‹ Histoire de France [microform]Chapitre 43 sur 48 · DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQITAU 9 THEUMIDOIL · texte numérisé non relu

DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQITAU 9 THEUMIDOIL

L*exécution de Louis XVI donna une nouvelle impulsion à l'esprit révolutionnaire et fut le signal d'une lutte à mort entre la république et les monarchies. Au dedans, les royalistes et les constitutionnels , que les égorgements de sep tembre avaient terrifiés, levèrent la tête et protestèrent avec énergie contre cet horrible drame judiciaire ; Lyon préluda, parla fermeture de son club des jacobins, à la résistance, et bientôt à la guerre civile. Au dehors, un cri d'indignation courut d'un bout de l'Europe à l'autre, et la coalition prit de gigantesques développements. L'Angleterre, qui ne se souvenait plus de Charles 1", intima à l'envoyé français, Chauvelin , l'ordre de sortir avant huit jours du territoire britannique et mit ses Hottes en mer ; le 13 janvier , l'agent républicain auprès de la cour pontiûcale , Basseville, avait été massacré à Rome. L'Espagne, qui jusqu'alors avait gardé la neutralité, et qui, tout récemment encore avait promis de ne pas s'en départir, si l'on respectait la vie de

Louis XVI, se prépara à la guerre ; la Hollande, le Portugal, les Deux-Siciles , la cour de Rome, les princes de la confédération germanique, armèrent avec vigueur; la Russie, qui était occupée au second partage de la Pologne et qui d'ailleurs n'avait aucun intérêt immédiat dans la lutte, demeura sur le second plan , mais elle prêta aux alliés son appui moral , et vers le milieu de 1793 , il ne resta plus , sur le continent européen, de puissances neutres que Venise , la Suisse, la Suède, le Danemarck et la Turquie. Le péril des royautés était le grand prétexte des puissances belligérantes, et chacune d'elles comptait bien, sous ce voile commode, exploiter à son profit la croisade universelle. La Grande-Bretagne, pour laquelle un homme de génie, William Pitt, avait rêvé la prépondérance maritime : l'Autriche , qui avait perdu la Belgique et qui craignait pour l'Italie ; la Prusse, qui cherchait peut-être une occasion d'agrandissement, marchaient en tête des alliances, et les États secondaires suivaient en aveugles le mouvement imprimé.

Devant ce redoutable faisceau de ressentiments et de menaces , la convention n'avait pas à reculer ; elle jeta audacieusement le ganta toute l'Europe, et jura de vaincre ou de mourir. Elle comptait dans ses rangs un homme d'une incroyable énergie , au nom duquel se rattachent toutes les mesures de salut public qui sauvèrent la république; Danton prit l'initiative, et les votes d'enthousiasme se succédèrent sans relâche. La guerre fut déclarée à l'Angleterre et à la Hollande; le 1" février, on décréta, pour faire face aux besoins pécuniaires qui n'avaient fait que s'accroître depuis la Constituante ; une émission nouvelle de trois cent millions d'assignats, ce qui en portait le nombre à deux milliards cinq cent dix-huit millions; le 26, on ordonna une levée de trois cent mille hommes pour renforcer les armées ; le 1" mars, un décret fut porté qui in-

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terdisait à jamais le territoire français aux émigrés , les déclarait morts civilement , et confisquait leurs biens au profit de l'État. Les girondins, dont la conduite avait été assez équivoque pendant le procès du feu roi, rivalisaient d'ardeur avec les montagnards ; c'était Brissot qui s'était écrié : « Il faut que le commerçant oublie son commerce « pour n'être plus qu'armateur; (|ue le capitaliste consacre « enfin ses fonds à soutenir nos assignats,., que le pro- « priétaire et le laboureur renoncent à toute spéculation et « portent l'abondance dans nos marchés ; il faut que tout « citoyen soit prêt à marcher comme un soldat ; il faut que « tous les Français ne fassent qu'une grande armée, et que « toute la France soit un camp... » Et l'assemblée avait applaudi avec transport à cet élan patriotique. Il sembla un moment que les partis, satisfaits de la mort de Louis XYl , allaient oublier toutes leurs divisions passées et concourir sans arrière -pensée à la défense de la patrie. Mais si telle était l'espérance de Danton , qui n'avait point de haine contre les individus et qui ne visait qu'au résultat politique, il n'en était pas de même de Robespierre et de Marat. Le premier n'avait point pardonné à ses adversaires leurs accusations imprudentes et n'était pas homme à accepter la supériorité de leur éloquence, qui leur avait valu le premier rang dans la convention ; le second, possédé de plusieurs idées fixes, ne croyait à la possibilité du triomphe qu'au moyen de l'extermination totale des vaincus, et il savait que les girondins professaient une invincible horreur pour ses sanguinaires théories; Robespierre et Marat, nous l'avons dit, possédaient la commune, les jacobins, les sections et la force armée ; ils n'avaient laissé aux girondins que la convention , et depuis le 21 janvier jusqu'à l'insurrection du 2 juin, ils travaillèrent sans relâche à leur enlever ce dernier asile.

Les clameurs un instant suspendues recommencèrent

donc au sein des sociétés populaires , et les orateurs sansculottes eurent beau jeu contre les intrigants, les hrissotins, tous ceux qui représentaient, aux yeux des exaltés, le paiH modéré : « A Rome, s'écriait-on dans le club des jacobins, m un orateur disait tous les jours : il faut détruire Car- « thage. Eh bien î qu'un jacobin monte tous les jours à « cette tribune pour dire ces seuls mots : Il faut détruire « les intrigants. Eh ! qui pourrait nous résister? nous com- « battons le crime et le pouvoir éphémère des richesses ; « mais nous avons pour nous la vérité, la justice, la pau- « vreté, la vertu... Avec de telles armes , bientôt les jaco- « bins diront : Nous n'avons fait que passer, ils n'étaient « déjà plus. » Cette invocation à la pauvreté prouvait que les meneurs du club n'aspiraient pas seulement au rôle de réformateurs politiques, qu'ils songeaient aussi à substituer le prolétaire au riche,et Marat sechargea de traduire la théorie en provocation directe. VAmi du peuple s'éleva un beau jour contre les accapareurs, et prétendit que dans un pays libre, où les droits du peuple ne seraient pas de vains titres consignés fastueusement dans une simple déclaration, le pillage de quelques magasins à la porte desquels on pendrait les marchands coupables , mettrait fin aux malversations (2.^ février). Cet appel significatif fut entendu ; la populace se rua sur les boutiques des épiciers , et le commandant- général Santerre ne fit rien pour comprimer cette émeute soudaine. Le lendemain , la convention flétrit hautement cette attaque brutale contre la propriété et décréta Marat d'accusation. Mais les montagnards paralysèrent toutl'eftet de cet acte énergique, et l'on se borna en définitive à une protestation conçue en ces termes: «Marat, le matin, a prêché le pillage, et le soir le pillage a eu lieu. » C'était un aveu d'impuissance, et les jacobins ne s'y trompèrent pas. L'audace du parti s'en accrut; un complot fut ourdi contre la convention elle-même et l'exécution fixée au 10 mars; on

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s'était proposé de fermer les barrières, de sonnerie tocsin, de remuer les faubourgs et de se porter en masse sur l'assemblée , où l'on aurait eu bon marché des girondins réunis. A cette nouvelle, la convention se déclara en permanence, et les représentants menacés restèrent chez eux. Cette tentative d'insurrection était prématurée; elle fut désapprouvée par les sections, et il devint facile au ministre de la guerre Beurnonville et au député Kervélégan de dissiper les attroupements, à l'aide des fédérés brestois. A la séance suivante, Vei-gniaud, qui était un des premiers sur la liste de proscription , s'élança à la tribune : « Nous mar- « chons, dit-il, de crimes en amnisties et d'amnisties en « crimes. Un grand nombre de citoyens en est venu au « point de confondre les insurrections séditieuses avec la « grande insurrection de la liberté, de regarder les provo- « cations des brigands comme les explosions d'àmes éner- « giques, et le brigandage même comme une mesure de « sûreté générale... Citoyens, il esta craindre que la revoie lution, comme Saturne, ne dévore successivement tous ses « enfants et n'engendre enfin le despotisme avec les cala- « mités qui l'accompagnent. » Le discours de Vergniaud fit impression; mais les conspirateurs du 10 mars demeurèrent impunis, et ils remirent à une meilleure occasion leurs sinistres projets. Au résumé, la journée, bien qu'inachevée , était bonne pour eux ; ils avaient obtenu la création d'un tribunal révolutionnaire, qui allait devenir entre leurs mains le plus expéditif et le plus efficace des moyens de gouvernement. Les bataillons de nouvelle levée , avant de partir pour les armées, avaient , comme au 2 septembre précédent, réclamé la punition des traîtres, et la convention, faisant droit à leur demande, avait chargé son comité de législation de lui présenter sans délai les bases d'un décret d'organisation. Le comité s'était aussitôt mis à l'œuvre, et le plan imaginé par lui avait paru si monstrueux que tous

les girondins s'étaient récriés , et que Vergniaud avait dit . ff Plutôt mourir que de consentir à l'établissement de cette « inquisition vénitienne. » Un tumulte effroyable s'était alors élevé, et Danton , qui voyait la séance se perdre en vaines paroles, n'avait pu la dominer que par une véhémente apostrophe : « Je somme, avait-il dit, tous les bons « citoyens de rester à leurs places... il faut tout décréter sans « désemparer. » On s'était calmé peu à peu ; des moditications importantes avaient été proposées et accueillies avec faveur ; on avait enfin décidé que le tribunal révolutionnaire serait composé d'un jury fourni par les quatre-vingt-trois départements, de cinq juges, d'un accusateur public et de deux adjoints, tous choisis par l'assemblée.

