‹ Histoire de France [microform]Chapitre 44 sur 48 · DEPUIS LE 9 THERMIDOR JUSQU'AU J8 BRUMAIRE · texte numérisé non relu

DEPUIS LE 9 THERMIDOR JUSQU'AU J8 BRUMAIRE

A la journée fameuse du 9 thermidor, finit sans retour la période ascendante de la révolution ; depuis cette époque décisive, le mouvement révolutionnaire ne fit que décroître jusqu'au jour où les partis, définitivement usés par la violence des luttes, par l'immensité des événements, par Ja diversité de leurs transformations successives, vinrent s'absorber en un seul homme, un des derniers venus, qui recueillit tout l'héritage de ceux qui l'avaient précédé. La grande bataille de la veille ne s'était pas livrée précisément entre les fauteurs du modérantisme et les partisans de la terreur; il n'y avait pas, entre les triumvirs et la majorité des comités, une question de clémence en jeu ; à tout prendre même,- Billaud-Varennes, Collot-d'Herbois! Amar, Vadier, Vouland, étaient des terroristes plus implacables que Robespierre, Couthon et Saint-Just. On ne s'était heurté que dans un intérêt de conservation personnelle ; mais

la nation se persuada que la mouération avait vaincu et l'opinion ressuscitée paria si haut, qu'il fallut bien acœpter cette conséquence indirecte du triomphe. Les membres survivants des comités de salut public et de sûreté générale s imaginaient n'avoir travaillé que pour eux-mêmes, et ils espéraient garder le monopole du gouvernement, sans diminuer son extrême tension. C'était une erreur grave qu'on ne leur laissa pas longtemps. Les amis de Danton' Tallien, Fréron, Legendre, Barras, Bourdon de l'Oise Ro^ vère, Bentabole, Dumont, les deux Merlin, se coalisèrent avec les chefs de la droite et de la plaine, Boissy-d' Anglas Sieyès, Cambacérès, Thibeaudeau, et reçurent le nom de thermidoriens; la majorité leur resta. La Convention reprit toute la puissance dont elle s'était dessaisie depuis l'établissement du gouvernement révolutionnaire, et le comité de salut public, qui l'avait si complètement dominée qui pendant près d'un an n'avait fait renouveler ses pouvoirs mensuels que pour la forme, rentra sous sa dépendance comme avant l'insurrection du 31 mai. La Montagne n'avait succombé que parce qu'il y avait eu désunion parmi ses chefs. Billaud-Varennes, Barrère, Collol-d'Herbois et leurs collègues du comitéde sûreté générale, voyant la réaction se dessiner hautement, serrèrent leure rangs et appelèrent à eux les hommes purs de leur parti, qui n'avaient coopéré que passivement aux actes révolutionnaires, mais qui craignaient la contre-révolulion, tels que Cambon , Carnot Prieur de la Côte-d'Or, etc. Hors de l'assemblée, ils s'ap^ puyerent sur le club épuré des jacobins, et sur les débris delà faction robespierriste, qui, faute de mieux, se railiait à eux. Les thermidoriens, de leur côté, s'emparèrent des sections qui avaient marché avec eux contre la commune, et se préparèrent à combattre leurs nouveaux adversaires. Maîtres de la Convention, ils firent aussitôt mnportor les mesures qui avaient le plus contribué au maintien

HISTOIRE DE FBANCÈ.

lit.

(le la tyrannie décemvirale. On réorganisa sur des bases plus modérées, et avec des garanties réelles, le tribunal révolutionnaire ; on décréta d'accusation l'affreux Fouquier- Tinville, qui avait si cruellement abusé de ses redoutables fonctions d'accusateur public ; on abolit la loi du 22 prairial ; on commença à opérer avec de grandes précautions l'élargissement des suspects. Les comités de salut public et de sûreté générale devinrent plus indépendants l'un de l'autre, et la Convention s'attribua sur leurs opérations une surveillance des plus actives. Le premier, dans lequel entrèrent des thermidoriens, Tallien, Bréard, Eschassériaux, Treilhard, Thuriot, Laloi, à la place de Hérault de Séchelles, exécuté avec les Danton istes, de Robespierre, de Couthon et de Saint-Just morts aussi, de Jean Bon- Saint-André, et de Prieur de la Marne, toujours en mission, fut chargé, comme par le passé, de la guerre et des négociations diplomatiques ; au second fut confié le soin de la grande police. Les assemblées journalières des sections furent réduites à une seule par décade, et les citoyens indigents, qui avaient fait la principale force de Robespierre, cessèrent de recevoir pour leur droit de présence à ces assemblées, quarante sous par jour. Un mois s'était à peine écoulé depuis le 9 thermidor, et cependant de grands pas avaient été déjà faits dans les voies de la réaction. Après avoir brutalement modifié les choses, on s'attaqua aux personnes, et, le 11 fructidor, Lecointrc de Versailles prit à partie Billaud-Varennes, Collot-d'Herbois, Barrère, Amar, Vadier, Vouland, qu'il accusa d'être les continuateurs de Robespierre. Cette dénonciation était prématurée; elle fut réfutée avec indignation par Billaud-Varennes, et déclarée calomnieuse par la Convention ; mais elle prépara les esprits à des accusations plus sérieuses, et lorsque le procès des cent trente-trois habitants de Nantes, envoyés à Paris comme fédéralistes par Carrier, et longtemps détenus

dans les prisons, eut mis en relief les effrayants excès auxquels s'était livré, en Bretagne, le proconsul terroriste, Legendre renouvela à la tribune la motion de Lecointre, et la Convention passa simplement à l'ordre du jour, sans exprimer cette fois une désapprobation formelle. C'est que, depuis le 1 1 fructidor, la Montagne avait encore perdu du terrain ; les comités avaient vu sortir de leur sein, par la voie du sort, Barrère, Carnot et Robert-Lindet, d'une part, Vadier, Vouland et Moïse Baile de l'autre, et Billaud-Varennes sentant son isolement au milieu de tous ces membres nouveaux, qui pour la plupart étaient ses adversaires, avait donné sa démission ainsi que Collot-d'Herbois. Tous deux s'étaient retirés au club des jacobins, où, lorsqu'on leur reprochait leur silence et leur inaction, Billaud répondait avec une irritation concentrée : « Le lion dort, « mais son réveil sera terrible. » On leur enleva aussi ce dernier asile ; en opposition avec cette société célèbre, le journaliste Fréron, qui publiait VOraleurdu Peuple, avait réuni les jeunes gens des sections qui portaient l'habit décolleté et les cheveux à la victime, et qui ne marchaient jamais qu'avec des bâtons courts et plombés. La. jeunesse dorée de Fréron, comme on l'appela, avait déclaré une guerre à mort aux jacobins, et c'étaient tous les jours, dans Paris, des rixes violentes entre les partisans du costume à la victime et les sans-culottes encore affublés du bonnet rouge. Le club des jacobins était singulièrement déchu de son ancienne importance; la Convention lui avait interdit les pétitions collectives, les affiliations et les correspondances; il ne représentait plus que lui-même, et n'avait plus d'appui que dans les faubourgs; il fut assailli, dans le lieu même de ses séances, par les bandes thermidoriennes, et emporté d'assaut après un siège courageusement soutenu. Le lendemain, la Convention envoya des commissaires ix)ur fermer les portes, et mettre les scellés sur les

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re-istres (2i brumaire). La société des jacobins fut définitivement anéantie.

Les chefs du mouvement rétrograde s'enhardissaient à mesure. On rappela au sein de l'assemblée les soixantetreize membres mis en état d'arrestation pour avoir prote5té contre I insurrection du 31 mai ; on activa les poursuites contre Fouquier-Tinville, Carrier et Joseph Lebon qui furent condamnés à mort; on abolit les décrets d'exJ pulsion rendus contre les prêtres et les nobles; on enleva le buste de Marat qui se trouvait dans la salle des séances et son corps disparut du Panthéon, où il avait été transporte après le 9 thermidor. On supprima la loi du maai^ mum,qu, avait si longtemps fourni du pain au peuple, et es lois pénales qui défendaient, au profit des Assignats le trafic de l'or et de l'argent. Bientôt aussi, les proscrits du 2 juin, qui avaient échappé aux vengeances de la Montagne vinrent reprendre leurs places dans l'enceinte conventionnelle, et apporter aux thermidoriens l'appui de Jeu^ talents et le prestige de leurs malheur^; c'étaient ïs- ?Z: 'rl^^^^^z/^^J^^^ais, Kervélégan, Henri Larivière, Lareveil eij-Lépeaux, Lesage. Presqu'en même temps on décrétait darrestation Billaud-Varennes, ColIot-d'Herbois et Barrère. Les restes du parti désorganisé des jacobins s agitaient vivement en leur faveur. Le bas-peuple qui, pendant toute la durée du règne de la Terreur, avait été nourri gratuitement par le comité de salut public ne s était pas soumis sans murmures à la suppression du maximum qui le rejetait brusquement dans son ancienne condition de travail et de misère ; car, depuis lors, les marchands s étaient vengés avec usure de l'oppression sévère dans laquelle les avait tenus le gouvernement révolutionnaire Les accapareurs, longtemps intimidés par la perspective du châtiment, se hâtaient de réimrer le temps perdu • le pain manquait au pauvre qui ne pouvait payer en nu-

