CHAPITRE IX
François, comte d'Angoulême et comte de Valois, descendait, comme Louis XII, de l'infortuné Louis d'Orléans assassiné dans la rue Barbette. Jean d'Orléans, son grand- I)ère, était le troisième fils de Louis. Malgré son origine royale, la maison de Jean d'Orléans, à part une impuissante démonstration au temps de la guerre folle, n'avait joué presque aucun rôle , ni au dedans, ni au dehors du royaume, jusqu'au moment où Tordre de succession vint la faire passer tout à coup de cette obscurité profonde à l'éclat d'une couronne. Le premier des cinq rois qu'elle devait donner à la France était, à son avènement, un jeune homme de vingt-cinq ans, grand, bien fait, hardi à tous les exercices du corps , avec toutes les qualités et tous les défauts du gentilhomme. La transition était brusque du bon roi à cet impétueux et brillant personnage, et comme s'il eût tenu à ne pas faire mentir le mot de Louis XII, la première pensée du nouveau souverain fut pour l'Italie. Se rejetant
de gaieté de cœur dans cette lutte dangereuse dont Louis XII avait eu tant de peine à sortir, le jour de son couronnement, François I""" se fit proclamer à la fois roi de France et duc de Milan. Ce n'était pas un vain tilre qu'il entendait se donner ainsi, et sur le champ il se mit en devoir de confirmer, les armes à la main, la proclamation un peu gratuite du héraut de Reims, car la France ne possédait plus rien dans le Milanais. D'abord il fait remplir les vides du trésor royal par son ami Duprat, qu'il venait de nommer chancelier, en lui laissant mettre à l'encan les charges de judicature; et, avec l'argent qui provient de cette vente odieuse, il soudoie vingt-deux mille lansquenets et cinq mille fantassins basques et gascons. A l'approche de l'orage qui allait fondre sur Maximilien Sforce, l'empereur, le roi d'Espagne et le pape se confédèrent avec les Suisses et les Florentins pour protéger le faible prince contre son formidable rival. François oppose à cette ligue ennemie l'alliance de Henri VIII, de Charles d'Espagne qui tout à l'heure allait se nommer Charles-Quint , des Génois , des Vénitiens, du marquis de Saluées et du duc de Ferrare. Ensuite il se rend à Lyon, et bientôt se rassemble la plus belle armée qui eût jamais traversé les Alpes ; deux mille cinq cents lances (quinze mille cavaliei'S), vingt-deux mille lansquenets, sous le nom de Bandes noires, aux ordres du duc de Gueldres, six mille Basques, sous le commandement de Pierre Navarro, qui, depuis la bataille de Ravennc, avait passé au service de la France ; huit mille aventuriers français et trois mille pionniers. Mais le passage habituel des Alpes était fermé : à la première nouvelle de l'invasion , vingt mille Suisses avaient été s'échelonner, au Pas-de- Suze, sur le Mont-Cenis , puis sur le mont-Genèvre ; et quand l'armée française arriva au pied des montagnes, le cas était devenu embarrassant. Un vieux chasseur de chamois, dit la chronique, découvrit un nouveau passage ; il
s'adressa à son seigneur , le comte de Morette, qui en lit part au duc de Savoie. Ce dernier prince avait hâte de se débarrasser des Français, il envoya le comte et le paysan à Lyon.
Lautrec et Navarro furent détachés ix)ur explorer cette nouvelle route ; le passage était praticable, l'armée se mit en marche ; les pionniers firent merveille ; François I^"" était descendu en Italie, lorsque les Suisses le croyaient encore devant eux ; il avait travei*sé les vallées de Barcelonnette et d'Argentières, les défilés de Démont et de Coni, et envahi le marquisat de Saluées. Les alliés furent surpris. A Villefranche, un des meilleurs généraux de Ferdinand, Prosper Colonna, fut entouré et fait prisonnier à table par Bayard et la Palisse, qui étaient entrés dans le Piémont, par Sestrières, à la source du Pô ; en môme temps, la fiotte française avait débarqué à Gênes les huit mille hommes d'Aimar de Prie, qui, rejoint par Octavien Frégose, avait franchi la Bocchetta, et s'était emparé de Tortone et d'Alexandrie. L'armée ennemie ne bougea pas ; le pape voulait attendre, avant de se déclarer , et Raymond de Cardonne n'était pas assez fort; d'ailleurs l'Alviane les observait avec l'armée vénitienne, prêt à faire diversion, s'ils marchaient en avant.