Au milieu de ces complications intérieures, la campagne de 1793 s'était ouverte à la frontière du nord et sur le Rhin. Après la conquête de la Belgique, un décret conventionnel avait organisé le pays démocratiquement, et les jacobins s'étaient hâtés d'y envoyer des agents dans un but de propagande ; des clubs républicains y avaient été établis sur le modèle de la société-mère ; on avait frappé des réquisitions impolitiques, bouleversé les vieilles coutumes, indisposé les Flamands, qui en étaient déjà venus à regretter leurs anciens maîtres, les Autrichiens. Dumouriez courut se plaindre à Paris et ne fut pas écouté , malgré ses liaisons avec Gensonné, Danton et Lacroix, il essaya aussi d'intervenir en faveur de Louis XVI, et Marat, qui n'aimait passes allures, le traita publiquement de contre-révolutionnaire. Dégoûté des partis, qui ne se conformaient pas à ses vues , l'ambitieux général repartit pour son armée avec des préoccupations hostiles, et dès lore il songea sérieusement à renouveler pour son compte la tentative avortée de Bouille sous la Constituante, et de Lafayette sous la Législative. La grande condition du succès était le prestige des victoires, et la coahlion avait déployé partout des forces

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imposantes ; outre les cinquante mille Espagnols des P\'rénées, les quarante-cinq mille Austro-Sardes des Alpes, les trente-trois mille Autrichiens, campés entre Meuse et Moselle, et les cent douze mille Allemands échelonnés sur le moyen et le haut-Hhin , il y avait dans les Pays-Bas une armée de soixante-dix mille impériaux et de trente-huit mille anglo-bataves , commandés par le prince de Saxe- Cobourg. Le plan des ennemis était de refouler surMayenc^ le général Custine et de reconquérir la Belgique, pour renouveler l'invasion de Tannée précédente. Dumouriez les prévint par un mouvement audacieux; il chargea le général Miranda de contenir le prince de Cobourg avec soixante mille hommes, et se jeta lui-môme, avec un corps de vingt mille hommes, sur la Hollande, qu'il espérait enlever ali stathouder. Ses progrès furent d'abord rapides; il s'empara de Bréda, de Gertruydenberg, et il était sur le point de pénétrer au cœur des Provinces- Unies , lorsqu'il apprit que ses lieutenants avaient essuyé des revers, et que sa ligne d'opération allait être coupée. Miranda avait été forcé^de lever le siège de Maéslricht ; Miazinski avait été battu à Aix-la-Chapelle ; Valence n'avait pu se maintenn- à Liège; l'armée avait perdu plusieurs milliers d'hommes, une partie du matériel et vingt-cinq lieues de terrain. La conquête de la Hollande avait cessé d'être possible; il fallut revenir. Dumouriez reprit le commandement et ranima le courage ébranlé de ses soldats, mais il se fit battre à Nerwinde ( 1 8 mars). Cet échec imprévu, qui ruinait ses espérances, l'aigrit profondément. Les jacobins, qui n'ignoraient pas ses dispositions secrètes, lui envoyèrent une députationde trois membres, Proly, Péreira et Dubuisson ; il les traita fort mal : « La république n'est qu'un vain mot, leurdit-il; j'y ai « cru trois joui^; depuis Jemmapes, j'ai regretté tous les « succès que j'ai obtenus pour une aussi mauvaise cause. « Il n'y a qu'un moyen de sauver la patrie, c'est de rétablir

« la constitution de 1791 et un roi.» Après cette sortie virulente, il n'y avait plus à hésiter, et il chercha à s'emparer de trois places fortes , Lille , Condé et Valenciennes ; cette tentative échoua. La convention , prévenue, le manda à sa barre, puis, apprenant son refus, elle députa vers lui quatre commissaires pris dans son sein. Camus, Quinetie*, Lamarque et Bancal, accompagnés du ministre de la guerre Beurnonvillc. Dumouriez eut avec eux une explication fort vive, et, comme ils ordonnaient son arrestation, il les livra aux Autrichiens. Bientôt il dut abandonner lui-môme son armée , qui se détachait de lui , et se réfugier dans le camp ennemi avec le duc de Chartres, le colonel Thouvenol et deux escadrons des hussards de Berchiny (4 avril); il venait d'être déclaré traître à la patrie et sa tête avait été mise à prix. Cette défection eut des effets d'autant plus fâcheux que Custine, débordé par le prince de Hohenlohe , venait d'être obligé de s'éloigner de Mayence, près d'être investie par les Prussiens, et de se retirer, sous le canon de Landau, dans les fameuses lignes de Weissembouig (30 mars).

Ainsi les deux principales armées de la république se trouvaient affaiblies et démoralisées, et, comme si ce n'eût pas été assez des périls extérieurs, une formidable insurrection était née à l'ouest de la France, et quarante mille paysans avaient pris les armes contre la révolution. « Près de l'embouchure de la Loire, il est une contrée singulière, qui faisait partie de l'Anjou, du Poitou, et du comté Nantais, et, depuis la nouvelle division de la France , des départements de la Loire-Inférieure, de Maine-et-Loire, de la Vendée et des deux Sèvres ; on l'appelait le Boccage, et la guerre civile lui a laissé le nom de Vendée. Un labyrinthe de collines entourées de rivières qui versent leurs eaux dans ce fleuve, ou directement dans la mer, des plateaux incultes, couverts de genêts d'une riche végétation, des pâturages, plantés d'arbres, bordés de haies vives et de bar-

rières forment ce pays à part». « A l'époque du soulèvement, la Vendée ne possédait qu'une seule route, celle de Nantes à la Rochelle ; hors de là on ne rencontrait que des chemins de traverse et des sentiers merveilleusement disposés pour l'embuscade. La population était donc demeurée sans contact avec les provinces voisines ; la civilisation du dix-huitième siècle n'avait que faire là; l'absence de tout commerce avait ajourné la création d'une classe moyenne et le besom des réformes, si vivement poursuivies ailleui^' ne s était pas fait sentir. Entre le noble et fe vilain, qui se tenaient aux deux bouts de l'échelle sociale, il n'v avait pas de milieu et le seigneur avait toujours eu soin de rapprocher les distances par ses façons patriarcales : le paysan ne connaissait que le gentilhomme et le curé; aussi, lorsque

Ja noblesse fut abolie, lorsque la constitution civile du clergé eutjetelaperturbationdanslesconsciencesetnécessitécontre esecclésiastiques insermentés des persécutions rigoureuses, la Vendées agita, et en 1 792, le comte de la Rouairie, y organisa une vaste conspiration, qui n'échoua que par l'arrestation du chef. Toutefois il fallut, pourmettreles Vendéens aux pri-

sesaveclarépublique,desactesencoreplusdécisifs;ilsavaient silencieusement laissé périr Louis XVI ; ils ne purent se résigner au départ pour la frontière, au temps de la levée des rois cent mille hommes, et l'explosion eut lieu (10 mars) Les jeunes gens de la Haute-Vendée se refusèrent au tirage, battirent la gendarmerie à St Florent, et neuf cents communes se réunirent en armrs, au son du tocsin • leurs premiers chefs furent le voiturier Cathelineau , le gardechasse Stofflet et l'officier de marine Charette ; quelques jours après vint le tour des gentilshommes, Bonchamps d Elbée, Talmont, Lescure, LaRochejacquelin. Les républicains surpris se laissèrent battre à St Vincent, à Beaupréau aux Aubiers, à Cholet ; les insurgés occupèrent Bressuire! » Tableau des guerres de la Révolution de 1792 à 1815.

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Chàtillou , Vihiers, Machecoul, Pornic ; tous les gens des paroisses accoururent à la nouvelle de ces premiers succès, et les royalistes, car ils avaient tout aussitôt arboré le drapeau blanc, formèrent trois armées, sous Bonchamps, d'Elbée et Charette : armée d'Anjou, grande armée , armée du Marais. Cathelineau reçut le titre de généralissime ; un conseil de guerre fut établi pour diriger les opérations; cent mille paysans s'étaient mis en campagne, et la république avait une large plaie au cœur.

L'insurrection de la Vendée et la défection de Dumouriez accrurent l'exaspération des révolutionnaires. La convention rendit décrets sur décrets, mit hors la loi les émigrés nobles avec leurs agents et domestiques, les prêtres et les fonctionnaires convaincus d'avoir coopéré aux mouvements insurrectionels (19 mars), ordonna le désarmement de tous les membres du clergé et de l'ancienne noblesse (26 mars), enjoignit aux habitants des villes , dont la population s'élevait au dessus de trois mille âmes , d'afficher, sur la porte des maisons, leurs noms et professions (29 mars), confia la surveillance des citoyens à un comité de sûreté générale, composé de vingt-cinq membres, et concentra le pouvoir entre les mains d'un comité de salut public, formé de neuf membres, qui furent, à l'origine, Jean de Bry, Danton, Guyton-Morveau , Treilhard, Barras, Bréard, Delmas, Carabon et Lacroix. De vastes moyens financiers furent mis à la disposition du gouvernement, pour faciliter l'organisation des dix armées républicaines qui couvraient les frontières, ou marchaient contre les insurgés de l'Ouest ; douze cents millions d'assignats nouveaux vinrent s'ajouter à cette ellrayante accumulation de papier-monnaie , qui était désormais la seule ressource de la république , et un emprunt forcé d'un milliard fut frappé sur les riches (20 mai). Le tribunal révolutionnaire, que les Girondins étaient jusque là parvenus à annuler, entrait en môme

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temps en fonctions, et commt'iirait son œuvre d'extermination. La colère des partis allait s'augmentant en présence des trahisons et des revers ; la tribune des Jacobins retentissait d'accusations incessantes contre les intrigants ei les modérés; la Gironde, qui avait accepté sans hésiter toutes lesmesuresde salut public pour la défense du territoire, mais qui répugnait aux exagérations démagogiquesde l'intérieur, était journellement en butte aux dénonciations calomnieuses desesadvei-saires; on lui repr(x;hait sa complicité avec Dumouriez qu'elle avait démasqué et poursuivi; on lui imputait les désastres de nos armées ; on préparait les esprits à une démonstration violente contre elle. Marat, qui présidait le club des Jacobins, avait adressé, en cette qualité, aux départements une circulaire emportée, dans laquelle il réclamait « le tonnerre des pétitions et des accusations contre les traîtres et les délégués intidèles qui avaient voulu sauver le tyran en votant l'appel au {)euple ou la réclusion. » Robespierre ne gardait pas plus de ménagements à la tribune, et le flot populaire grondait sourdement autour de la convention , qui n'avait plus pour elle que son inviolabilité. La Gironde, voyant grandir le péril, se résolut à un acte de vigueur, et Marat fut envoyé au tribunal révolutionnaire, mais c'était s'exposer à un acquittement et à un triomphe ; le maire Pache se présenta à la barre de l'assemblée et demanda, au nom de trente-cinq sections, l'expulsion des principaux membres de la droite, et bien que cette démarche eiit été accueillie par des cris d'indignation, elle n'en fut pas moins un acheminement funeste à de plus impérieuses exigences. Comme on devait s'y attendre, Marat sortit victorieux de l'épreuve, et dès ce moment les tribunes de l'assemblée appartinrent aux jacobins enhardis et aux tricoteuses de Robespierre, qui se firent un jeu do troubler les séances et d'injurier les orateurs impopulaires. Guadet, poussé à bout, proposa un moyen extrême; il

voulait qu'on cassât les autorités de Paris, qu'on remplaçât dans les vingt-quatre heures la municipalité par les présidents des sections et qu'on réunit les suppléants de la convention à Bourges dans le plus court délai. Si cette dernière partie du plan de Guadet eût été adoptée, l'unité du gouvernement était perdue, et la république périssait sous les efforts de la coalition. La Plaine refusa de s'y associer, et l'on se contenta de nommer une commission de douze membres chargée d'examiner la conduite de la commune et de sévir contre les conspirateurs.

