‹ Histoire de France [microform]Chapitre 34 sur 48 · I.OIIS XV · texte numérisé non relu

I.OIIS XV

de t^uerro |x>ur «lécider la conclusion do la paix *. Le roi de Prusse, abandonné de la France, demanda la paix à Marie- Thérèse, et ne put l'obtenir. Deux victoires, celle de Fried-

corps de réserve et le brave Lowendahl ; mais on n'en eut pas besoin. Un faux corps de réserve donna : c'était la même cavalerie qui avait d'abord donné inutilement, la maison du roi, les carabiniers, ce qui restait des gardes-françaises, des Irlandais, excellents surtout quand ils marchent contre des Anglais et des Haiiovriens. Votre ami, M. de Richelieu, est un vrai Bayard, c'est lui qui a donné le conseil, et qui l'a exécuté, de marcher à l'infanlerie comme des chasseurs ou comme des fourrageurs, péle-méle , la main baissée, le bras raccourci, maîtres, valets, officiers, cavaliers, infanterie, tout ensemble. Celte vivacité française, dont on parle tant, rien ne lui résiste; ce fut raffaire de dix minutes que de gagner la bataille avec celle botte secrète. Les gros bataillons anglais tournèrent le dos, et, pour vous le faire court, on a tué huit raille hommes.

Il est vrai que le canon a eu l'honneur de cette adreuse boucherie. Jamais tant de canons, ni si gros, nom tiré dans une bataille générale, qu'à celle de Fontenoi. Il y en avait cent, monsieur, il semble que ces pauvres ennemis aient voulu, à plaisir, laisser arriver tout ce qui leur était le plus malsain, canon de Duuai, gendarmerie, mousquetaires.

A celte charge dernière , dont je vous parlais, n'oubliez pas une anecdote : M. le dauphin, par un mouvemenl naturel, mil l'épée h la main de la plus jolie grâce du monde et voulut absolument charger; on le pria de n'en rien faire. Après cela, pour vous dire le mal comme le bien, j'ai remarqué une habitude trop lùl acquise de voir tranquillement sur le champ de bataille des morts nus , des enucn\is agonisants, des plaies fumantes; pour mol, j'avoue que le cœur me manqua ei que j'eus besoin d'un flacon.

Sur la fin du triomphe, le roi m'honora d'une conversation sur la paix, j'ai dépéché des courriers.

Le roi s'est fort amusé hier à la tranchée. On a beaucoup tiré sur lui, il y est resté trois heures. Je travaille dans mon cabinet, qui est ma tranchée; car j'avouerai que je suis bien reculé de mon courant par toutes ces dissipations. Je tremblais de tous les coups

que j'entendais tirer. J'ai été avant-hier voir la tranchée en mon petit particulier : cela n'est pas fort curieux de jour. Aujourd'hui, nous aurons un Je Deum sous une tente, avec une salve générale de l'armée, que le roi ira voir du mont de la Trinité. Cela sera beau.

* Si l'on avait cru d'Argenson , l'Italie eût eu une paix plus prompte et surtout plus glorieuse :

« Dans mon instruction, je décrivais quels maux avait causés, en Italie, la prétendue supériorité des empereurs d'Allemagne sur le conlinent. Le temps paraissait venu de l'éteindre et de déclarer les puissances italiques de franc-alleu et d'une pleine indépendance. On leur prescrivait l'assoetatton nécessaire pour maintenir leur liberté h l'avenir, en empêchant tout étranger d'y dominer. Les princes des maisons étrangères, qui s'y trouvaient souverains, devaient se regarder désormais comme Italiens et être exclus de toute souveraineté étrangère qui leur adviendrait. Ils devraient, dans ce cas, opter pour l'une ou pour l'autre et abandonner la souveraineté italienne à celui qui leur serait désigné pour successeur, soit par le traité, soit par convention de la diète italique. Celte condition exclusive était l'âme du partage des biens autrichiens dont il s'agissait. La France, l'Espagne et le roi de Sardaigne avaient l'honneur de cet arrangement. On abolissait jusqu'à la dénouiination de saint empire romain dans toute l'Italie. La moindre république, le moindre lief, devenait aussi libre de tout souverain étranger que les plus grandes puissances de l'Italie. La maison de France sacritiail ses droits sans réserve.

