flotte considérable était partie de la Tamise, avec six mille hommes de débarquement, sous les ordres du marquis de Dorset, pour aller rejoindre les troupes du roi d'Aragon sur les côtes de Biscaye. Enfin, pour que la France n'eût bientôt plus un seul allié, la diète de Mantoue, tenue par les confédérés, avait fait révolter Florence contre son gonfalonier, l'habile Soderini. Don Raymond de Cardonne, général des alliés, s'approcha de la ville et emporta d'assaut Prato, dont la garnison fut passée au fil de l'épée (30 août 1512); le lendemain il y eut une révolution à Florence. La société des jeunes nobles, des Valori, des Vettori, des Albizzi, des Ruccellaï, etc., conspira en faveur des Médicis; Soderini fut arrêté, et on le laissa sortir de la ville. La seigneurie et les corps municipaux s'assemblèrent ; le gonfalonier fut déposé, et le rappel des Médicis prononcé par acclamation. Julien de Médicis rentra dans la ville comme simple citoyen, et tout aussitôt la charge de gonfalonier à vie fut supprimée pour être remplacée par une dignité annuelle.

Au milieu des discussions qu'avait soulevées ce changement de forme, survint le cardinal de Médicis, frère de Julien, avec une suite nombreuse de gens de guerre. Dès lors la famille des Médicis reprit son ascendant d'autrefois. On abolit toutes les lois portées depuis son expulsion.

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HISTOIHE DE FKANCt.

On établit une balie de soixante-huit pei'sonnes, qui pouvait s'adjoindre tel ou tel membre, prolonger annuellement son autorité jusqu'au moment où elle jugerait à propos de s'en démettre : c'était en elle que résidait toute l'autorité ; on lui avait attribué le pouvoir de choisir dans son sein les électeurs du gonfalonier annuel et de nommer des députés, qui dorénavant seraient censés former la représentation du peuple florentin. Les partisans des Médicis avaient tout envahi ; le peuple dut déposer ses armes entre les mains des nouveaux venus. Il y eut réaction complète dans l'administration politique ; les partisans du gouvernement populaire en furent tous éloignés. Dans le nombre se trouvait le célèbre historien de Florence, Nicolas Machiavel, qui, plus tard, impliqué dans une conspiration contre les Médicis, fut mis à la torture et banni à son tour.

C'était alors que les Suisses, descendus en Italie par le Tyrol, comme nous l'avons dit, rejoignaient l'armée vénitienne, aux ordres de Jean-Paul Baglione. Aces trente mille hommes, dont la plupart étaient des troupes fraîches, la Palisse n'avait à opposer que quinze mille hommes, fatigués de la guerre, diminués par la désertion; encore n'étaient-ils pas tous Français. Il se retira donc devant l'armée ennemie, abandonnant la vallée de l'Adige, ravitaillant dans sa retraite Bi'escia, Peschiera, Legnano, Crémone, Bergame, renforçant les garnisons de toutes les places ; quand il parvint à Pontevico, sur l'Oglio, il ne lui restait plus que dix mille hommes ; ce fut là qu'un héraut d'armes, en vertu d'un ordre avocatoire de l'empereur, vint sommer les quatre mille Allemands, qui n'avaient pas déserté, de quitter à l'instant le service de France, sous les peines les plus rigoureuses.

La résistance était devenue impossible ; déconcerté par cet abandon imprévu, la Palisse recula jusqu'à Pizzghettone, sur l'Adda, puis jusqu'à Pavie, puis enfin jusqu'aux

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Alpes, qu'il traversa pour se rendre en France, où l'appelait Louis XII ; il fut renvoyé en Navarre, où la diversion du roi d'Aragon nécessitait un plus grand déploiement de forces. La branche régnante de la maison d'Albret avait eu de longs démêlés avec la couronne d'Aragon. Lorsque la sainte-ligue eut attaqué Louis XII en Italie, Ferdinand, jugeant le moment favorable pour fan-e valoir ses prétentions, envahit la Navarre, où la faiblesse de Jean d'Albret avait laissé se fortifier les deux puissantes factions des Beaumont et des Grammont. Avec le secours de la première , le roi catholique eut bon marché des troupes du roi de Navarre ; en quelques jours, Pampelune et les autres villes tombèrent en son pouvoir. Jean d'Albret et les Grammont se réfugièrent en France.