Restaient donc les Suisses, qui avaient reculé jusqu'à Novare ; la discorde était dans leurs rangs ; leurs chefs, Jean de Diessbach et Georges de Hohensax, penchaient fortement pour la paix : leur avis prévalut ; une suspension d'armes fut signée à Galerate (9 septembre 1515). Les Suisses demandaient pour Maximilien une princesse du sang royal de France, le duché de Nemours et 12,000 livres de pension, en retour delà cession du duché de Milan, pour eux 1)00,000 écus qu'on leurredevait de la capitulation de Dijon et de la restitution des places fortes qu'ils possédaient dans le Milanais.
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HISTOIRE DE FRANCK
François 1" accorda tout, et l'armée des cantons allait
se disperser, quandsurvintun renfort de vingt niillehommes avec Roesch, bourguemestre de Zurich. Les nouveaux venus rompirent la convention par une attaque soudaine, et essayèrent d'enlever l'argent que le roi de France avait envoyé à Bufalora pour le paiement; cette tentative échoua par l'habileté de Lautrec. Les partisans de la paix dans le camp ennemi, Jean de Diessbach et Georges de Hohensax, retournèrent dans les cantons. Le reste, au nombre de" trente-quatre mille hommes, rentra dans Milan où les attendait le fougueux cardinal de Sion. François I" était à Marignan, au sud de Milan, d'où il communiquait avec l'Alviane, qui, posté à Lodi, surveillait les mouvements de Raymond de Cardonne.
A trois heures après midi , les Suisses chargent avec furie rarmée française qui ne les attendait pas. Les harangues passionnées du cardinal de Sion S sur la place du château de Milan , avaient eu un effet prodigieux ; les troupes des cantons étaient parties sans artillerie, sans munitions, sans aucune disposition militaire. Les retranchements, dont Pierre Navarro avait entouré le camp des Français, amortirent la vigueur de ce brusque assaut. L'artillerie joua contre l'ennemi, et fit dans ses rangs de profondes trouées. Les Suisses venaient en colonnes serrées se briser contre les palissades, avec leurs longues lances qui ne pouvaient atteindre leurs adversaires ; la célèbre corne de buffle résoimait dans la plaine , et poussait en avant, à tout instant, des troupes fraîches. La nuit fit cesser le combat ; les deux armées étaient en désordre : les ennemis avaient enlevé de vive force une batterie de sept pièces, etl'avaient au moment môme tournée contre le
» François I«" disait: « Ce petit préire m'a donné plus dVinbarras que toutes les puissances de l'Europe. »
camp français. Le roi, qui avait combattu comme un lion, coucha sur l'affût d'un canon à cent pas d'un bataillon suisse, et il fallut éteindre le feu du bivouac de peur de surprise.
Le lendemain, iA septembre, la bataille des yéants recommença plus terrible que jamais ; l'artillerie avait peine à faire reculer des hommes qui se laissaient tuer, mais ne fuyaient pas. Enfin l'Alviane, qui avait couru toute la nuit, arriva sur le champ de bataille avec un faible détachement, en faisant retentir le cri de guerre de Venise : Marco, Marco; le reste de ses troupes suivait à distance. Les Suisses crurent voir arriver toute l'armée vénitienne ; la retraite se fit en bon ordre ; ils rentrèrent à Milan avec leur artillerie et leurs blessés; leur perte fut de quinze mille hommes; les Français en avaient perdu six mille. François I" fut fait chevalier par Bayard, sur le champ de bataille.
Le trésor de Maximilien était vide, et il devait à ses protecteui-s trois mois de solde; le cardinal de Sion , si puissant avant la journée de Marignan, ne put pas même les retenir. Toute l'armée se dispersa pour rentrer en Suisse, en pillant à loisir le Milanais. Tout le duché se rendit à l'armée française ; Maximilien capitula dans le château de Milan (4 octobre) et par le traité de Pavie (14 octobre), il céda toutes ses prétentions sur le Milanais au roi de France, qui, en revanche, lui promit le chapeau de cardinal, une scrmme de 94,000 livres et 36,000 livres de rente en bénéfices ecclésiastiques.
