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jours de règne, et los regards du peuple. Les malheurs du sacre, où deux cents personnes moururent étoutfées, ne firent qu'une légère diversion à l'engouement général; mais les embarras financiers vinrent tout aussitôt à la traverse des manifestations populaires et jetèrent une teinte sombre sur les commencements de ce règne. Après Turgot, dont la probité ne réussit pas au trésor, Nccker vint apporter à la France ses spacieuses théories avec son habileté commerciale ; le grand but auquel tendait la royauté, et qui seul pouvait la sauver, était l'amortissement de la dette publique avec le moins de frais et le plus de profit possible : Turgot avait cru l'atteindre par l'économie seule, sans emprunts et sans impositions ; Necker voulut y arriver par l'emprunt, en rendant le crédit public solidaire de la dette du pays, en faisant accepter les billets d'état aux riches capitalistes, qui les revendaient eux-mêmes avec bénétice. Ce système, dont une paix longue et profonde eût peut-être garanti le succès, ne tint pas contre la nouvelle guerre d'Amérique, jointe aux folles prodigalités d'une cour brillante. Une révolution générale venait d'éclater dans les colonies anglaises, que des vexations tyranniques, et en dernier lieu l'impôt arbitraire sur le timbre et le thé, avaient exaspérées. De Boston, où elle prit naissance, la révolte avait grandi et s'était étendue entre les deux mers; Franklin vient demander les secours de la France contre la métropole. Le moment était favorable, les mots de république et de liberté prenaient faveur chez une population déjà pleine de Voltaire et de Rousseau, nourrie des idées philosophiques du dix-huitième siècle ; et d'ailleurs la haine contre l'Angleterre était si profonde ! Louis XVI n'y vit que la gloire comme le reste de la nation, malgré la pénurie du trésor ; une foule de jeunes gentilshommes, avides de cette liberté, qui bientôt allait proscrire leur caste en France, s'embarqua pour le Nouveau-Monde avec le jeune mar-
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quis de Lafayette. La guerre fut déclarée à l'Angleterre (1778).
La marine française avait été anéantie; de nouveaux vaisseaux s'élevèrent dans les ports de Brest et de Toulon, et le combat indécis d'Ouessant, entre l'amiral Keppel et d'Orvilliers, rassura Louis XVI, qui craignait déjà pour cette flotte inexpérimentée. Les héros de cette guerre maritime furent le comte d'Estaing et le bailli de Suffren pour la France, 1 amiral Rodney pour l'Angleterre. Pendant que Washington exécutait en Amérique ces campagnes hardies qui, heureuses ou malheureuses, tournaient toujours au profit de sa patrie, et se terminèrent par la capitulation de lord Cornwallis (1781), le comte d'Estaing laissait prendre Saint-Pierre, Miquelon et Sainte- Lucie 4778), s'emparait de Saint- Vincent et de La Grenade, et échouait devant Savannah et Rhode-Island (1779); de Guiche et l'amiral Rodney s'observaient dans les Antilles, et la Hollande entrait dans la lice comme alliée de la France pour y perdre ses colonies (1780;. Le duc de Grillon s'était emparé de Minorque sur les Anglais ; mais dans les Indes, le bailli de Suffren, malgré ses brillants combats contre l'amiral Hugues, n'avait pu sauver que le cap de Bonne-Espérance ; Pondichéry était tombé aux mains des ennemis (1781); dans les Antilles, l'amiral français de Grasse fut fait prisonnier au combat des Saintes par l'amiral Rodney (1782) ; l'Espagne, qui avait proposé sa médiation, fut entraînée dans le mouvement général, et se déclara pour la France (1779) ; mais les deux marihes réunies ne purent reprendre Gibraltar (1782); le feu des assiégés détruisit les batteries flottantes du duc de Grillon sur lesquelles reposait toute la théorie du siège, et l'amiral Howe vint avec sa flotte ravitailler la forteresse.
Cependant l'Angleterre fatiguée se tourna vers la paix ; Ja recomposition du ministère, où vint figurer le pacifique
•2$(\ HISTOIRE l»K FIWNCE.