Louis XII, par amitié ou par politique, accorda au roi dépouillé la Palisse et une armée de vingt-quatre mille hommes, avec laquelle il rentra dans son ancien royaume; il espérait, avec l'appui de ses amis et de ceux des Grammont, se ménager partout des intelligences ; mais il ne s'éleva aucun mouvement en sa faveur; quelques villes secouèrent, il est vrai, le joug des Espagnols ; elles furent bientôt reprises par le duc d'Albe, général de Ferdinand. La Palisse s'avança jusque sous lés murs dé Pampelune pour en former le siège ; elle avait été amplement pourvue d'hommes et de vivres, tous les assauts furent repoussés. A Tapparilion d'une nouvelle armée que le roi d'Aragon envoyait au secours de ses nouveaux sujets, il fallut songer au retour ; la retraite se fit difficilement à travers les gorges étroites des Pyrénées ; on abandonna même le gros canon, dans l'impossibilité où l'on était de lui faire traverser les montagnes. Jean d'Albret yperditson royaume, et Louis XII une belle armée.

Mêmes revers en Italie : après le départ de la Palisse, l'armée de la sainte-union envahit le Milanais, où les Fran-

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HISTOIRE DE FRAKCE.

çais avaient laissé de faibles garnisons. Tout se rendit aux Suisses, hormis Bresse, Como, Locarno, Lugano, Novare et Crémone. Gènes, que la première révolte avait brisée sous répée de Louis XH, se souleva de nouveau et rétablit la dignité de doge dans la personne de Jean Frégose (23 juin 1512). Il y eut un marché entre elle et les cantons. Un don de 12,000 ducats fit reconnaître aux Suisses son indépendance, puis eut lieu le partage du malheureux duché de Milan. Les cantons helvétiques gardèrent Bellinzona, qui était pour eux la clef de l'Italie, et le pape s'empara des places à sa bienséance, le long des frontières des états de l'Église. Alors la famille détrônée des Sforce reparut à Milan, grâce à l'intervention des Suisses, qui voulaient se ménager un débouché pour le trop plein de leur population mâle, et maintenir en hausse ce commerce d'hommes qu'ils firent si longtemps encore. Bientôt une révolution s'opéra dans la ligne de conduite des princes unis pour ou contre la France. La question de restitution subsistait toujours entre l'empereur et la république vénitienne. Jules II, qui travaillait à s'assurer l'alliance de l'Allemagne, sépara enfin sa cause de celle de Venise, et fit une paix particulière avec l'empereur, que la jalousie fit entrer dans la ligue de la sainte-union (28 novembre 1512). La république abandonnée jeta ses vues autre part. Depuis la prise de Brescia, André Gritti était resté prisonnier en France ; elle le chargea de négocier avec Louis XII ; le roi s'y prêta volontiers; son but était atteint, l'humiliation de Venise. Maintenant c'était collectivement au pape, à l'empereur, au roi catholique, qu'il avait transporté ses haines politiques. Un traité de paix et d'alliance offensive fut conclu et signé à Blois (15 mars 1513). Les Vénitiens renonçaient à leurs droits sur Crémone et Ghiara d'Adda, mais, en revanche, Louis XII leur céda les siens sur Bergame, Brescia et Crème. Jules II, le créateur et l'àiue de la sainte-ligue, ne vit