RÉPl'BLIQUE FRANÇAISE. ^lOl

méraire, et qui soldé lui-même en papier-monnaie, sur le pied de sa valeur nominale, supportait de grandes pertes dans l'échange quotidien qu'il était obligé d'en faire contre les denrées de première nécessité. Huit milliards d'assignats avaient été émis, et l'agiotage avait beau jeu, puisque la pénalité n'existait plus ; ]g signe représentatif créé par la Constituante, et qui dans l'origine avait eu deux gages excellents, le crédit public et les biens nationaux, était descendu presque sans transition au quinzième de son taux légal, et cette énorme baisse, motivée par le manque absolu de crédit, par l'immense quantité des circulations, par la fâcheuse dépréciation des propriétés nationales, variait au gré des spéculateui*s ; elle tournait toujours au détriment des classes nécessiteuses, déjà fort irritées par la longue et générale interruption des travaux industriels, et excitait parmi elles de graves mécontentements. Le procès des trois accusés devait commencer, le 3 germinal, devant la Convention. Le V ;20 mars 1795), leurs adhérents soulevèrent les faubourgs Saint- Antoine et Saint- Marceau; mais cette première tentative mal concertée fut réprimée sans peine par les jeunes gens des sections. Le 12, un attroupement plus considérable envahit la salle des séances, en demandant du pain, la constitution de 1793, et la mise en liberté des patriotes, et l'assemblée demeura pendant (|uelques heures à la merci des insurgés, qui recevaient au milieu du tumulte, les encouragements des députés de la Crèie ou de la Montagne. Dégagée par les bataillons sectionnaires, elle usa de rigueur envers les prévenus et les représentants de leur bord; Barrère, Billaud-Varennes et Collot-d'Herbos furent condamnés à la déportation, et l'on décréta d'arrestation dix-j^ept membres de la Crète, Cambon, Buamps, Léonard Bourdon, Thuriot,Chasle, Amar, et quelques autres au nombre desquels figurait Lecointre de Versailles, redevenu montagnard depuis la réintégration

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des girondins. L'émeute du 12 germinal n'avait eu qu'un dénouement incomplet; elJe porta au comble l'exaspération des sans-culottes, et le 1" prairial (20 mai) une insurrection formidable éclata dans Paris. Au nom du peuple insurge pour obtenir du pain et reprendre ses droits les factieux proclamèrent la mise en activité de la constitution de 1793, la convocation des assemblées primaires pour le 25 prairial, et la délivrance de leurs frères incarcérés • ils destituèrent, de leur chef, tous les membres du gouvernement, fixèrent au 25 messidor l'ouverture des sessions de 1 assemblée législative, qui devait remplacer la Convention et se ruèrent sur les Tuileries, au bruit du tocsin et du ca^ non d'alarme. La Convention s'était déclarée en permanence, et avait appelé les sections à son secours ; mais avant leur arrivée, sa garde ordinaire se trouva trop faibbpour contenir les envahisseurs, et le président Boissyd'Anglas, que sa participation aux travaux du comilé dessubsistances avait fait surnommer Bomy^ Famine, fut couche enjoué sur son fauteuil ; le député Féraud, qui s'était élancé pour le couvrir de son corps, fut pris pour le journaliste Fréron, et criblé ùq coups de sabre ; on lui coupa la tête, et on la présenta, au bout d'une pique, au courageux Boissy-d'Anglas, qui l'honora d'un salut respectueux et subit avec une inébranlable fermeté les insultes grossières de cette multitude en fureur. Les montagnards de l'assemblée crurent le triomphe assuré, et ils se mirent tout aussitôt en devoir d'en profiler. Tous les articles du programme insurrectionnel furent convertis en motions par eux, au milieu de cette épouvantable confusion, et successivement adoptés : puis ils nommèrent une commission executive et un commandant de la force armée; ils décrétèrent le rappel de leurs collègues, et le rétablissement du club des jacobins. La foule, qui s'était mêlée à eux, applaudissait à toutes leurs mesures, et le reste de l'assemblée

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gardait le silence de la stupeur, lorsque les sections armées débouchèrent sur la place du Carrousel. Les députés Legendre , Kervelégan et Auguis pénétrèrent à leur tète dans la salle, repoussèrent à coups de baïonnettes les insurgés surpris, et rendirent à la Convention la liberté de ses délibérations. Tout ce qui s'était fait pendant cette sanglante invasion populaire fut annulé, et quatorze montagnards, arrêtés comme complices du mouvement, partirent aussitôt de Paris sous bonne escorte. Le lendemain, la lutte fut près de recommencer entre les anarchistes et les sectionnaires qui s'étaient rangés autour des Tuileries ; des commissaires conventionnels furent envoyés au milieu des groupes hostiles, et l'on parvint à empêcher une collision. Le 4 prairial, le meurtrier de Féraud, dont on avait réussi à s'emparer, fut délivré par l'émeute au moment où on le conduisait au supplice. Alors, la Convention se décida à agir avec vigueur ; les faubourgs furent enveloppés par vingt mille hommes des sections, et on leur enleva tout à la fois leurs chefs, leurs armes et leur artillcyrie. Ainsi désarmés, ils cessaient d'être dangereux, et le foyer le plus actif des soulèvements anarchiques perdait toute son importance révolutionnaire. Ce fut une journée décisive, et la Montagne ne put jamais se relever de cette dernière chute. Six des quatorze montagnards arrêtés par suite des événements du 1" prairial furent traduits devant une commission militaire, et condamnés à être fusillés ; c'étaient les représentants Goujon, Bourbotle, Romme, Duroy, Duquesnoy et Soubrany, tous jacobins exaltés, mais dont le passé était sans tache. Le même couteau leur servit à tous pour échapper à l'exécution de l'arrêt, et trois d'entre eux se frappèrent à mort ; les autres allèrent à l'échafaud avec un courage digne d'une meilleure destinée ; tous moururent au cri de : Vive la république.

La Convention, victorieuse des terroristes à l'intérieur,

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HlSTOIHt DE FHAIVCK.

Ss'"rll,Sf ■""'-'" '''"'' «"■- '^ «>^'"'on. Les armées républicaines, où dominaient les généraux mn.l

gnards, n'avaient accueilli quavec une Sputn^ncrmar'

quée la nouvelle du 9 thermidor; mais ce „ était ^"

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Nord et de slh "^ ! u"^ "^ '^"' "' '''^*' '«« '^™ées du avaient rejeté les Autrichiens au delà du Rhin etlesAn^inl

venu, les troupes de Pichegru mal nourriP<; m;.i v^,

respecté parla guerre, entreprirent la conquête de a 1^ ^nde. franchirent les neuves et les canaux su ,a glt ^ se répandirent brusquement dans toutes les prov ni Tou dam u'HaT" • 'ff T '" ^'"^ -Por-^ntes Ams'ei"'

sans coup ferii ; les patriotes, excités par les réfugiés oui

œnt"•auXf^'r^""'•• ^^ -"'-èrent';;. u contiel autorité du stalhouder, qui dut se réfugier en An-

Tdkut deT""^ '"'"^ '' gouvernemenT:':! , . IcTut un rf li;"""'^"' '" '''"-'^ répubiiquebatave conclut un traité de paix et d'alliance avec la républiaue

ven 00 et leurs dépendances, et stipula la liberté de la na

L'Europe commençait à se lasser de la guerre en d^ni. de la qu.«tion de principes. Le i" février, inoï;në a a

ne fût pas d un grand poids, il n'en avait pas moins été d'un heureux augure pour l'avenir.

La Prusse, privée de la coopération des Anglais oui tmuvaient désormais les por.s de la Hollande fennî 'ë débordée sur sa droite par les armées françaises, avaiuit^

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entamé des négociations à Bàle avec les commissaires conventionnels, et le traité de paix, d'amitié et de bonne intelligence, venait d'être signé dans cette ville, le 16 germinal (5 avril 4795;. L'impulsion une fois donnée, une autre puissance que des ressentiments de famille devaient fortement rattacher aux ennemis les plus obstinés de la République, se tourna vers la pensée d'une pacification ; ce fut le tour de l'Espagne, que Pérignon, Augereau, Schérer et Moncey avaient envahie par le Roussillon et par la vallée de Bastan. Figuières, Roses, Bilbao, toutes les forteresses tombaient à mesure, et les républicains se préparaient à traverser l'Ebre, lorsqu'on leur annonça la suspension des hostilités. Le cabinet de Madrid reconnut la république française et lui céda la partie espagnole de l'île de Saint- Domingue, où la révolte générale des nègres avait occasionné d'épouvantables complications ; la France restitua à l'Espagne tout ce qu'elle avait conquis sur la frontière des Pyrénées (16 juillet). Dans la Vendée, l'œuvre de conciliation avait été poursuivie avec habileté, et les divers chefs vendéens avaient même momentanément déposé les armes. Le général Hoche, une des intelligences les plus distinguées et les plus brillantes de cette époque si féconde en hommes remarquables, commandait l'armée de Rennes, et nul n'était plus apte à guérir les profondes blessures de la guerre civile ; mais les intrigues de l'Angleterre vinrent se jeter à la traverse, et l'expédition avortée de Quiberon fut encore un douloureux épisode. Un des chefs les plus entreprenants de la chouannerie bretonne, le marquis dePuisaye, qui lors de la révolte girondine des départements, avait commandé un corps de troupes fédéralistes sous Wimpfen, s'était engagé à soulever toute la Bretagne, si le ministère anglais envoyait sur les côtes des secours en hommes, en armes et en munitions. William Pitt accepta le marché, et six mille émigrés, commandés par le œmte

mSTOlHt DE FRANCK.

