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« ciers de la couronne et les rniiiisires étant assemblés, il « leur dit : Je veux gouverner par moi-même, assister ré- « gulièrement aux conseils, entretenir les ministres les uns « après les autres, et je suis résolu de n'y pas manquer un « seul jour. Je ne veux point de premier ministre, maisje « me servirai de ceux qui ont des charges pour agir sous « moi, selon leurs fonctions.» (Choisy.)Ei lorsque le président de l'assemblée du clergé vint à lui demander à qui il devait s'adresser dorénavant pour les affaires ecclésiastiques : «A moi, répondit-il.» — «Je veux, dit-il à son conseil, que tout me soit communiqué, depuis la dépêche diplomatique jusqu'à la dernière requêle. » Et il se mit à l'œuvre avec la plus grande ardeur, y persévéra, malgré les rires d'incrédulité de sa mère, et, pendant cinquante ans, travailla régulièrement huit heures par jour. Il n'avait pas la haute portée de vues de Richelieu, ni le discernement exquis de Mazarin, mais il porta dans les affaires des idées nettes, une volonté rigoureuse, une infatigable persévérance. Tordre le plus attentif, le mérite dechoisir les hommes et de les employer, enfin, par dessus tout, l'instinct de la grandeur et le désir de la gloire. Ce début fit une impression profonde, et tout son règne s'en ressentit.» {Lavallep.) « Le roi a changé de conseil, et le ministère de maxime, avait dit Richelieu, en entrant aux affaires : Louis XIV aurait pu dire à peu près la même chose. L'administration un peu molle de Mazarin se trouva tout d'un coup vivifiée, rajeunie ; on en eut bientôt des preuves au dedans et au dehors du royaume. « Si Mazarin laissa en mourant cin- « quante millions à ses héritiers et des coffres vides à la « France, observe un historien moderne, n'en soyons pas « surpris, car cet avare étranger avait laissé les finances « du royaume à Fouquet, et confié les siennes à Colbert. » Le premier soin de Louis XIV, dont la rare perspicacité pour découvrir les hommes de génie est une des gloires les
plus réelles, fut »le les remplacer l'un par l'autre. Le surintendant Foutjuet, coupable de déprédations, et qui ne doit un peu d'intérêt qu'à la généreuse constance de Pélisson et de La Fontaine, fut arrêté à Nantes, après avoir donné au roi une fête plus que royale dans sa retraite de Vaux. On lui fit son procès, qui dura deux mois devant une commission. Colbert, qui lui succéda dans le titre de contrôleur général des finances, ne s'est pas lavé du soupçon d'avoir aggravé la position de son malheureux prédécesseur. On sait qu'à l'occasion de ce procès, M. de Turenne, qui nelait rien moins qu'un homme à bons mots, ne put s'empêcher de dire : « Je crois que M. Colbert a plus envie que Fouquet soit pendu, et que M. Le Tellier a plus de peur qu'il ne le soit pas. » Toujours est-il que le surintendant, malgré tout ce que purent faire ses ennemis, ne fut pascondamné à mort : on rendit contre lui une sentence de bannissement que le roi eut la clémence de commuer en une prison perpétuelle. Louis XÏII avait agi pareillement à l'égard de Rarbin. «Chose en tout contraire, dit Richelieu lui-même, à la nature des grâces, qui remettent du châtiment au lieu de l'augmenter. » Fouquet fut transporté à la citadelle de Pignerol, où il mourut en 1680. Des historiens ont voulu le charger du mystérieux personnage du masque (le fer. Plusieui-s prétendent que le jeune roi ne se montra si rigoureux envers son ministre que parce que celui-ci avait eu l'audace de lever les yeux sur mademoiselle de la Vallière, à laquelle il avait fait les honneurs de sa superbe fête de Vaux, et que déjà, dit-on, le roi commençait à honorer de son affection. » [Histoire de France.)
Même dépense d'autorité à l'extérieur. Le rôle de la France était déjà grand en Europe; l'ambassadeur d'Espagne à Londres, M. de Ratteville, voulut avoir le pas sur l'ambassadeur de France, et fit attaquer la voiture de son adversaire par la populace : Louis exigea un désaveu écla-
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lanl. A Rome, rafTronl fait à M. de Créqui, dont les Corses de la garde du pape avaient insulté le carrosse et massacré les pages, fut solennellement réparé (1GG2). Pendant que les querelles du jansénisme s'envenimaient et troublaient la paix de l'église en France et en Hollande, le jeune roi rendait à l'Europe chrétienne un service précieux en châtiant les pirates de la Méditerranée par la flotte du duc de Beaufort et les expéditions de Gigeri et de Tunis (lGG5-iGG5). Les six mille Français envoyés au secours de l'Allemagne faisaient des prodiges de valeur à la journée de Saint-Go- Ihard, et, pour la sûreté intérieure de la France, les Anglais rendaient Dunkerque au prix de cinq millions.
Un traité, fait en 1GG2 pour vingt-cinq ans avec les étatsgénéraux de Hollande, força (IGGGj Louis XIV à déclarer à l'Angleterre, une guerre sans importance, que termina la paix de Bréda (1GG7), et qui valut à la France la restitution de l'Acadie. La mort de Philippe lY (1GG5) amena des événements plus importants. En vertu du droit de dévolution*, et, de concert avec la Hollande, malgré la renonciation formelle de Marie-Thérèse, à la succession de son père, Louis XIV réclama la cession des Pays-Bas espagnols et de la Franche-Comté : trois armées appuyèrent ses prétentions, la première aux ordres de Turenne, la seconde sous le maréchal d'Aumont ; Coudé, qui sortait pour la première fois de son inaction forcée, commandait la troisième. Turenne et d'Aumont envahirent les Pays-Bas espagnols sous les yeux de Louis, qui avait voulu faire cette campagne, et prirent en quelques mois Charleroi, Bergues, Saint-Vinox, Furnes, Alh, Tournay, Douai , Oudenarde, Courtrai, le fort de Scarpe, Alost, Armentières et Lille , Condé s'em-
* Le droit de dévolution donnait aux enfants du premier lit la •accession de tous les immeubles, à l'exclusion des enfants du second lit. Marie-Tliérése était du premier lit, Charles II du second.
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para de la Franche-Comté. L'Espagne effrayée demanda la paix et l'obtint. Le roi garda ses conquêtes des Pays-Bas, et rendit la Franche-Comté (paix d'Aix-la-Chapelle, iGG8).
La guerre de la dévolution avait donné l'éveil à l'Europe sur les prétentions de Louis XIV; l'Angleterre et la Hollande signèrent un traité d'alliance défensive (1GG8), auquel accéda plus tard la Suède (IGG9); ce traité prit le nom de triple alliance. L'Espagne humiliée ne put y prendre part, ou plutôt le grand pensionnaire de Hollande, Jean de Witt, n'osa l'y admettre de peur de s'attirer la guerre avec la France. Les de Witt craignaient la guerre, qui eût infailliblement ramené au pouvoir les princes d'Orange, et fait restituer au stathoudérat toutes ses prérogatives; la paix fut donc maintenue pour quelque temps.