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pas la fin de la guerre (il était mort au cx)mmencement de l'année 1513), et le cardinal de Médicis, grâce à une maladie qui semblait doubler son âge, s'était vu, à trente-six ans, élevé sur le trône pontifical, en dépit des jaloux et des ambitieux de sa trempe; singuher hasard qui l'avait tiré des mains de Trivulce pour l'envoyer à Home, où on aurait bien pu faire l'élection sans lui, car les candidats ne manquaient pas. Le nouveau pape Léon X continua l'œuvre favorite de Jules II, l'expulsion des Français, mais il ne se déclara pas d'abord. Il envoya sous main 42,000 ducats aux Suisses ; vieille dette, disait-il, que sa dignité lui commandait d'acquitter. Les Suisses ne s'y méprirent pas; quelques jours après, huit mille d'entre eux descendaient du sommet des Ali)es, et s'allaient poster à Novare, où treize ans auparavant leurs compatriotes avaient trahi et livré Ludovic le Mauie. 11 n'en fut pas ainsi cette fois; Maximilien vint se jeter aveuglément entre les bras de ses défenseurs, et à l'arrivée d'un nouveau renfort, on marcha à la rencontre des Français. En exécution du traité de Blois, Louis XII avait envoyé une nouvelle armée en Italie, pendant que les Vénitiens, sous l'Alviane, s'avançaient vers Milan, par la Lombardie. En même temps, une flotte française, aux ordres de Pierre-Jean de Bidoux. chevalier de Préjean, se présentait devant Gènes. Une réaction s'opéra en faveur de la France. La faction des Frégose abandonna la ville et se retira à Spezzia : Anloniotto Adorno fut aussitôt nommé lieutenant du roi de France, et élu doge par le sénat et le peuple. La conquête de la Lombardie fut tout aussi facile à l'approche des vingt-quatre mille hommes de Louis de la Trémouiile et de Jean-Jacques Trivulce ; Milan et toutes les autres villes ouvrirent leure portes, excepté Novare et Como. Maximilien s'était jeté dans Novare; les Suisses approchèrent ; l'armée française recula devant eux jusqu'à Riotla, où elle attendait un corps de cavalerie en-

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HISTOIRE DE FflANCE.

voyé par d'Aubigny. La position était désavantagouso entre Riotta et Trécate. Le lendemain, 6 juin, on vit venir l'infanterie suisse en colonne serrée, le taureau et la vache en tête. Les lansquenets allemands, qui formaient l'avantgarde, furent exterminés, l'artillerie enlevée et tournée à l'instant contre les Français, la cavalerie enfoncée en un clin d'œil ; les dix-sept mille Suisses firent fléchir les trente mille hommes de Trivulce. La retraite fut aussi rapide que la conquête ; les vaincus ne s'arrêtèrent que sur le versant occidental des Alpes. Les Suisses s'aventurèrent dans le Milanais, pillant çà et là les villes et les campagnes, exerçant les droits de seigneurs et maîtres dans les états de leur allié Maximilien ; toutes les places fortes échapf)èrent au pillage à prix d'argent ; leur rançon servit encore à engraisser les Suisses. Le Milanais était perdu pour la France : Gênes retourna aux Frégose. La flotte indépendante se présenta de nouveau devant la ville, et le doge Adorno, sans même essayer une résistance inutile, se retira à son tour (17 juin 1515).

L'Alviane s'était avancé dans la Lombardie à la rencontre des Français ; leur défaite imprévue lui fit rebrousser chemin jusqu'à Padoue, en abandonnant Crémone, Brescia et Bergame. L'armée alliée vint l'y assiéger pendant dixhuit jours; puis voyant l'inutilité du siège, elle se mit à faire des ravages dans la campagne, jusqu'au moment où l'Alviane, autorisé par le sénat vénitien, sortit de Padoue à leur rencontre. La bataille se donna à la Motta, près de Vicence (7 octobre 1513). La position des alliés était mauvaise, ils y suppléèrent par un courage opiniâtre. Au milieu du combat, une terreur panique saisit les Vénitiens; leur perte fut de quatre mille hommes. Paul Baglione tomba entre les mains des Espagnols, et l'Alviane, pour sauver les reste de l'armée, alla s'enfermer dans Trévise, d'où il faisait de temps en temps des excursions sur le Frioul et la

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Carniole ; il s'empara d'Udine, de Montefalcone et de la Polésine de Rovigo.