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presqu .le de Quiberon, d'où elle était sortie. Quelques purs après, les émigrés s'élancèrent sur le camprépubl !

leui chef tomba mortellement blessé (16 juillet) Le 20 a.dé par la trahison de quelques prisonnie s r^ubS qm s .aient enrôlés parmi les royalistes. Hoche piXî

Jermairrentr;? °''*'""' ''''' '" '''' ^«"''^'^-^ 1" fermait 1 entrée de la presqu'île, et dès lors ce fut un car-

Z :t r ; " '?"'"' ''''' ''°''e"^ '^ "««« britannique ; IT san If ' " T """^ •'^ '"''' embarcations expo: Sss en, f ' '"Z'"*^' ''^'■""«'■'■^ républicaine. Peu courài; Tf."" " '"'f'-' '^P'"« «rand nombre fut nr e fiJ™ ." "^ *"" ° "'"" P" "' ^'^«^happer ni mou-

nr se ,vra aux vainqueurs, sans capitulation (20 juillet)

S hII n^ P^ ^^''"""'"' ^"'^"'^^ : •^'^"'ienl pour la plupart des officiers de l'ancienne marine

rév^eîi S""'"" '"^^ "^^ lëmigration coïncidait avec le réveil des anciens partisans de la monarchie à l'intérieur

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masses, qui craignaient par-dessus tout le retour du ré-

depuis le 9 thermidor, avait pris une allure plus décidée

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RÊt»UBLlQUE FRANÇAISE.

Soleil prendre dans les prisons une lerrihle revanche des massacres de septembre 1792 ; à Lyon, à Aix, à Tarascon, à Marseille, on avait exercé contre les patriotes des persécutions inouïes, prodigué les tortures et les supplices, renouvelé presque les noyades révolutionnaires de Carrier. Pendant que les populations fanatisées se vengeaient ainsi des réquisitionsforcées,dela loi des suspects et des mitraillades, la tête du parti créait des journaux, instituait des clubs, se mêlait aux sections, préparait à mesure les éléments de son futurtriomphe, et comptait sur le résullatdes élections promises par la Constitution nouvellement décrétée. Ce n'était plus l'acte constitutionnel de 1795 qui se trouvait en cause; la Convention avait vu de trop près les inconvénients du règne de la multitude, pour ne pas en redouter l'application, et le comité, chargé d'abord de présenter les lois organiques de la constitution jacobine, avait insensiblement agrandi sa tâche, et arrêté un programme mieux en harmonie avec les progrès de l'opinion et les besoins du jour. La Constitution de l'an II!, discutée pendant les trois mois de messidor, thermidor et fructidor, fut adoptée le 22 août 1795. Elle débutait, comme ses deux aînées, par une déclaration des droits de l'homme, mais on y avait joint une déclaration des devoirs. Le corps législatif était composé de deux chambres, élues par les assemblées électorales ; l'élection avait deux degrés et supposait au second certaines conditions de propriété, qui variaient selon l'importance des lieux. Le conseil des Cinq-Cents possédait seul le droit d'initiative, en fait de législation ; le conseil des Anciens, formé de deux cent cinquante membres, avait le droit d'approbation ou de refus, ou si l'on aime mieux, le refo. Les deux conseils se renouvelaient tous les ans par tiers. Le pouvoir exécutif appartenait à un directoire de cinq membres, entouré de ministres, partiellement renouvelé par rélection d'un nouveau membre chaque année, chargé

de pourvoir à la sûreté intérieure et extérieure de la république, disposant de la force armée, nommant les généraux en chef, et présidé pendant trois mois, à tour de rôle par l'un des directeurs, qui avait alors la signature et les sceaux. Le directoire était nommé par le conseil des Anciens sur la présentation faite par les Cinq-Cents d'une liste décuple de candidats. L'initiative vis-à-visdu corps législatif ne Im était accordée qu'en un seul cas. lorequil s'agissait de déclarer la guerre; hors de là, il ne pouvait que l'inviter bénévolement à prendre tel ou tel objet en considération sans jamais proposer des projets rédigés en forme de lois! C était du reste lui qui devait entretenir les relations politiques, conduire les négociations, distribuer les armées ainsi qu 11 le jugeait convenable, faire le. stipulations préiminaires, tellesque lesarmistices et les neutralisations; on lui donnait une garde d'honneur, un palais tout entier, une sorte de liste civile annuellement équivalente pour chacun de ses membres à la valeur de cinquante mille myriagrammes, ou dix milledeux cent vingi-deuxquintaux defromenf

maisilluiéla.tinterditdes'adjugerdescommandementsmi: htaires, et défaire passer ou séjourner aucun corpsde troupesdans ladistance de six myriamètres de la commune où lecorps législatif tenait ses séances, à moins d'une réquisition ouautorisationdesapart.Entin, parun excésde précaution que le passe justifiait, il est vrai, suffisamment, on avail réserv aux Anciens la faculté de changer la résidence des con.sei s, en indiquant aussitôt le lieu et l'époque de la nouve le réunion. Le comité, qui fit la Con^itu.ion d^ 1 an III, et ou le systématique Sieyès avait refusé d'entrer comptait en général dans son sein des hommes mo<lérés' Lesage, Daunou, Boissy-d'Anglas. Creuzé-Latouche Ber' her Louvet, Lareveillère-Lépeaux. Lanjuinais, Durand: Maillane, Baudin des Ardennes et Thibeaudeau; .l,« avaient eu surtout en vue de prévenir tout à la fois le retour de la

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démagogie pure et les usurpations de quelques hommes, et, sous ce double rapport, leur œuvre valait mieux que celles qui l'avaient précédée. Elle n'avait pas d'opposition sérieuse à redouter; car les républicains modérés attendaient d'elle la fin des agitations, la réalisation de tous leurs rêves de paix et de liberté ; les royalistes espéraient dominer, au jour de son application, dans les assemblées électorales, et attendaient avec une impatience fiévreuse la clôture des sessions conventionnelles.

Le déchainement contre cette imposante assemblée, qui avait joué un si terrible rôle dans l'histoire révolutionnaire, était universel à cette époque; on lui reprochait amèrement les violences et les proscriptions du régime décemviral ; on faisait peser sur elle toute la responsabilité des sanglants épisodes de la Terreur ; les journalistes en faveur, Laharpe, Richer de Serizy, Suard, Fiévée, Morelhît, Lacreteile jeune, Poncelin, Tronçon du Coudray, Marchéna, etc. , soulevaient l'opinion contre elle, et il devenait évident que les élections prochaines seraient dirigées dans un sens hostile à ses principes et par suite au système républicain. La Convention vit le péril et résolut d'y pouiToir. On se préparait à attaquer son œuvre, elle se mit en devoir de la défendre, et décréta que le nouveau corps législatif se composerait des deux tiers de ses membres, qu'il ne serait nommé qu'un nouveau tiers(5fructidor-22août); le 13 fructidor elle abandonna aux assemblées électorales le choix des deux tiers à conserver. C'était là une décision singulièrement arbitraire, et qui contrastait avec le désintéressement affiché par la Constituante ; mais elle était nécessaire, au point de vue conventionnel, pour préserver la république de l'imminente invasion des royalistes, et le désappointement qu'ils en ressentirent donna la juste mesure des grandes espérances qu'ils avaient conçues. Ce ne furent parlout que protestations et menaces contre cette u. 35

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niSTOIRK DE FRANCE.

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vwlation nagianle de la liberté électorale; et cependant la majoniedes assemblées primaires, qui s'étaient réunies le 20 fructidor, donna son adhésion tout à la fois à lacté oonstUulionnel et aux décrets des S et 1 3 fructidor. A Paris opposition fut plus violente, et tout se prépara pour une lulte à main armée. La ^^ection Lepelletier, où dominaient les plus fougueux journalistes, prit la tète du mouvement et forma un comité central, qui n'était pas autre chose qu'une sorte de gouvernement insurrectionnel ; la constitution fut acceptée par la majorité des sections, mais les décrets de réélection rencontrèrent une résistance invincible, et le il vendémiaire, les électeurs parisiens, devançant le moment fixe pour la réunion des assemblées électorales se rassemblèrent dans la salle du Théâtre-Français, sous la présidence du duc de Nivernais. La Convention, voyant approcher a crise, se hâta de tout disposer pour sa défense • elle se déclara en permanence, fit venir les troupes et l'arl tillerie du camp des Sablons, cassa le collège des électeure donna des armes â quinze ou dix-huit cents patriotes qui s étaient volontairement offerts, et nomma un comité de cinq membres (Colombel, Barras, Daunou, Letourneur et Merlin de Douai), chargé de pourvoir au salut public. Le 2 vendémiaire, le général de l'intérieur, Menou, marcha contre les sectionnaires qui occupaient le couventdes Filles- Saint-Thomas; mais il parlementa au lien de les disperser et les insurgés enhardis crurent que la Convention déclinait le combat. Le lendemain donc, ils s'avancèrent contre le château des Tuileries, au nombre de trente-cinq ou quarante mille, sous les ordres des généraux Danican, Duhoux et de 1 ex-garde du corps Lafon. Menou, dont la mollesse avait molivé cette attaque hardie, avait été destitué et Barras nommé commandant de la force armée, en souvenir du 9 thermidor. Celui-ci eut l'heureuse idée de s'adjoindre un jeune officier d'anillerie. qui avait grandement con-

iribué à la prise de Toulon, et qui avait été laissé à l'écart, sous une inculpation de terrorisme , depuis la chute de Robespierre. Bonaparte (c'était le nom du jeune officier) plaça les cinq mille hommes de l'armée conventioimelle sur tous les points menacés, entoura le château d'une redoutable artillerie, et lorsque les sectionnaires débouchèrent par la rue Saint- Honoré et par le pont Royal, il leur fit essuyer des décharges meurtrières. La bataille avait commencé à quatre heures et demie ; à six heures, les révoltés étaient en pleine déroute, et le lendemain une tranquillité parfaite régnait dans Paris si fort agité la veille. La Convention ne voulut pas ensanglanter son dernier triomphe ; elle se contenta de destituer l'état-major de la garde nationale, de dissoudre les compagnies de chasseurs et de grenadiei-s, d'ordonner le désarmement des sections Lepelletier et du Théâtre-Français, et de créer trois commissions pour le jugement des chefs de la rébellion, dont on se garda bien d'empêcher l'évasion ; un seul, l'ancien garde-du-corps Lafon, fut saisi et condamné à mort, parce qu'il refusa de nier sa qualité d'émigré et de démentir la part qu'il avait prise à l'insurrection. Puis l'assemblée décréta, dans un accès de clémence, que la peine de mort serait abolie dans la république française, à dater de la paix générale, changea le nom de la place de la Révolution en celui de place de la Concorde, et accorda une amnistie, dont n'étaient exceptés que les conspirateurs du 13 vendémiaire. C'était le 4 brumaire an iv (26 octobre 1795). Les élections étaient terminées : les deux conseils des Anciens et des Cinq-Cents étaient prêts à commencer leur carrière législative. Il ne restait plus rien à l'ordre du jour, et le président, se levant, prononça la formule solennelle : « La Convention nationale déclare que sa mis- « sion est remplie et que sa session ev<t terminée. » « Pouvoir révolutionnaire, dit M. Mignet, elle finit au mo-

