HISTOIRE DE FR^\NCE
nus, portant une pauvre robe attachée par une grosse^ corde, il prêcha la guerre contre les infidèles et appela les chrétiens à la délivrance du tombeau du Christ.
Le pape Urbain II, Français de naissance, con- 5 voqua à Clerniont en Auvergne un concile où, avec les prélats, affluèrent les seigneurs et une multitude de peuple. Pierre l'Ermite raconta de nouveau les malheurs des chrétiens de la Palestine. Le pape exhorta les Francs à cesser leurs guerres et à mettre 10 leur bravoure au service de la religion. Tous répondirent par un même cri : « Dieu le veut ! Dieu le veut! » (1095). Nobles et vilains firent vœu de partir pour la guerre sainte; comme signe de ce vœu, ils attachèrent à leur épaule une croix d'étoffe 15 rouge : ce qui leur fit donner le nom de Croisés, et à l'expédition le nom de Croisade. Tout le monde voulait partir pour la croisade. Les pauvres gens entassaient dans des charrettes tout ce qu'ils avaient. Les premiers prêts, ils se mirent en route sous la 20 conduite de Pierre l'Ermite et de Gauthier sans Avoir. A la vue de chaque ville nouvelle, les femmes et les enfants, dans leur simplicité, demandaient : « Est-ce donc là Jérusalem ? » Cette foule traversa TAllemagne en pillant pour vivre 25 et arriva décimée en Asie, où elle fut exterminée.
L*armée des seigneurs ne s'ébranla qu'après de longs préparatifs. Elle formait une masse de cent mille chevaliers, six cent mille fantassins (1096), 30 et avait à sa tête des chefs expérimentés à la tête desquels on distinguait Godefroy de Bouillon, Raymond de Toulouse, Hugues de France, Etienne de
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Blois, le Normand Bohémond, prince de Tarente (en Italie) et son cousin Tancrède.
Après deux batailles sanglantes, les Turcs se contentèrent de harceler par leur cavalerie légère les 5, lourds chevaliers ; ils laissèrent combattre pour eux la faim, la misère, l'intempérie des vents, l'ardeur brûlante du soleil. Jusqu'en Syrie, chaque pas fut marqué par des cadavres. Là se trouvait la puissante et riche Antioche. Les croisés, épuisés et
10 quoique réduits de moitié, étaient encore au nombre de 300,000 hommes. Il fut impossible de nourrir ces masses pendant un siège qui dura sept mois: la famine était affreuse. Les intrigues de l'habile Normand Bohémond parvinrent cependant à rendre
15 les chrétiens maîtres de la ville, où ils trouvèrent, après une abondance de quelques jours, la disette et l'épidémie.
Pour comble de maux, arrivait une grande armée turque. Un instant le découragement fut extrême.
20 Tout à coup l'enthousiasme succède à cette torpeur: le bruit s'est répandu qu'un prêtre de Marseille vient de trouver en terre la lance qui avait percé le côté du Christ ; alors ces malheureux, qui n'attendaient plus que la mort, maintenant pleins de force
25 et de courage, se précipitent sur les Turcs, qu'ils mettent en pleine déroute (1098).
D'Antioche, l'armée s'avance lentement sur Jérusalem. Tout à coup, au revers d'une colline de sable rougeâtre et sans verdure, elle s'arrête. A
30 quelque distance s'élevait une ligne de remparts, des portes, des tours, des temples, des édifices. Le même cri Jérusalem! sortit de toutes les bouches poussé par soixante mille personnes qui seules sur-
vivaient à ces trois années d'épreuves (1099). Les croisés ne purent maîtriser leur enthousiasme et marchèrent à l'assaut, mais ils furent repoussés et durent se résigner à faire un siège régulier. Au bout de cinq semaines ils étaient en mesure de tenter 5 une attaque mieux concertée. Ils firent rouler au pied des murailles de hautes tours surmontées de ponts-levis qui s'abattaient sur les parapets. Pendant deux jours on combattit avec une égale fureur. Vers le milieu de la seconde journée (un vendredi, 10 le 14 juillet 1099) ï^s croisés réussirent à pénétrer dans la ville, et un horrible carnage suivit la victoire.
Les croisés s'accordèrent à choisir, pour garder et gouverner le nouveau royaume chrétien. Gode- 15 froy de Bouillon, qui, loin de s'en montrer plus fier, n'en fut que plus humble. Il ne voulut pas prendre le titre de roi, mais celui de défenseur du saint sépulcre. Il dit : « qu'il ne voulait pas porter une couronne d'or là où le roi des rois avait porté une 20 couronne d'épines.» Les députés d'une peuplade étant venus lui parler le trouvèrent assis sur un sac de paille ; ils s'en étonnèrent. « La terre, leur dit-il, doit être le siège des hommes pendant leur vie, puisqu'elle leur sert de sépulture après leur 25 mort.»