Mais un jour, dit-on, Louis XIV se trouvant au château de Versailles, nouvellement construit, avec Louvois, son fougueux ministre, jeta par hasard les yeux sur une fenêtre du palais, et la trouva plus petite que les autres ; Louvois soutint le contraire, et, la discussion s'échauffant, l'architecte Perrault, la toise à la main, donna gain de cause au roi : Nous vous donnerons du travail, mon maître, afin que vous ne vous avisiez plus de nous vouloir parler de fenêtres, grommela Louvois, et la guerre de Hollande fut résolue '. La seconde version est celle de la médaille, où le soleil de France se trouvait arrêté par l'ambassadeur hollandais, Van Beuningen.
Quoi qu'il en soit de la vérité plus ou moins probable de ces récits, Louis XIV fit des préparatifs formidables ; il s'allia avec le roi d'Angleterre, qui promit un corps de six mille hommes et cinquante vaisseaux de guerre, moyennant trois millions par an, puis il détacha la Suède de l'alliance des Pays-Bas, en lui fournissant par an 600,000
* Mémoires de Saint-Simon.
HISTOIRE Dt FRANCE.
rixdalers, et conclut des traités avec nombre de princes de l'Empire, l'électeur de Cologne, l'évêque d'Osnabruck, le duc de Brunswick-Lunebourg.
La Hollande savait que tout cet appareil de forces qui se déployait lentement à ses yeux était dirigé contre elle, et rien n'anoncait qu'elle se préparât à la défense ; il n'y avait pas d'armée de terre ; les places fortes tombaient en ruines ; les approvisionnements de guerre étaient nuls ; tous ses alliés l'avaient abandonnée, hors l'Espagne et l'électeur de Brandebourg, qui choisirent ce moment pour conclure un traité d'alliance défensive avec elle. Le duc de Lorraine, qui, contre la teneur du traité d'Aix-la-Chapelle, s'était uni aux Hollandais, reçut le premier choc ; le maréchal de Créqui s'empara de la Lorraine (1670), puis l'armée française entra dans les Pays-Bas.
La Hollande effrayée était descendue aux plus humbles supplications; elle demandait quels étaient les griefs de Louis XIV, promettant d'y satisfaire, quels qu'ils fussent; toute explication fut refusée. Les troupes françaises commencèrent la campagne, divisées en trois corps: l'un, aux ordres du roi : les deux autres, sous Condé et Turenne, pendant que les alliés, l'électeur de Cologne et l'évêque de Munster s'emparaient du duché de Clèves, et pénétraient dans les Pays-Bas d'un autre côté
Le fameux passage du Rhin à Tolhuis, ce lieu commun des louanges banales qui sonnèrent alors aux oreilles de Louis XIV, fut le début de la guerre ; le comte de Guiche passa le premier à la tète de la cavalerie, le prince de Condé y eut un bras cassé, et son neveu, le duc de Longueville, y fut tué par une décharge ; Louis se tint prudemment en arrière, et n'y joua que le rôle de spectateur, quoi qu'en dise Boileau. La Hollande croyait en être au dernier période de son existence politique , et les patriotes les plus chaleureux parlaient déjà de
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transporter le siège de la république dans les colonies, quand, à l'approche des Français, les Hollandais d'Amsterdam percèrent leurs digues, et le pays une fois inondé, la Hotte de Ruyter vint prendre position en face de la ville pour attendre l'ennemi. Cette résolution désespérée sauva les Pays-Bas. Les Français étaient maîtres de toutes les places fortes qui s'étaient rencontrées sur leur passage ; les de Witt, qui avaient le pouvoir en main, demandèrent la paix ; heureusement pour la Hollande, que l'avis de Louvois prévalut dans le conseil royal sur celui de M. de Pomponne. La dureté des conditions exigées révolta le peuple, qui se tourna vers la famille d'Orange; ce fut une révolution complète, et le jeune Guillaume sut en profiter admirablement. Dans une émeute populaire, le grand pensionnaire et son frère furent massacrés, et l'instigateur du meurtre proclamé stathouder avec de pleins pouvoirs. Ruyter cependant, qui tenait au parti des de Witt, conserva la faveur du nouveau prince; c'était un homme nécessaire au moment où les flottes de France et d'Angleterre réunies cherchaient à pénétrer dans quelque port de Hollande. Quatre combats indécis furent livrés sur mer (1672- 1673), et Ruyter réussit à empêcher la descente. Bien que la Hollande fût sauvée, l'inondation qui l'avait préservée d'une ruine complète n'avait pas encore éloigné les Français des Pays-Bas ; Turenne, avec 12,000 hommes, avait remonté le Rhin, et forcé l'électeur de Brandebourg à demander une trêve (1673). L'empereur Léopold, après nombrede tergiversations politiques, avait fait alliance avec la France ; mais la prise de Maastricht et l'invasion de l'électoral de Trêves par les Français le déterminèrent à céder aux sollicitations de l'électeur de Brandebourg ; un traité fut conclu le 30 août 1673 à la Haye, entre la Hollande et l'Empire; l'Espagne renouvela le sien ; l'Angleterre, qui ne faisait la guerre qu'à contre-cœur et malgré le parlement, aban-
HISTOIRE DE FRAISCE.
donna les intérêts de la France par la paix de Westminster; le roi Charles II fit taire forcément ses sympaihies politiques. La guerre devenait donc européenne ; tous les anciens alliés delà France y prenaient part, l'évèque d'Osnabruck, celui de Munster, le ducdeNeubourg, le roi de Danemarck et l'électeur de Brandebourg ; le Nord et l'Empire s'ébranlaient. Louis XIV jeta le gant à tous ses ennemis; en iG74, il conquit lui-même la Franche-Comié, qui fut enlevée à l'Espagne en moins de quinze jours, pendant que les Espagnols prenaient une faible revanche en s'emparant de Bellegarde en Roussillon.
En Hollande, après les quelques succès que la réunion de Montécuculli avait valus aux troupes du prince d'Orange (la prise de Bonn et l'évacuation des Provinces-Unies) la division s'était mise entre les impériaux et leurs alliés; le successeur de Montécuculli, le comte de Souches, d'après les ordres secrets de la cour, n'était là que pour surveiller Guillaume d'Orange, et peut-être est-ce à cette mésintelligence qu'il faut attribuer le peu de succès de toutes leurs opérations militaires. La bataille de Senef, contre Condé, où l'on se battit dix heures, resta indécise. Une révolte des Allemands fit lever le siège d'Oudenarde, et il fallut l'afTaiblissement des forces de Condé, par les secours qu'il envoya à Turenne, pour que le stathouder pût s'emparer de Grave (1671).
La campagne de Turenne avait commencé par une victoire à Sinsheim sur le duc de Lorraine et le général Caprara; puis, sous les ordres de Louvois, il avait mis le Palatinat à feu et à sang ; l'arrivée sur le Rhin du duc de Bournonville avec quarante mille impériaux, auxquels se joignirent les vingt mille hommes de l'électeur, le fit rentrer en Alsace, derrière les gorges de Saverne ; l'armée ennemie vint prendre ses quartiers d'hiver dans cette province, et les courtisans du grand roi criaient déjà à la
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trahison, quand on apprit que Turenne, avec ses vingtcinq mille hommes, avait battu les impériaux à Mulhausen, puis à Turkheim, et refoulé cette masse d'ennemis en Allemagne. L'Empire lui opposa Montécuculli, général habile, qui avait vu la guerre de trente ans, et se souvenait de la tactique des Waldstein et des Tilly. Un coup de canon avança la fin de la savante campagne de 1675; Turenne fut emporté par un boulet à Salsbach, à quelques lieues de Strasbourg (27 juillet 1675). Saint-Denis attendait le grand homme à travei-s les pleurs de la France ; peuple et roi, tous regrettèrent le sauveur de la patrie.
