II
« sa vengeance, y porte encore une sorte de justice- il ne « prend pas pour victime tout ce qui se présente à sa fu- « reur ; iJ la dirige sur ceux qu'il croit avoir été trop lone- « temps épargnés par le glaive de la loi, et que le péril « des circonstances lui persuade devoir être immolés sans « délai. » Ainsi Roland appelait ces trois cents bourreaux le peuple, et semblait les féliciter de ce qu'ils avaient épargné quelques suspects plus heureux que les autres, tels mie Sombreuil et Cazotte, dont les noms rappellent deux admirâbles traits de dévouement filial.
Pendant que la commune se débarrassait ainsi des ennemis de l'intérieur, Dumouriez sauvait le territoire d'une mvasion et immortalisait son nom à la frontière du nord Le successeur de Lafayette, dont les troupes battaient déjà en retraite, avait convoqué un conseil de guerre et l'avis unanime des ofticiers présents avait été de se replier par Reims et Chàlons et de se metlre à couvert derrière la Marne. « C'était la règle : un cours d'eau était forcé, et l'on se repliait sur le cours d'eau suivant. Le général en chef recueillit les voix en silence et congédia l'assemblée, il avait étudie le terrain que l'on se proposait si facilement de céder a 1 invasion ; il savait que l'espace entre les deux rivières présente des positions où sa jeune armée pouvait braver l'ennemi». * Ce terrain comprenait de belles provinces la Lorraine, les Trois-Évèchés et une partie de la Champagne • les deux rivières étaient la Meuse et la Marne. La prise de Verdun allait livrer aux Prussiens la vallée de la Meuse et 11 semblait qu'il ne restât plus aux Français, près d'être débordes, que la ressource d'un mouvement rétrograde • Dumouriez en jugea autrement; il prévint les coalisés par une marche rapide, et courut se poster entre la Meuse et la Marne, au milieu de la forêt de l'Argonne, pays mare-
» Tabifau de« guerres de la révolution de 17W à 1815.
ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE. 339
cageux, entremêlé de collines et de fondrières, dans lequel on ne peut pénétrer que par les quatre défilés du Chêne-Populeux, de la Croix-au-Bois, de Grandpré et des Islettes ; de là il écrivit au ministre de la guerre, Servan : « Verdun est pris; j'attends les Prussiens. Le camp de « Grandpré et celui des Islettes sont les Thermopyles de la « France, mais je serai plus heureux que Léonidas. » Malheureusement il avait négligé d'occuper fortement la Croix-au-Bois, elle général autrichien, Clairfait, s'en empara après un combat assez vif (13 septembre). Dumouriez, sur le point d'être enveloppé, évacua le camp de Grandpré et se rejeta sur Sainte-Menehould, où il s'établit dans une position presque inexpugnable. La route de Paris était ouverte, mais le général français pensa avec raison que le duc de Brunswick ne marcherait pas en avant, sans lui livrer bataille. En effet, l'ennemi chercha à lui couper la retraite sur Chàlons, et les deux armées se rencontrèrent sur les hauteurs de Valmy. Là une vive canonnade s'engagea au milieu d'un épais brouillard, et lorsque la brume fut dissipée, les Prussiens montèrent résolument à l'assaut du tertre de Valmy. Kellermann, qui venait de rejoindre Dumouriez avec sa division, donna l'ordre à ses soldats de ne pas tirer, et de se lancer brusquement sur les assaillants, lorsqu'ils seraient à portée ; le moment venu, il agita son chapeau à la pointe d'une épée et cria : Vive la nation ; c'était le signal. Il s'ensuivit une charge à la baïonnette, qui fit reculer les Prussiens étonnés; une seconde tentative des ennemis ne réussit pas mieux, et le soir, il se trouva que des volontaires inexpérimentés, et qui n'avaient jamais vu le feu, avaient résisté aux meilleures troupes de la coalition (20 septembre). La perte fut presque nulle des deux côtés, et le duc de Brunswick ne céda même pas le champ de bataille, mais la canonnade de Valmy eut un grand retentissement en France, et la confiance reparut.