La commission des Douze prit son rôle au sérieux ; elle inquiéta la municipalité par ses investigations, surprit la trace d'un complot, dont l'exécution était fixée au 22 mai, et fit incarcérer le substitut du procureur de la commune, Hébert, qui rédigeait un journal obscène , intitulé le Père Duchene. C'était une déclaration de guerre, et les jacobins menacés se décidèrent à en finir avec leurs ennemis. L'insurrection s'organisa sur une vaste échelle ; les motionnaires des clubs ameutèrent la multitude, et, le 27 mai, la commune, accompagnée des députés des sections, vint formuler à la barre les demandes du peuple : l'élargissement d'Hébert, la suppression des Douze et même leur envoi au tribunal révolutionnaire : « Écoutez, répondit le président « Isnard aux pétitionnaires, écoutez ce que je vais vous « dire. Si jamais par une de ces insurrections, qui se re- « nouvellent depuis le 10 mars, et dont les magistrats « n'ont pas averti l'assemblée, il arrivait qu'on portât at- « teinte à la réprésentation nationale , je vous le déclare, « au nom de la France entière , Paris serait anéanti ; oui, « la France entière tirerait vengeance de cet attentat, et « bientôt on chercherait sur quelle rive de la Seine Paris a « existé. — Je vous le déclare aussi, lui répliqua à son « tour Danton, tant d'impudence commence à nous pe- « ser, nous vous résisterons. » La convention était dans II. 31

le plus grand tumulte; la populace attroupée vociférait au dehors, et rassemblée n'avait pour sa défense que quelques sectionnaires du Mail et de la Butte des Moulins. Il fallut obéir aux injonctions de la commune, et casser provisoirement la commission des Douze ; mais, une fois les insurgés partis, on se ravisa, et le décret fut rapporté le lendemain. Alors l'agitation de la capitale prit un caractère effrayant ; le conseil-général de la commune dissous par une réunion de membres du collège électoral, de commissaires des clubs et de députés des sections, qui se tenait à l'Évêché, puis réinstallé par eux, en vertu de la souveraineté du peuple, se déclara en insurrection, nomma Henriot commandant-général de la force armée, et les sans-culottes, payés à raison de quarante sous par jour , marchèrent vers les Tuileries, où siégeait à cette époque la convention ; on entendait partout le bruit de la générale et le son du tocsin ; on tirait le canon d'alarme, et Danton, qui redoutait la fin, s'écriait à la tribune : « Cassez la commission des Douze, a le canon a tonné. Si vous êtes législateurs politiques, « loin de blâmer l'explosion de Paris, vous la tournerez au « profit de la république, en réformant vos erreurs, en « cassant votre commission. » Robespierre alla plus loin, et, comme il pérorait avec une faconde verbeuse, qui était de nature à exciter l'impatience de l'assemblée : « Concluez « donc, lui criaVerniaud. — Oui, je vais conclure, et contre a vous! répondit-il, contre vous qui, après la révolution du « 10 août, avez voulu conduire à l'échafaud ceux qui l'ont « faite ; contre vous qui n'avez cessé de provoquer la de- « struction de Paris ; contre vous , qui avez voulu sauver « le tyran; contre vous, qui avez conspiré avec Dumou- « riez, etc.. eh bien! ma conclusion, c'est le décret d'ac- « cusation contre tous les complices de Dumouriez, etcon- « tre ceux qui sont désignés par les pétitionnaires. » Les montagnards applaudirent , mais Robespierre s'était trop

hâté ; le comité de salut public, composé presque entièrement de membres de la Plaine, proposa, par l'organe de Barrère, la suppression définitive de la commission des Douze, et le peuple qui, ce jour-là, ne s'était levé que dans ce but, se dispersa au bruit des acclamations (31 mai).

Le dénouement delà lutte entre la convention et la commune n'eut lieu que le 2 juin ; les Jacobins avaient consacré deux journées entières à réunir leurs forces et à remuer les faubourgs. Marat, qui se montra le plus acharné de tous, déployait une étrange activité, et invitait le conseil-général à rester en séance jusqu'à ce qu'il eût obtenu l'arrestation des traîtres ; Henriot haranguait la populace sur la place de l'Hôtel-de-Ville, et disposait ses bataillons pour l'investissement des Tuileries. Tout s'ébranla enfin et, vers dix heures, quatre-vingt mille hommes armés envahirent tous les abords de la salle roi ventionnelle. Quelques-uns des représentants , couchés sur la liste de proscription, étaient demeurés chez eux, de peur d'un massacre ; les autres avaient eu la hardiesse d'affronter le péril, et parmi eux on comptait Lanjuinais , qui fit preuve d'un courage héroïque. Il dévoila les projets de la commune, demanda que toutes les autorités de Paris fussent cassées, que tout ce qu'elles avaient fait depuis trois jours fût annulé, que tous ceux qui voudraient s'arroger un pouvoir nouveau, contraire à la loi, fussent mis hors la loi, et qu'il fût permis à tout citoyen de leur courir sus. Un tumulte effroyable régnait dans l'assemblée, où se croisaient en tous sens les imprécations et les injures grossières contre l'inébranlable girondin; de fougueux montagnards s'étaient élancés vers la tribune pour l'en arracher violemment, et une députation des insurgés était venue s'écrier à la barre: « Citoyens, le peuple esllas de voir ajourner son bonheur ; « il le laisse encore un instant dans vos mains : sauvez-le « ou nous vous déclarons qu'il va se sauver lui-même. »

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La convention indignée passa à Tordre du jour sur la pétition, mais l'attitude des bandes du général Kenriot annonçait de sinistres déterminations, et le comité de salut public se hâta d'intervenir comme au 51 mai, afm de prévenir de plus grands malheurs ; il engagea les représentants menacés à se suspendre eux-mêmes, et Isnard donna l'exemple delà résignation. Lanjuinais et Barbaroux refusèrent avec énergie ! « N'attendez de moi ni suspension, ni démission, dit fièrement le premier, et comme on lui répondait par d'outrageantes apostrophes : « Sachez, ajou- « ta-t-il, qu'une victime ornée de fleurs et qu'on traîne à « l'autel, n'est pas insultée par le prêtre qui l'immole. On « parle du sacrifice de mes pouvoirs ! quel abus de mots ! « Les sacrifices doivent être libres et vous ne l'êtes pas. » Marat, qui voulait un décret d'accusation, désapprouva la mesure proposée par le comité et fut vivement appuyé par Billaud-Varennes. La convention, plongée dans la stupeur, écoutait ces étranges débats, lorsque deux de ses membres se précipitèrent dans la salle en annonçant que toutes les issues étaient gardées et qu'on leur avait interdit le passage : « Citoyens, dit Barrère, prouvons que nous sommes « libres ; » et l'assemblée, se levant tout entière, se dirigea majestueusement vers le Carrousel , précédée de ses huissiers et de son président Hérault de Séchelles qui, s'adressant à Henriot i « Que demande le peuple? lui dil-

« il ; la convention n'est occupée que de son bonheur.

« Hérault, répliqua le brutal soldat de la commune, le « peuple n'est pas levé pour entendre des phrases ; il veut « qu'on lui livre vingt-quatre coupables.» En même temps il

donnel'ordreàses canonniers de se tenir prêts, etlesconventionels reculent ; ils se présentent ainsi à plusieurs autres bataillons et rencontrent partout Marat, qui prêchait hautement la résistance. Le prestige de l'inviolabihté n'existait plus; il fallut rentrer dans les Tuileries et subir l'odieuse dieu-*

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ture de Vami du peuple ; sur la motion de Coulhon, qui félicitait ironiquement l'assemblée de la liberté de ses délibémtions, on décréta la mise en état d'arrestation chez eux de trente-deux girondins; c'étaient Gensonné, Guadet, Brissot, Corsas, Pétion, Vergniaud, Salles, Barbaroux, Chambon, Buzot, Birotteau, Lidon, Lasource, Lanjuinais, Grangeneuve, Lehardy , Lesage , Louvet, Yalazé, les ministres Lebrun, Boland, et Clavière, les membres de la commissiondes Douze, Kervélégan, Gardien, Rabaud-Saint- Étienne, Boileau, Bertrand, Vigée, Mollevaut, Henri Larivière, Gomaire et Bergoing. Cette terrible journée tirait à sa fin ; la multitude satisfaite regagna les faubourgs, et les Jacobins prirent possession du pouvoir.

La Gironde ne comprit d'abord que sa chute était définitive, et elle lit un appel désespéré aux départements. Vergniaud etquelques autres, qui poussaient jusqu'à l'extrême le respect de la légalité, crurent que le moment de la justice viendrait pour eux, et acceptèrent toutes les conséquences du décret d'arrestation. Pétion, Barbaroux, Guadet, Louvet, Buzot, Lanjuinais, etc., s'échappèrent facilement , car la surveillance ne fut pas d'abord très-active, et la guerre civile ne tarda pas à éclater entre Paris et les départements irrités. Au nord, au midi, au centre, à l'ouest, partout on s'arma en faveur des vaincus du 2 juin. Les administrateurs de Bordeaux écrivirent à la Convention que la ville était en effervescence, et qu'ils ne pouvaient calculer jusqu'où irait l'indignation générale. A Rennes, les assemblées primaires rédigèrent une adresse, où on lisait ces mots : « Rapportez l'odieux décret qui met en état d'arres- « tation nos plus incorruptibles défenseurs, rendez-les à la « république ; vous en répondez sur vos têtes. » Limoges convoqua à Bourges les députés suppléants à la Convention ; Toulouse fit élargir tous les suspects, et incarcérer à leur place les plus ardents patriotes. A Marseille, on créa une

force départementale et on leva une armée de six mille hommes, qui dut se mètre en marche vers le nord. A Nîmes à Grenoble, à Montauban, à Bourg, à Besancon, à Dijon' à Màcon, à Lons-le-Saulnier, dans toutes les villes importantes, on vit se former des administrations indépendantes et dévouées a la cause des proscrits de la Gironde. A Lyon les jacobins eurent encore le dessous, et le président dû club, Chàher, expia sur Téchafaud le tort de ses exacrérations révolutionnaires ; puis la révolte fit un pas de^us et se nomma un général royaliste, le comte de Précy A Evreux, les autorités locales, excitées par Buzot, ordonnèrent la formation d'un corps de quatre mille hommes et tout près de là, dans le Calvados, les commissaires conventionnels, Romme et Prieur (de la Côte-d'Or), furent emprisonnés ; la ville de Caen, devenue le centre de l'insurrection normande, applaudit â l'arrivée des députés de la Bretagne, qui s'intitulèrent assemblée des départements réunis a Caen, appelèrent au commandement de leurs troupes le général Wimpfen, encore un royaliste, et se préparèrent à les diriger sur Paris. Les partisans de la monarchie avaient saisi 1 occasion de venger la mort de Louis XVI et on les retrouvait partout, sous l'habit du girondin comme sous la veste du sans-culotte, entourant la république d'un vaste réseau d'intrigues et soufflant en tous lieux la haine de la révolution. Assaillis par tant d'ennemis à la fois les montagnards se trouvaient acculés, et leur ruine semblait certaine. Robespierre n'était pas un homme d'action • Danton avait gardé, au 2 juin, un silence équivoque, et le plus fanatique de leurs chefs, Marat, avait péri victime d'un assassmat. Une jeune fille, nourrie des souvenirs de la Grèce et de Rome, la belle Chariotte Corday, était partie de Caen, dans le but de poignarder ce tyran populaire et elle 1 avait frappé dans le bain (13 juillet), puis elle s'était abandonnée résolument au bourreau , pendant que