Condé le remplaça dans le commandement de l'armée du Khin, et, grâce à son habileté, cette campagne finit comme elle avait commencé, par des campements et des marches forcées ; cette année vit se terminer la carrière militaire des trois plus grands généraux de l'époque, Turenne, Condé, Montécuculli.
Mais, à cùté de ces renommées déjà vieilles, se formaient de jeunes réputations militaires qui en rendaient la perte moins sensible: Créqui, Luxembourg, Catinat, Villars, Schomberg. Le maréchal de Créqui prenait Lens, Liège, Dinant, Limbourg, dans les Pays-Bas ; mais il se faisait battre à Consarbrùck, et prendre dans Trêves ; le comte de Schomberg reprenait Bellegarde et quelques autres villes en Roussillon : les Suédois qui, selon le traité fait avec la France, étaient entrés dans le Brandebourg, avaient été défaits à Fehrbellin par l'électeur, qui leur avait enlevé plusieurs villes, aidé du roi de Danemarck .
En 1676, le duc de Lorraine s'empara de Philisbourg, tandis que Louis XIV, avec le célèbre Vauban, entrait dans Condé et Bouchajn. La campagnefut plus décisive sur mer; Messine, en pleine révolte contre l'Espagne, avait reçu garnison française ; Duquesnc y entra malgré Ruy ter ; une seconde bataille, au nord de Messine, fut fatale à l'amiral
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hollandais, qui mourut de ses blessures; eiiliii, dans une troisième rencontre près de Palerme, la flotte anglo-hollandaise fut entièrement détruite (1676).
Les alliés ne furent pas plus heureux sur terre. Le duc de Lorraine était entré dans ses états héréditaires à la tête de quarante mille hommes ; le maréchal de Créqui le rejeta au delà du Rhin. Dans les Pays-Bas, Louis XIV prit Valenciennes et Cambrai, toujours avec Vauban ; le duc d'Orléans, son frère, battit le prince d'Orange à Cassel, et s'empara de Saint-Omer. Le vaincu leva le siège de (^harleroi.
En 1678, même plan de campagne, mômes succès ; Louis prit Luxembourg, Gand, Namur, Ypres, Charlemont; le maréchal de Créqui couvrit Fribourg contre le duc de Lorraine, et s'empara de Kehl, Landau cl Lichtenberg; le maréchal de Navailles battit les Espagnols dans les Pyrénées. Sur mer, le comte d'Estrées prit Tabago, et brûla quatorze vaisseaux de guerre aux alliés.
La Hollande et l'Espagne, humiliées, songèrent sérieusement à demander la paix. Une violation du droit des gens commise par le cabinet de Vienne sur le prince de Furstenberg, ministre de l'électeur de Cologne, avait fait rompre le congrès de Cologne (1674). De nouvelles conférences s'ouvraient à Nimègue, et après de nombreuses discussions, la paix fui signée le 10 août 1678. La France rendit aux Hollandais la ville de Maëstricht avec le comté de Vroonhoven, les comtés et seigneuries de Falkenbourg, Dalhem et Rolduc-outre-Meuse, avec quelques autres villes. Tout l'empire se souleva contre ce traité qui ne lui convenait pas ; l'Espagne seule y accéda un mois après (17 septembre). La France lui rendit Charleroi, Binch, Ath, Oudenarde, Courtrai, Limbourg et son duché, Gand, Saint- Ghilain, et quelques autres terres, ainsi que Puycerda en Catalogne. L'Espagne, à son tour, céda toute la Franche- Comté, avec Valenciennes, Bouchain, Condé, Cambrai,
Aire, Saint-Omer, Ypres, Warwick, Warnelon, Poperingue, Bailleul, Cassel, Bavai, Maubeuge et Charlemont.
L'article de la diète faillit rompre toutes les négociations; mais la misère fastueuse de Charles H, qui eût perdu la pension que lui faisait Louis XIV, accéléra la conclusion de la paix. Le maréchal de Créqui continuait ses succès en Allemagne ; l'empereur sentit la nécessité de faire sa paix comme les autres. La France rendit Philisbourg et garda Fribourg ; le duc de Lorraine dut ne rentrer dans ses États qu'à des conditions très-onéreuses ; il préféra l'indépendance. Le duc de Brunswick, l'évèque de Munster, l'électeur de Brandebourg, qui s'étaient enrichis des dépouilles de la Suède, restituèrent tout ce qu'ils lui avaient pris ; l'équilibre fut donc rétabli en Europe, comme après la paix d'Aix-la-Chapelle, et la France, agrandie en territoire et en puissance morale, se reposa dans l'attente d'une nouvelle guerre.
Louis XIV mit le temps à profit; il envoya Duquesne contre Tripoli (1681;, puis contre Alger (1685), puis enfin contre Gênes (1684), dont il força le doge à une paix humiliante. D'après les conseils de Louvois, il institua ces fameuses chambres de réunion, à Metz, à Besançon, à Brisach, qui provoquèrent la ligue d'Augsbourg. Le traité de Nimègue prêtait à l'équivoque ; Louis, en confondant le mot de vasselage avec celui de sujétion, voulut acquérir plus que la guerre ne lui avait donné; ce n'était pas la première fois que le grand roi empiétait ainsi sur la langue de l'Académie : on connaît ce trait célèbre de sa puissance sur le genre des mots, à propos de carrosse*.
« Avant lui, carrosse était un nom féminin. Un soir, sortant du théâtre, sa voilure n'élait pas prèle : « Mon carrosse ! s'écria-t-il impatienté, — Vous voulez dire ma carrosse, reprit respectueusement un valet. — Mon carrosse, vous dis-je ! » Depuis lors, le mot de carrosse resta masculin.
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Ainsi, d'un mot, le roi de France se donnait toutes les dépendances des trois évêchés, une partie de l'Alsace, et quelques terres dans les Pays-Bas. Strasbourg, pressée par une armée de vingt mille hommes, devint française avec le maintien de tous ses privilèges.
La Hollande, la Suède, l'Empire et l'Espagne se coalisèrent; mais la Hollande était trop faible, l'Espagne épuisée, la Suède trop loin, et deux cent mille Turcs avaient posé leurs tentes devant Vienne. La voie des négociations parut plus sûre ; la prise de Dixmude, Courtrai et Luxembourg accéléra la conclusion du traité. Une trêve de vingt ans fut conclue entre la France, d'une part, les puissances alliées de l'autre, à Ratisbonne (1 5 août 1 684) . Louis garda la plupart de ses conquêtes, et notamment la ville de Strasbourg qui le rendait maître de la navigation du Rhin.