« Et certes, si le roi de Sardaigne eût pensé avec moins de hauteur, il eût embrassé ce syslèuie avec plus de chaleur et moins de défiance, il ne s'en fût pas découragé si facilement; mais on ne saurait pénétrer l'âme de ceux avec qui l'on traite. Il vit bien que le roi et moi procédions de boime foi et avec grand zèle; mais il connut d abord quelle serait l'opposition de l'Espagne, et il poussa fort loin son opinion de l'ascendant d'Espagne sur notre cour. Ainsi il alla bride en main sur cet aiïranchissement g< néral. Il y gagnait, a proportion de son petit état, plus que n'a jamais fait aucun

berg et de Sehr, et riiivasion de la Saxe suivirent ce refus ; rimpératrice devint plus traitable; la paix tut signée à Dresde (:25 décembre i74o). En Flandre, l'armée française s'empara de Mons , Anvers et Bruxelles, et le maréclial de Saxe gagna sur le prince Charles , le seul champion de l'Autriche, la bataille de Raucoux (1746). En Italie, les Impériaux forcèrent le passage de la Bocchetta, prirent Gênes, dont une révolution soudaine les chassa bientôt, et pénétrèrent en Provence, où les arrêta le maréchal de Belle- Isle. Le prétendant était descendu en Ecosse ; Edimbourg lui ouvrit ses portes ; il gagna la bataille de Preston-Pans, pénétra en Angleterre, et s'avança jusqu'à cent milles de Londres, d'où rejeté en Ecosse par l'armée du roi Georges, il battit encore les Anglais à Falkirk, pour perdre ensuite la bataille de CuUoden contre le duc de Cumberland; le trône du roi Georges fut sauvé (1746). Dans l'Inde, un habile

liK!

conquérant, car il s'assurall fortement ce qu'il gagnait. Il obtenait le Milanais et devenait le cher (les princes d'Italie, il y était a peu prés ce qu'ont été les empereurs de la maison d'Autriche en Allemagne, plus aguerri, plus puissant que les autres princes, il aurait eu le principal ascendant à leur dièle, il n'aurait trouvé que trop d'occasions pour se fortifier encore. L'indépendance féodale qu'il acquérait sur les empereurs d'Allemagne était en pur gain pour lui, car il n'aurait pas trouvé les Allemands moins disposés à le secourir contre nous, si nous y avions jamais donné lieu. Ainsi le lien de féodalité, si vanté pour son appui, n'a jamais éié qu'un mauvais prétexte. La peur et la défiance se sont seules mises en avant dans le cours de la ncgociation. Tout le ntonde y gagnait. L'empire même y eût applaudi. Son tyran seul l'eill regretté, il eût été furieux de cette perte.

Le pape Jules II a dit avec raison que l'Italie ne redeviendrait jamais lieureuse et florissante, qu'elle n'eût chassé les barbares, c'est-à-dire les étrangers, hors de chez elle. Tôt ou lard, cela doit arriver, à en juger par l'évidence et par la raisoa; mais le tempf n'en est donc pas encore venu. » {D'Àrgenson,)

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marin, M. de La Bourdonnaye avait pris aux Anglais , Madras, que la jalousie de Dupleix , le gouverneur de Pondichéry, l'avait forcé de brûler (1746).