l'on faisait à TAmi du Peuple de magnifiques funérailles. L'insurrection girondine n'occupait qu'une partie de la scène ; le combat s'était engagé ailleurs au nom d'un enfant frêle et chétif, prisonnier au Temple, et qu'on appelait, depuis le 21 janvier, Louis XYII, roi de France et de Navarre. Dans la Lozère, un ancien constituant. Charrier, avait levé l'étendard de la révolte, ramassé trente mille paysans, surpris Mende, Sainl-Alban, Randon, culbuté les volontaires, et organisé la contre- révolution dans tout ce vaste pays de montagnes. A l'ouest, les Vendéens, vainqueurs àThouars, puis à Fontenay (25 mai), puisa Douai et à Montreuil (7 et 8 juin), avaient marché sur Saumur, qui n'était défendu que par sept ou huit mille hommes découragés. Saumur emporté (9 juin), ils descendirent la Loire, s'emparèrent d'Angers ^17 juin), et menacèrent sérieusement la ville de Nantes, où commandait le général Canclaux. Cathelineau dut conduire l'attaque par la ri\e droite, tandis que Charelte monterait à l'assaut par la rive gauche ; il s'agissait pour eux d'établir des communications avec la Bretagne, où le parti royaliste penchait vers une prise d'armes, d'ouvrir un port commode à la marine anglaise et de frapper l'opinion par un coup de main éclatant. A la frontière, depuis la trahison de Dumouriez, la république n'avait éprouvé que des revers. Les alliés, sachant par expérience combien il était dangereux de pénétrer en France sans s'être assuré d'une forte base d'opérations, avaient modifié leur ancien plan de campagne, et Cobourg, avec soixante-dix mille hommes, s'était proposé d'investir Condé, Valenciennes, Lequesnoy, Landrecies et Maubeuge, tandis que le duc d'York menacerait Lille et enlèverait Dunkerque ; Beaulieu, d'autre part, se tenait à Namur pour surveiller les Ardenneset couvrir à gauche les mouvements de la grande armée autrichienne. La république ne comptait là qu'une quarantaine de mille hommes démoralisés et

i MM

HISTOinE DE FRA>CE.

dispersés dans les camps de Cassai, de la Madelaine, de Famars et ae Maubeuge. Le successeur d(; Dumouriez Dampierre, se porta en avant pour secourir Condé, qui venait d'être investi , et se fit battre à Quiévrain (30 avril) Quelques jours après, il attaqua de nouveau à Raismes et reçut dans la mêlée une blessure mortelle (8 mai). Ses troupes regagnèrent le camp de Famars en désordre, et Custine, que son audacieuse expédition sur la rive droite du Rhin avait mis au premier rang des généraux, fut appelé au commandement. Mais Custine resta immobile dans son quartier-général de Cambrai, et laissa prendre Condé (10 juillet), puis Valenciennes (28 juillet) ; il fut destitué et remplacé par Kilmaine. Le prince de Cobourg et le duc d'York se concertèrent alors pour tourner le camp républicain, assis sur la rive de l'Escaut, non loin de Cambrai et détruire d'un seul coup le principal corps du général français; le péril était grand pour Kilmaine, si l'exécution du

projetdescoaliséseûtétérapide;heureusementpourluiqu'ils y procédèrent avec leur lenteur habituelle et lui laissèrent le temps de se replier sur la Sensée, puis sur la Scarpe, où il s'établit à Graverelle, entre Arras et Douai. L'armée du Nord avait échappé à une destruction complète, mais la république était loin d'être sauvée ; la route de Paris était encore une fois ouverte ; une marche hardie pouvait amener le prince de Cobourg et le duc d'York sous les murs de la capitale et compromettre le sort de la révolution • l'idée ne leur vint pas de tenter cette épreuve décisive ; le prince commença l'investissement du Quesnoy, et le duc 8e dirigea sur Menin. Sur le Rhin et dans les Vosges les opérations militaires n'avaient pas eu un meilleur succès. Reauharnais et Delaage, qui commandaient les armées du Rhin et de la Moselle, n'avaient pu interrompre le siège de Mayence, où s'étaient renfermés des officiers de distinction ï>oyré, Meunier, Aubert-Dubayet, Kléber, et des représen^

tants énergiques, Rewbell et Meriin de Thionville ; la place se rendit, le 22 juillet, et la garnison, que la famine et des assauts réitérés avaient réduite de vingt-deux mille à dixsept mille hommes, sortit avec les honneurs de la guerre. Les Prussiens victorieux se rejetèrent sur les armées du Rhin et de la Moselle, et se préparèrent au blocus de Landau. Aux Alpes, où la campagne avait commencé plus tard, on s'était battu sans grands résultats autour de la position de Sospello et du camp de Saorgio, mais la nouvelle de la révolte de Lyon allait enhardir les Austro-Sardes et provoquer de leur part un mouvement offensif. Aux Pyrénées, l'espagnol Ricardos avait refoulé le général Deflers jusque sous le canon de Perpignan (avril) ; un mois après il l'avait forcé de se replier au delà de la Têt, en abandonnant une partie de son artillerie, et il avait mis le siège devant Bellcgarde et le fort des Bains, qui capitulèrent après quelques jours de résistance.

Ainsi la situation de la république était partout déplorable après la chute des girondins. La convention avait vu soixante départements prolester contre le triomphe des montagnards, les grandes villes s'insurger et se fédéraliser entre elles, Lyon appeler les royalistes dans son sein, la Vendée, délivrée des bleus, devenir conquérante à son tour, et les coalisés, enhardis par la désorganisation de ses armées, peser lourdement sur toutes les frontières. Elle ne s'émut point de cette effrayante accumulation de dangers et trouva son salut dans l'excès de son énergie révolutionnaire. Contre les vaincus du 2 juin, elle imagina la constitution de 1793, qui n'avait pas d'autre but que celui de rattacher à sa cause tous les républicains sincères ; contre les royahstes du dedans elles ennemis du dehors, elle décréta les levées en masse , les réquisitions forcées et le mar/wii/m. Les girondins, au temps de leur puissance, avaient confié à un comité, dont le philosophe Condorcet

Hi

était le membre le plus influent, le soin de présenter un nouvel acte constitutionnel, et la Montagne, qui ne voyait dans ses adversaires que des bourgeois aristocrates, avait toujours fait ajourner le développement de leure théories républicaines. Hérault de Séchelles eut la mission de formuler les principes du parti victorieux, et son projet, mis en discussion le 11 juin, fut adopté le 24 du même mois et envoyé tout aussitôt à la sanction des assemblées pri^ maires. Le temps manquait pour examiner à fond ce travail SI rapide, et personne d'ailleurs ne croyait à son ap- P ica tion immédiate ; ce n'était là, dans la pensée des it gislateurs conventionnels qu'un signe de ralliement, ayant oute la valeur d'un drapeau ; aussi ne songea4-on pfs à s enquérir si celte constitution serait ou non praticable, et

fori'f n ''^t concessions à l'esprit démagogique du jour. Au premier abord, rien ne paraît plus élém^Uaire et

£lT "^""''''y^'^'^'^^mue; lapopulationestlaseule base de la représentation nationale ; les conditions de forune exigées par la Constituante n'existent plus, et tout cioyen a je droit d'assister aux assemblées primaires, qui élisent immédiatement les députés. Le corps législat f est un, indivisible et permanent ; il se réunit de dfoit au i " juillet et sa session dure un an. Le conseil exécutif est

tatrï. ' T'"^"'^^^ "^"'^^^ ^^^-^ P^^ ^^ ^eprésenation nationale parmi les candidats qu'ont nommés lésas-

semblées électorales des départements; il est renouveï par moitié à chaque législature. La même mobilité distingue les administrations municipales et judiciaires; on veut se mettre en garde contre tout essai de tyrann e et prendre au sérieux cet article fondamental de la nouvelle déclaration des droits : « que tout individu qui usur- « perait la souveraineté soit à l'instant mis à mort par les « hommes libres. >> La loi n'acquiert un caractère définitif que quarante jours après son envoi aux assemblées pri^

maires, lorsqu'il n'y a pas eu de réclamations de la part du dixième d'entre elles, dans la moitié des départements , plus un. C'est l'intronisation absolue de la démocratie, le régime exclusif de la multitude, l'apothéose du nombre ; mais, nous l'avons dit, peu importait à ses auteurs l'œuvre en elle-même , pourvu qu'elle leur servît de moyen de triomphe, et sous ce point de vue ils atteignirent pleinement leur but. Danton s'était écrié : « C'est au moment « d'un grande production que les corps politiques, comme « les corps physiques, paraissent toujours menacés d'une « destruction prochaine. Nous sommes entourés d'orages ; « la foudre gronde. Eh bien ! c'est du milieu de ses éclats a que sortira l'ouvrage qui immortalisera la nation fran- « çaise. » Mais Danton se montra encore plus éloquent, au point de vue du salut public, lorsque les députés des municipalités départementales, chargés de notifier à l'assemblée l'acceptation de l'acte constitutionnel, demandèrent en outre l'arrestation de tous les suspects et la levée en masse du peuple : « Eh bien ! dit-il, répondons à leurs « vœux ! Les députés des assemblées primaires viennent « d'exercer parmi vous l'initiative de la terreur ! Je de- « mande que la Convention, qui doit être maintenant pé- « nétrée de toute sa dignité, car elle vient dêtre revêtue de « toute la force nationale ; je demande que, par un dé- « cret, elle investisse les commissaires des assemblées « primaires du droit de dresser l'état des armes, des sub- « sistances, des munitions, de faire un appel au peuple, « d'exciter l'énergie des citoyens, et de mettre en réqui- « sition quatre cent mille hommes. C'est à coups de canon « qu'il faut signifier la Constitution à nos ennemis ! C'est « l'instant de faire ce grand et dernier serment, que nous « nous vouons tous à la mort, ou que nous anéantirons « les tyrans. » Le serment fut prêté, et les grandes mesures se succédèrent, L'insurrection girondine du Calv^-

dos avait été déjà comprimée ; les troupes du général Wimpfen s'étaient laissé battre à Vemori à la première rencontre, et le 30 juillet, les autorités constituées du Calvados avaient officiellement reconnu leur erreur. Le le"^ août, la Convention, défiant tout à la fois ses ennemis du dehors et du dedans, dénonça à tous les peuples la conduite lâche, perfide et atroce du gouvernement britannique, qui soudoyait, disait-elle, l'assassinat, le poison, l'incendie et tous les crimes pour l'anéantissement des droits de l'homme, envoya l'infortunée Marie-Antoinette au tribunal révolutionnaire, nomma des commissaires auprès des armées, et adopta, contre les insurgés de la Vendée, un décret rigoureux, qui contenait cet impitoyable paragraphe : « Il sera envoyé par le ministre de la guerre des matières « combustibles de toutes espèces pour incendier les bois, •< les taillis et les genêts. Les forêts seront battues , les « repaires de rebelles seront détruits, les récoltes seront « coupées par les compagnies d'ouvriers pour être portées « sur les derrières de l'armée, et les bestiaux seront sai- « sis. ). A cette époque, les Vendéens, cruellement déciis dans leurs espérances de conquête, étaient rentrés dans le Boccage ; ils avaient vu tous leurs efforts se briser devant la courageuse résistance des Nantais dirigés par le général Canclaux, et le plus populaire de leurs chefs, le voiturier Cathelineau, avait succombé au sein de la mêlée (29 juin); mais ils n'en inspiraient pas moins de grandes craintes à la république; le 5 juillet, au retour de l'expédition de Nantes, ils étaient tombés à Chàlillon sur la division du général Westermann , et l'avaient complètement détruite ; le i 8 juillet, le général Santerre, sorti de Saumur, s'était engagé dans le long défilé de Coron, et là, chargé avec fureur par les royalistes, il avait perdu deux mille morts, trois mille prisonniers, dix canons et tous les bagages. Les Vendéens, deux fois victorieux, avaient repris courage, et

RÉPUBLIQUE FRANÇilSE. 37S

reflet moral de l'échec subi par eux devant la ville de Nantes ne s'était pas produit.