La nouvelle de la victoire de Marignan changea la politique de Léon X et des cantons. Le i»ape était las de servir à l'agrandissement de la maison d'Autriche, que la mort . prochaine de Ferdinand le Catholique allait porter sur les trônes d'Espagne et de Naples. Une entrevue eut lieu à Bologne (10 décembre), entre Léon X et François r^ Le
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pape abandonna au roi Parme et Plaisance; au duc de Ferrare, Modène et Reggio, à condition qu'on laisserait sans appui le neveu de Jules H, le duc d'Urbin ; il promit encore sa coopération à l'invasion du royaume de Naples, pourvu qu'on attendît la mort du roi d'Aragon.
Les Suisses étaient devenus moins difficiles. Un traité fut conclu à Genève, par l'intermédiaire du duc de Savoie, entre la France et huit cantons. Zurich, Uri, Schwitz, Bàle et SchafTouse attendirent une année encore pour ratifier cette paix. Toutes les usurpations des Suisses dans le duché de Milan en 1513 furent abandonnée.^, à l'exception de Bellinzona, pour 500,000 écus d'or. François 1" promit encore 400,000 écus d'or pour la capitulation de Dijon, 300,000 pour les frais de la guerre, et 1,500 cavalière pour le cas de guerre défensive. En retour, la Suisse lui accorda le droit de lever à son gré des troupes dans les cantons.
Restaient donc l'empereur et Ferdinand le Catholique. Le dernier épargna par sa mort au roi de France l'ennui de négociations difficiles (22 février 1516). Maximilien laissa François l" exercer à Milan toutes les prérogatives de la souveraineté, établir un parlement de justice, changer les formes de l'administration et confier au célèbre connétable de Bourbon la lieutenance générale de ses possessions au delà des Alpes, avec une armée de sept mille hommes; puis, quand il eut repassé les Alpes, il envahit, lui, à son tour, le duché de Milan avec trente mille hommes. Mécontent de voir élever par l'influence française le duc d'Albanie à la régence d'Ecosse, au détriment de sa sœur, la reine douairière, Henri YIU lui avait fourni l'argent nécessaire.
A l'arrivée des impériaux, le maréchal de Lautrec était au siège de Brescia, ixindant que le successeur de l'Alvianc, Théodore Trivulcc, donnait l'assaut à Vérone avec les Véni-
tiens. Lautrec leva le blocus, recula sur l'Adda, dont il essaya de détendre le passage ; mais trop faible pour résister, il alla se renfermer dans Milan avec le connétable. Maximilien vint les y investir ; sa lenteur donna aux assiégés le temps de préparer la défense ; on brûla les faubourgs de la ville, on arma les bourgeois, et, quelques jours après, un capitaine suisse, Albert de la Pierre, que le cardinal de Sion avait insulté, amena au secours des Français quatorze mille Suisses ; le connétable se croyait sauvé ; un scrupule de longue date, et fort commode pour les mercenaires des cantons, remit en question la possession du Milanais ; ils refusèrent de se battre contre Maximilien, parce que son armée était formée en grande partie de leurs compatriotes ; alors le connétable, craignant que la sédition ne s'étendît aux troupes de la garnison, les licencia tous après le paiement de leur solde. Maximilien, à cette nouvelle, crut avoir bon marché des Français abandonnés ; il menaça les Milanais de faire passer la charrue et de semer du sel sur les débris de la ville, comme Frédéric Barberousse ; mais, apprenant que les Suisses du connétable avaient reçu leur solde, leurs frères, dans l'armée allemande, se hâtèrent de réclamer la leur, avec ce ton d'insolence qui ne souffrait aucun retard.