Fox, amena des négociations ; un traité définitif régla les œnditions auxquelles l'Angleterre reconnaissait l'indépendance des États-Unis (1785). La France conclut avec l'Angleterre un traité de commerce, dans lequel lurent comprises l'Espagne et la Hollande. La guerre de l'indépendance n'avait lait qu'aggraver la plaie intérieure: Necker avait essayé tous les moyens, emprunts, créations de cinq millions de renies viagères, suppressions des droits féodaux ; son compte rendu ne satistit personne, il fut remplacé par M. de Calonne,qui, pour guérir le mal, conseilla la convocation d'une assembléede notables, dont l'intervention devait être impuissante, demanda l'abandon des privilèges de la noblesse, et finit par être disgracié (1787), pour faire place à Loménie de Brienne , arclievôque de Toulouse. Le nouveau ministre proposa sa théorie des emprunts graduels, qui provoqua la dernière résistance politique du parlement, puis cet immense emprunt de quatre cent vingt millions, auquel s'opposa en vain le duc d'Orléans. Le crédit de Brienne ne fut pas long ; quand tous les expédients furent épuisés *, il donna sa démission en de-
Pour la première fois, dans le dix-hiiitiéme siècle, un hommage 'ut rendu an principe de la publicité en matière d'administration . le jour où l'opinion publique força Louis XVI à consulter les notables. Le 22 février 1787, les princes, le haut clergé, la haute noblesse les conseillers du roi, ainsi que les chefs de quelques grandes municipalités, sont réunis à Versailles, au nombre de cent irenle-sepl membres, pour indiquer les moyens d'améliorer les revenus de l'étal et d'assurer leur libération entière. Il leur est exposé que le déficit est de cent quarante millions.
Mai, 25. — L'assemblée des notables se sépare après avoir arrêté six articles principaux. — 1° Etablissement d'assemblées provinciales pour légale répartition des impôts. 2« emprunt de six millions de renies viagères ; 3- suppression de la c(»rvée ; «° suppression
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mandant le retour de Necker. Celui-ci, plus habile, ne voulut pas assumer sur lui seul la responsabilité de la dette publique, et fit résoudre le roi à la convocation des états-
dun grand nombre de droits sur les traites et gabelles; 5^ reculemenl des barrières fiscales aux frontières; 6^ Établissemenf d'un conseil des finances. Ces six artic es sont adoptés par le roi. Le général marquis de Lafayette, membre de celte assemblée, a proposé la suppression des lettres de cachet et des prisons d'élai ; il a demandé l'étal civil des protestants et la convocation des députés delà nation.
Juin, 17. — Une déclaration du roi , confirmalive d'un arrél rendu en septembre 1774, accorde la liberté du commerce des grains.
«2. — Une déclaration du roi, établit des assemblées provinciales pour l'égale répartition des imp<Ms.
27. — Une autre convertit en une prestation en argent la corvée pour la confection ou l'enlreiien des roules.
Juillet, 6. — Le parlement de Paris délibère sur deux édils b^rsaut qu'on lui enjoignait d'enregistrer. L'un établit un droit de timbre sur les provisions, brevets, commissions d'ofiîces quelconques et sur les actes civils; l'autre remplace les vingtièmes par une subvention territoriale de 80 millions. Le parlement supplie le roi de lui faire communiquer les étals des recettes et des dépenses ; il éprouve un refus : alors il se déclare incompétent pour vérifier de telsédits; ajoutant qu'auj; seuls représentants de la nation appartient le droit d'accorder des subsides. Il demande la convocation des étals-généraux.
AorT, 1er. — Brienne est nommé premier ministre.
6. — Le parlement de Paris vient à Versailles pour une séance royale ou lit de justice. Le roi y fait enregistrer les deux édits concernant les nouveaux impôts. Le lendemain, le parlement s'assemble à Paris, et déclare nulle et illégale la transcription faite sur les registres.
10.— Une plainte est portée au parlement de Paris sur les abus d'autorité et les prodigalités de l'ex-contrôleur général Calonne. Elle est admise avec permission d'informer.
14-15.— Le conseil du roi évoque cette plainte, et défend au par-
HISTOIRE DE FRAMCE.
généraux; une seconde assemblée des notables régla la forme de la représentation, après de nombreuses discussions entre les différents ordres. Le tiers-état obtint d'y être
lement de donner suite à son arrêt. Le parlement de Paris est exilé àTroyes : la même mesure fut prise contre d'aulres parlements.