Le 16 août, la convention fut mise en demeure par une députation des jacobins, accompagnée des fédérés qui s'étaient réunis à Paris pour célébrer l'anniversaire du 10 août, de s'élever à la hauteur des grandes destinées de la France, et d'appliquer, sur les bases les plus larges, le principe révolutionnaire de la levée en masse : «t Si vous demandez « cent mille hommes, s'écria l'orateur à la barre, peut-être « ne les trouverez-vous pas ; si vous demandez des mil- « lions de républicains, vous les verrez se lever pour aller ic écraser les ennemis du peuple... Décrétez que le tocsin « sonnera dans toute la république à une heure fixe. Qu'il « n'y ait d'exception pour personne. Que l'agriculture « seule conserve les bras nécessaires à l'ensemencement « des terres et aux récoltes. Que le cours des affaires soit a interrompu, que la grande et universelle affaire des « Français, soit de sauver la république. » Le comité de salut public, qui avait été réorganisé au profit des vainqueurs du 2 juin, et où avaient pénétré les membres les plus ardents de la Montagne, se hâta de faire un rapport séance tenante, et la convention déclara que le peuple français allait se lever tout entier pour la défense de son indépendance, de sa liberté, de sa constitution, et pour délivrer son territoire de la présence des despotes et de leurs satellites. Puis, le 23 août, ce fut le jour du décret définitif ainsi conçu : « Dès ce moment jusqu'à celui où les ennemis au- « ront été chassés du territoire de la république, tous les « Français sont en réquisition permanente pour le service « des armées. Les jeunes gens iront au combat; les hom- « mes mariés forgeront des armes, et transporteront des « subsistances ; les femmes feront des tentes, des habits, « et serviront dans les hôpitaux ; les enfants mettront les « vieux linges en charpie ; les vieillards se feront porter sur

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« les places publiques, pour exciter le courage des guer- « ners, la haine des rois et l'unité de la république. Les « maisons nationales seront converties en casernes ; les « places publiques en ateliers d'armes; le sol des caves « sera lessivé pour en extraire du salpêtre. Les armes de « calibre seront exclusivement confiées à ceux qui mar- « cheront à l'ennemi ; le service de l'intérieur se fera avec « les fusils de chasse et l'arme blanche. Les chevaux de « selle seront requis pour compléter les corps de cavale- « rie; les chevaux de trait, autres que ceux employés à l'a- « griculture, conduiront l'artillerie et les vivres. Le comité « de salut public est chargé de prendre toutes les mesures « pour établir sans délai une fabrication extraordinaire « d'armes de tout genre, qui réponde à l'état et à l'énergie « du peuple français ; il est autorisé en conséquence à « former tous les établissements, manufactures, ateliei-set « fabriques qui seront jugés nécessaires à l'exécution des « travaux, ainsi qu'à requérir pour cet objet, dans toute « la république, les artistes et les ouvriers qui peuvent « concourir à leur succès... Nul ne pourra se faire rera- « placer dans le service pour lequel il sera requis ; les « fonctionnaires publics resteront à leur poste. La levée « sera générale ; les citoyens non mariés ou veufs sans en- « fants, de dix-huit à vingt-cinq ans, marcheront les pre- « miers ; ils se rendront sans délai au chef-lieu de leur « district, où ils s'exerceront tous les jours au maniement « des armes, en attendant l'ordre du départ... Le bataillon « qui sera organisé dans chaque district, sera réuni sous « une bannière portant cette inscription : Le peuple fran- « çats debout contre les tyrans... » La suite du décret portait qu'afin de rassembler les subsistances en quantité suffisante, les fermiers et régisseurs des biens nationaux verseraient dans les chefs-lieux de leurs districts respectifs' en nature de grain, les produits de ces bieus, et que Içs'

propriétaires, fermiers et possesseurs de grains, seraient requis de payer en nature les contributions arriérées, même les deux tiers de celles de 1793. Les moyens financiers qui formaient le complément nécessaire de ce grand système de défense, n'étaient pas moins extraordinaires ; il n'y avait pas moins de quatre milliards six cent seize millions d'assignats en circulation, et le nombre toujours croissant en avait fait descendre la valeur réelle bien audessous de la valeur noîninale ; la convention proscrivit, sous les peines les plus sévères, le commerce du numéraire, et décréta que tout citoyen, convaincu d'avoir refusé en paiement des assignats-monnaie, serait condamné pour la première fois, à six mois de détention, et à une amende de 3,000 livres ; en cas de récidive, à une amende double, et à vingt ans de fers. En même temps, Cambon, l'un des plus habiles administrateurs de l'assemblée, régularisait la dette publique, dont le désordre s'était singulièrement accru pendant les derniers temps, et provoquait la création du Grand- Livre. La convention ajouta à ces dispositions générales et toutes d'intérêt public, nombre de mesures dictées uniquement par l'esprit de parti ; ainsi, l'on ne se contenta pas de mettre en état d'arrestation les étrangers des pays avec lesquels la république était en guerre, et non domiciliés en France avant le 14 juillet 1789 : on incarcéra aussi les constitutionnels et les républicains modérés, pour être gardés jusqu'à la paix. « Dans le moment, ce n'était encore qu'une mesure de précaution. La bourgeoisie, le commerce, la classe moyenne, fournirent des prisonniers après le 31 mai, comme la noblesse et le clergé les avaient fournis après le 10 août. On créa une armée révolutionnaire de six mille soldats, et de mille canonniers pour l'intérieur. Chaque citoyen indigent eut quarante sous par jour, afin d'assister aux assemblées de section. On délivra des certificats de civisme, pour être assuré des opi-

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nions de tous ceux qui coopéraient au mouvement révolutionnaire. On plaça les fonctionnaires sous la surveillance des clubs ; on forma un comité révolutionnaire par section, et l'on fit face de toutes parts aux ennemis extérieurs et aux insurgés du dedans * » '

A cet énergique concert de toutes les passions et de toutes les volontés réunies dans un but commun, les partisans de la Gironde n'opposaient que des résistances isolées et de tièdes sympathies ; aussi le dénouement de la lutte ne fut-il pas un instant douteux. La soumission de Caen détermina celle de presque toutes les grandes villes Bordeaux ouvrit ses portes au représentant Tallien- le général Carteaux culbuta l'arméesectionnaire des Marseillais m son entrée dans la ville (25 août), et marcha vers Toulon, qui n'échappa momentanément à la vengeance des républicains que par l'admission dans le port de l'amiral anglais Hood, avec huit mille Espagnols. Lyon, abandonné à ses propres forces, sans espoir de secours, même du côté des Alpes, où les Piémontais venaient d'être battus, vivement pressé par l'armée de Kellermann, à laquelle' le représentant Couthon expédiait journellement des renforts provenant de la levée en masse, se défendit à outrance, sous le commandement du royaliste Précy ; mais il fallut enfin capituler; Précy eut la hardiesse de passer à travers les lignes des assiégeants, avec un millier de Lyonnais, et gagna heureusement la Suisse; le reste attendit en tremblant les ordres de la convention (9 octobre). La prise de Lyon permit aux conventionels de diriger vers le Midi, une bonne partie de l'armée victorieuse, et le i9 décembre Toulon près d'être foudroyé par le général Dugommier* qui avait suivi les inspirations d'un jeune officier d'artillerie, nommé Bonaparte, fut évacué par les ennemis,

» Mignet, Histoire de la Révolution française.

qui en se retirant, mirent le feu à la ville, et brûlèrent dans le port une escadre française de vingt vaisseaux. L'anéantissement de la Vendée suivit de fort près la reddition de Toulon. Après la défaite des Meus à Coron, la lutte s'était maintenue entre eux et les royalistes, sans prendre un caractère décisif. Le général Rossignol, une créature de la commune de Paris, était venu remplacer Biron, dont la modération déplaisait, et avait pris à tâche de perpétuer les discussions fâcheuses qui s'étaient élevées entre l'état-major de Saumur, et celui de Nantes, où commandait Caudaux. Les Vendéens avaient été battus deux fois à Luçon (30 juillet, 14 août), par le général Tuncq, et ils avaient détruit la division de son successeur Lecomte, à Chantonnay (3 septembre). Lorsque la garnison de Mayence qui ne pouvait servir d'un an contre les coalisés, arriva à Nantes, et prit une part active à la guerre (6 septembre), les événements se dessinèrent avec plus de netteté, et la Vendée dut périr. Une première invasion dans le Boccage, échoua par la faute de Rossignol, que la défaite de Lecomte avait effrayé, et qui se hâta d'ordonner un mouvement rétrograde; lesMayençais furent écrasés à Torfou (19 septembre), et le général Santerre essuya encore à Coron, le même jour, une déroute plus sanglante que la première. Rossignol et Canclaux perdirent leurs commandements, et le général Léchellc parut en scène. C'était un militaire incapable, mais il avait sous lui deux officiers de la plus grande distinction, Kléber et Marceau, et il eut le bon esprit de s'abandonner entièrement à leurs conseils. Les royalistes vaincus àTreize-Septiers, à Châtillon, à la Tremblaye et à Chollet (17 octobre), se trouvèrent acculés à la Loire, et se décidèrent à envahir la Bretagne. Lescure, Bonchamps etd'Elbée, trois de leurs meilleurs généraux, avaient été blessés mortellement : Larochejacquelin et Stofflet restaient seuls debout; Charette s'était isolé par suite de riva-

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lités mesquines. Le passage du fleuve eut lieu le 18 octo- ^re au milieu d'une confusion inexprimable, au bruit de 1 artillerie républicaine, et quatre-vingt mille hommes femmes et enfants, se dirigèrent vers Granville, pour se mettre en communication avec les Anglais, qui leur avaient promis des secours s'ils s'emparaient d'un port Le général Léchelle, qui les poursuivait, voulut livrer bataille œiitre l'avis de ses officiers, et se laissa battre à Entrâmes (27 octobre) ; mais Granville opposa une résistance invincible, et la retraite devenue nécessaire, acheva la démoraisafion des insurgés. Vainqueurs à Pontorson, puis à Dol (17-22 novembre), par suite de la précipitation des gênéraux Tribout et Westermann, ils attaquèrent en vain la ville d Angers (3 et 4 décembre). Le i2, ils furent écrasés dans les rues du Mans, et le 23, au moment où ils se préparaient à repasser sur la rive gauche de la Loire ils furent exterminés à Savenay (25 décembre). Larochejacque- Jin et Stofflet, s'échappèrent avec quelques milliei-s d'hommes La Vendée était désormais détruite, et la mission des chefs républicains allait se borner à compléter l'anéantissement des vaincus.