Maximilien eut peur; il savait que le connétable leur avait offert une solde considérable, s'ils voulaient changer de drapeau ; pour retarder les effets d'une trahison qu'il redoutait, il leur fit porter 16,000 écus d'or par le cardinal de Sion ; puis, sous le prétexte que son trésor était à Trente, il y courut au plus vite, et de là il s'enfuit en Allemagne. Son armée l'attendit longtemps au delà de l'Adda; les Suisses allèrent, en guise de paiement, piller Lodi et Saint-Ange : les Allemands s'échappèrent vers les montagnes du Tyrol ; leur retraite fut désastreuse ; l'expédition devint ridicule, et la fuite de l'empereur proverbiale.
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Le maréchal de Lautrec retourna au siège de Brescia, qui se rendit après un assaut meurtrier ; une foule d'accidents imprévus, l'arrivée de huit mille Allemands, l'incendie d'un convoi d'artillerie et autres munitions, firent manquer celui de Vérone ; Lautrec se retira dans le Mantouan à Villefranche.
C'était le moment pour François l" de faire valoir ses prétentions au royaume de Naples et de reconquérir la Navarre pour la famille d'Albret : l'archiduc Charles en avait peur : sa prise de possession n'était pas sûre, car il avait un frère, le jeune Ferdinand, élevé sous les yeux du feu roi d'Aragon, que la Castille menaçait de proclamer; des conférences s'ouvrirent à Noyon entre les deux rois, par l'intermédiaire du grand maître de Boissy et de son ami le seigneur de Chièvres : le loyal François n'abusa pas de la supériorité que la circonstance lui donnait : tout au contraire, il s'en remit à la bonne foi du nouveau roi d'Espagne pour la question de la Navarre : Charles s'engagea à examiner l'affaire, quand il serait affermi sur son trône; c'était un ingénieux subterfuge.
Les droits de la maison de France au royaume de Naples passèrent à madame Louise, âgée d'un an, fille de François I", dont la main fut promise au roi d'Espagne ; mais, en attendant le mariage, ce dernier, qui ne possédait Naples que de fait et par droit de conquête, devait payer annuellement cent mille ducats à son futur beau-père.
Il y avait dans le traité une place en blanc pour l'empereur, s'il eût voulu rendre Vérone aux Vénitiens : il préféra la guerre *, en d'autres termes, il ajourna la conclusion de la paix.
C'était un merveilleux spectacle pour l'Europe que l'union intime des rois de France et d'Espagne. François I" est dans tout l'abandon de la loyauté, Charles, rusé déjà. Il envoyait des chevaux de Naples h son futur beau-père,
mais il gardait la terre qui les avait nourris ; il lui prodiguait les termes de tendresse que l'étiquette avait inventés entre les souverains : bon pire, bon frère, bon fils, et le roi de France les lui rendait avec usure. «Je n'ai plus rien à cœur « que de vous complaire, écrivait le roi d'Espagne, comme « tout bon fils doit faire à son bon père. Pour continuation « de la fervente amour que je vous porte, j'ai voulu vous « faire part que j'ai été proclamé roi dans mes royau- « mes de Castille, Léon et Grenade, et que j'espère l'être de « même en Aragon. »
Sous ces dehors spécieux , Charles cachait son adhésion secrète au traité d'alliance défensive qui avait été signé (29 octobre 1516», entre l'empereur et le roi d'Angleterre. L'inconstance de Maximilien ne permit pas aux alliés de continuer plus avant. Vérone, vivement pressée par le maréchal de Lautrec , allait se rendre, malgré la constance de Colonne et de Roquendolf : l'empereur accepta les cent mille écusque lui offraient les Vénitiens, puis il accéda pleinement au traité de Noyon , dans les conférences de Bruxelles (décembre 1516), et dans celles de Cambrai (11 mars 1517).
La paix avec Henri VIII n'était pas aussi facile ; le roi d'Angleterre n'avait rien à craindre de la France , et tant qu'il posséderait Calais, son voisinage était dangereux. Son but actuel était le renouvellement de la ligue ; l'Espagne y avait adhéré; l'empereur l'avait abandonnée, l'olfre d'un million de livres ne put décider les Suisses à une seconde invasion de la Bourgogne. La paix perpétuelle entre la France et les cantons fut signée à Fribourg (23 novembre 1516.)