18. -- Les frères du roi, escortés de troupes, sont envoyés à la cour des comptes et à la cour des aides pour y forcer l'enregistrement des édils bursaux de flnances.
Septembre , 20. — Le parlement de Paris , dont Brienne a gagné les principaux membres, est rappelé et admet les nouveaux
impôts.
Novembre, 19-20. — Un lit de justice est tenu au parlement de Paris pour forcer l'enregistrement d'un édit qui créait divers impôts jusqu à concurrence de 440 millions. Plusieurs conseillers s'y opposent avec force. Les conseillers Fréleau, Sabatier de Cabre sont exilés par le roi, ainsi que le duc d'Orléans.
DÉCEMBRE, 18. — Une déclaration du roi annonce la convocation des états-généraux; mais dans cinq ans.
Janvier, 4. — Le parlement de Paris rend un arrêt contre rémission des lettres de cachet et pour le rappel des exilés, il le fait suivre de déclarations énergiques contre les actes arbitraires du
gouvernement.
17. — Le roi casse cet arrêt; mais le lendemain, 18, le parlement
en confirme les conclusions.
21. — Une déclaration du roi rend aux non-catholiques les droit» civils dont ils sont privés depuis 1685.
FÉVRIER, 15. —Une déclaration du roi abolit la torture préparatoire.
Avril, 21. — Le parlement de Grenoble menace de séparer le Dauphiné de la France, si les abus ne sont pas redressés.
Mai, 3-5. Un arrêt du parlement de Paris déclare que la France est une monarchie gouvernée par le roi suivant les lois ; plusieurs, qui sont fondamentales embrassent et contiennent :
1* Le droit de la maison régnante au trône, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture ;
I® Le droit de la nation d'accorder librement les subsides par
liii.»4*
LOUIS XVI
représenté en nombre double aux deux autres ordres de l'état, le clergé et la noblesse ; l'ouverture des états eut lieu le 1" mai 1789.
l'organe des états-généraux régulièrement convoqués et composés;
3° Les coutumes et les capitulations des provinces;
k? L'inamovibilité des magistrats ;
5° Les droits des cours de vérifier dans chaque province les volontés du roi, et de n'en ordonner l'enregistrement qu'autant qu'elles sont conformes aux lois constitutives de la province, ainsi qu'aux lois fondamentales de l'étal ;
6® Le droit de chaque citoyen de n'être jamais traduit, en aucune manière, pardevant d'aulres juges que ses juges naturels, qui sont ceux que la loi désigne ;
70 Le droit de n'être arrêté, par quelque ordre que ce soit, que pour être remis sans délai entre les mains des juges compétents.
Celle délibération venait d'êlre prise par le parlement, lorsque trois conseillers furent arrêtés pendant la nuit dans la grand'charabre assemblée.
8, — Le roi tient à Versailles un lit de justice du parlement de Paris. Louis ordonne l'enregistrement de plusieurs édits relatifs aux fonctions et à la compétence des tribunaux du royaume, à certains points de la procédure criminelle, et à l'élablissement d'une cour suprême nommée cour piéntère, destinée à juger en dernier ressort, suivant les lois communes à tout le royaume. Cette cour devait se composer des princes, des pairs, d'un certain nombre de magistrats, d'officiers militaires et de prélats choisis par le roi. Cette cour ne fut jamais réunie.
16. — LcChâielel (l'un des tribunaux de Paris), rend un arrêté contre les édils du 8.
20. — Le parlement de Rennes déclare infâmes ceux qui entreront dans la cour pléniêre Les troupes et la bourgeoisie se battent dan< les rues de cette ville.
Juin, 7. — A Grenoble, les habitants, aidés de paysans, résistent à deux régiments chargés d'arrêler tous les membres du parlement.
20. — Le roi casse les arrêts du parlement contre les nouveaux édils. Huit parlements sont exilés.
Juillet, 5. — Le conseil-d'éiat prescrit des recherches sur les
2S/i HisToinK i)K FH\>(:t.
Ainsi ce lut Louis XVI lui-même qui poussa la France à la révolution, involontairement sans doute, mais par la seule force des choses. Il espérait que la représentation nationale s'imposerait quelques grands sacrifices, mais il n'avait pas songé à la réaction contre l'aristocratie privilégiée, au réveil du peuple, à la voix puissante de Mirabeau. La cour semblait se jouer du danger: alors se jugeait le
élections et la réunion des anciens élats-généraux. Le peuple de Rennes se révolte et brrtic les arrêts du 8 mai.