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"- HISroiRK l)K FRA.^CE.

ment où l^ordre légal recommença. Trois années de dietature avaient été perdues pour la liberté, mais non pour la révolution. »

Les deux conseils appelés à recueillir rhéritage de la Convendon se constituèrent le 5 brumaire an IV , et les cinq directeurs, Lareveillère - Lépaux , Kewbell. Barras

dans sa dédaigneuse inaction, furent choisis parmi les rég«c.des, comme pour mieux garantir l'avenir de la nouvelle constitution républicaine. La situation de la France au moment où s'opéra ce grand remaniement politique, était d flicile Les masses, si vivement remuées, pendant les cinq ou SIX années qui venaient de secouler , avaient besoin d ordre et de paix; les hautes classes, si longtemps vouées lll rr^T'- '' '^^'^°'""'«g««ient par l'exagération du étahge du plus effronté égoïsme , des déclamation du

S"'!fT '°"''' ''"""oralité, de ses prétentions à la vertu de la grossièreté proverbiale de sa mise et de la farouche austérité de ses mœui^. On se hâtait de jouir, comme pour réparer le temps perdu, et Paris avait revêtu une physionomie riante qui contrastait singulièrement avec les sombres allures de répoc.ue de la terreur. Mais, au delà de ^sphère des nches et des oisifs du monde directorial , ré-

famine et le manque absolu de travail, se pressait toujours à la porte des boulangère, dans l'attente d'un morceau de pam noir, et la rareté des subsistances donnait au gouvernement les mêmes soucis que par le passé. L'agrLiture languissait, les manufactures s'étaient arrêtées, lesateliere demeuraient déserts; la pénurie financière, qui s'accroissait â chaque émission de papier-monnaie , était devenue si grande , que le capital de cinq francs de rente sur l'État ne dépassait pas la modique somme de dix francs. Les fonc-

DIRECTOIRE

/lis

tionnaires les plus éminents n'étaient pas même à l'abri de cette indigence universelle. « Les cinq directeurs , en se « rendant au Luxembourg 'qui leur avait été assigné pour « résidence), n'y trouvèrent pas un seul meuble. Le con- « cierge leur prêta une table boiteuse, une feuille de papier « à lettre , une écritoire, pour écrire le premier message , « qui annonçait aux deux conseils que le directoire était « constitué. Il n'y avait pas un sou en numéraire à la tré- « sorerie. Chaque nuit on imprimait les assignats néces- « saires au service du lendemain, et ils sortaient tout « humides des caisses de la république; la plus grande « incertitude régnait sur les approvisionnements, et pen- « dant plusieurs jours on n'avait pu distribuer que quel- « ques onces de pain ou de riz au peuple \ » La circulation des assignats était montée au chiffre énorme de dix-neuf milliards, sans compter les rentrées successives et les encaisses, que l'on pouvait évaluer à douze milliards environ. Les armées , à l'entretien desquelles on avait d'abord tout sacrifié, n'avaient plus ni solde, ni chevaux, ni vêtements, ni munitions de guerre; l'enthousiasme avait disparu, et la victoire avait abandonné les drapeaux delà république. A la frontière du nord, Pichegru, que la conquête de la Hollande avait porté au premier rang des généraux de la république, s'était laissé gagner par les royalistes ; il avait ouvert des négociations secrètes avec le prince de Condé , chef de l'émigration armée , et bien qu'ils n'eussent pu s'entendre, le général de l'armée de Rhin-et-Moselle s'était fait battre à Wieblingen par Clairfait (24 septembre 1795), avait compromis l'armée de Jourdan, qui était restée seule en présence de forces supérieures, et nécessité le retour des républicains sur la rive gauche du Rhin. Aux Alpes, la fin de la campagne avait été plus heureuse, et le général

* M. Thiers, Histoire de la Révolution française.

il!

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HISTOIRE DE FfiAMCE.

Schérer. qui venait d'arriver à l'armée d'rtalie avec les vainqueurs des Pyrénées, avait gagné sur les Austro-Sardes Jabatai e de Loano {U novembre), qui préluda dignement aux brillants faits d'armes de d796.

Les cinq directeurs , que les conseils avaient chargés de pourvoir aux graves difficultés de la situation, comprirent toute la grandeur de leur tâche et se mirent à l'œuvre avec ardeur. Revvbell, qui était Ihomme le plus actif et le plus capable du gouvernement, eut dans son département la justice, les finances et les relations extérieures ; Lareveillère s occupa de l'éducation , des sciences, des arts et de l'industrie; Barras eut la direction de la police; Carnot celle des opérations militaires; Letourneur la marine et les colonies : « Vous, -écrivaient les dépositaires du pouvoir à « leurs agents, que nous appelons pour partager nos tra- « vaux, vous qui devez avec nous faire marcher cette » constitution républicaine , votre première vertu , votre « premier sentiment doit être celte volonté bien prononcée « cette foi patriotique qui a fait aussi ses heureux enthou- «siastes et produit ses miracles. « Ce langage noble et erme fit impression ; les alfaires ne tardèrent pas à s'améliorer « La circulation des subsistances fut assurée, et, au bout d un mois, le directoire se déchargea de l'approvisionnement de Paris, qui se m tout seul L'immense aclivi é , créée par la révolution, commença k se porter vers I industrie et l'agrùnliure. Une partie de la populalon quitta les clubs et les places publiques pour les ateliers et les champs ; alors se ressentit le bienfait d'une révolution qui, ayant détruit les corporations, morcelé ia. propriété, aboli les privilèges , .luadruplé les moyens de civilisation, devait rapidement produire un bien-être prodigieux en France. Le directoire favorisa ce mouvement de travail par des institutions salutaires. Il rétablit les expositions publiques de lindustrie et perfectionna

DIRECTOIRE

le système d'instruction décrété sous la Convention. L'institut national, les écoles primaires, centrales et normales, formèrent un ensemble d'institutions républicaines. Le directeur Lareveillère, chargé de la partie morale du gouvernement, voulut alors fonder, sous le nom de théophilanthropie, le culte déiste, que le comité de salut public avait inutilement essayé d'établir par la fête à l'Être suprême. Il lui donna des temples, des chants, dos formules et une sorte de liturgie; mais une pareille croyance ne pouvait qu'être individuelle et ne pouvait pas rester longtemps pubhque. On se moqua beaucoup des théophilantropes, dont le culte contrariait les opinions politiques et l'incrédulité des révolutionnaires. Aussi, dans le passage des institutions publiques aux croyances individuelles, tout ce qui avait été liberté devint civilisation , et tout ce qui avait été culte devint opinion. Il resta des déistes, mais il n'y eut plus de théophilantropes '. » Le directoire ne réussit pas mieux dans ses projets financiers que dans ses tentatives religieuses. L'emprunt forcé, auquel il était parvenu à décider les conseils , malgré leur antipathie pour tout moyen révolutionnaire, ne rapporta rien ou presque rien; on essaya alors d'une transformation du papier-monnaie, et l'on créa des mandats territoriaux , destinés à être échangés, soit contre les assignats, à raison de trente assignats pour un mandat, soit à présentation contre les biens nationaux qui leur furent spécialement afîeclés. L'émission monta à deux milliards quatre cents millions et donna une impulsion rapide à la vente des domaines publics; mais cette ressource fiscale ne dura pas longtemps et ne put arrêter que momentanément la marche de la républiiiue vers cette désastreuse banqueroute de trente-trois milliards, qui était le seul dé-

M. Mignel, Hisloire de la Révolution française.

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HlSlOint DE FHANCK.