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Le chemin de la capitale était désormais terme. Les alliés s'étaient avancés sur la foi des trompeuses promesses des émigrés ; ils étaient loin de leurs magasins, sans vivres, sans approvisionnements, dans une contrée que de longues pluies allaient rendre impraticable, cruellement décimés par la faim et par les maladies; ils avaient devant eux, sans compter les forces improvisées à Chûlons, une armée de soixante mille hommes, pleine d'ardeur, presque aguerrie, et qui s'accroissait tous les jours. Le roi de Prusse et les émigrés penchaient pour une seconde rencontre; le duc de Brunswick, plus prudent, s'y opposa; ce fut alors le tour des pourparlers et des conférences, et le conseil exécutif répondit â la demande du rétablissement du roi sur son trône constitutionnel : que la république française ne pouvait entendre à aucune proposition, avant que les troupes prussiennes n'eussent entièrement évacué le terriritoire français. On se mit donc en retraite, et il fut mystérieusement convenu entre Dumouriez et les Prussiens qti'elle ne serait point troublée. Dumouriez laissa Kellermann à la tête de son armée pour surveiller l'évacuation, et partit pour Paris la tète haute. Les ennemis sortirent de France par la roule de Trêves et de Coblentz vers le commencement d'octobre ; Clairfait regagna la Belgique avec ses Autrichiens. La campagne finissait heureusement partout pour les républicains. Verdun et Longwy retombaient en leur pouvoir. En Flandre, le prince de Saxe - Teschen avait été forcé de lever le siège de Lille, après un bombardement de dix jours (29 septembre-8 octobre). Sur le Bhin le général Custine, débouchant de Landau, avait emporté rapidement Spire, Frankenthal, Worms, Mayence, Francfort, et jeté l'alarme dans toute l'Allemagne (octobre). Aux Alpes, le général Montesquiou s'était emparé de la Savoie et le général Anselme, franchissant le Var, avait fait capituler Nice et Villefranche.
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Pendant que ces événements se passaient à la frontière, les élections décrétées après la journée du iO août avaient eu lieu dans toute la France, et l'assemblée législative avait disparu de la scène. La convention nationale s'était constituée le 20 septembre, le jour même du combat de Valmy , et dès ses premières séances elle avait aboli la royauté] proclamé la république, daté ses procès-verbaux de l'an V' de la république française. La composition de cette assemblée, élue sous l'influence des massacres de septembre, résumait fidèlement l'esprit de Paris et des départements ,• on y retrouvait les éloquents députés de la Gironde, qui avaient marqué sous la législative, à côté des anciens constituants, tels que Pétion et Buzot, qui n'avaient pas encore été dépassés par l'opinion, en face des révolutionnaires exaltés qui la devançaient. La capitale, dominée par les jacobins et par la commune , avait jeté dans l'urne électorale des noms significatifs, Bobespierre, Danton, Camille Desmoulins, Fabre d'Eglantine, le peintre David, Robespierre jeune, Collot-d'Herbois, Legendre, Panis, Sergent, Billaud-Varennes, Maratmême. Le duc d'Orléans devenu Philippe-Égalité, avait aussi sollicité les sutTrages, et obtenu une place dans cette assemblée, qui ne s'était réunie que pour juger son royal et infortuné cousin. Les girondins se groupèrent à droite dans la salle des séances; la députation parisienne occupa l'extrême gauche qu'on appelait la Crète ou la Montagne; au centre s'assirent tous ceux qui n'avaient pas encore de parti pris, et qui comptaient ne se décider que d'après leurs impressions personnelles; ces derniers formèrent la Plaine, et plus tard, lorsque la peur leur eut fait abdiquer leur indépendance et les eut mis à la discrétion absolue des terroristes, on les nomma trivialement et avec une énergie brutale, le Ventre, ou les Crapauds du Marais. La Gironde était revenue plus ardente et plus nombreuse; elle avait hâte de lépu-