Les succès continuèrent dans la campagne de 1747. Le maréchal de Belle-Isle chassâtes Autrichiens et les Piémontais de la Provence ; son frère reprit les lies de Saint-Honoré et Sainte-Marguerite , sur les côtes, et alla se faire tuer à l'attaque imprudente des retranchements du plateau de l'Assiette, près d'Exilés et Fenestrelles. Gênes se délivra de la tyrannie impériale; le comte de Lowendahl et Contades conquirent U Flandre hollandaise, et s'emparèrent de la forte place de Berg-op-Zoom ; le maréchal de Saxe gagna sur le di;c de Cumberiand la bataille de Lawfelt. Sur mer, La Jonquière et l'Etenduère se firent battre avec des escadres inférieures à celles de l'amiral Anson et du vice-amiral Ilawke ; dans les Indes, Dupleix, le créateur de la colonie , sauva Pondichéry assiégé par les Anglais (1747). L'investissement de Maëstricht, le dernier boulevard de la Hollande, par le maréchal de Saxe, amena des négociations ; sa prise, une suspension d'armes. La paix se conclut à Aix-la-Chapelle (18 octobre 1748 . L'infant don Philippe y gagna les duchés de Parme, Plaisance et Guastalla; le duc de Modène rentra dans ses états ; Gènes recouvra son territoire et sa liberté ; le roi de Sardaigne garda la portion du Milanais que l'Autriche lui avait cédée; la France ne se réserva rien pour elle, et rendit toutes ses conquêtes; sa position lui eût donné des droits à de plus hautes prétentions.

C'est un tableau bizarre que celui de l'état intérieur de de la France à cette époque ; le chancelier d'Aguesseau vient de mourir à l'âge de quatre-vingt-deux ans (1751). D'Argenson et Machault se disputent le monopole de l'administration ; dans une autre sphère, le jansénisme et les jésuites contmuent cette ennuyeuse querelle d'un siècle,

HISTOlKt DK l-'li.VNCK.

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qui devient une affaire politique ; puis, au milieu de tout cela, cette opposition quasi ridicule du vieux parlement à la cour et à la fameuse bulle llnigenitus, cette vie de Louis XV avec ses maîtresses, ses intrigues galantes , sa Pompadour ou sa Dubarry, sa vie tout à fait en dehors du peuple, dont quelques actes impopulaires ont changé l'amour en haine; enfin le dévouement ultramontain du clergé, qui ne comprend guère plus les libertés de l'église gallicane, et qui semble vouloir anticiper de trente ans sur sa proscription. Le parlement avait encore déclaré la guerre à la royauté, comme au temps de la Fronde , mais sans aucun danger pour elle ; il refuse l'enregistrement de l'impôt des deux vingtièmes : mais Louis XY se présente à l'assemblée avec tout l'appareil militaire, en supprime deux chambres, et ne laisse au reste que les attributions judiciaires. C'est alors qu'arriva l'assassinat tenté sur le roi par Pierre Damiens. On l'attribua aux jésuites, puis aux jansénistes, puis enfin à la grand' chambre du parlement, qui, chargée de le juger, condamna Damiens à mort (1757).

11 est temps de jeter un coup d'œil sur la situation extérieure de la France, au milieu de ce chaos intérieur. Jaloux des succès que Dupleix avait obtenus dans l'Inde avec l'alliance des princes indigènes, les Anglais avaient plusieurs fois élevé des prétentions sur la partie fran(:aise du Canada, et bâti le fort de la Nécessité sur notre territoire. M. de Jumonville, envoyé pour les surveiller, fut indignement massacré par eux avec son escorte (i7o4), et la guerre fut déclarée entre les deux colonies ; Villiers, frère de Jumonville, prit d'assaut le fort de la Nécessité; le général Braddock, venu d'Angleterre pour faire la conquête du Canada, fut battu sous le fort Duquesne par le marquis de Montcalm et le baron de Dreskau (1755).

L'Angleterre s'en vengea par unn perfidie ; trois cents vaisseaux français furent t^aisis dans ses ports, avant toute