L'année 1513 n'était pas heureuse pour la France; les négociations de l'Espagne avaient réussi ; par les soins de Marguerite de Parme, gouvernante des Pavs-Bas, l'Angleterre avait souscrit au traité d'alliance contre la France • les articles en avaient été approuvés et les conditions stipulées à Malines (5 avril 1515). On devait attaquer la France par quatre endroits à la fois , Henri VIII, par la Picardie Maximilien, par la Flandre, les Suisses, par la Bourgogne' enfin Ferdinand , par les Pyrénées. Le traité en question reçut sa pleine et entière exécution ; les troupes aragonaises envahirent la Navarre ; en Italie, les Napolitains battirent les Vénitiens à Creazzo ; en Bourgogne, les Suisses s'avancèrent jusqu'à Dijon. Enfin, au commencement de juillet 1515, Henri VIII débarqua à Calais avec trente mille hommes, auxquels se joignirent douze mille hommes de cavalerie que Maximilien avait fait lever dans les Pays-Bas.

Les deux princes marchèrent vers Térouanne, pour en former le siège. Huit mille hommes de gendarmerie française s'approchèrent de la place pour y introduire un convoi (17 août 1515). Une terreur panique les saisit subitement : à la vue de la cavalerie impériale , ils se mirent à fuir en désordre. La journée de Guinegate, ou des Eperons ne fut pas meurtrière, grâce à la vitesse des chevaux ; mais elle dégarnit la frontière du nord. Le duc de Longueville, Bayard, et d'autres chevaliers furent faits prisonniers. L'armée victorieuse retourna sous les irurs de Térouanne. Après deux mois de siège, la place non secourue se rendit, et fut rasée de fond en comble. L'alarme était dans Paris ,' mais le roi d'Angleterre n'osa s'aventurer plus loin dans le pays de France, et il s'en retourna à Londres.

Selon leurs engagements avec Maximilien, qui leur avait promis une bonne solde , tout en comptant sur la bourse

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d'Henri VIII, vin^l-ciiiq mille Suisses entrèrent en Bourgogne, sous les ordres de Jacques de Wattewyll ; la Franche-Comté et le Wirtemberg leur fournirent quelques renforts; ils s'avancèrent vers Dijon. Le gouverneur de la Bour^gne, le rusé la Trémouille, n'avait à leur opposer que les débris de l'armée d'Italie, douze mille hommes environ ; et d'ailleurs Dijon était très-mal fortifié. Toutefois, se fiant sur le peu d'usage que les Suisses avaient de la théorie des sièges, il résolut de s'y renfermer. L'armée ennemie arriva bientôt après ; mais elle se consuma longtemps en préparatifs et en tranchées inutiles. Un mois s'était écoulé ; l'hiver avançait ; la rareté des vivres commençait à devenir inquiétante , et l'empereur, malgré sa promesse, n'arrivait pas ; l'argent du roi d'Angleterre n'avait pas encore paru, et rien n'annonçait qu'on s'occupât de pourvoir à la paie des assiégeants. La Trémouille sut habilement profiter de ce malaise général ; il fit semer par ses émissaires, dans l'armée ennemie, le bruit que le roi de France ne leur refuserait rien , s'ils consentaient à s'éloigner ; ils demandèrent à traiter. Sur d'être désavoué , puisqu'il n'avait pas de pouvoirs , la Trémouille leur accorda tout, et signa les yeux fermés toutes les conditions qu'ils lui dictèrent (13 septembre 1513). « Ils stipulèrent « 400,000 ducats (2,095,000 ducats d'aujourd'hui) pour « eux, et 8,000 pour le duc de Wirtemberg. Leurs alliés « ne furent pas oubliés : Louis XII devait reconnaître le « concile de Latran, et se réconcilier avec l'Église ; renon- « cer à tous ses droits sur le duché de Milan et le comté a d'Asti ; se soumettre à ce que prononceraient des arbitres « sur les prétentions de l'archiduc Charles au duché de « Bourgogne. La Trémouille ramassa avec peine 20,000 « ducats, dont les Suisses se contentèrent pour leur pre- « mier paiement. Ayant reçu pour sûreté du reste six a otages, savoir: deux seigneure et quatre bourgeois de

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« Dijon, qui étaient, à ce qu'on prétend, des hommes de « rien, travestis en hommes riches, les Suisses s'en retour- « nèrent dans leurs montagnes.... On pense bien que « Louis XII désavoua la Trémouille. » Schoell. Hist. des temps mod.