AocT, 8. — Le conseil d'élal fixe au 1' mai 1789 la tenue des états-généraux, el suspend jusqu'à celle époque l élablissemenl de la cour plénière.
24. — Le cardinal de Brienne, principal ministre, homme ambitieux, à petites vues el à petits moyens, se retire avec 800,000 fr. de revenus en bénéfices ou pensions. Necker, de Genève, est remis
à la télé des Hnanccs.
il. — Les premiers mouvements populaires éclatent à Paris. L'effigie de «rienne est brûlée au pied de la statue de Henri IV.
89. — Émeutes à Paris ; la force armée fait fou, quelques chefs populaires sont punis de mort.
Septembre, 23. — Une déclaration du roi statue que les étalsgénéraux s'assembleront en janvier 1789, el que les officiers des cours de justice rt^ntreronl en exercice. En enregistrant ceite déclaration, le parlement de Paris énonce la clause expresse qu'ils seront régulièrement convoqués el composés selon la forme observée en 1614, c'est-à-dire les trois ordres votant séparément, et produisant trois voles collectifs : les députés de chaque ordre élus en
nombre égal.
Novembre, 6. — La deuxième assemblée des notables, composée comme la première, s'ouvre à Versailles. Elle devait délibérer sur la composition el la forme de convocation des étals-généraux, sur l'ordre des élections el sur la manière de régler la tenue des assemblées appelées à donner les instructions des députés.
DÉCEMBRE, l". — Les élals du Dauphiné, réunis à Romans, décident d'un accord unanime que le nombre des députés que la province doit envoyer aux éials-géncraux sera fixé d'après la population, sans égard à la quolilé des impôts; parce qu'en se ras:^emhle
rot is XVI.
scandaleux procès du collier, dans lequel figuraient un cardinal, une reine, un conseiller au parlement, et un charlatan (le prince de Rohan, Marie- Antoinette, d'Espréménil et le prétendu comte de Cagliostro, le charlatan à la mode), et cependant l'orage grondait dans les faubourgs de Paris comme dans le reste de la France. Le faubourg Saint-Antoine, dans un de ses jours d'émeutes, avait pillé
en états-généraux comme hommes libres el non comme hommes plus ou moins riches. La représenfalion du Dauphiné est fixée à trenle députes (cinq du clergé, dix de la noblesse et quinze du
tiers élat ).
Le parlemenl de Paris s'en remet à la sagesse du roi pour fixer le nombre des députés que chaque ordre doit envoyer aux états. Louis est supplié de ne pas retarder la convocation des étals; de déclarer leur retour périodique ; leur droit d'établir des impôls , la suppression de tous impôls dislinclifs des ordres ; l'égalilè des charges; la responsabilité des minisires; la liberté individuelle de» citoyens, el la liberté légitime de la pre«se.
18. — La deuxième assemblée des notables est close. La majorité a pensé que le nombre des députés devait élre. pour chaque bailliage, le même qu'en 1614. Des sept bureaux dans lesquels l'assemblée s'est divisée, celui que présidait Monsieur (Louis XVIII), ômil seul le vœu que le liers-état eût des représentants en nombre égal aux représentants réunis des deux ordres du clergé et de la noblesse. Dans deux autres bureaux la minorité fut de huit contre seize.
20. —Les ducs et pairs de France se réunissent au Louvre, trente d'entre eux siègent et présenlenlau roi un arrêté par lequel ils expriment le vœu de supporter tous les impôls el charges publiques dans la juste proportion de leur fortune, sans exccplion pécuniaire quelconque.
27. — Le conseil d'état détermine : i^ que les députés, aux prochains étals-généraux, seront au moins au nombre de mille • 20 que ce nombre sera formé en raison composée de la population et des conlribulions de chaque bailliage; 30que le nombre des députés du tiers-étal sera égal à celui des deux autres ordres réunis.
A. SAVAfiNFR. (Biblioth. populaire.)
plusieurs manufactures et préludé aux drames révolutionnaires. La vieille monarchie se disloquait sous la main nerveuse du peuple, qui bientôt allait frapper sans pitié ; Louis XVI lui-même devait être une des premières victimes.
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