dier cette sorte de complicité morale que son silence avait fait peser sur elle, lors des journées de septembre ; elle se croyait sûre de la majorité et se proposait d'en user vigoureusement contre ses adversaires. Les départements avaient bien accepté la disparition de la royauté, qui depuis deux ou trois ans, n'était plus rien en fait, mais ils désavouaient les massacres des prisons et se révoltaient contre la toutepuissance de la commune de Paris. C'était là en effet, la plus irrésistible autorité du jour , car elle avait pour elle les Montagnards de l'assemblée, le club dos Jacobins et ses innombrables ramifications , les sans-Culottes des sections, tous les hommes d'entraînement et d'action que la révolution avait jetés hors de leur étroite sphère et qui s'agitaient pour être quelque chose. La lutte commença entre les deux partis par de violentes personnalités. Robespierre, qui n'avait joué qu'un rôle assez insignifiant sous la Constituante, qui n'avait marché , pendant toute la durée de la législative, qu'à la suite de Danton mieux doué pour le combat que lui, arrivait enfin au premier rang, grâce à son dogmatisme et à une réputation soutenue d'incorruptibilité ; il était parvenu, à force d'opiniâtreté et de persévérance, à établir solidement sa domination aux Jacobins, et ses ennemis l'accusaient déjà d'aspirer à la dictature. Le reproche était au moins prématuré ; il n'avait d'autre fondement que les prédications de Marat, ce maniaque emporié, qui avait si souvent préconisé le meurtre, et qui à cette heure ne voyait pour la république de moyen de salut que dans l'intronisation d'un dictateur, chargé uniquement de condamner les traîtres, et auquel on aurait attaché un boulet au pied, afin qu'il fût toujours sous la main du peuple. Ces indices si vagues et si inconsistants suffirent aux girondins pour attaquer Robespierre : « Il existe dans cette assemblée, s'écria Rebecqui de Marseille, « un parti qui aspire à la dictature, et le chef de ceparti, jele
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 3!l3
« nomme, c'est Robespierre. » Un autre Marseillais, Barbaroux, qui avait eu une grande part au 10 août, confirma les assertions de son collègue, et le spirituel Louvet se livra contre l'accusé à une longue et véhémente diatribe. Robespierre, qui se sentait appuyé au dedans et au dehors, n'eut pas de peine à se justifier et fit sa propre apologie avec une emphase et un air victorieux qui lui valurent des applaudissements dans les tribunes et aux Jacobins. Marat, inculpé à son tour, demande la parole, et sa présence au banc des orateurs souleva une explosion de dégoût : « A bas, à bas, cria-t-on de toutes parts : — J'ai dans cette assemblée, « dit-il avec effronterie, un grand nombre d'ennemis perte sonnets, je les rappelle à la pudeur; » et profitant de la surprise causée dans tous les esprits par cet étrange début, il développa ses théories sur l'extermination et la dictature ; puis il descendit de la tribune au milieu du silence, et nul n'osa formuler des conclusions contre lui. Les montagnards, ainsi jetés sur la sellette, ne tardèrent pas à prendre l'offensive; rappelant la fuite proposée au delà de la Loire par quelques girondins, lors de l'invasion des Prussiens, s'autorisant de la motion par laqulle Buzot avait invité la convention à se donner une garde de trois mille hommes tirés des départements, ils les accusèrent de répandre dans la nation des semences de fédéralisme, et, comme pour s'opposer à ces funestes projets, ils firent décréter l'unité et l'indivisibilité de la république ; bientôt, mécontents de la composition du comité de constitution, presque exclusivement formé de leurs adversaires, Pétion, Condorcet, Brissot, Vergniaud, Gensonné, Barrère, Sieyes, l'américain Thomas Payne, et où un seul membre de la Montagne, Danton, avait trouvé place, ils remirent en jeu la terrible question du procès de Louis XVI ; ils n'ignoraient pas que cette mesure extrême répugnait aux girondins, que le désir secret de la plupart d'entre eux était de sauver l'infortuné mo-
mttim^mÊtSmàm I iiHWlrlli li
fit!'
L'idée du jugement une fois émise, loul se disoosa rani
demem pour sa prochaine réaiisatio;. Les esp s ïtaS,;
échauffes par la lecture des pièces trouvées , apLeTo
août, dans les bureaux de la liste civile et q^i prouvalnî
es mtelhgencesde Louis XVI avec les coalisés et Eïa
tK)n ; plustard,la découverte delà fameuse aldreX' oui on ava,t saisi les détails les plus étendus sur les Snees de la cour, sur les négociations de Mirabeau avec elle sur es plans de Boudlé, et môme sur des projets ultéeu^' ava,t augmenté l'irritation populaire. Le clubdes/acobi^s détruis, le buste de Mirabeau, et la convention cou'uTun vo.le celui qu'elle possédait dans la salle de ses s^ân e " On rédigea des adresses pour demander la condamnatfon du tyran; les sociétés jacobines des départemenr po^
me Z T'"r "' " ^^™''-' "-' écrire à ras'en.