Le protestantisme semblait oublié depuis un demisiècle ; Richelieu, tout en lui ôtant son importance politique, l'avait tué par la douceur ; les calvinistes, de turbulents qu'ils avaient été, étaient devenus industriels ; l'étenduede leur commerce, la prospérité de leurs fabriques de soie dans les villes populeuses du midi, faisaient circuler en France le numéraire avec une heureuse abondance ; l'édit de Nantes, assez fidèlement observé, garantissait la tranquillité intérieure ; mais quand, Louis XIV une fois devenu majeur, il fallut demander de l'argent à l'Église pour le soutien des guerres, le clergé, ne s'y prêtant qu'à contrecœur, demanda peu à peu la suppression de tous les privilèges du calvinisme, au moment même où de sérieuses dissensions avec la cour de Rome, sur le maintien des libertés de l'Église gallicane, semblaient devoir rapprocher les deux partis. Chaque demande d'argent était suivie de l'abolition d'un privilège ; on compte un édit, vingt-deux déclarations, et vingt-huit arrêts du conseil, antérieurs et préparatoires à la révocation de l'édit de Nantes. Les pro-
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testants durement repoussés dans leurs requêtes, se soulevèrent dans le Languedoc, dans le Vivarais, dans le Dauphiné, dans les Cévennes ; alors comme la douceur ne suffisait pas, disait-on ; comme, au lieu de se convertir, les protestants émigraient ou prenaient les armes, sur les conseils violents de Louvois, de Le Tellier son père, et du père La Chaise, les provinces révoltées furent traitées en pays conquis ; des vexations de toute sorte exaspérèrent les religionnaires ; les dragonnades s'exécutèrent partout dans le Béarn, dans le Languedoc, dans la Gascogne; et au moment où la peur faisait des conversions par milliers, où toutes sortes d'avantages étaient promis aux nouveaux convertis, la révocation pleine et entière de l'édit de Nantes fit sortir de France huit cent mille protestants des plus industrieuses familles du royaume. Alors tout parut soumis; celui qui n'avait pu émigrer se cacha dans les forêts et les montagnes, où se renouvelèrent les scènes des puritains d'Ecosse ; nos assemblées du désert, celles où se réunissaient nos puritains dans nos Cévennes, valent bien celles du romancier écossais ; changez les noms et les lieux, le caractère est le même. La révolte était au bout de ces prêches défendus, et vingt ans après, quand Louis XIV n'y pensait guère plus, les camisardsse levèrent avec des hommes énergiques à leur tête, comme Cavalier ; les cruautés du maréchal de Montrevel ne firent qu'envenimer la plaie, et en 1705, il fallut toute la douceur et le talent du maréchal de Villars pour les forcer dans leurs cavernes et rétablir la paix ; cent mille hommes y étaient morts ; la part du bourreau était un dixième de ce nombre.
Sans répéter ce qu'on a dit partout, que la haine des émigrés contre Louis XIV avait été la cause de la nouvelle guerre qui suivit la ligue d'Augsbourg, nous dirons seulement, qu'à part l'injustice faite à son candidat dans l'électioû de Cologne, le seul fait de la ligue suffisait pour porter
ombrage au roi de France; il déclara donc la guerre à l'Empire; c'était au moment où Guillaume d'Orange prépcraitson expédition en Angleterre (1688). Sur la nouvelle de son départ, Louis qui n'attendait que cet instant, déclara aussi la guerre à la Hollande, puis à l'Espagne, et tout aussitôt l'armée du marquis de Boufïlers s'empara de Philisbourg, Kaiserslauten, Worms, Spire, Heidelberg, Mayence. Toute l'Europe se ligua alors contre la France; l'Angleterre, la Hollande, l'Empire, l'Espagne et la Savoie. Louis XIV fit face à tout; il envoya Jacques If faire une descente en Irlande, où le malheureux roi détrôné se fit battre à la Boyne par Guillaume en personne (1690). Puis sur le conseil de Louvois, il fit incendier le Palalinat, et brûler Worms et Spire, qu'un nouveau système de concentration lui faisait abandonner. Les alliés se mirent en mouvement. Le prince de Waldeck avec l'armée hollandaise, et Churchill, plus tard Marlborough, avec onze mille Anglais, détirent le maréchal d'Humières à \alcourt, et reprirent Bonn et Mayence; tandis que d'autre part Noailles gagnait du terrain en Catalogne, et qu'en Amérique, les Anglais étaient repoussés dans leur descente à Québec.
En 1690, le maréchal de Luxembourg battit le prince de Waldeck à Fleurus; dans les Pays-Bas, Catinat gagna sur le duc de Savoie la bataille de StalTarde, près de Saluées, et l'amiral Tourville battit les flottes anglaise et hollandaise au cap de Bévéziers. Même succès pour la France dans la campagne de 1691; Catinat fit la conquête de Nice, Villefranche et Montmélian ; de Lorges contint, sur le Rhône l'armée du comte de Caprara; Louis XIV prit Mons, malgré le roi d'Angleterre; Luxembourg gagna le combat de Leuzo encore sur Waldeck, et Noailles prit la Sao-d"Urgel, en Catalogne. La fin de la campagne fut moins heureuse. Saint- Ruth perdit la bataille de Kirconnel en Irlande; seize mille Irlandais s'embarquèrent avec le reste des troupes françaises
LOTUS XIV
(1691). Tourville, qu'un ordre supérieur força au combat, malgré l'inégalité de ses forces , perdit la célèbre bataille de la Hogue, d'où l'on a fait dater, à tort peut-être, la décadence de la marine française. Quatre de ses vaisseaux furent brûlés, treize s'échouèrent sur les côtes de France (29 mai 1692). Le roi, toujours généreux, le complimenta sur son courage, mais le prestige avait disparu. Les succès de l'armée compensèrent Téchec de la marine ; Louis XIV, accompagné de Vauban, força Namur à se rendre à la vue d'une armée de cent mille hommes commandée par Guil-^ laume. Le roi d'Angleterre, honteux de cette capitulation „ voulut s'en venger sur le maréchal de Luxembourg, le surprit et se fit battre à Steinkerque; une fièvre maligne emporta le duc de Savoie qui envahissait le Dauphiné avec trente mille hommes, accompagné du prince Eugène de Savoie, que le grand roi avait dédaigné, et que l'empereur avait accueilli.
Dans toutes les guerres de Louis XIV, une monotonie ennuyeuse se fait sentir, car on a toujours à raconter des sièges et peu de batailles; pour nous, que vingt ans de nouvelle tactique ont accoutumés à des coups décisifs, cette vieille manière de faire la guerre à la Vauban est peu intéressante; qu'on nous pardonne donc si nous passons rapidement sur les faits pour arriver aux résultats.