A la frontière, les armes delà république avaient aussi prospéré. « Carnot venait d'entrer au comité de salut pu- « bhc. A la méthode systématique de la coalition, qui con- « sistait à faire marcher une armée entière en avant d'un « vaste front d'opérations aussi régulièrementaligné qu'un « bataillon sur le champ de manœuvre, il entrevit que l'on « pourrait opposer une combinaison plus féconde en ré- « sultats. Celait de porter, contre un point du cordon « ennemi , une masse de forces assez compacte pour le « rompre et le contraindre à reformer en arrière son ali- « gnement *. » Le général Houchard, qui avait succédé à

rL^! pT.^^'k ?"'"'' "^^ ^' Révolution, par un ancien élève de I Erole Polytechnique.

Custine, fit le premier l'application du nouveau système de Carnot, et gagna sur le duc d'York, qui assiégeait Dunkerque, l'importante bataille de Hondschoote (6, 7 et 8 septembre), puis celle de Menin sur le prince d'Orange (13 septembre). Il fallait alors se rabattre sur le général Beaulieu, dont la division liait les Hollandais au généralissime autrichien, le culbuter et prendre eu flanc le prince de Cobourg, qui, maître du Quesnoy, avait investi Maubeuge. Houchard ne comprit pas que ce devait être là un mouvement décisif; il se lança â la poursuite du prince d'Orange et se laissa surprendre par Beaulieu à Courtrai (15 septembre. Le comité de salut public ne pardonnait plus des erreurs de ce genre ; le malheureux général fut destitué et traduit devant le tribunal révolutionnaire. Le montagnard Jourdan, appelé à le remplacer, marcha aussitôt sur Maubeuge, attaqua sans hésiter les positions des ennemis, bien qu'ils fussent supérieurs en nombre, et remporta sur le prince de Cobourg une brillante victoire à Wattignies (15 et 16 octobre). Les Autrichiens repassèrent la Sambre, et Jourdan reçut l'ordre de les suivre pour délivrer le territoire; mais la pluie survint, et bientôt on dut se décidera prendre des quartiers d'hiver. Sur le Rhin et dans les Vosges, les armées républicaines avaient défendu le terrain pied à pied depuis la capitulation de Mayence ; toutefois , elles avaient été repoussées aux combats de Pirmasens et de Bondenthal (12 et 14 septembre) , et forcées d'évacuer les fameuses lignes de Weissembourg (13 octobre). L'arrivée des représentants Saint-Just et Lebas ranima leur courage ébranlé ; deux généraux habiles succédèrent à des commandants obscurs et sans capacité militaire. Hoche et Pichègru se concertèrent, et refoulèrent tout à la fois les divisions de Brunswick et de Wurmser, les enfoncèrent à Geisberg (25 décembre), rentrèrent dans Landau, bloqué depuis le mois d'août, dans les lignes de Weissembourg, et ne se

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reposèrent qu^en pays conquis. Aux Alpes, Kellermann avait ^jeté au delà du Saint-Bernard le marquis de Montferrat fJn K rJj ^'^^^^^^^ qui s'avançait au secours de Lyon (combat dÉpierre, iO septembre), et, dans le comté de Nice Dugommier avait fait reculer, à Gilette, les impénaux du général De Vins (18 octobre). Aux Pyrénées, il y avait eu de fréquentes rencontres entre les Espagnols et les républicains, sans que personne s'en émût , car l'intérêt s était porté ailleurs. Le général Ricardos avait été défait à Thuir {il juillet), et il y avait pris sa revanche (22 sepembre ; on ne put le contraindre à repasser les monts, et 1 on du ajourner à la campagne suivante la libération du Roussi Ion. Au résumé, l'année 1793, qui s'était annoncée dune façon si menaçante, ne pouvait mieux finir « On « avait presque sur tous les points préservé le territoire • « on conservait quelques conquêtes; on s'était préparé « d immenses moyens militaires que les circonstances « avaient naturellement disposés à recevoir une organisa- « tion puissante K »

A l'intérieur, la convention avait affermi sa puissance un instant compromise, et concentré tous les pouvoirs dans les mains du comité de salut public. Le 10 octobre , Saint- Just avait paru à la tribune et lu un rapport dans lequel il disait : « Dans les circonstances où se trouve la république « la constitution ne peut être établie ; on l'immolerait pai^ • eHe-même. Elle deviendrait la garantie des attentats « contre la liberté, parce qu'elle manquerait de la vio- « lence nécessaire pour les réprimer. Le gouvernement est « aussi trop embarrassé. Vous êtes trop loin de tous les « attentats; il faut que le glaive des lois se promène parce tout avec rapidité , et que votre bras soit partout présent « pour arrêter le crime. » On décréta que le gouvernement

» Tableaa des guerres de la Révolution, etc.

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. ÔSL

provisoire de la France serait révolutionnaire jusqu'à la paix; que le conseil exécutif, les généraux, les ministres , les corps constitués seraient placés sous la surveillance du comité de salut public, chargé d'en rendre compte à la convention ; que l'inertie des autorités étant la cause des revers, les délais pour l'exécution des lois et des mesures de salut public seraient fixés, et que la violation de ces délais serait punie comme un attentat à la liberté ; que le nécessaire de chaque département serait évalué par approximation et garantie , et que le superflu serait mis en réquisition ; qu'il serait créé un tribunal et un jury de comptabilité , dans le but de poursuivre tous ceux qui avaient manié les deniers publics depuis la révolution , et de leur demander compte de leur fortune. « Ainsi se constitua, dit « M. Mignet , cette puissance terrible qui dévora les enne- « mis de la montagne , qui dévora ensuite la montagne et « la commune, et qui ne finit qu'en se dévorant elle- « même^» Ce fut tout simplement l'organisation de la dictature au profit des jacobins et de leur chef Robespierre. Le comité de salut public comptait douze membres; Hérault de Séchelles et Robert-Lindet, tous deux amis de Danton , furent laissés à l'écart; Carnot eut la direction exclusive des opérations militaires ; Cambon ne s'occupa que de la question des finances; Prieur de la Marne et Prieur de la Côte-d'Or n'aspiraient à aucun rôle politique et ils se vouèrent sans réserve à des travaux d'administration. Le pouvoir appartint donc à Robespierre, Couthon, Saint-Just, Billaud-Varennes et Collot-d'Herbois, c'est-à-dire aux plus fougueux jacobins, et le faible Barrère, qui de feuillant était devenu girondin après le 10 août, et de girondin montagnard après le 31 mai, eut le monopole du panégyrique. L'établissement du gouvernement révolutionnaire

* Mignet, Histoire de la Révolution française.

éteit la conséquence extrême de la guerre à mort que la

sanglante à remphr et une réaction à provoquer par les

TorïrH '''''""""' '' ^™ '''''"''■' "'""'=' 'er'eu à I ordre du jour, promena en tous lieux la guillotine et

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son mrû^"" v^'" laconiquement formulé le programme de son par , : . vous n'avez plus rien à ménager, avait-il dit

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nu£ J /! V *" f""" ""^ «^^ ^«''- » Le comité de salut

saiï Zr , r r"'' '' '•'' '"PP"'^*^ commencèrent. On sait comment fut punie la longue résistance de Lyon

« Vous 1 appellerez t.,7/e-a/rr«ncA,e. et sur les ruines de « cette infâme cté, il sera élevé un monument qui attes- « tera lecnme et la punition des ennemis de la liberté Ce « seu mot dira tout -Lyon fi, la guerre à la liberté. Lyon cbâZif.!: ^°'^'-^"<'.'->'°'« «» f-ouehé de Nantes furent

iS L '' ""'"""■ '°"P ^' "'«■■t^a"' e' 'a démo-

lition fut poursuivie par huit cents ouvriers, tandis que les

représentants organisaient les mitraillades et inventaient S Trir'J"^»^''' '" ■■"'"' ^' ""''' malheureuse ville. tTTrîr "° V'f "^ ^"''"' aussi répandus ; à Marseille, à Caen, à Bordeaux, les exécutions furent moins

ZitTf """r r"^'"''^^' P''"-'=« <I"e 'a répression

Sim ^ ''^"- ^ '*'™' '« "•'■^""«' révolutionnaire s établit en permanence , et l'échafaud ne se reposa plus

jusqu'au 9 thermidor. Marie-Antoinette comparut^e 4

rtmdr''T^"r''''"°"^"''^^^'=«^"^^^«(16octobre) au brui des applaudissements de cette multitude, qui jadis avau salué avec tant d'enthousiasme la venue de réponse du dauphin. Quelques jours après, ce ftit le tour des ^Z

HÉPVBLIQUE FRANÇAISE. 383

dins, au nom desquels avait eu lieu la révolte des départements; ils étaient au nombre de vingt-un, Brissot, Vergniaud, Gensonné, Fonfrède, Ducos, Valazé., Lasource, Silléry, Gardien, Carra, Duprat, Beauvais , Duchàtel, Mainvielle, Lacaze, Duperret, Fauchet, évêque constitutionnel du Calvados, Boileau, Leliardy, Anliboul et Vigée. En entendant son arrêt de mort, Yalazé se frappa d'un coup de poignard. Lasource s'écria : « Je meurs dans un mo- « ment où le peuple a perdu sa raison ; vous, vous mour- « rez le jour où il la recouvrera. » lis marchèrent vers la place de la Révolution en chantant la Marseillaise , et se livrèrent au bourreau en hommes de cœur, comme ils avaient vécu (31 octobre). Le duc d'Orléans , Philippe- Égalité, qui avait joué dans la révolution un si triste rôle, les suivit de près (6 novembre), ahisi que le vertueux Bailly , auquel on n'avait pas pardonné le massacre du Champ-de-Mars, sous la Constituante (11 novembre). Les girondins, qui s'étaient échappés, ne furent pas plus heureux. Grangeneuve, Salles, Guadet, Barbaroux périrent à Bordeaux. Pétion, Buzot et Roland mirent fin à leurs jours, ainsi que le philosophe Condorcet. Rabautfut exécuté à Saint-Étienne , Valady à Périgueux, Chambon à Lubersac. La belle madame Roland fut guillotinée à Paris, car le tribunal révolutionnaire n'épargnait personne ; les généraux de leur bord furent aussi condamnés , Custine , Bouchard, Biron, Beauharnais. Louvet, Kervélégan, Lanjuinais, Henri Larivière et Lareveillère-Lépeaux réussirent seuls à se soustraire aux vengeances de leurs persécuteurs jusqu'à la chute du régime de la Montagne.

Le comité de salut public et son instrument judiciaire suivaient une marche parallèle. Pendant que celui-ci frappait indistinctement tous les hommes du passé, feuillants et girondins, royalistes et républicains modérés, celui-là rompait brusquement avec les vieux usages, et substituait

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^ HISTOIRE DE PRANCE.