Sur ces entrefaites , Anne de Bretagne mourut de la gravelle à Blois (9 janvier 1514). Sa 011e Claude, qui héritait de la Bretagne, fut mariée aussitôt au duc d'Angoulême, sur la tête duquel la couronne de France allait tomber et' malgré les larmes de Louis XII, la place de la défunte reine fut bientôt occupée. Anglais, Français, Allemands, Espagnols, tous étaient las de la guerre. Léon X, qui s'était tenu presque en dehors de cette lutte, dont les proportions allaient toujours en grandissant, consentit facilement à oublier le passé, sitôt que Louis XII eut renoncé aux conclusions schismatiques du concile de Pise. Ferdinand et Maxirnilien firent leur paix l'un après l'autre, et enfin, le 7 août 1514, le traité de Londres acheva la pacification provisoire de l'Europe. Louis XII prit pour femme Marie , la sœur de Henri VIII, qu'il épousa le 9 octobre à Abbeville, et promit à son beau-frère un million d'écus, payables en dix ans. C'était le duc de Longueville, devenu le prisonnier du roi anglais à Guinegate, qui, pendant sa captivité avait négocié ce traité. Henri VIH n'en tint pas moins rigueur au diplomate, et fixa à 50,000 écus sa rançon ; mais Longueville lui gagna presque toute la somme à la paume.

Ce mariage inopportun, car Louis XII avait cinquantetrois ans et la goutte, devint fatal à l'ancien époux d'Annede Bretagne. Faible et crédule, comme le sont les vieux maris, il s'était mis en tête d'avoir un héritier ; et, selon l'expression de Brantôme, il faisait le galant et le jeune homme avec sa nouvelle épouse, princesse de dix-huit ans, et une des plus belles de l'Europe. Pour mieux lui plaire, le bon roi

se jeta à sa suite dans les plaisirs et les réjouissances, et changea toutes les habitudes tranquilles de son régime dévie. « Car où il soûlait dînera huit heures, il convenait « qu'il dînât à midi , et où il soûlait se coucher à six heu- « res, souvent se couchait à minuit. » Au bout de six semaines de fêtes, il tomba malade d'une dyssenterie, et dans la nuit du 1" janvier 1515, à l'heure même où l'année commençait, il rendit l'àme à Paris, dans son palais des Tournelles. Enfant violent, brillant chevalier, puis roi modéré et bientôt débonnaire, Louis Xll fmissait son règne et sa vie presque en vieillard ridicule. Le chef de la guerre folle, le maître des joutes et des passes d'aimés de Charles YIII avait tourné au bourgeois, et non pas au bourgeois rude et brusque, tel qu'avait été Louis XL Les tendances pacifiques et l'inaltérable douceur de sa seconde nature contredisaient d'une façon trop formelle l'ancienne devise de son grand-père, qu'il avait conservée, un porc-épic avec cette légende : Cominùs et eminùs (de près et de loin). On garda longtemps à Paris le souvenir de sa petite mule sur laquelle il se rendait au palais, familièrement et sans suite, venant s'asseoir parmi les juges, et se promener au milieu du peuple dans le jardin du palais, qui s'étendait derrière la grand'salle, à l'endroit où est maintenant la place Dauphine. Avec cette bonté positive, cette bonhomie tranquille et sans préméditation , Louis XII laissait avec peine son peuple bien-aimé aux mains de François d'Angoulèmc, homme tout de faste et d'éclat, qui devait s'intituler plus tard h premier gentilhomme de son royaume, et qui n'était guère disposé à goûter cette maxime favorite du père du peuple, « qu'un bon pasteur ne saurait trop engraisser « son troupeau.» « Hélas! s'écriait Louis XII avec ses « confidents, hélas ! nous travaillons en vain ; ce gros gar- « çon gâtera tout ! »

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