tote <. T' "T''' '' '"' '''''°''' '' présentèrent à la barre; les blesses du 10 août vinrent crier vengeance contre le vamcu. Le malheureux prisonnier du fempTe prévoy-t son sort ; la tête de la princesse de Lamballe qu'on ava t promenée au bout d'une pique, sous ses fenê rïs le our des ma^acres de septembre, était un funeste présL •1 ne vivait plus que dans l'attente du bourreau. rLuZ'
teur, le fidèle Cléry. il menait une vie simple et monotone entre la reine, madame Elisabeth et ses deux enfant iî
.sait souvent l'histoire d'Angleterre de Fîume er^ar;^ ton volontiers sur les dernie,^ moments Tci.tl^\t dont la destinée avait été si semblable à la sienne LoLue' son procès fut commencé, on le st-para de M^'Z son existence devint alors une longue agonie La cil
tion, subissant l'inHuence des péliiionse. H^c 1 s'iSfaiionfi., „■ 1 . "«^■' t" '"ions et des menaces,
s était enfin résolue a celte pénible extrémité, et le comité
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. oUb
de législation avait présenté un rapport tendant à prouver que Louis XVI pouvait être jugé par rassemblée. Deux opinions étaient en présence, celle qui soutenait Tinvioldbilité de la personne royale, celle qui la rejetait hautement. La première s'appuyait sur les termes même de la constitution de 1791, qui avait prévu le cas de trahison et institué la peine de la déchéance ; la seconde établissait une distinction puérile entre le double caractère de roi et de particulier attribué à Louis XVI, et prétendait que la responsabilité ministérielle, qui avait couvert les actes du roi, n'avait pu s'étendre à ceux du particulier. Puis venaient les montagnards, qui ne s'arrêtaient pas au point de droit, et qui disaient, avec Robespierre et Sain t-Just, que le roi devait être jugé en ennemi, que ceux qui attacheraient quelque importance à ce procès ne fonderaient jamais une république, que c'était tout simplement une mesure de salut public à prendre, un acte de providence nationale à exercer : « Louis fut roi; la république est fondée, s'écria Ro- « bespierre ; la question fameuse qui vous occupe estdé- « cidée par ces seuls mots. Louis ne peut être jugé; il est « déjà jugé, il est condamné , ou la république n'est pas « absoute (novembre). » Telle était, en elî'et, au point de vue révolutionnaire, la seule manière de résoudre ce sanglant problème, et cependant la convention, hésitant à se prononcer absolument, décida que Louis Capet serait jugé par elle (3 décembre). Le prisonnier fui mandé à sa barre, et entendit lire son acte d'accusation (1 1 décembre). Sa contenance fut calme et remplie de dignité ; il répondit avec douceur, mais en même temps avec énergie, à toutes les interpellations, et étonna souvent ses juges par la modération et l'à-propos de ses répliques. On lui accorda la faculté d'avoir un conseil de défense, et il désigna Target et Tronchet ; Target n'eut pas le rx)urage d'accepter; Tronchet montra plus de hardiesse, et le vénérable Malesherbes,
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au devant de lu. par ses sacrifices, et cependant c'est au
« nom de ce même peuple qu'on demande aujourd'hui
« Citoyens, je n'achève pas. . . je m'arrête devanU'iili^e-"
« songez qu'elle jugera votre jugement, etquelesSse^
« celui des siècles. ,. L'assemblée fut émue mais un .?
multe extraordinaire régnait dans Paris ;7es m"«s'
qui redoutaient un acquittement. accus;ientrs gir."n t'
de royalisme; les sections étaient sur pied- le club de!
acobins retentissait de fougueuses déclam Lï contre
échappait à une condamnation, ce drame judiciaire nouvait
SL .'""Tf'- '" ^'""'^'"' convlcu der mZ sibilité d une absolution, proposa l'appel au peuple etcî
ncident souleva pendant huit jou,^ d'orageux débàlsoï
les espnts s'aigrirent encore davantage. Enfin la Lrë
U tS mV"l,''™î='^' ^''^'^^ "omi'niîfixét 14 janvier 1793. Il y avait trois questions à résoudre •