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feraient S deSif'^ÎT"' '""''^ '°"'-' '"-^q^'elle consiituéTs L-a^,r '" ""' °"^'^'« "^««^ '^s autorités

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fema le club du SS (s vtS'S T '" 7"""°'' t sans de Bahn..if o« 'x ^ ^^"^<^se an IV) ; mais les par-

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l'appui deran^i rjacolTe S ir^f "' "^"^ C.ene.le, qu'ils s'iiin.'avt^^ SL^^S 3'' i exécution était fixé au 21 floréal f . "^^' ^^ J«"^ ^e au courant de toutes ïeu si?- " ^7^"^^^''"^"^«"t était

""^^^^ *®"^^ menées; la veille de lexplo-

DlRFCTOlKi:.

fïYl

sien, Babœuf el ses complices furent arrêtés dans le temple de la Raison , et renvoyés devant la haute-cour de Vendôme. Cependant tout ne fut pas encore dit. Dans la nuit du 15 fructidor, six ou sept cents montagnards se ruèrent brusquement sur le palais du Luxembourg, (jui fut défendu par la garde directoriale ; vigoureusement repoussés, ils se portèrent vers le camp de Grenelle où ils avaient pratiqué de nouvelles intelligences ; mais le commandant Malo fit monter ses dragons à cheval, les chargea sans pitié, et les commissions militaires firent justice de ceux que le sabre avait épargnés. Quelques jours après, ce fut au tour des royalistes d'oi*ganiser un soulèvement ; des meneurs subalternes , l'abbé Brothier, l'ancien conseiller au parlement, Lavilleheurnois, et un agent obscur nommé Dunan firent des propositions au commandant Malo, qui feignit d'entrer dans leurs vues et qui révéla tout ; on les traduisit devant les tribunaux civils, et ils en furent quittes pour une courte détention , car ils avaient affaire à des juges de leur bord. Babœuf, dont les projets avaient inspiré une profonde terreur , n'avait pas de grâce à espérer ; il avait proposé aux directeurs de traiter de puissance à puissance, et sa lettre n'avait pas reçu d'autre réponse (jue la publicité ; il fut condamné avec Darthé, ancien secrétaire du proconsul Lebon , et tous deux, en entendant leur sentence, se frappèrent d'un coup de poignard , comme les six montagnards du 1" prairial.

Vainqueur des débris de la faction jacobine, le directoire l'était également des derniers chefs de l'insurrection vendéenne et des ennemis du dehors. Le général Hoche, qui commandait dans l'Ouest avec une armée de cent mille hommes , avait noblement rempli sa mission de pacificateur; sachant que les masses, épouvantées de l'immensité de leurs pertes, n'aspiraient qu'à vivre en paix avec la république, il avait pris à tache de les rallier par des conces-

Lia

sions et de les dépouiller de leui^ armes, en les leur faisant échanger contre les bestiaux dont il Utai eZ^Le

Svff ." " '""' '^"' '"' '' ^-««« colonnes. TeToumit

(7 v" '"^' ' f " ^'^ '-•'■«°" . et fusillé à Angei (7.vemôse-26 février 1796). Charette, qui dans ses récentes communications avec les prince, ém grts avït

que lui avait tendue le général Travot , et subit la mort à Nan es a,,, „„ ^ ^^^,^^^ ge'rminal - 9 maï

l-a chouannerie bretonne rMa nncDi \ i- •"""">•

armées républicaines etTrhahiL '"««rendant des

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SïLcS 1^ ''' '''''• "' '''""' '"' ™"« -tenons oeorges Cadoudal , se sauvèrent en Angleterre Le direr

oire put annoncer, le 28 messidor an IV aux Lseilsout a guerre civile était complètement éteint 1 lïïro S' la campagne de 1796 s'était ouverte par la plus heurel combinaison qui eût été imaginée jusqu'au c™ avait conçu un vaste plan d'opérai ons, d'anrfe leaT les armées, agissant dans un bu, commun . bTerTqïà de grandes dis.a nces. devaient pénétrer au cœur de la monar chie autrichienne et dicter, sous les mu,^ de Vienne , a

1 armée du R .in p"" r""*""'' ' "°^^*" *^«" "•«™P""^é à ienTes avec J^nn^^ ^^'"' "'"' °" «°"PÇonnaitlesintelli-

arXé'rid t sutrraîaftm

endepit de ses formes grêles et de ses maSiLs rÏÏer™ ! c est que depuis quatre ans ils avaient vécu dans iSTeS^ des Alpes, sans solde, sans vêtements, sanssoulieïm f

piaine. y feuUes et si riantes de la Lombardie. Ils étaient

DIRECTOIRE

environ trente mille comballanls effectifs, et devant eux se a.^ployait l'armée austro-sarde, forte de soixante mille hommes; mais jamaissoldatsrépublicams ne s'étaient rencontrés

dans de meilleures conditions pour vaincre, et jamais grand capitaine n'avait eu une pareille phalange de lieutenants ; c'étaient Augereau, Masséna,Laharpe, Serrurier, Kilmaine, Stcngel , Berlhier, Lannes, Joubert, Murât, Bessières, Suchel,Victor, tous ceux auxquels la destinée permit de devenir plus'lard lesplus brillantes illustrations de l'empire napoléonien. On déboucha vers les sources de la Bormida, sur le versant septentrional des Alpes maritimes, en menaçant tout à la fois le Piémont et la Lombardie. A Montenotte, le centre de l'armée ennemie fut culbuté (12 avril); àMillesimo (14 avril), lepiémontais Colli fut définitivement séparé de l'Autrichien Beaulieu, qui courait défendre Milan ; à Mondovi, l'armée sarde fut écrasée (22 avril), et la cour de Turin, effrayée de la rapidité des Français, signa à Chérasco un armistice qui détachait le roi de Sardaigne de la coalition, rendait disponible l'armée des Alpes sous les ordres de Rellermann, et livrait aux républicains Coni , le château de Ceva, Tortone, Alexandrie, Valence, toutes les places fortes de la contrée; la paix fut signée à Paris, le 18 mai 1796, et les Piémontais cédèrent la Savoie ainsi que les comtés de Nice et de Tende. Bonaparte ne perdait pas de temps ; le 7 mai, il passa le Pô à Plaisance ; le 10, il emporta le pont de Lodi sur l'Adda, et le 17, il fit à Milan une entrée triomphante. Puis, refoulant devant lui les débris de l'armée de Beaulieu, qui, en se retirant vers les montagnes du Tyrol, avait jeté dans Mantoue une forte garnison , il courut se poster sur la ligne de l' Adige, qu'il savait être la clef de l'Italie et qu'il allait défendre avec une indomptable ténacité. Les populations italiennes étaient en émoi; mais le général victorieux avait trop de prévoyance pour légitimer de suite toutes les espérances de liberté qui s'étaient fait jour autour de lui ;

HISTOIIIK l)K raANCE.

une seule défaite pouvait le rejeter au delà des Alpes , et alors que serait-il advenu de tous ces patriotes soulevés? Il attendit que l'Autriche eût lancé sa seconde armée sous le commandement de Wurmser, ensuite sa troisième sous lesordres d'Alvinzi, et lorsqu'il eut battu celle-là à Lonato, à Castiglione, à Roveredo (août et septembre), lorsque Wurmser , qui avait réussi , malgré tous ses revers , à serapprocher de Mantoue, se fut renfermé dans la place» lorsque le général Alvinzi , qui descendait du Tyrol avec cinquante mille Hongrois, eut été anéanti à Arcole et à Rivoli par .des prodiges de valeur et de génie (novembre 1796 et janvier 1797 , il se décida à organiser en Lombardie la république cisalpine, à provoquer une révision, dans le sens démocratique, de la constitution génoise, à affaiblir tous les petits gouvernements italiens, qui poussaient sous main à l'extermination des Français , à compléter enfin par d'utiles négociations ses foudroyantes victoires.

Pendant que Bonaparte , détruisant à mesure toutes les armées autrichiennes qui s'aventuraient en Italie, menaçait l'Allemagne par le midi, les généraux des armées du Rhin, et de Sambre-et-Meuse avaient franchi le Rhin et s'étaient avancés simultanément sur Vienne. Moreau avait vaincu lesennemis à Rastadt ;6 juillet), traversé le Wurtemberg,, envahi la Bavière; Jourdan, de son côté, avait repoussé les; impériaux à Friedberg (13 juillet), occupé Francfort, pénétré jusqu'à VVurzbourg. Mais le plan de Carnot avait un vice radical, en ce qu'il embrassait un front de soixante à-, quatre-vingts lieues, et permettait à un ennemi bien inspiréd'accabler tour à tour les deux armées d'invasion. L'archiduc Charles, le plus illustre des généraux autrichiens^ saisit l'occasion et se jeta avec des forces supérieures sur Jourdan. Vigoureusement assailli à Wurzbourg (3 septembre , celui - ci ne parvint à regagner la rive gauche du Rhin que grâce à l'admirable fermeté de Marceau, qui

DIRECTOIRE-

périt noblement au combat d'Altenkirchen ( 19 septembre) et fut inhumé à Coblenlz au bruit des salves d'artillerie tirées en même temps des deux rives du fleuve. Moreau, resté seul en face des impériaux, se trouvait compromis ; il fit bonne contenance et opéra lentement cette belle retraite qui lui a fait un si grand honneur dans l'histoire ; vers la fin d'octobre, après une marche rétrograde de quatre vingts lieues, il était en sûreté derrière la tête du pont d'Huningue , et l'archiduc Charles, qui venait de déblayer si glorieusement le territoire allemand , se préparait à partir pour les gorges du Tyrol. C'était le seul homme de guerre d'une haute valeur, que la cour de Vienne n'eût pas encore opposé au général Bonapaile, et nul n'était plus capable de résister avec succès à la fougue savante et calculée du chef républicain ; mais l'armée d'Italie avait pour elle l'enthousiasme des triomphes passés et l'avantage du nombre. Mantoue avait capitulé (2 février 1797); Bonaparte se hâta de prendre l'initiative ; il traversa la Piave (12 mars), tandis que ses lieutenants , Masséna et Joubert, s'engageaient dans les montagnes du Tyrol, dans les défilés de Tarvis et de Ponteba, et battit l'archiduc au passage du Tagliamento(15mars): « Soldats de l'armée de Sambre- « et-Meuse , s'était écrié Bernadotte qui aiTivait du Nord « avec des renforts, l'armée d'Italie vous contemple; » et les troupes s'étaient élancées dans un transport de généreuse émulation. Vers le milieu d'avril, Bonaparte arrivait aux portes de Vienne, au moment où le général Hoche, qui avait remplacé Jourdan à l'armée de Sambre-et-Meuse, s'ébranlait pour marcher aussi vers le centre de l'Autriche. Le cabinet impérial n'avait plus d'armées' en ligne, et sa capitale était sur le point de tomber entre les mains de l'ennemi; il dut s'humilier devant la nécessité et conclure l'armistice de Léoben (17 avril 1797^ ; il céda la Belgique à la France et reconnut la république cisalpine. L'Italie tout

entière tremblait devant le vainqueur. Les petits princes avaient épuisé leurs trésors; le pape payait vingt-un millions, livrait ses plus beaux tableaux, et s'estimait heureux d'acheter la paix par la cession de la Romagne, du Bolonais etdu Ferrarais (traité de Tolentino, 19 février); l'élatdeModène avait fait sa révolution, et formé, avec Reggio, Ferrare et Bologne, la républicfuetranspadane, comme le Milanais et le duché de Mantoue s'appelaient la république cispadane. Venise, dont la haineuse oligarchie avait suscité une sanglante émeute à Vérone contre les Français, encourut aussi la colère de Bonaparte et cessa d'être une puissance indépendante ; le général avait provisoirement introduit dans son sein des institutions démocratiques; puis, lorsque vint le moment des transactions diplomatiques, il la livra sans regret à l'Autriche.