déclaration de guerre ; alors il n'y eut plus à reculer ; le maréchal de Richelieu partit de Toulon pour la conquête de Minorque, à l'époque du désastreux tremblement de terre de Lisbonne, débarqua à Ciutadella, dont il s'empara ainsi que de Mahon ; le fort Saint-Philippe fut de plus difficile accès ; Richelieu le prit d'assaut , après la victoire navale que la Galissonnière remporta sur l'amiral Byng , supérieur en force : l'amiral anglais paya ce revers de sa tête. La guerre devint alors générale en Europe, mais la politique avait changé ; Frédéric était cette fois l'allié de l'Angleterre, et Marie-Thérèse avait négocié un traité d'alliance avec la France, en exploitant à son proiit la haine que deux défections et quelques épigrammes avaient inspirée à Louis XV contre le roi de Prusse. Ce dernier était seul contre la France, l'Autriche, la Saxe, la Suède et la Russie, que Marie-Thérèse était parvenue à gagner à sa cause; l'Anglerre ne pouvait guère faire diversion que par mer. Frédéric Il se crut à la veille de son dernier jour; mais il voulut succomber avec éclat. S'étant mis en garde contre l'invasion probable des Suédois et des Russes, il envahit tout à coup la Saxe, s'empare de Dresde, bloque le camp de Pirna où vingt mille Saxons s'étaient renfermés, et bat à Lovositz l'armée autricliiennequi venait les secourir (175G). L'armée saxonne capitula et fut faite prisonnière de guerre. Puis , enhardi par ce succès, Frédéric pénétra en Bohême , malgré le prince Charles de Lorraine , et dans une seconde bataille sous les murs de Prague, il défit encore les Autrichiens, et leur tua vingt-quatre mille hommes ; un de ses plus vieux et de ses meilleurs généraux, Schwerin. et dixhuit mille Prussiens y périrent : ce fut là le terme de ses succès. Au moment où il allait marcher sur Vienne, le maréchal Daun, encore un temporiseur, l'arrêta dans le village de Kolin, où de savantes dispositions rendaient sa position formidable ; le roi de Prusse voulut attaquer malgré les

représentations de ses généraux : rartillerie autrichienne foudroya son armée , et la força à une retraite précipitée (1757). L'Europe se remuait enfin à ces bruits lointains de combats, les quatre-vingt mille Russes avançaient, la Suède descendait par la mer Baltique, l'armée française envahissait à la fois le Hanovre contre l'Angleterre, l'Allemagne contre le roi de Prusse. Le maréchal d'Estrées commença la campagne par la prise de Clèves, Wezel et Cologne, battit à Hastenbeck, derrière le Weser, le duc de Cumberland et le prince de Brunswick ; puis le maréchal de Richelieu qu'une intrigue de cour appelait au commandement de cette armée, vint achever la destruction de l'armée anglaise, et força le duc de Cumberland à l'ignominieuse capitulation de Clostersevern (1757). Les troupes de Hesse , de Brunswick et de Gotha devaient rentrer dans leur pays, les Hanovriens rester dansdes quartiers désignés. L'Angleterre se vengea sur mer des désastres de son armée; dans les Indes, elle s'empara de Chandernagor(1757), de Pondichéry, sur la côte de Coromandel, et de la Guadeloupe, malgré les efforts de Lally, qui paya cher la non réussite de ses projets dans les Antilles; de Mahé, sur celle de Malabar (1761); des descentes nombreuses eurent lieu sur les côtes de France, à la baie de Cancale, près de Saint- Malo, à Cherbourg et à Saint-Brieuc ; à la dernière, le duc d'Aiguillon atteignit les ennemis à Saint-Cast, et leur tua le quartdes troupes du débarquement (1758 . Dansle Canada, le marquis de Monlcalm, avec quatre mille hommes, défit les vingt-deux mille Anglais du général Abercromby ; mais à chaque instant il arrivait des troupes d'Angleterre, tandis que tout convoi français tombait aux mains de l'ennemi. Louisbourg se rendit aux vaincus (1758), puis Québec (1759), après un siège meurtrier ; Montcalm s'y fit tuer, et le Canada fut perdu pour la France ; l'Inde résistait à peine avec M. d'Aché, après la prise de Pondichéry, et sur mer,

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MM. de Laclue et de Con flans se laissaient enlever ou détruire leurs flottes près de Lagos et de Belle-Isle, dont les Anglais avaient pris possession (1759).