Le commencement de 1693 fit diversion. Luxembourg battit, en Flandre, Guillaume et l'électeur de Bavière à la journée de Nerwinden , puis il se rendit maître de Charleroi ; les alliés avaient perdu vingt mille hommes en Piémont; Catinat vainquit le duc de Savoie àMarsaille, et sauva Pigncrol. Noailles prit Roses, Palamos, Gérone, Oslalrich et Castel-FoUit en Catalogne, et mit en déroule le marquis de Viilena, vice-roi de la province pour l'Espagne. Sur mer, les Anglais échouèrent dans leur tentative sur Brest ; leurs frégates furent foudroyées , par la trahison , II 18
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dit-on, de Marlborough, qui servait Guillaume d'Orange, et correspondait avec le roi détrôné. Quelques jours après, l'amiral Russel alla se venger sur Dieppe et le Havre, que le bombardement détruisit à moitié : mais Jean-Bart et Duguay-Trouin dèlommagèrent la France, l'un au détriment d'une flotte hollandaise, le second en pillant Carthagène(1696). Déjà le comte de Tourville avait détruit une flotte anglaise de vingt-trois vaiSvSeaux , et pris le convoi marchand de vingt-quatre millions qu'elle escortait (1695). Quelques échecs, que les armes françaises éprouvèrent alors, avancèrent la conclusion de la paix. La prise de Casai par les alliés fit conclure une trêve avec le duc de Savoie ; celle de Namur , dans les Pays-Bas, par le Vauban hollandais , le célèbre Cohorn , fit faire un dernier eflbrt à la France (1695); trois armées parurent en Flandre, mais cette grande levée de boucliers n'eut d'autre résultat que la prise d'Ath, pendant que Vendôme achevait la conquête de la Catalogne par la prise de Barcelone. Louis XIV sema la désunion entre les alliés ; il commença par gagner le duc Victor-Amédée de Savoie, il lui rendit Pignerol rasé , Suze et Nice, et demanda la neutralité de l'Italie, que le duc accepta sans peine, sauf à se réunir aux Français, si l'Autriche s'y refusait. Puis des conférences s'ouvrirent à Riswick, entre la France, l'Espagne, les États-Généraux, l'Angleterre et l'Empire, et après de nombreuses difficultés qui portaient d'abord sur le lieu du congrès, puis sur les conquêtes de la France en Flandre et dans l'Empire , la paix de Riswick fut signée entre les quatre premières puissances le 20 septembre, et le 30 octobre avec l'Empire. La France rendit Gironne, Roses, Belver et Barcelone en Catalogne, Luxembourg et son duché, Chiny, Charleroi, Mons, Ath, Courtrai en Flandre, enfin, tout ce qu'elle avait pris depuis le traité de Nimègue , à la réserve de quatrevingt-deux villes, bourgs et villages, puis Dinant à Tévêque
de Liège. Une clause importante du traité avec l'Angleterre fut la renonciation de Louis XIV à toute tentative pour remettre Jacques II sur le trône. Quant à l'Empire, la France restitua tout ce que lui avaient donné la guerre ou les chambres de réunion, à part la viUe de Strasbourg et le fort Louis (1697).
Le rôle de la France est singulier dans tous ces traités , on ne lui donne jamais ; toujours c'est elle qui doit faire les restitutions, et elle se contente de garder une partie de ses conquêtes : c'est la meilleure preuve de sa supériorité sur les autres puissances, c'est la distinction du fort au faible ; le premier ne rend que ce qui n'est pas à sa convenance, et c'est pour s'épargner des attaques qui le fatigueraient à la longue.
Un événement auquel on s'attendait depuis longtemps en Europe troubla bientôt cette paix de fraîche date : Charles II, roi d'Espagne, était mort le 1" novembre 1700, et laissait la succession du trône à Philippe d'Anjou , petit-fils de Louis XIV. Le malheureux prince avait eu une vieillesse singulièrement tourmentée; d'un côté, les puissances alliées lui avaient soumis un traité pour le partage de sa succession, et le roi de France, pour ne pas rester en arrière, avait aussi proposé le sien. Le premier candidat mis en avant fut le prince électoral de Bavière, Joseph-Ferdinand; puis vint l'archiduc Charles d'Autriche, puis enfin le fils du dauphin, héritier par Marie-Thérèse. L'élection du prince de Bavière eût prévenu toute guerre, puisque toutes les puissances y consentaient ; mais sa mort imprévue dérangea tous les projets (1699). Le second traité de partage en faveur de l'archiduc, qui renfermait une foule de clauses , ne fut pas accepté par l'empereur, parce qu'il morcelait les possessions espagnoles. Enfin , après de nombreuses tergiversations, Charles II déclara que la transmission de l'Espagne à un fils puiné de France rendait nulle de plein
droit la renonciation de Marie-Thérèse. Ce testament, fait sur son lit de mort, fut le dernier, et Louis XIV, auquel le conseil d'Espagne en avait tout aussitôt expédié la copie, l'accepta sans balancer, quoique le traité de partage en faveur de l'archiduc lui eût assuré un accroissement de territoire bien supérieur à toutes ses conquêtes; la couronne d'Espagne, sur la tète de son petit-fils, convenait mieux à sa magnanimité royale. « Plus de Pyrénées, » dit-il à son petitfils qui partait pour l'Espagne, où il fut aussitôt proclamé. Mais ce n'était pas tout ; il y avait un compte à rendre à l'Europe, qui s'était leurrée des avantages du premier partage : le premier moment fut favorable au nouveau roi ; peu importait à l'Europe que ce fût un prince de France ou d'Autriche qui fût roi d'Espagne, pourvu que la France ne s'agrandit pas. Philippe V fut donc reconnu par le duc de Savoie, le duc de Mantoue, le roi de Portugal, l'électeur de Bavière, les Étals-Généraux. L'empereur, qui y perdait le plus, avait les Hongrois et le fameux Ragotski sur les bras, et déjà plusieurs princes de l'Empire s'étaient déclarés pour la France.
Une démarche impolitique de Louis XIV décida les puissances européennes à la guerre. Sous prétexte de défendre les États de son petit-fils, il introduisit des troupes françaises dans les Pays-Bas espagnols, chassa des places fortes les troupes hollandaises qu'une convention avec Charles II y avait introduites ; puis, à la mort de Jacques II, contrairement aux clauses du traité de Risvvick, il donna à son fils le titre et les honneurs de roi de la Grande-Bretagne. La guerre éclata donc tout d'un coup entre la France, l'Espagne, l'électeur de Bavière et le duc de Savoie d'une part, l'Empire, l'Angleterre et les États-Généraux de l'autre (1701). Le maréchal Catinat descendit dans le Milanais, afin de défendre contre les impériaux du prince Eugène de Savoie la vallée de l'Adige; mais l'habile général emiemi
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tourna les défilés de Vérone et Vicence , parut soudain dans la plaine , et battit à Carpi le lieutenant de Catinat , le comte de Tessé. Un mauvais général, courtisan habile , fut envoyé pour remplacer Catinat, qu'on ne jugea plus digne du commandement. Le maréchal de Villeroi perdit trois mille hommes devant Chiari, et laissa prendre Borgoforte , Guaslalla, Ostiglia et quelques autres places au prince Eugène. Les succès des Autrichiens gagnèrent le roi de Danemarck à l'alliance : pauvre acquisition , si les Danois n'eussent fait que fermer leurs ports. Un secours plus réel fut un corps de quinze mille hommes qu'ils prêtèrent à l'Empire. Le roi de Portugal aussi se détacha de l'alliance de la France, et ouvrit ses ports au débarquement des troupes allemandes, sur les vaisseaux de l'Angleterre et de la Hollande. Enfin , le duc de Savoie trahit aussi ses alliés au moment décisif, et se tourna du côté de l'Empire. Tout ces petits États donnaient des troupes ; l'argent de la Hollande et de l'Angleterre les payait.