«f Elle fut conclue avec les treize cantons , l'abbé et la « ville de St-Gall, leurs associés, la république du Valais, « les Grisons et la ville de Mulhouse, leurs alliés. Le roi de « France promit de payer quatre cent mille ducats pour « cette éternelle affaire de Dijon , et trois cent mille pour
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•« la campagne d'Italie, dont on déduirait cependant les « sommes déjà payées. Il promit de plus de payer aux con- « fédérés des pensions annuelles, savoir : deux mille livres « de France à chacun des treize cantons ; autant à la répu- « blique du Valais ; trois cents à l'abbé de St-Gall ; trois « cents au comté de Togj;enbourg ; quatre cents à la ville « de St-Gall ; autant à celle de Mulhouse ; six cents aux « habitants de Gruyère. Les Grisons devaient recevoir la « même pension dont ils jouissaient du temps de Louis XIL « Le roi promit de ne donner aucun passage par la Fiunce « aux ennemis des Suisses. Bellinzona est abandonnée aux « cantons d'Uri , de Schwitz et d'Unterwalden ; quant à « Lugano , Locarno , Val-Maggia , la Valteline, Chiavenna « et Bormio , ils seront rendus par le roi dans un an , si « les cantons n'aiment mieux accepter trois cent mille écus « d'or , comme prix de ces districts. Les Suisses s'obligè- « rent à ne donner ni assistance ni passage aux ennemis « delà France, et à ne pas souffrir que leurs confédérés ou « sujets entrassent au service de ses ennemis. »(Schoell. IJist. des temps modernes.)
C'était déjà beaucoup que d'avoir enlevé aux ennemis de la France la lacilité de recruter des troupes parmi la population guerrière des cantons. Henri VIII fut le dernier dont François l" rechercha l'alliance. Le vrai roi d'Angleterre pour le moment était l'impérieux favori, l'habile cardinal Wolsey , qui se laissait pensionner par plusieurs princes du continent. François I" essaya d'abord des démonstrations maritimes ; il fit équiper une nombreuse flotte, comme s'il eût voulu tenter les chances d'une descente en Angleterre : mais voyant que les insulaires ne s'en effrayaient pas, il envoya à Londres Guillaume Gouftier, plus connu sous le nom d'amiral Bonnivet. L'ambassadeur capta la bienveillance du ministre, auquel il communiquait, par dé:érence soi-disant, les alfairts secrètes du roi son maître;
il lui promit une pension annuelle de douze mille livres ; puis, quand Wolsey, orgueilleusement chatouillé de l'estime respectueuse du roi de France, eut favorablement disposé son maître , Bonnivet se hasarda à réclamer la restitution de Tournay ; un peu de hardiesse encore , et il eût aussi redemandé Calais ; mais le peuple anglais eût crié à l'ignominie.
Deux conventions furent signées à Londres (14 octobre 1518). L'une stipulait la restitution à la France de Tournay, Montagne et St-Amand , pour la somme de six cent mille couronnes à trente-cinq sols, que François!" promit de payer successivement à raison de cinq cent mille livres par an. L'autre fiançait le dauphin de France, âgé de sept ans, avec Marie d'Angleterre, âgée de deux ans et demi , fille de Henri VIII : la dot convenue était de trois cent trente-trois mille couronnes ; le dédit de cinq cent mille.
La mort de Maximilien (15 janvier 1519) vint compliquer l'état politique de l'Europe, de la succession au trône impérial. François 1" et Charles-Quint s'étaient mis sur les rangs, et le roi de France, qui comprenait tout , même la jalousie, sous le côté chevaleresque, écrivait à son rival : « Nous faisons la cour à la même maîtresse : employons a l'un et l'autre tous nos soins pour réussir : mais dès que « le sort aura nommé le rival heureux, c'est à l'autre à a se soumettre et à rester en paix. »
L'argent des deux princes circula dans l'Allemagne ; les électeurs de l'empire se firent payer au poids de l'or la valeur de leur vote; les ministres et agents en sous-ordre se laissèrent acquitter leurs dettes; il existe un bordereau curieux des banquiers de Charles, In maiwn Fugger, à Augshourg, qui fournit les fonds nécessaires. Toutefois l'assemblée électorale hésita avant de se nommer un maître; elle voulut élire Frédéric le Sage, électeur de Saxe, qui répondit par un refus; alois tous les meinbri.îs fatigués déposèrent leurs
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