En Europe, la guerre se continuait indécise et meurtrière. D'abord, après la capitulation de Clostersevern, le roi de Prusse avait désespéré de son salut; la Suède, la Russie, l'Autriche, la France, tout allait fondre sur ses États, et à peine avait-il cent cinquante mille hommes. Aussi écrivait-il à son ami Voltaire avec l'intention du suicide ; ce roi poète chantait son hymne de mort en médiocres vers français, qu'en cette crise môme il soumettait à la censure du philosophe. Sa fortune l'emporta, l'orage alla se dissipant peu à peu ; il en fut quitte pour quelques défaites et (luelqiies victoires, pour un peu de sang. A la nouvelle de l'entrée des Français en Allemagne, Frédéric laissa son armée de Silésie au duc de Bevern, et, avec vingt mille hommes, s'en vint attaquer l'armée combinée des princes de Soubise et de Saxe Hildburghausen ; la bataille se donna à Rosback, près de Gotha; le roi de Prusse vainqueur (1757) reprit aussitôt la route de la Silésie, laissant les vaincus opérer précipitamment leur retraite vers le maréchal de Richelieu, mais il n'arriva que pour sauver les débris de son armée détruite à Breslaw par le prince de Lorraine et le feld-maréchal Daun ; quelques jours après, il prit sa revanche à Lissa, où la témérité du prince Charles l'emporta sur la sage lenteur du feld-maréchal (1757, 6 décembre . La conquête de la Silésie suivit de près cette seconde victoire : la Prusse était sauvée, l'armée française avait été refoulée vers le Rhin, les Autrichiens fuyaient vers la Bohème; un vieux général, Lewhald, avec vingt-quatre mille Prussiens, avait chassé les quatre-vingt mille Russes de la Prusse orientale, et forcé les Suédois à évacuer la Poméranie, et à se réfugier sous le canon de Stralsund, puis enfin dans l'Ile de Rugen.

HISTOIRE DE FRAISCE.

L'abbé de Bernis, secrétaire des affaires étrangères, conseilla la paix à Louis XV, dans ces moments de revers ; il fut disgracié ; toute l'Europe était à la guerre. En Angleterre, le duc de Cumberland venait d'être éloigné du commandement des armées, et le fougueux Pitt avait remplacé le pacifique Fox au ministère; son premier acte fut de rompre la capitulation de Clotersevern, dont tout le blâme retomba alors sur le maréchal de Richelieu. On envova, pour le remplacer, le comte de Clermont, général inhabile, qui n'avait rien que sa bravoure contre l'habileté du chef des ennemis, le prince Ferdinand de Brunswick. Une manœuvre hardie de ce dernier, qui n'avait guère que trente mille hommes, fit abandonner l'Allemagne aux quatrevingt mille hommes du comte de Clermont ; Brème, Brunswick, Hanovre, toutes nos places fortes en Allemagne furent évacuées ; le comte de Clermont ne se crut en sûreté que quand il eut mis le Rhin entre lui et l'ennemi (1758).

Le roi de Prusse volait toujoui*s d'un endroit à Tautre pour la défense de ses Etats ou l'envahissement de l'Autriche. 11 avait déjà pénétré en Moravie, après avoir délivré la Silésie, et formé le siège d'Olmutz, quand l'arrivée de cent mille Russes, sous les ordres de Fermor, le rappela entre la Vistule et l'Oder : une bataille sanglante se livra à Zorndorf, près de Custrin ; les Prussiens avaient à venger le sang de leurs frères et le ravage de leur pays par les Cosaques ; vingt mille Russes y périrent, car leurs ennemis ne faisaient pas de quartier ; Fermor se retira en Pologne, et Frédéric, toujours infatigable, alla délivrer en Saxe, son frère le prince Henri, que le feld-maréchal Daun pressait sous les murs de Dresde. Surpris par les Autrichiens dans le village d'Hoclikirch, il essuya à son tour une défaite meurtrière: deux de ses meilleurs généraux, Keith et le prince de Brunswick, y furent tués; le prince Maurice

LOl'IS \V.

d'Anhalt lait prisonnier, mourut de ses blessures (li octobre 1758).