Quand la grande alliance fut bien constituée, la guerre devint générale ; mais, pour le moment , l'Italie en fut le principal théâtre (1702). Le prince Eugène surprit Crémone, et y fit prisonnier le maréchal de Villeroi ; mais il s'en fit chasser à la pointe du jour. Le duc de Vendôme, qui succéda à Villeroi, fit lever le siège de Mantoue , battit Annibal Visconli à Santa Vittoria, puis le prince Eugène à Luzzara, dont il s'empara, ainsi que de Guaslalla.
Dans les Pays-Bas, Marlboroug, général de l'armée des alliés, s'empara de Kayserswerlh sur le Rhin, de Venloo, de Stewensward, de Ruremonde et de Liège. Le maréchal de Boufilers, général de l'armée française sous le duc de Bourgogne, n'avait pu, vu l'inégalité des forces, s'opposer
à ses succès.
Les grands généraux de Louis XIV étaient morts, Turenne, Condé, Luxembourg; ils avaient pourtant laissé de
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LOIIS XIV.
dignes élèves, Catinat, Villars, Vendôme, Boutïlers ; mais la courtisanerie gâtait tout. Des gens de cour avaient surpris le commandement des armées, Villeroi, Tallard, Mai*sin. L'électeur de Bavière, fidèle allié des Français, avait surpris la ville d'Ulm, afin de faciliter sa jonction avec eux ; le marquis de Villars, avec une partie de Tarmée de Catinat , passa le Rhin, battit le prince de Bade à Friedlingue; mais il fut obligé de se retirer en Alsace sans avoir pu joindre l'électeur. Le comte de Tallard s'empara de Trêves et de Traerbach. Ce fut alors qu'eut lieu la fameuse expédition de TAngleterre et de la Hollande contre Cadix ; cette tentative échoua par l'indiscipline des troupes ; mais au retour cette flotte surprit les galions chargés des trésors du Mexique , les prit et détruisit l'escorte française commandée par Château-Renaud, dans le port de Vigo (1702).
En 1703, Louis XIV envoya sur le Rhin le marquis de Villars, nommé maréchal par son armée sur le champ de bataille de Friedlingue. Le point de mire des efforts de la France était la jonction avec l'électeur de Bavière, afin de marcher de là sur Vienne, où l'on devait se réunir avec les Hongrois révoltés. Pour exécuter ce projet audacieux, Villars passa le Rhin , prit Kehl , pendant que l'électeur , auquel il venait de se réunir, se séparait de lui pour aller s'emparer de Ruffslein, d'Inspruck, de Ratisbonne, et battre les impériaux à Passau. La défection du duc de Savoie et l'insurrection des Tyroliens le firent bientôt battre en retraite , et , réunie de nouveau, l'armée combinée battit le comte de Styrum à Hochstœdt. Villars, que la conduite du Bavarois ne satisfaisait pas, demanda son rappel, et fut remplacé par le maréchal de Marsin, qui prit Augsbourg et Passau. D'un autre côté, Tallard s'empara de Landau, et vainquit le prince de Hesse-Cassel à Spire. En Flandre, le maréchal de Boutïlers et le marquis de Bedmar vengèrent la prise de Bonn et de Huy par Marlborough sur le baron
d'Opdam, général des Hollandais, à Eckœn. En Italie, le désarmement des Savoyards qui servaient dans l'armée française fut suivi de la conquête de toute la Savoie, à l'exception de Montraôlian. Le comte de SUremberg sauva le
Piémont.
Marlborough et le prince Eugène, un moment éclipsés, reparaissent avec éclat sur la scène (1704). Les coups décisifs allaient se porter en Allemagne, où les deux plus habiles généraux du moment commandaient avec le prince de Bade. L'Italie et la Hollande restèrent sur la défensive. Ce fut vers le Rhin que l'armée des alliés attaqua ; les.trois généraux se virent à Mundelheim, et convinrent du plan de campagne à suivre. La France n'avait que Tallard, Villeroi et Marsin à leur opposer avec l'électeur ; Villars était occupé dans les Cévennes. La bataille de Schellenberg, près de Donawerth, où les Ravarois et les Français s'étaient retranchés, ouvrit aux alliés la Bavière; l'électeur et Marsin se retirèrent à Augsbourg, où le maréchal de Tallard vint les rejoindre avec 30,000 hommes, pour perdre avec eux la fameuse bataille d'IIochstœdt. Une faute de Tallard, qui plaça dans le village de Blenheim 15,000 hommes de troupes dont il rendit ainsi le secours inutile, fit gagner aux alliés une victoire complète. Le maréchal de Tallard fut fait prisonnier, 20,000 Français ou Bavarois y périrent; les 15,000 hommes de Blenheim tombèrent aux mains des ennemis avec cent pièces de canon ; l'électeur de Bavière y perdit ses états et fut mis au ban de l'empire (1706). Marlborough et le prince Eugène se hâtèrent de mettre à profit ce grand succès ; ils rallièrent leurs troupes, passèrent le Rhin, prirent IJlm, Landau, Trêves et Traerbach, et se préparèrent à attaquer la France du côté de la Moselle. Le maréchal de Villars, qui avait repris le commandement de l'armée du Rhin, couvrit la France, et força Mariborough à renoncer à l'invasion 1705 . Le général anglais tourna
HISTOIRE UE FHANCfc.
LOUIS XIV
alore d'un autre côté; il laissa Villars achever la conquête de l'Alsace, et vint camper devant YiJleroi et l'électeur de Bavière, dont il força les lignes sur la Meuse, et qu'il battit complètement sur la Dyle, à Ramillies. Ce fut la seconde bataille que les Français perdirent par la faute de leurs généraux. Elle entraîna la perle de tous les Pays-Bas espagnols; Bruxelles, Gand, Bruges, Louvain, Malines, Oudenarde, Anvers, Ostende, reconnurent l'archiduc Charles. Le duc de Vendôme, rappelé d'Italie pour remplacer Villeroi, réussit à sauver Menin, un des chefs-d'œuvre de Vauban, et à arrêter Marlborough dans sa marche victorieuse.
Si la France était malheureuse en Flandre, les succès au moins se balançaient partout ailleurs, en Piémont, en Portugal et en Catalogne. L'archiduc Charles venait d'arriver à Lisbonne sur une flotte anglaise, avec 15,000 hommes de débarquement, sous les ordres de Schomberg, et s'était fait proclamer roi. Le duc de Berwick, fils de Jacques II, à la tête de l'armée espagnole française, les arrêta tout court dans leur marche. En Catalogne, le prince George de Darmstadt échoua dans sa tentative sur Barcelone , et l'archiduc, tournant autour de l'Espagne avec sa flotte, emporta en passant Gibraltar, où, par une négligence impardonnable, il ne se trouvait que cent hommes de garnison. Depuis lors, l'Angleterre a conservé sa proie. Sur mer, la flotte française, aux ordres du comte de Toulouse, battit celle de l'amiral Rooke et de Callenberg(1704).