«ne ère nouvelle , à l'ère chrpfipnr ^ i .

du 22 septembre no^jr de lffo„l?'"r '""''"'^'''

jours, sous les noms de vendi'miaL , ■ "'^"'®

Pourl-aulomue. de nivZ în-^l ' '""T"""*' /■"'»«'«

nonMi, décadi. Les cinq Lrn S' Stl ''''■''''•■'

fu/o«,rfe par excellence et se passer «n fl! ""

La progression du mouvement ro utioLaSéïT''''- Mremcnt logique, au point de vuedeseslhefc ^"^"' proscrit les individus qui appartenaient?,? ' °" *^''" que o„ «bolissau ma'mtenS ," ^ -en^ Tn'""vmt bientôt d'en finir avec l'antique relLl '"■'

quelque peu la monarchie. La commun o^d^"'"''" acl,on des enragé», dirigée par le pTu .;ur rL"'" '" le substitut Hébert Drnvnn,,. a1, '"^'^"'f ""^ Chauraelle et

tulionnel de Par 'ef de s„nj /'''''''''''''"« '^«"««nelle;ce fut ureXLernrnVn ^^ ""' "''J"'^"''" «"«"-

et «iais. PuisqS::-s:Sm;srureïr^

se présentèrent à la barre de h rnnvif '^passion.

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belle jeune feZe qufiouaiUeT'"' ''"^ '''^ '''^ ""« Mais ces scènes .-Siculls ou in'l'^ °'""^*' '^'^ '^ «^^^ss*-' d^ révolutionnairtl^ba' ™-3^^^^^ -'-- ^«e Hébert, Vincent, Momoro, le PmsJtu ,Z\ """'''' •

et ie général Ronsn,, qui ;.éta-rZ:S7::p^r;:

RÉPUBLIQUE PRANÇAfSE. ,185

journal du P^Ve Duché ne , no devaient pas avoir une longue durée. Les enragis; qui frayaient avec la partie la plus vile et la plus emportée de la populace, parlaient déjà tout bas du modérantisme du pouvoir, et s'efforçaient de le pousser à de nouveaux excès ; ils étaient devenus compromettants par leur turbulence , et entraient sourdement en lutte contre le comité de salut public. Ce n'était pas là le compte des dominateurs de la Montagne, et la perte des liébertistes fut résolue.

Un autre parti s'était aussi formé, en dehors des comités, qui, croyant la révolution terminée et la république désormais hors de danger, répugnait aux mesures de rigueur, et demandait qu'on cherchât à rattacher les vaincus à la cause populaire, au lieu de les exterminer. Danton s'était mis à sa tête, Danton, qui possédait encore la plus grande renommée révolutionnaire du jour, et qui avait contribué , plus que personne, au salut de la nation ; cet homme singulier qui avait été le principal instigateur des massacres de septembre, qui n'avait jamais reculé devant les nécessités les plus terribles, s'était laissé attendrir lors du supplice des girondins qu'il croyait inutile, et depuis ce moment il avait rêvé le retour du gouvernement à la modération ; il s'était confié à quelques amis sûrs, tels que Philippeaux^ Lacroix, Camille Desmoulins; puis, fatigué de la tourmente,' il s'était retiré dans sa ville natale, à Arcis-sur-Aube, pour y vivre paisiblement avec sa jeune femme , dont il' était épris. Alors l'impétueux Camille Desmoulins divulgua son idée et la popularisa dans les premiers numéros du Vieux Cordelier , ce pamphlet tout à la fois si énergique et si spirituel, qui est resté un chef-d'œuvre. Son collègue Philippeaux dénonça l'état-major de Saumur, composé des favoris de la commune, et dont les fautes grossières avaient grandement contribué à prolonger la guerre de la Vendée. Le comité de salut public s'émut, les nouveaux modérés "• 33

fi

attaquaient sa puissance dictatoriale et ses dernières mesures; ils réclamaient la répression des hébertisles, la lin des proscriptions, la mise en liberté des suspects, labulilion du tribunal révolutionnaire et l'établissement d'un comité de clémence; ils s'en prenaient nominativement à Billaud-\arennes, Saint-Just, CoUot-d'Hcrbois, dont l'inflexibilite leur semblait incurable ; mais ils avaient respecté Robespierre, dont l'influence morale était immense%t lorsque Danton, rappelé par eux, revint d'Arcis-sur-Aube' Il s aboucha avec l'inconuptible. qui était resté neutre entre les deux partis. Les deux rivaux parurent d'abord s entendre; Robespierre défendit Danton aux jacobins et corrigea lui-même les épreuves du Vieux Cordelier. La bonne intelligence ne dura cependant pas longtemps : Billaut, CollotetSaint-Just, qui se voyaient menacés, circonvmrent leur collègue, réveillèrent ses anciennes jalousies , et obtmrent de lui le sacrifice des dantonistes, en lui aban' donnant les anarchistes de la commune. Robespierre monta a la tribune et accusa les deux factions des modérés et des ultra-révolutionnaires, qui, sous des bannières différentes, tendaient, disait-il, au même but, c'est-à-dire à la désorganisation du gouvernement populaire , à la ruine de la convention et au triomphe de la tyrannie. Saint-Just s'expliqua plus ouvertement encore : « Que voulez-vous, dit-il, vous « qui ne voulez point de vertu pour être heureux? Que « voulez-yous , vous qui ne voulez point de terreur contre « es méchants? Que voulez-vous, vous qui courez sur « les places publiques pour vous faire voir et pour faire « dire de vous : Vois-tu un tel qui passe ? Vous périrez « vous qui courez à la fortune ; vous qui prenez un œil « hasard et affectez les patriotes pour que l'étranger vous « achète ou que le gouvernement vous place ; vous , de la « faction des indulgents, qui voulez sauver les criminels • « vous de la faction des étrangers, qui voulez tourner la

BÉPUBLIQUE FRANC/AISE. 387

« sévérité contre les défenseurs du peuple ! Des mesures « sont déjà prises pour s'assurer des coupables ; ils sont « cernés. » Saint-Just fit décréter que la justice et la probité étaient à l'ordre du jour, et c'était encore une menace dirigée contre les dantonistes, qu'on appelait aussi les immoraux, et dont on flétrissait les dilapidations (23 ventôse—15 mars). Le soir, l'accusateur public, Fouquier- Tinville, fit arrêter Hébert , Vincent, le général Ronsin , Momoro et quelques autres , auxquels on adjoignit Chaumette, l'évêque de Paris Gobel et Anacharsis Clootz. Le club des Cordeliers , qui leur était dévoué , voila la déclaration des Droits de l'Homme et chercha à remuer le peuple en leur faveur ; mais rien ne bougea dans les faubourgs, et le 4 germinal ils furent conduits à la place de la Révolution , en présence d'une nombreuse foule qui se moquait des lâche^ tés d'Hébert, et qui, parodiant un mot familier aux porteurs de son journal, s'écriait : « // est bougrement en colère, le père Buchéne. » Les ultrà-révolutionnaires avaient disparu de la scène; il restait à se débarrasser des indulgents, et des bruits sinistres circulaient dans Paris. Les avertissements ne manquaient pas à Danton, qui se reposait sur sa force passée, sur la vieille popularité de son nom, et qui ne pouvait croire à tant de hardiesse ; on lui proposa de fuir, et il répondit dédaigneusement : « Est-ce qu'on em- « porte sa patrie à la semelle de ses souliers. » Le iO germinal, il fut saisi avec Lacroix, Philippeaux, Camille Desmoulins et conduit au Luxembourg. A cette nouvelle, la convention, depuis longtemps muette, s'agita, etLegendre osa faire une motion en faveur de ses amis, mais Robespierre monta à la tribune : « Au trouble depuis longtemps « inconnu, dit-il, qui règne dans cette assemblée, à l'agi- « tation qu'a produite le préopinant, on voit bien qu'il est « question ici d'un grand intérêt, qu'il s'agit de savoir si « quelques hommes l'emporteront aujourd'hui sur la pa-

HISTOIRK DE FRANCK.

« trie.. » La convention, subjugée, se tut, et décréta d accusation Danton, Camille Desmoulins, Philippeaux Lacroix le général Westermann, Chabot, Bazire, Fabre^ dEglantine, Delaunay, Hérault de Séchelles et quelques hommes plus obscui:s. Amenés devant le tribunal révolu-

ÏaX'nf 1' "''"''' '' défendirent vigoureusement et effrayèrent leurs juges par la véhémence et la fermeté de leurs réponses; on ne put leur imposer silence, qu'en les menant hors des débats. Lors de son premier interroga!

TZnJ^r :"""'' ^'''' '''' ''''' ^^"^^"> ^««^^ ^onnu dans la révolution ; mon corps sera bientôt dans le néant

« et mon nom au Panthéon. >> Lorsqu'on vint lui signifier son arrêt de mort, il s'écria : « On nous immole à l'ambi- « ion de quelques lâches brigands, mais ils ne jouiront pas « longtemps de leur criminelle victoire. J'entraîne Robes- « pierre Robespierre me suit. „ Ils furent exécutés le 16 germinal (5 avril 1794); mais la dernière prophétie de Danton ne devait pas tarder à recevoir son accomplissement « Pendant les quatre mois qui suivirent la chute du « parti de Danton , le pouvoir des comités s'exerça sans « opposition et sans retenue. La mort devint le seul moyen « de gouvernement, et la république fut livrée à des exé- « cutions journalières et systématiques. C'est alors que « furent inventées les conspirations des prisons encombrées « avec la loi des suspects et qu'on vida avec celle du 22 « prainal, qui pourrait être appelée la loi des condamnés- « cest alors que les envoyés du comité de salut public « remplacèrent tout à fait, dans les départements, ceux « de la montagne, et qu'on vit dans l'ouest. Carrier le « le protégé de BiUaud; dans le midi, Maignet, le protégé « de Couthon; dans le nord, Joseph Lebon, le protégé de « Robespierre. L'extermination en masseconlre les ennemis « de la dictature démocratique, qui avait déjà été pratiquée « â Lyon et a Toulon par des mitraillades, devint plus hor-

RÉPIBLIQUE FRANÇAISE. 389

« rible encore par les noyades de Nantes, par les échafauds « d'Arras, de Paris et d'Orange ^ » Robespierre atteignait le plus haut période de sa puissance , et tous les regards étaient fixés sur lui ; le club des jacobins l'avait suriTommé le bon génie de la république , et la convention tremblait à sa voix. Pour les étrangers , il résumait la révolution tout entière ; pour le peuple, il personnifiait en lui-même toutes les vertus républicaines solennellement mises à l'ordre du jour; pour quelques fanatiques, il était déjà une sorte de Messie, ou tout au moins de prophète inspiré. C'était là plus qu'il n'en fallait pour gonfler cette àme vaniteuse et la pousser à de graves imprudences. Le culte de la Raison étant tombé en oubli depuis la chute des hébertistes , il avait fait reconnaître par la convention l'existence de Dieu et l'immortalité de l'àme, et instituer des fêtes décadaires à la Vérité, à la Justice, à la Pudeur, à V Amitié, à la Frugalité, à la Bonne foi, à làGloire, à V Immortalité, au Malheur, etc. Le 20 prairial (8 juin), la religion nouvelle fut inaugurée par une cérémonie brillante, et Robespierre, qui avait imaginé l'Être suprême , fut appelé à en faire les honneurs en sa qualité de président de la convention. Quelques jours auparavant, une tentative d'assassinat, qui en définitive n'avait sérieusement menacé que les jours de Collot-d'Herbois, avait permis aux jacobins de faire éclater sans mesure leur enthousiasme et de célébrer la vertu , le génie et l'éloquence du grand homme de la république. Robespierre prit toutes ces flatteries à la lettre, et, le 20 prairial, revêtu d'un costume splendide, tenant des fleurs et des épis dans sa main, il affecta de marcher seul en avant de ses collègues de la convention, comme s'il eût voulu, par un isolement calculé, habituer les esprits à la pensée de son usurpation . Son visage respirait la joie et la satisfac-

* Mignel, Histoire de la Révolution française.