La persévérance de Frédéric et la lenteur habituelle de Daun rendirent cette victoire inutile ; Neiss, assiégé par l'armée victorieuse, fut délivré par les Prussiens, et le feld-maréchal ne put s'emparer de Dresde. Sur le Rhin, même physionomie de guerre, des succès, des revers, beaucoup de fautes et quelques ridicules, comme fut celui du comte de Clermont, vaincu à Crevelt, et arrivant à Nuys au milieu de sa fuite. Il demande aux magistrats de la ville s'il est déjà arrivé beaucoup de fuyards : Non, monseigneur, vous êtes le premirr. Le prince Ferdinand de Brunswick gagna sur lui la bataille de Crevelt ; mais, d'un autre côté, le prince de Soubise battit le prince d'Isembourg à Saugerhausen et Lutzelberg, dans laHesse (1758).

La Russie laissait toujours ses cent mille hommes dans la lice, et l'Autriche renouvelait sans cesse ses réserves; Soltikoff avait remplacé Fermor et battu à Palzig le général Wedel, auquel Frédéric avait conféré le singulier titre de dictateur. Le roi de Prusse, qui voulait venger la défaite de son lieutenant, fut vaincu comme lui près de Francfort, dans laforêt deKunesdorff; mais le général russe n'osa pas profiler de sa victoire, pour ne pas encourir la disgrâce du futur empereur, Pierre III, admirateur passionné de Frédéric. Une dernière défaite à Maxen, où un corps de douze mille hommes se laissa faire prisonnier de guerre par les Autrichiens, acheva la ruine des Prussiens du côté de la Russie et de l'Autriche. Sur le Rhin, le prince Ferdinand se maintenait toujours ; repoussé à Rerghen par le maréchal de Broglie, il prit sa revanche à Minden sur le maréchal de Contades (1759).

La France était épuisée, la pénurie du trésor était extrême, et, pour piquer l'amoiir-propre de ses sujets, Louis XV avait l'ail porter sa vaisselle à la monnaie. Mais

l'état des autres puissances n'était pas moins déplorable ; la Prusse surtout n'avait plus ni hommes ni argent, et ses victoires achevaient de l'affaiblir ; Frédéric n'avait pu reprendre le château de Dresde ; le général autrichien Laudon avait battu un de ses lieutenants, Fouquet, à Landshut ; les Autrichiens, réunis avec les Russes, avaient pris Glatz en Silésie, et marchaient sur Berlin, qu'ils mirent à contribution. Le prince ne s'en émut pas ; rôdant toujours autour de l'armée autrichienne, il écrasa le corps de Laudon à Lignitz, puis le feld-maréchal lui-même à Torgau (1760), pendant que sur le Rhin le prince héréditaire de Brunswick battait le maréchal de Broglie à Warbourg, et se laissait vaincre à Clostercamp, après le célèbre dévouement du chevalier d'Assas (1760).

Le roi d'Espagne, Ferdinand VI , venait de mourir (1761). Le duc de Choiseul, successeur de l'abbé de Bernis, plus décidé que jamais à continuer la guerre, afin de faire sa cour à la Pompadour, fit conclure avec son successeur, don Carlos, roi des Deux-Siciles, le fameux pacte de famille spécialement dirigé contre la prépondérance maritime de l'Angleterre. L'article secret du traité, qui sedévojla plus tard (1762), fut la cession d'une partie de la Louisiane à l'Espagne ; cette alliance n'amena que des revers aux deux marines réunies. Sur terre, la haine durait encore contre le malheureux Frédéric ; Laudon s'emparait de Schweidnitz, en Silésie, les Russes emportaient Colberg ; les Prussiensévacuaient la Saxe ; le prince Ferdinand gagnait sur le maréchal de Broglie la bataille de Fillingshausen, qui causa la disgrâce du maréchal; 1761), et le prince de Condé prenait une revanche de cet échec au combat de Joannesberg, où Ferdinand fut défait à son tour (1762). La bataille de Freyberg, où le prince Henri de Prusse vainquit le feldmaréchal Daun, fut le dernier fait d'armes de la guerre de sept ans, où toute l'Europe avait souffert, excepté 1 Angle-

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terre; la perte des colonies françaises avait été consommée par la prise de la Martinique ; l'Espagne aussi avait perdu Cuba, les lies Philippines, la Havane et Manille (1761). Des négociations s'ouvrirent à Paris, et la lassitude des puissances ennemies lit presser la conclusion de la paix (10 février 1763).

