CHAPITRE VI
LES CROISADES — LA CHEVALERIE
Les premiers Capétiens (987-1108). — Les premiers Capétiens ne purent remédier au désordre de la société. C'est à peine s'ils étaient égaux aux autres seigneurs. Hugues Capet (987-996) 5 écrivait à Adelbert, comte de Périgord, qui refusait d'obéir. « Qui t'a fait comte? » L'autre répondit insolemment «Qui t'a fait roi?»
Son fils Robert eut la piété d'un moine, non la fermeté d'un roi. Les guerres devinrent si nom- 10 breuses, les famines si affreuses, qu'on crut à une prédiction qui annonçait la fin du monde pour l'an 1000. Cette terreur augmenta la puissance et la richesse de l'Église à laquelle les seigneurs, pour obtenir le pardon de leurs fautes, firent de grandes 15 générosités. L'Église, du reste, chercha à remédier au désordre affreux de la société. Sous le règne de Henri pr (io3i-io(k)), elle publia la Trêve de Dieu ( 1041 ) . La guerre était interdite du mercredi soir au lundi matin de chaque semaine, durant le 20 carême et l'a vent. Après Henri I^r règne Philippe I®*" (1060-1108), qui demeure presque toujours renfermé dans ses châteaux ou occupé à combattre les vassaux de son domaine.
Conquête de TAngleterre par les Normands.^
Guillaume, duc de Normandie, était le parent d'un roi saxon qui régnait sur l'Angleterre : il prétendit à son héritage. En 1066 il réunit autour de lui ses vassaux et appela une foule d'aventuriers, leur promettant argent et domaines. Avec une flotte nom- 5 breuse, il traversa la Manche et aborda sur la côte méridionale de la grande ile. Le duc ne vint à terre que le dernier de tous, il fit un faux pas et tomba sur la face. Un murmure s'éleva ; des voix crièrent : « Dieu nous garde ! C'est mauvais signe.» 10 Mais Guillaume, se relevant, dit aussitôt : o Qu'avezvous? Quelle cliose vous étonne? J'ai saisi cette terre de mes mains et, par la splendeur de Dieu, tant qu'il y en a, elle est à vous.»
Les Saxons avaient élu pour roi Harald auquel 15 on conseillait d'éviter le combat et de faire retraite vers Londres en ravageant tout le pays pour affamer les étrangers. « JMoi, répondit Harald, que je ravage le pays qui m'a été donné en garde ! Par ma foi, ce serait traliison et je dois plutôt tenter les 20 chances de la bataille avec le peu d'hommes que j'ai, mon courage et ma bonne cause.»
^ L'armée de ( niillaume se trouva bientôt, à îlastings, en vue du camp saxon qui était assis sur une longue chaîne de collines et fortifié par un rempart 25 de pieux et de claies d'osier. Un Normand, appelé Taillefer, poussa son cheval en avant du front de bataille et entonna le chant, fameux dans toute la Gaule, de Charlemagne et de Roland. En chantant, il jouait avec son épée, la lançait en l'air avec force 30 et la recevait dans sa main droite. Les Normands répétaient ses refrains et criaient : « Dieu aide ! Pieu aide ! »
LES CROISADES — LA CHEVALERIE
La bataille fut vive et acharnée, mais les Saxons, ayant commis l'imprudence de quitter leurs retranchements, furent vaincus. Harald périt au milieu de la mêlée; beaucoup de Saxons ne vou- 5 lurent point survivre à ce désastre et se défendirent jusqu'à la mort. Guillaume, maître du pays, y fixa les Normands et partagea les terres entre ses soldats. La langue française se parla au delà de la Manche, et la langue anglaise en a retenu quantité 10 de mots et d'expressions.
La première croisade (1095-1099). — On vit bientôt des expéditions autrement grandes et fameuses. La Palestine avec Jérusalem était devenue la proie des Arabes musulmans, puis des Turco- 15 mans,^ bien plus farouches.
Or les chrétiens allaient en grand nombre visiter Jérusalem et les lieux saints. C'était le pèlerinage, comme on disait. Les chrétiens qui accomplissaient ce pèlerinage furent exposés à de violents outrages. 20 Un pèlerin français, Pierre l'Ermite, vint raconter aux peuples de l'Europe ces persécutions, les excitant à la guerre sainte. Pierre l'Ermite s'appelait de son vrai nom Pierre d'Achères (des environs d'Amiens). Il avait été guerrier, puis s'était fait 25 ermite, d'oti son surnom de Pierre l'Ermite. Ayant fait le pèlerinage de la Terre Sainte, il fut vivement ému des souffrances des chrétiens d'Orient et vint les raconter au pape Urbain H. Encouragé par lui, Pierre l'Ermite traversa l'Italie, puis la France. 30 Monté sur une mule, un crucifix à la main, les pieds
1 Turcomatts, peuple venu de la contrée appelée aujourd'hui le Turkestan.