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tioii les plus intimes, et les modérés espérèrent en le voyant, qu'il annoncerait la venue d'un régime nlus rlé

"tVeÏr h'h'- " "■''" ^"' -'heureusonfent pSi"ai : et on entendu d.re : « Peuple, livrons-nous aujourd'hu « aux transports d'une pure allégresse. Demain nouscom' « battrons encore les vices et les tyrans. ., Deux jou,^ après

Couthon présenta à la convention la fameuse loi du 22 pramal. " ^^

Le comité de salut public s'engageait, de plus en plus, dans les voies de l'extermination, et cependant toutes ces crises violentes de la guerre étrangère et de la révolte in! t neure, qui avait mis la république en péril et justifié jusqu à un certain point les exagérations révolutionna res avaient disparu. La Vendée, détruite à Savenay n vS plus de grandes armées ; les colonnes infernales du généra Turreau sillonnaient le pays en tout sens, brûlant les villages et les forets, traquant impitoyablement es rebe 11 s passant tout au fil de l'épée (janvier . Ces mesures im lai cables avaient soulevé tout ce qui restait de Vendons mais Ils étaient hors d'état de soutenir la lutte; ilsnecoml ba aient plus que dans l'intérêt de leur existence personne le, sans chefs, car la Rochejacquelin était mort (4 mai^) et Ils n avaient plus guère que Stofilet et Charette, sans munitions, sans aucun point de ralliement ; dans cette situation desespérée, la modération devait les désarmer et le successeur de Turreau, Vimeux, commença l'œuvre'de la pacification. Au nord, Pichegru qui comptait cent cinquante mille hommes sous ses ordres de la mer à la Sambre avait laissé prendre Landrecies,au débutde lacampagne (30 avril) et le prince de Cobourg s'apprêtait à renouveler ce vieux projet d invasion que les coalisés tenaient en réserve de puis deux ans; mais le général républicain envahit la Flandre maritime avec cinquante mille hommes, et le plan des ennemis se trouva compromis. Clairfait et le duc d'York

RÉPUBLIQrE FR\NÇ\ISE. 391

furent battus à Moescroen, à Courtrai, à Turcoing, à Hoogiède, tandis que Jourdan, avec les armées de la Moselle et des Ardennes, forçait le passage de la Sambre, gagnait sur le prince de Cobourg la bataille de Fleurus 26 juin), pénétrait dans les Pays-Bas, et opérait à Bruxelles sa jonction avec l'armée du Nord ; les Autrichiens furent rejetés au delà du Wahal. Dans les Vosges, les généraux Moreau et Michaud avaient culbuté les Prussiens à Neustadt, Édenkoben, Trippstadt, emporté les hauteurs de Kaiserslautern, et envahi l'électorat de Trêves, afin de se mettre en communication avec l'armée de Jourdan, qui avait pris le nom d'Armée de Sambre -et-Me use. Aux Alpes, on s'était emparé du petit Saint Bernard et du Mont-Cénis ; dans le comté de Nice, le général Dumerbion avait chassé les impériaux de Ponte-di-Nave, fait capituler Ormea et Saorgio, pris possession du col de Tende, et s'était établi sur le revers méridional des Alpes maritimes. A la frontière des Pyrénées, Dugommier avait forcé le camp espagnol du Boulou, repris Collioure et Port-Vendres , et Moncey , franchissant la Bidassoa, avait occupé la vallée de Bastan, enlevé Fontarabie, transporté le théâtre de la guerre sur le territoire ennemi.

Ainsi la république était partout victorieuse, et les rigueurs du pouvoir décemviral n'avaient plus l'excuse des revers. Cependant Couthon vint apporter, le 22 prairial, à la convention, une loi effrayante, qui supprimait toutes les garanties de la défense, et mettait la nation tout entière à la discrélion absolue de l'accusateur public : « La loi, y était-il dit, donne pour défenseurs aux patriotes calomniés des jurés patriotes; elle n'en accorde point aux conspirateurs. L'assemblée, qui était demeurée silencieuse depuis la mort de Danton, retrouva alors un reste d'énergie pour appuyer une motion d'ajournement, mais la parole toutepuissante de Robespierre brisa les résistances, et le tribu-

IIISTOinE DE FliAKCE.

«al révolutionnaire, dominé par Fouauier-Tinviiip n».

rErr""'^ '^ '"^'' «^^^ sr :;; „«

ÉlLh^H P'^°""««- '^'•nave, Malesherbes, madame

mille mT: ''"^ '" P"^"""'*"^ "'-'^«« «

quarvhl!? "•«™"""- (10 juin -27 juillet, douze cent quaire-v,„gt-c.nq personnes furent envoyées à Térhafaud Heureusement que le règne de la terreur tirait à ï fin t

toesB^nirv '""' ""'°"' '"luié'ait leure col-

lègues Billaud-Varennes, Collot d'Herbois et Barrère don.

l.mportancepolitiqueallaits-amoindnssan nous e^^^^^^^^^ nerale Amar Vad.er, Vouland. n'avaient laissé périr li

devant celle du comité de salut public. Dans laconvent^n if ^"'^ "« ««"ton, Tallien, Bourdon de 1-0^ Lecrëndrè

Wn" n Th' ?'"'""* ""« nouvelle "s'tede'pro! Scnpt,on, en tôte de laquelle auraient figuré leur^ noms

Tous ces ressentiments divers se firent jour peuTt^u et

1 op^U.on grandit en dépit de la craime. Es Sn-

dit. Robesp,erre n'était pas un homme d'action ; 1 ne pS

pas Im.tmuve des hostilités; il soutTrit qu'on rdiculfjî

preieniions a la tyrannie, qu'on l'appelât PisistritP m

nTviL ! r"" '' ^^'•''"" «^"^-« -' --ait " amne une vieille illuminée, Catherine Théot, dans les rêves en

thousiastes de laquelle il jouait un de prem ers rlsli

e?nemT/T""'- "^ " '" ""''^"'^ «^'«^ amertL de ses ennemis, et organisait lentement le plan d'une I!!

tendait plus que le retourde Saint-Just, que se^ adv'eiirl voulurent en vain mtacher à leur caus . L 1 heS "

RÉPIJBLIQIE FRANÇAISE. 393

il reparut à la convention et attaqua violemment tous ceux qui voulaient perdre la république par les excès ou par la modération ; c'était ainsi qu'il avait procédé contre Hébert et Danton, et il comptait sur un semblable dénouement; la convention, encore indécise, ne fit entendre ni un applaudissement, ni un murmure; les Jacobins, qui lui appartenaient entièrement , couvrirent son discours d'acclamations frénétiques, et la lutte fut ajournée au lendemain. Pendant toute la nuit, les montagnards qu'il avait accusés sans les nommer, coururent chez les représentants de la droite et de la Plaine , qui ne s'étaient pas prononcés, et qui se souvenaient que Robespierre avait sauvé soixantetreize des leurs, mis en état d'arrestation au mois d'octobre précédent, pour avoir protesté contre l'insurrection du 2 juin ; ils réussirent enfin à les gagner, et, le *l thermidor, au début de la séance, la majorilé fut formée contre les triumvirs. Aussi , lorsque Saint-Just essaya de parler, Tallien l'interrompit avec véhémence , et demanda que le voile fût entièrement déchiré. Billaud-Varennes prit la parole et dénonça hautement les projets de dictature de Robespierre ; celui-ci voulut répondre, et sa voix fut couverte par des cris furieux : « A bas le tyran ! à bas le tyran ! » Un tumulte effroyable régnait dans la salle ; le président Thuriot agitait sa sonnette, et Robespierre lui criait en vain d'une voix irritée : « Pour la dernière fois, me donneras-tu la parole, président d'assassins?» 11 s'adressa alors aux députés de la droite et ne rencontra que des regards glacés ; son visage était livide, sa bouche écumait : « Malheureux, lui dit un montagnard, le sang de Danton t'étouffe. » Son arrestation fut décrétée à l'unanimité avec celle de Couthon, de Saint-Just, de Lebas et de Robespierre jeune ; les deux derniers avaient généreusement réclamé leur part de responsabilité. La convention triomphait dans son enceinte, mais le combat n'était pas terminé. Le con-

il'

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piin 1 . '"^a^cération de Robespierre et de sescollècrnpo

mettait les con;Leu.?tr;ial'"r''K' "" '"'^^'""'"^^ «aires vinrent peu! peu se rw^; . .' "'T"' '''="°"lo..qu-ils furent en nol e BaSs n?"f ' ''""'"^^ =

de ia force armée et secoSé pa^Fré o„ 1^7?"^ don de l'Oise Vp^uA i Ar. *\V ' ^^^^' ^<^"r-

« est allé prendre les ordres des comités Nnnc .1 « çhercontre lesrebelles. Nous les Tie^rsir;" « la convention, de nous livrer les triitr^IT' ''.","°""^« «sent, nous réduirons en pondre îeSj el i^ I^" dent lui avait répondu : « Partez de snii^ afin ■ ■ «ne paraisse pas avant que a êë 1 "'"''""'' « soit tombée. „ On arriva\eJ mfnuit à nSSle" ou les conjurés étaient toujours ri«pmKiV . "f ^'"^' Grève n'était même pas défSue lis ' " P'"'' "' ho., la loi avait proSuit n eff me ™i eureTtn'"?"" partisans s'étaient débandés. A la v^ri^^n' vT

tionnelles , les triumvirs comprirent qu'ils étaient perdus ; Robespierre se tira un coup de pistolet, et ne se brisa que la màchoH-e; Lebas se frappa d'un main plus assurée; Robespierre jeune sauta d'un troisième étage sans pouvoir setuer; Coftinhal, vice-président du tribunal révolutionnaire, accusant la làcbeté d'Henriot, le précipita dans un égout, d'où il fut retiré à moitié mort ; Couthon se cacha sous une table; Saint -Just attendit ses ennemis sans changer de visage. Le lendemain on les conduisit au supplice, au milieu d'une foule immense, qui les accablait d'imprécations. Robespierre, déliguré par sa blessure, montra une insensibilité complète; Saint-Just garda jusqu'au dernier moment son attitude calme et dédaigneuse. Vingt-deux têtes tombèrent ce jour-là, et le régime de la terreur eut fait son temps (10 thermidor an II 28 iuilletl794}. ' ''

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