La France céda à l'Angleterre l'Acadie, le Canada, l'Ile du cap Breton, Grenade, Saint-Vincent, la Dominique et Tabago en Amérique, la rivière de Sénégal en Afrique, l'Ile de Minorque et le fort Saint-Philippe ; elle recouvra Saint- Pierre, Miquelon, la Guadeloupe, la Martinique, Marie-Galande, la Désirade et Sainte-Lucie dans les Antilles, Belle- Isle sur les côtes de France, Corée sur celle d'Afrique, et tout ce qu'elle possédait dans l'Inde ; elle dut restituer toutes ses conquêtes d'Allemagne. A l'article de l'Espagne, l'Angleterre rendit Cuba, la Havane, et garda les Florides, ainsi que la baie de Pensacola. Le Portugal, son allié, et l'Espagne se restituèrent réciproquement toutes leurs prises sur les frontières.

Dans le traité entre le roi de Prusse et Marie-Thérèse, il fut stipulé que Frédéric H garderait la Silésie, et rendrait le comté de Glatz avec toutes les places qu'il occupait en Saxe. La Suède et la Pologne avaient déjà fait la paix avec la Prusse. Ainsi finit la fameuse guerre de sept ans (1765).

Louis XV, las de la guerre, alla s'endormir enfin dans les bras de la Pompadour, que devait bientôt remplacer la comtesse Dubarry, la dernière et la plus folle de ses maîtresses. Son égoïsme l'éloignait du peuple, qui pressentait déjà le rôle qu'il allait jouer. Le roi seul, avec sa cour licencieuse, s'en tenait au présent, pendant qu'au delà du cercle des royales faveurs chacun regardait l'avenir ; l'opinion, que le roi de France avait toujours maîtrisée depuis Louis XIV, commençait à se séparer de lui et à se formuler indépendante ; c'était elle qui, par l'organe du parlement,

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HISTOIKK DK KRANCE.

(ouïssait les jésuites de France (ITiU), et su|»{irimait une institution, bonne sans doute au Paraguay et partout où il y avait des âmes neuves à convertir, mais dont la France repoussait la politique intrigante et inquisitoriale ; c'était elle qui soulevait le peuple, au jugement de Lally et de la Chalotais, victimes tous deux d'une menée de cour. Louis XV ne comprenait pas le progrès, ou plutôt on ne voulait pas qu'il le comprit. Le duc de Choiseul, qui montrait la velléité de suivre le mouvement de l'époque, lut exilé, ainsi que le duc de Praslin. Saute, Choiseul ! saute, Praslin! Les deux oranges de la Dubarry avaient décidé le roi à ce coup d'état. Le chancelier Maupeou parvint ainsi au ministère (1768).

Alors survint le célèbre procès du duc d'Aiguillon, gouverneur de la Bretagne. Maupeou s'en servit pour arrêter le parlement en faisant tomber sur l'accusé les laveurs de Louis XV. Le parlement protesta et fut dissous; plusieurs princes du sang, le prince de Condé, les ducs de Bourbon, d'Orléans et de Chartres, qui avaient protesté aussi contre le lit de justice (1771), furent envoyés en exil. Le réveil de l'autorité royale se fit sentir aussi sur les pailements de province; mais alors Louis XV, épuisé, se reposa dans cette heure de paix précaire. Comme toujours, pourtant, le grand mal était dans le désordre des finances ; les spéculations de l'abbé Terray ne purent ni réduire la dette ni faire abolir l'impôt des deux vingtièmes. La France était alors si préoccupée d'elle-même qu'elle n'entendit pas tomber la Pologne, après l'infâme partage de 1 775. Louis XV meurt le 10 mai 1774, faisant mentir le mot de Vilellius': le peuple, son ennemi, ne put supporter l'odeur de son cadavre.

i Le cadavre d'un eunemi sent toujours bon.

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