Le directoire avait grand besoin de tout l'éclat de ces succès militaires, pour se maintenir contre les réactionnaires de l'intérieur. La conspiration de Babœuf avait eu les mômes résultats que le mouvement de prairial ; elle avait rejeté l'opinion du côté des royalistes, et les élections de Tan V s'étaient toutes faites à leur profit. Ils se trouvaient à cette heure composer les deUx tiers du corps législatif, et le choix de leurs présidents fut significatif (1" prairial anV). Pichegru, que l'on suspectait de trahison, fut élu au conseil des Cinq-Cents et Barbé-Marbois au conseil des Anciens; Barthélémy, ambassadeur en Suisse, que les contre-révolutionnaires avaient adopté pour leur candidat, entra au conseil directorial, en remplacement deLetourneur Ce n'étaient là que des agressions préliminaires, mais elles annonçaient des hostilités plus sérieuses, et le pouvoir exécutifse tint sur les gardes. La contre-révolution avait pour chefs Vaublanc, Pastoret, Dumas, Portails, Siméon, Tronçon du Coudray, Henri Larivière, Imbert-Colomès, beaucoup de journalistes eiquelques généraux sans emploi ; elle dominaitau club de

DIRECTOIRE

Clichy et dans les assemblées électorales ; elle pariait haut dans les conseils, accusait l'administration et la politique du directoire, soutenait la liberté de la presse, réclamait la pacification de l'Europe et l'amélioration des finances, rappelait précipitamment les émigrés et les prêtres et s'efforçait de rendre au catholicisme les cérémonies extérieures dont la Convention l'avait dépouillé. Une crise était imminente ; les émigrés et les prêtres revenus ne dissimulaient plus leurs espérances ; les persécutions recommençaient contre les Jacobins ; on tendait presque ouveriement à la restauration de la monarchie, et les meneurs n'avaient ajourné l'exécution de leurs projets après les opérations électorales de l'an Vï, que parce qu'ils comptaient avoir alors l'unanimité dans la législature et la majorité d&ns le gouvernement. Le directoire, si vivement pressé, se mit en défense; il rallia ses partisans au club de Salm, où vinrent se grouper aussi les constitutionnels de 1791 et tous ceux qui étaient sincèrement attachés à la constitution de l'an RI ; il fit approcher de Paris plusieurs régiments de l'armée de Sambre-et-Meuse, qui franchirent sans hésiter le rayon de six myriamètres dont pariait l'acte constitutionnel, et il les garda sous sa main en dépit des violentes réclamations des deux conseils. Les armées, où l'esprit républicain avait conservé toute son ancienne chaleur, se prononcèrent énergiquement en sa faveur, et celle d'Italie envoya l'impétueux Augereau avec une adresse où on lisait ces mots : « Tremblez, royalistes ; de l' Adige à la Seine, « il n'y a qu'un pas ! Tremblez ! vos iniquités sont comp- « tées, et le prix est au bout de nos baïonnettes. » Toute transaction entre deux partis si fort éloignés dans leur but était désormais impossible ; deux directeurs, Carnot et Barthélémy , aidés de quelques membres modérés des conseils, y songèrent pourtant; mais cet inutile essai ne servit qu'à les discréditer auprès de leure collègues, et ils

^-'* HlS'IfURE DK 1HANCE.

furent aussi traités en ennemis. La majorité du directoire composée de Rewbell, Laréveillère et Barras, était décidée a un coup d'état, et l'heure était venue d'agir, car Jes conseils se proposaient de rendre contre eux trois un décret d'accusation, de reconstituer la garde nationale et d'ordonner l'éioignement des troupes. Le 18 fructidor, au matin, les régiments de Sambre-et-Meuse entrèrent dans Paris et entourèrent le château des Tuileries avec quarante pièces de canon. Le bouillant Augereau marchait à leur tète; il alla droit à la garde des conseils et lui fit baisser les armes ; puis il pénétra hardiment dans l'intérieur et arrêta les principaux conjurés. Il était à peine six heures ; Paris, en s'éveillant apprit avec étonnement, par les pnxîlamations affichées sur les murs, que si le directoire eût tardé un jour de plus, la république était livrée à ses ennemis. La minorité des conseils, convoquée à la hâte, se réunit à l'Odéon et à l'École de Médecine ; les Cinq-Cents nommèrent une commission chargée de présenter une loi de salut public en d'autres termes, de dresser la liste de proscription. On condamna à la déportation un assez grand nombre de représentants, parmi lesquels figuraient Boissy d'Anglas Bourdon de l'Oise, Henri Larivière, Imbert-Colomès, Camille Jordan, Pastoret,Pichegru, Siméon,Viénot-Vaublanc, Willot, Barbé-Marbois, Dumas, Lafond-Ladebat, Portalis,' Rovère, Tronçon du Coudray ; on n'épargna ni Camol, ni Barthélémy, et le premier eut peine à se réfugier à Genève ; les vengeances directoriales atteignirent également l'abbé Brothier, Lavilleheurnois , Dunan, l'ex-ministre de la police Cochon, les généraux Miranda et Morgan, le commandant de la garde législative Ramel, l'ex-convenlionel Mailhe. et trente-cinq journalistes, parmi lesquels on comptait Suard, Fiévée, Michaud et Lacretelle. La victoire du gouvernement était complète; mais il avait ouvert la porte aux usurpations militaires, en provoquant l'intervention desar-

DinKtiToinK.

hn

mées, et le 18 fructidor devenait le prélude du 18 brumaire.

La journée du 18 fructidor ruina le parti royaliste, dont tous les chefs avaient été transportés à Cayenne ou retenus dans l'ile de Ré ; les décrets en faveur des prêtres et des émigrés furent rapportés , et tous les contre-révolutionnaires, atteints par cette réaction violente, abandonnèrent de non veau le territoire français. Pendant quelque temps le directoire n'eut plus d'ennemis debout, et il devint plus puissant que jamais. Au dehore, le traité de Campo-Formio lui donna le protectorat du Piémont, de Gênes, de la république cisalpine, de la Hollande, et lui assura la Belgique, le Luxembourg, Porentruy, Nice et la Savoie; l'Autriche accepta Venise, en dédommagement de ses pertes au Nord et en Italie ; des négociations s'ouvrirent à Rasladt avec l'Empire ; le besoin de la paix était si général en Europe que l'Angleterre , qui restait seule sur le champ de bataille delà coalition ensanglanté par cinq années de guerre, se vit obligée de céder à la puissance de l'opinion et d'entamer des conférences avec la France à Paris, puis à Lille, par l'entremise de lord Malmesbury. Vers la fin de 1797, le général Duphot fut assassiné à Rome, dans une émeute, auprès de l'ambassadeur Joseph Bonaparte, et le 10 février 1798, l'état de l'Église envahi par le général Berthier, à la tête de dix-huit mille hommes, se constituait en république romaine, à l'instar des démocraties voisines. Bientôt ce fut au tour de l'oligarchie helvétique de subir une transformation ; Berne était le foyer le plus actif des menées de l'émigration, et les Vaudois, excités par la France, qui leur devait sa protection en vertu des anciens traités, réclamèrent les droits politiques dont ils avaient été jusqu'alors privés ; une armée républicaine pénétra dans les montagnes sous le commandement du général Brune (mars 1798) ; les Suisses se défendirent avec obstination, mais il fallut se

/iî6

HISTOIRE DE FAANCE.