En Italie, le grand prieur de Vendôme, frère du paresseux général, et le marquis de la Feuillade, prirent Suze, Pignerol, Verceil et Ivrée. Le siège de Laverne dura plus longtemps (1705) ; le duc de Savoie et le comte de Staremberg s'y étaient portés avec toutes leurs forces ; la prise de la ville fut suivie de celle de Ghivas par la Feuillade. L'arrivée du prince Eugène vint rassurer Viclor-Amédée. Eu-
gène arriva en Italie au moment où Vendôme venait de s'emparer de la Mirandole, et, quelques jours après, la bataille de Cassano sur l'Adda avait été livrée. Les Impériaux obtinrent le champ de bataille, que Vendôme, avec son insouciance spirituelle, leur céda volontiers malgré le point d'honneur général. Paresseux autant qu'habile, donnant ses audiences sur la sellette du cardinal Albéroni, le petitfils de Henri IV avait tous les défauts et toutes les qualités de son aïeul, la générosité et la bravoure : aussi Louis XIV l'envoyait-il partout , en Italie , en Flandre , puis en Espagne. Les derniers succès de cette campagne furent la prise de Montmélian et du château de Nice (1706). En Espagne, la guerre ne faisait que commencer. Une flotte française, aux ordres du baron de Pontis, avait été dispersée par la tempête sous les murs de Gibraltar, que le maréchal de Tessé assiégeait par terre , et l'archiduc s'était emparé de Barcelone. Pour le moment, le fort de la guerre était en Italie, où le duc de Vendôme et le prince Eugène étaient aux prises. Il ne restait guère plus au duc de Savoie que la forte ville de Turin, dans le Piémont. La Feuillade en entreprit le siège, pendant que le prince Eugène descendait en Italie par la vallée de Trente, et Vendôme par celle de Suze, en poussant devant lui le lieutenant du prince, Reventlow, qu'il battit à Calcinato. Un ordre du roi appela presque aussitôt le général français au commandement de l'armée des Pays-Bas ; il laissa donc son armée au duc d'Orléans, dirigé par les conseils de Marsin. La jonclion des différents corps de l'armée française eut lieu sous les murs de Turin, où le prince Eugène se présenta pour les attaquer. Le duc d'Orléans voulait que l'on sortit des lignes, dont la grande étendue devait ôter toute profondeur aux troupes chargées de les défendre ; mais Marsin montra un ordre de la cour qui lui enjoignait de ne pas en sortir. Il fallut bien s'y résoudre. Le duc d'Orléans y fut blessé, Marsin
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tué et l'armée entièrement démoralisée. En vain le comte de Médavi, lieutenant du duc, remporta de son côté une victoire complète sur le prince de Hesse à Solfarino. La déroute de Turin entraîna la perle de la haute Italie, et celle du royaume de Naples, qui appartenait encore à l'Espagne. Novare, Milan, Pavie, Alexandrie, Pizzighettone, Casai et Modène ouvrirent leurs portes au vainqueur (1706). Pendant que la retraite des Français sur Pignerol livrait l'Italie aux alliés, le maréchal de Tessé échouait au siège de Barcelone et les Portugais proclamaient l'archiduc Charles à Madrid; le maréchal de Berwick les en chassa bientôt, ainsi que de la Castille, et gagna sur le marquis de Galloway et las Minas la brillante victoire d'Almanza, qui fit rentrer dans le devoir les royaumes de Valence et d'Aragon (1707).
La guerre n'était pas moins active sur le Rhin. Villars venait de s'emparer des lignes de Stolhofen et de lever des contributions sur une partie de l'Allemagne (1707). Dans les Pays-Bas, le duc de Vendôme tint tète à Marlborough, qu'il se borna à observer ; le maréchal de Tessé défendait la Provence, que le duc de Savoie et le prince Eugène avaient envahie pour détruire Toulon, sur les instances de l'Angleterre. L'arrivée du maréchal de Berwick avec les ducs de Bourgogne et de Berri fit retirer les alliés, qui reprirent Suze au retour. L'événement le plus décisif de la campagne fut la conquête de Naples par le comte de Daun, général de l'empereur.
En 1708, Marlborough et le prince Eugène, réunis de nouveau sur le Rhin, soumirent à l'approbation des Étals- Généraux un plan de campagne, que des clauses secrètes leur laissaient la liberté de modifier à leur gré. Ces deux habiles généraux étaient obligés d'user de ruse pour écha{>per à l'inquisition ignorante des commissaires hollandais, qui régentaient orgueilleusement leurs armées. Le premier plan avait pour but l'invasion de la France par la Moselle,
comme en 1705 ; le plan secret était d'écraser l'armée française par une jonction subite. Louis XIV comprit que les alliés en voulaient à la Flandre; il y envoya 100,000 hommes avec Vendôme et les ducs de Bourgogne et de Berri. On s'attendait à la révolte des Brabançons contre la Hollande ; la ville de Gand se donna seule à la France, encore fallut-il la surprendre avec l'aide de son grand bailli ; puis Vendôme marcha sur Bruxelles, et soudain, se rabattant à côté, à cause de l'arrivée du prince Eugène, il investit Oudenarde. Marlbourough l'atteignit et le surprit à Graves, au passage de l'Escaut, où se livra une sanglante bataille. L'armée française battit en retraite. Avant son arrivée à Gand, la retraite était devenue une véritable fuite. Après la bataille d'Oudenarde, les alliés investirent Lille, où Boufllers commandait avec 15,000 hommes de garnison ; ce fut un des sièges les plus mémorables du dix-huitième siècle. Lille était la place chérie du maréchal de Vauban. Avec le brave défenseur de Namur , le vieux maréchal de Boufllers, elle renfermait tout ce que la France comptait de plus distingué dans le génie et dans l'artillerie. Le siège dura trois mois ; Vendôme eût pu sauver la place, mais il ne crut à ce coup hardi que lorsqu'il n'était plus temps de le parer. Le 21 octobre 1708 , Boufflers sortit de Lille à la tête des débris de la garnison, avec tous les honneurs de la guerre. Pendant le siège de Lille, l'électeur de Bavière avait failli surprendre Bruxelles ; la prise de Lille fut suivie de celle de Gand et de Bruges. Alors l'attention, un moment détournée, se reporta sur l'Espagne ; le comte de Cifuenlès s'était emparé de la Sardaigne, et le général Stanhope, de Minorque; le duc d'Orléans avait pris Lérida, Tortose, Dénia et Alicante, la dernière place du royaume de Valence. En Provence, Villars avait empêché le duc de Savoie de pénétrer dans le Dauphiné ; enfin, dans la Manche, la tempête avait dispersé la flotte du brave comte
HISTOIRE DK FnANCI'.
LOUIS XIV
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de Forbin, qui conduisait le prétendant en Angleterre (1708).