DIRECTOIHE.

soumettre. L'Helvélie se donna une constitution modelée sur celle de l'an III , et Genève fut réunie à la France (mai 1798). Ledirecloire étendaitdonc partoutson influence politique ; il s'était lait accepter par l'Europe entière et s'entourait d'un réseau de républiques dévouées à sa cause; à l'intérieur, il avait écrasé tous les partis et fait taire tous les mécontentements , malgré l'établissement de certaines taxes impopulaires et la banqueroute, qui avait réduit la dette publique à un tiers consolide. Toutefois cette grande prospérité n'était qu'apparente et n'avait aucune chance de durée. L'Angleterre, qui avait trop gagné à la guerre pour vouloir sérieusement la paix, préparait en silence la seconde coalition, et au dedans la réapparition des républicains extrêmes allait susciter au pouvoir de nouveaux embarras. En outre, il était un homme, dont l'ambition mal déguisée commençait à inspirer aux directeurs des craintes légitimes ; c'était le jeune vainqueur de l'Italie, qui avait conclu en dépit d'eux, le traité de Campo- Formio, etqui, à son retour à Paris, avait reçu du peuple et desautorités des honneurs inouïs; on avait dressé pour lui un autel de la patrie dans le Luxembourg ; on l'avait fait passer sous une voûte de drapeaux conquis par son armée ; Barras lui avait débité une de ses plus belles harangues ; mais on le savait homme à ne pas rester longtemps dans l'inaction, et sa présence portait ombrage. On lui proposa de réaliser le plan du général Hoche, que la mort venait de frapper dans sa plus belle fleur de jeunesse, etde tenter une invasion dans ririande,qui n'attendait qu'une armée auxiliaire pour se détacher de l'Angleterre , il répondit par une offre singulière et demanda à être envoyé er. Orient. Le directoire se hâta d'accepter; car il vit dans cette merveilleuse expédition un double avantage, l'éloignement du général et l'espoir d'inquiéter ie& Anglais dans leur commerce et dans leurs possessions de l'Inde.

Les apprêts se firent avec rapidité, et le secret fut bien gardé ; le cabinet de Saint-James crut à l'imminence d une descente sur les côtes du royaume-uni ; il y croyait encore lorsque la flotte française, partie de Toulon le 17 mai 1798, forte de quatre cents voiles et portant trente mille hommes de débarquement, avait déjà pris Malte , encore occupée par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, et cinglait vers l'Egypte. Au moment où l'amiral Nelson, enfln détrompé, se lança à la poursuite de l'escadre républicaine, il était trop tard' pour l'arrêter ; Bonaparte prit terre a Alexandrie, remonta le Nil, culbuta Mourad-Bey, et ses Mamelucks à Bamanieh, à Chébreiss, à la bataille des Pyramides, occupa le Caire (25 juillet) et, maître du pays, se mit en devoir de l'organiser, sans se préoccuper du desastre d'Aboukir, où Nelson avait détruit (3 août) la flotte qui pouvait seule faciliter son retour en Occident.

Au moment de son départ de Toulon, les élections annuelles avaient eu lieu (floréal an VI), pour renouveler le tiers des conseils, et les républicains extrêmes, battus 1 année précédente par les royalistes, avaient ressaisi la prépondérance. Suivanlson système d'éqmlibre rigoureux en- • tre les partis, le directoire, qu'on avait investi après le 18 fructidor, du droit déjuger les opérations électorales, prononça (22 floréal) de nombreuses annulations, et réussit ainsi à se maintenir encore une année sans luttes décisives ; mais les démocrates, écariés du pouvoir par cette mesure dictatoriale, montrèrent plus d'obstination que les contre^ révolutionnaires et pour eux ce ne fut que partie remise. En môme temps l'Angleterre parvenait à réunir en faisceau tous les ressentiments européens, et la.seconde coalition s'était formée sous ses auspices. L'Autriche et la Bussie mettaient sur pied des armées formidables; la Turquie et les États barbaresques accédaient à la ligue, à cause de l'expédition d'Egypte; Jes princes italiens brûlaient d'à-

niSTOIUE DK FnA>CE.

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.nantir les républiques élevées à leum portes; la Prus«e et 1 Espagne avaient seules déclaré leur ferme résolu Ibn

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ntiaires français, Bonnier. Roberjot et Jean deBry u «m

égiSfTé^lT""'' "' ^"'^ "^ ''-'^'"' «' 'e -S

%.slatf décréta la guerre; la conscription militaire succéda a la levée en masse et deux cent mille jeunes gens partirent pour les armées. Les rois de SardaigL et de Na- Ples avaient pris l'initiative, et le dernier, s'abandonnam

ëœmba^ne I^r" ""''' '"' *" '"' ''""'^ républicaines le combat ne s engageait pas à forces égales, et tous deux

conservant 1 île de ce nom 9 décembre 1798). Le général Championnet s'avança vers le fond de l'Italie. eml'U Napte après un combat de trois jou,^ contre les UTZni fanatisés, rejeta la royauté en Sicile et proclama la république Parthénopéenne (janvier 1799). La campi^e de 1799 s ouvrait d'une manière brillante ; mais les ÂutiS chiens et les Russes n'étaient pas encore entr s en îgu

t7V:ï '"■;'"■'"'■ '^ ^^"« 'Changea aussitôt. T^l néral Schérer fut vaincu deux fois sur l'Adige ; Moreau en re les mains duquel il résigna le commandement fl obligé de se replier sur la rivière de Gênes devant les forces supérieures du fougueux Souwarow. qui avaU conqu s dans ses guerres contre les Turcs, une grande répuS dehard.ease et d'habilelé (mai 1799); Macdonald Sui ramenait de Naples l'armée d'invasion, fut taillé en piS aJ passage de la Trebbia (n, ,8, 19 juin ; l'Italie ï d nouveau perdue pour les Français. Sur le Rhin. Jo, dan ^uya une sanglante défaite à Stockack , pour a;oir s.ri^ tement suivi les ordres du directoire, et donna sa démission. Al, nord, le duc d'York débarqua en Hollande avec

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quarante ou cinquante mille Anglo-Russes. La situation de la république devint périlleuse; la frontière belge était sérieusement menacée; les armées ennemies se concentraient en Suisse ; Souwarow, abandonnant 1 Italie , s ctait lancé hardiment à travers les montagnes avec vingt mille hommes pour venir déboucher sur les derrières de Masséna. qui manœuvrait autour de Zurich, et dont la défaite aurait pu avoir des suites incalculables.

L'approche du danger ne suspendit pas les divisions intérieures; les contre-révolutionnaires, enhardis par les succès de lacoalition, aigris par la loi de l'emprunt forcé, exaspérés par colle des otages, qui n'était guère qu'une seconde édition du décret conventionnel contre les suspects, relevèrent la tête ; l'Ouest et le Midi reprirent leur attitude menaçante , et le pouvoir, naguère si respecté du directoire, s'en alla dépérissant au contact des événements. Comme les démocrates s'y attendaient, les élections de floréal an vii. tournèrent à leur profil, et la sortie du directeur Rewbel , qui fut remplacé par Sieyès, désorganisa le gouvernement Barras, qui était un homme de plaisir et qui depuis le 13 vendémiaire se bornait à jouer au Luxembourg le rôle d'amphitryon de tous les agioteurs et de toutes les femmes galantes de l'époque, s'écarta de ses collègues, lorsquil vi l'opinion se déclarer contre eux. La majorité directoriale fut brisée par la destitution de Treilhard. dont le choix avait été fait en violation d'un article constitutionnel , et auquel succéda l'ex-ministre de la justice Gohier. LareveiUère- Lépaui et Meriin de Douai, vivement attaqués par le corps législatif, furent obligés de se démettre (50 prairial an vu); le général Moulins et Roger-Ducos héritèrent de leurs fonctions. Sieyès. qui revenait de l'ambassade de Beriin et auquel on attribuait tout l'honneur de la neutralité de la Prusse, était le membre le plus influent du nouveau directoire ; il y était entré en ennemi et dans le but de détruire

^^^ HI8T0IBE DE FRANCE

la constitution de l'an m ; il y représentait avec Roger-Ducos le parti modéré qui dominait au conseil des Anciens Undis que Moulins et Gohier s'appuyaient sur les répu- Wicains extrêmes, sur le conseil des Cinq-Cents et le club du Manège; le voluptueux Barras, dégoûté des agitations politiques, n'avait plus de drapeau, et se trouvait si bien à vendre qu'il se fît acheter par le prétendant bourbonien, celui qui devait être Louis XVni. Les forces des deux partis qui s étaient coalisés pour renverser l'ancien gouvernement et qui se séparaient après la victoire, étaient donc à peu près égales ; ils se partageaient le pouvoir exécutif, le ministère et le corps législatif; la victoire devait appartenir au plus hardi. Il fallait à Sieyès pour l'exécution de de ses projets un homme d'action, popularisé par de grands triomphes militaires; il essaya d'en créer un, et Joubert, qui avait été l'un des meilleurs lieutenants de Bonaparte obtint le commandement en chef de l'armée d'Italie ; mais Joubert se fit tueràNovi (15 août) en descendant des Alpes et bientôt on apprit que le conquérant de l'Egypte, celui dont les gigantesques faits d'armes occupaient toutes les imaginations, avait débarqué à Fréj us (17 vendémiaire an VII, 9 octobre 1799). Sieyès avait trop tardé, et l'heure sonnait pour le nouveau venu de réclamer la part du lion dans ce vaste conflit d'intérêts mesquins et de passions usées.