Nous arrivons à l'année la plus malheureuse pour la France, celle où Louis XIV fut obligé de s'humilier devant l'Europe (1709). Un hiver rigoureux fit périr tous les fruits de la terre, et la famine s'ensuivit comme toujours. Les règlements, qu'une police ignorante établit pour la diminuer, effrayèrent les négociants, et le commerce cessa tout d'un coup. Toutes les ruses fiscales étaient épuisées ; la France, horriblement endettée et sans pain, ne payait plus, et le trésor était vide. La famine donna des soldats à la France ; le paysan marcha vers la frontière pour échapper aux maux intérieurs, et le maréchal de Villars, successeur de Vendôme, réunit dans les Pays-Bas 112,000 hommes. En Alsace, le comte du Bourg battit le comte de Merci, lieutenant de l'électeur de Hanovre, à Neubourg, sur le Rhin, et le marquis du Bay, lord Galloway, en Portugal. Sur mer, Cassart, avec un seul vaisseau, échappait, après un combat opiniâtre, à quinze bâtiments de guerre. Eugène et Marlborough, de nouveau réunis, se trouvaient à la tète de 122,000 hommes opposés au maréchal de Villars, qui se tenait retranché dans des lignes inexpugnables à Lens, d'où il couvrait Arras et Douai ; Tournai fut pris par Marlborough, sans qu'il fit mine de vouloir en sortir. Alors le rusé prince Eugène dit: Allons prendre Mons; peut-être ce diable d'homme selassera-t-il d'être si prudent. En effet, la cour lui envoya l'ordre de sauver Mons par une bataille, et Villai-s, quittant ses lignes, la donna à Malplaquet. Le maréchal de Boufllers avait sollicité la permission de le servir comme aide de camp : le chevalier de Saint- Georges , prétendant d'Angleterre, assistait à cette journée avec une foule de généraux distingués. Les Français furent vaincus : ils avaient combattu comme des héros, selon l'expression du prince Eugèiie ; mais, Villars une fois blessé.
le désordre se mil dans l'armée. Boufflere fit une retraite honorable ; il ne put toutefois empêcher la prise de Mons (1709). Bientôt après les alliés investirent Douai, dont le siège leur coûta 7,000 hommes; puis ils allèrent encore prendre Bélhune, Aire et Saint-Venant (1710;. Mais l'armée de Villars couvrait toujours la France ; les Anglais y pénétrèrent alors par la Méditerranée : ils prirent Agde et marchèrent sur Béziers, que le duc de Noailles, alors en Roussillon, vint sauver par une marche rapide. Battus à Cette, les ennemis se rembarquèrent, et le Roussillon ne souffrit pas de l'absence de Noailles.
La France en était à sa dernière chance de salut. Dans les conférences de Gertruydenberg , Louis XIV avait offert de fournir de l'argent contre son petit-fils, pour obtenir la paix ; mais son humiliation n'alla pas plus loin : les alliés voulaient qu'il lui fit seul la guerre, et le roi de France répondit par un dernier appel à la nation (1710). La France, brisée par le choc de l'Europe entière, se releva. Battu deux fois, à Almenara et à Saragosse, par lord Stanhope et Staremberg, qui avaient ramené l'archiduc Charles à Madrid, Philippe V gagna avec le duc de Vendôme la brillante victoire de Villa-Viciosa, où lord Stanhope fut fait prisonnier et Staremberg mis en déroute, et celte journée lui rendit son royaume : il ne resta plus à l'archiduc que Barcelone et Tarragone (1710).
L'empereur Joseph venait de mourir, et l'archiduc Charles avait été élu empereur : cet événement, qui eût dû faire cesser la guerre, ne servit d'abord qu'à éloigner Marlborough de l'armée, en préparant la paix entre la France et l'Angleterre. Avant de partir, le général anglais s'empara de Bourhain, qu'un ordre de la cour empêcha Villars de sauver en attaquant Marlborough au passage de l'Escaut. Le fait le plus important de la campagne, lut la prise de Rio-Janeiro, dans le Brésil, par Duguay-Trouin.
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La perte des Portugais monta à vingt -cinq raillions. En 1712, la renonciation de Philippe V à la couronne de France, pour lui et sa postérité, détacha l'Angleterre de la grande alliance, et les douze mille hommes du duc d'Osmond quittèrent le prince Eugène, qui avait pris le Quesnoy et investi Landrecy. On connaît le mot de Louis XIY livrant sa dernière armée à Villars. Le maréchal chercha donc la bataille : par une manœuvre habile, il trompa le prince Eugène, et quand le général allemand le croyait encore près de ses lignes, il avait surpris le grand magasin des alliés, le camp retranché, où commandait le comte d'Albermarle ; tout tomba au pouvoir des Français, munitions, artillerie, équipages. Le siège de Landrecy fut aussitôt levé. Villars poursuivit ses avantages, et prit Marchienncs. Douai, le Quesnoy et Bouchai n. Ces succès inespérés avancèrent la paix d'Utrecht, qu'accélérèrent encore la prise de Fribourg et celle de Barcelone (1713). La France reconnut définitivement les droits de la race protestante de Hanovre au trône d'Angleterre, et s'engagea â ne jamais donner aucun secours au prétendant. Les enfants de France renoncèrent à la couronne d'Espagne, comme Philippe V à celle de France ; Dunkerque fut rasé ; la baie d'Hudson, Terre-Neuve, Saint-Christophe et l'Acadie furent cédés à la Grande-Bretagne, à la réserve du droit de pèche sur le banc. Le Portugal gagna au traité quelques possessions dans la Guyane ; le roi de Prusse eut la Gueldre espagnole, le pays de Kessel avec le bailliage de Kriechenberget la principauté deNeuchàtel et de Valengin; le duc de Savoie recouvra tous ses États, outre quelques cessions dans les Alpes, le royaume de Sicile, et fit reconnaître ses droits légitimes à la succession d'Espagne, à défaut de toute la postérité de Philippe V. La paix avec les États-Généraux se compliqua de celle avec la maison d'Autriche ; Louis XIV leur céda, en faveur de la maison impériale, les
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Pays-Bas espagnols et une partie des Pays-Bas français, Menin, Tournay, Fumes, Dixmude, Ypres et quelques autres places. La Hollande à son tour rendit à la France Lille, Orchies, Laleu, Aire, Béthune, Saint-Venant et le Fort Français ; des traités de commerce et de navigation suivirent la conclusion de la paix, dans laquelle l'Espagne était toujours comprise. L'empereur ne se décidait pas; la prise de Fribourg, en Brisgau, leva tous ses scrupules, et la paix d'Utrecht fut bientôt suivie de celle de Basladt. La France rendit le vieux Brisach, Fribourg, Kehl, Bitche et Honibourg, outre la restitution de toutes les conquêtes qu'elle avait faites sur l'électeur de Trêves, l'électeur Palatin et d'autres princes de l'Empire. La ville de Landau revint à Louis XIV en indemnité de toutes ses cessions. Il n'y fut nullement parlé de l'Espagne, que l'empereur ne voulut jamais reconnaître (1714).
Le vieux roi de France n'attendait plus que la pacification générale pour mourir; il restait presque seul dans sa vieille cour déserte, où le purisme de madame de Maintenon avait introduit l'ennui, et que le deuil avait envahie à la suite de malheurs réitérés. Le dauphin était mort(1711) de la petite vérole ; son fils, le duc de Bourgogne, était mort (1712), et le premier fils du duc de Bourgogne était mort aussi ; il n'y avait donc plus qu'un enfant faible et maladif, reste de cette nombreuse famille si cruellement frappée en quelques jours. C'était le dix-huitième siècle qui se mourait avec son roi ; Louis XIV avait vu disparaître tous ses hommes, les grands écrivains comme les grands généraux. Vendôme et Catinat moururent trois ans avant lui (1712). Il ne laissa guère que Villars pour commencer le nouveau siècle. Le vieux monarque s'éteignit enfin à l'âge de soixante-dix-sept ans, le 1"' septembre 1715 Nous arrivons à la Bégcnce, et tout aussitôt la Fmnce vc changer de face.