Après la conquête de l'Egypte, Bonaparte, nous l'avons dit, s était occupé de son organisation, et la brillante colonie de savants qui marchait à la suite de son armée avait envahi à son tour les rives du Nil si riches en souvenirs. Les explorations scientifiques avaient commencé sur tous les points ; des routes stratégiques et commerciales avaient été entreprises ; l'institut du Caire avait été fondé, et les indigènes, que les mamelucks avaient si longtemps pressurés, voyant les hommes de l'Occident respec-

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ter leurs croyances et leurs usages, acceptaient, éàhé trop de répugnance, leur domination bienfiiisanle. Désaix, èiivoyé dans la haute Egypte contre Mourad-Bey, y avait gagné le nom de sultan le juste, et le général en chef, surnommé le sultan de feu. après la révolte du Caire (21 octobre 1798) avait grandi dans l'esprit des fellahs arabes jusqu'à l'immensité. Le pays une fois pacifié, il était parti pour la Syrie, afin de prévenir les desseins hostiles du cabinet ottoman, avait emporté Gaza, Jaffa et CaîfTa, et mis le siège devant Sainl-Jean-d'Acre, que défendait le pacha Djezzar, aidé du commodore anglais sir Sidney Smith et de l'émigré Phélippeaux. L'armée turque étant survenue, il l'avait écrasée à la bataille du Mont-Thabor (16 avril 1799); ma^S la ville d'Acre avait opposé une résistance invincible, faute d'artillerie de siège, et le 17 mai, désespéraiit du succès, il s'était décidé au retour. A son arrivée au Caire, il eut connaissance des événements du 50 prairial, de la triste situation de la France, et dès-lors sa résolution flit arrêtée. Le 25 juillet 1799, il redescendit dans la Basse- Egypte, où vingt mille Turcs avaient été déposés dans la baie d'Aboukir par une flotte anglaise, et avec une poignée de braves il les rejeta dans la mer ; puis, après avoir nommé Rléber commandant de l'armée qu'il abandonnait sur ces plages lointaines, il s'embarqua sur la frégate la Muiron, et fit voile vers l'ouest, comptant sur son étoile qui devait le protéger contre les croisières anglaises. Au moment où il toucha terre à Fréjus, la république venait d'être sauvée par deux victoires. Brune avait refoulé les Anglo- Russes à Berghen, en Hollande (19 septembre), et préservé la frontière du Nord ; Masséna avait désorganisé à l'immortelle journée de Zurich les armées de la coalition (25 septembre) ; Souwarow , qui avait débouché des montagnes deux jours après la bataille, s'était heurté contre les divisions victorieuses et battait en retraite vers le Tyrol. En

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même temps Championnet s'était maintenu dans les Alpes avec les débris de l'armée de Joubert, et la frontière n'avait pas même été entamée du côté de l'Italie. Ainsi le péril s'était éloigné, et cependant la présence du héros de l'expédition d'Egypte excita un enthousiasme extraordinaire ; la population tout entière accourut au devant de lui. A Paris, il vit affluer dans sa petite maison de la rue Chantereine les généraux, les ministres, les députés, les directeurs même, tous ceux qui avaient à craindre ou à espérer; on multiplia pour lui les repas et les fêles, et il se montra partout sans s'ouvrir à personne. Un homme seul l'avait deviné ; c'était l'ancien évêque d'Autun, M. de Talleyrand, un émigré rentré qui avait été déjà ministre depuis sa radiation, et dont l'extrême sagacité avait reconnu le maître futur sous cet extérieur froid et réservé. Sieyès redoutait le caractère impérieux et la grande ambition de Bonaparte, et il n'était nullement disposé à s'entendre avec lui. Leur alliance était pourtant le seul moyen d'en finir avec cette longue crise ; des amis communs les rapprochèrent. Bientôt il ne s'agit plus que de fixer le jour du coup d'état. Sieyès était assuré du consentement des Anciens ; Bonaparte pouvait compter sur la coopération des généraux et des troupes. Barras était facile à intimider ; on n'avait donc à combattre que le conseil des Cinq-Cents et les deux directeurs Moulins et Gohier. Le plan des conjurés était tout prêt; il fut mis à exécution le 18 brumaire an viii, un mois après le débarquement à Fréjus du général de l'armée d'Orient. Le matin de ce jour mémorable, vers sept heures, le conseil des Anciens fut convoqué extraordinairement aux Tuileries, et les trois membres qui possédaient le secret de la conspiralion, Cornudet, Lebrun et Fargues, peignirent sous les traits les plus sombres la situation de la république menacée, selon eux, de la réapparition (lu jacobinisme et des vengeances d'une seconde

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terreur ; Régnier de la Meurthe, s'autorisant de ces alarmantes déclarations, demanda que le conseil des Anciens usât de son droit constitutionnel, pour transférer à Saint- Cloud le corps législatif, confier à Bonaparte le commandement de la 17* division militaire et le charger de la translation. C'étaient là des mesures décisives, et les Anciens, effrayés ou séduits, n'y firent point d'opposition. Alors le nouveau commandant, muni du décret , se mit en marche entouré d'une foule d'officiers de tout grade, qui s'étaient voués à sa cause, parut à la barre du conseil et prêta serment de fidélité. Sieyès et Roger-Ducos se hâtèrent de donner leur démission ; Barras, Moulins et Gohier, avertis trop tard, essayèrent de se mettre en défense ; mais la garde directoriale avait passé à l'ennemi avec son chef Lefebvre, et tout espoir de résistance leur était enlevé. Barras, découragé, se résigna à une abdication et partit pour sa terre de Gros-Bois ; sa défection complétait la ruine du Directoire, et Moulins et Gohier, désormais en minorité, cessaient d'être dangereux.

Les chefs du mouvement n'eurent pas aussi bon marché du conseil des Cinq-Cents. Paris avait vu avec assez de calme se déployer à ses yeux tout l'appareil de cette insurrection militaire, et les murs se couvrir de proclamations; il avait écouté, sans trop s'émouvoir, le récit d'un entretien où Bonaparte disait avec une emphase étrangement personnelle au secrétaire de Barras : « Qu'avez - « vous fait de cette France que je vous ai laissée si bril- « lanle? Je vous ai laissé la paix, j'ai retrouvé la guerre ; « je vous ai laissé des victoires, j'ai retrouvé des revers ; « je vous ai laissé les millions de l'Italie, et j'ai trouvé par- « tout des lois spoliatrices et la misère. Qu'avez-vous fait « décent mille Français que je connaissais, tous mes com- « pagnons de gloire ? ils sont morts... Cet état de choses

ttlSTOIBF. DE FHANCE.

« ne peut durer; avant trois ans, il nous mènerait au « despotisme. » Mais des scènes orageuses curent lieu le lendemain (19 brumaire) à Saint-Cloud, où le corps législatif s'était transporté. Le conseil des Anciens occupait la galerie de Mars, et celui des Cinq-Cents avait pris place dans l'Orangerie. Sieyès avait opiné pour qu'on arrêtât les représentants les plus fougueux, comme au 18 fructidor, et qu'on s'épargnât ainsi des récriminations dangereuses. Bonaparte se crut assez fort pour affronter l'orage, et il se présenta dans la salle des Anciens, au moment où, sur la motion d'un de ses membres, l'assemblée tout entière venait de renouveler le serment à la Constitution de Tan IH : « Représentants , dit-il , on m'abreuve de « calomnies : on parle de César, on parle deCromwell, on « parle de gouvernement militaire... Je vous le jure, la « patrie n'a pas de plus zélé défenseur que moi ; mais c'est « sur vous seuls que repose son salut. Il n'y a plus de « gouvernement ; quatre des directeurs ont donné leur « démission ; le cinquième a été mis en surveillance pour « sa sûreté (Moulins); le conseil des Cinq-Cents est « divisé ; il ne reste que le conseil des Anciens. Qu'il « prenne des mesures, qu'il parle, me voilà pour exécu- « ter. Sauvons la liberté, sauvons l'égalité. — Général, s'é- « cria un membre républicain, nous applaudissons à ce « que vous dites ; jurez donc obéissance avec nous, à la « Constitution de l'an III, qui peut seule maintenir la répu- « blique. — La Constitution de l'an III, répliqua Bonaparte, « vous n'en avez plus. Vous l'avez violée au 18 fructidor; « vous l'avez violée au 22 tloréal ; vous l'avez violée au « 30 prairial. La constitution, elle est invoquée par toutes « les factions, et elle a été violée par toutes ; elle ne peut « être pour nous un moyen de salut, parce qu'elle n'ob- « tient plus le respect de personne... » Les Anciens ac-

DIBECTOIHË.

cueillirent par des acclamations ces reproches hardis, qui retombaient sur eux-mêmes, et Bonaparte encouragé par cet heureux début, se rendit aux Cinq-Cents, accompagné de quelques grenadiers. Un tumulte effrayant régnait dans l'Orangerie : « La constitution ou la mort, criait-on. Les « baïonnettes ne nous effraient pas ; nous sommes libres « ici. » La vue du général provoqua une terrible explosion : « A bas le dictateur, à bas le tyran. » Un représentant, Bigonnet, le saisit par le bras, et lui adressa une menaçante apostrophe; les poignards brillèrent, dit-on, et Bonaparte troublé fut emporté hors de la salle par les siens. Son frère Lucien présidait l'assemblée ; les républicains assiégèrent la tribune, et le redoutable cri de : Hors la ioi, retentit de toutes parts. Lucien résista avec courage à toutes les sommations, et refusa de mettre aux voix la mise hors la loi de son frère ; mais les clameurs redoublaient ; on votait à la hâte la permanence du conseil, son retour à Paris, la nomination du général Bernadotte au commandement de la garde législative. Il était grandement temps d'en finir, et tout moment de retard augmentait le péril des conjurés. Sieyès donna le conseil d'employer la force; Lucien, qu'un détachement avait été chercher au sein de l'assemblée, harangua les soldats : « Le président du conseil des Cinq- « Cents, leur dit-il, vous déclare que l'immense majorité « de ce conseil est dans ce moment sous la terreur de « quelques représentants à stylets, qui assiègent la tribune, « présentent la mort à leurs collègues, et enlèvent les dé- « libérations les plus affreuses » Un peloton de troupes reçut l'ordre de pénétrer dans l'Orangerie, et le général Leclerc, arrivé au milieu de la salle, s'écria : « Au nom du « général Bonaparte, le corps législatif est dissous ; que « les bons citoyens se retirent. Grenadiers, en avant. » Le bruit du tambour domina tous les cris ; les législateurs

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s'échappèrent par les couloirs et par les fenêtres. A cinq heures et demie, le pouvoir militaire était définitivement victorieux, et la république, détruite de fait, n'existait plus que de nom (19 brumaire, an YIU. 10 novembre 1799).

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