Louis VI. — La croisade avait amené Téloignement et la mort d'un grand nombre de seigneurs ; les efforts des villes qui cherchaient à obtenir des chartes de commune, embarrassaient les autres. Cet 30 affaiblissement des seigneurs profita au roi de France qui n'avait pas bougé de ses châteaux.
Le fils de Philippe 1% Louis VI (1108-1137),
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SI
surnommé le Gros, mais plus justement appelé l'Éveillé, releva l'autorité royale. Modèle des chevaliers, toujours prêt à défendre le pauvre et l'orphelin, il fit, durant son règne de vingt-neuf ans, • 5 une guerre sans merci aux seigneurs pillards que les auteurs du temps comparent à des loups dévorants.
Louis VII (1137-1180). — Le roi Louis VII fut un prmce moins habile que son père. Il fit une
10 guerre contre le comte de Champagne. Dans cette guerre, l'église de Vitry fut brûlée et treize cents personnes périrent (1142). Louis VII, alors plein de repentir, voulut diriger une expédition en Terre Samte. Ce fut la deuxième croisade, que prêcha
15 saint Bernard, mais elle n'eut pas de brillants résultats.
Louis VII avait épousé une riche héritière, Eléonore d'Aquitaine. Mais, après la croisade, il la répudia. Le roi perdit ainsi la dot que la reine lui
20 avait apportée, les plus l)elles provinces du Centre et du Midi, plus de treize de nos départements. Eléonore épousa Henri Plantagenet,^ comte d'Anjou, héritier de la Normandie et, quelques années après, roi d'Angleterre, sous le nom de Henri
25 II. Une grande partie de la France (équivalant à vingt et un de nos départements) appartint alors aux rois anglais.
Philippe Auguste (1180-1223). -- Le fils que
Louis VII, après son divorce avec Eléonore, avait
30 eu d'un autre mariage, Philippe, devait mériter le
^ 1 PîaiitageneU appelé ainsi parce que son père portait uûe branche de genêt à son chapeau.
surnom d'Auguste. Arrivé au trône à lage de quinze ans (en 1180), il sut résister aux barons indociles comme au roi d'Angleterre, organiser ses domaines, et il compte parmi les plus grands rois. Philippe fit la guerre au roi d'Angleterre, Henri II, 5 et soutint ses fils révoltés contre lui. L'un d'eux, Richard, était même devenu l'ami de Philippe, mangeait à sa table et combattait avec lui contre le roi Henri. Celui-ci étant mort en 1189, Richard lui succéda. D'abord rien ne parut changé. Philippe 10 et Richard restèrent amis.
Le royaume de Jérusalem venait d'être détruit. La ville sainte avait dû se rendre au sultan Saladin (1187). Guillaume, archevêque de Tyr, vint raconter en-Europe les malheurs de la Palestine. Phi- 15 lippe Auguste partit pour la troisième croisade et Richard promit de le suivre (1190). En Palestine, les croisés assiégèrent et prirent Ptolémaïs. Mais les deux amis se brouillèrent. Richard, querelleur, hautain, ne tarda pas à blesser Philippe, plus calme, 20 plus avisé. Philippe, en prince prudent, se hâta de revenir dans son royaume (1192).
Richard Cœur de Lion. — Richard était demeuré longtemps en Asie à batailler contre les Sarrasins. Il revenait toujours de la mêlée hérissé de flèches, 25 «semblable à une pelote couverte d'aiguilles.» Longtemps les musulmans parlèrent de ses exploits. Lorsqu'un cheval, effrayé par quelque buisson, se cabrait, son maître lui ilisait : « Crois-tu donc que ce soit l'ombre du roi Richard?» Le roi anglais 30 ne put néanmoins reprendre Jérusalem. Il quitta la Terre Sainte après avoir conclu un traité avec Saladin. Richard, au retour de la Palestine, fut
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obligé de traverser le duché d'Autriche, dont il avait, à la croisade, insulté le souverain. Reconnu, arrêté, livré à l'empereur d'Allemagne, Henri VI, il subit quatorze mois de captivité.
S Selon la légende, un fidèle trouvère, Blondel, découvrit sa prison en chantant près de sa tour ses airs favoris. Les barons et le peuple anglais rachetèrent leur roi au prix de 150,000 marcs d'argent (1194). Devenue libre, Richard voulut se venger
10 du roi de France. Une guerre de cinq ans n'aboutit qu'à d'inutiles ravages. Incapable de repos et toujours avide de gain, Richard courut dans le Limousin assiéger le château de Chalus, dont le seigneur, disait-on, cachait un trésor: il périt frappé d'une
15 flèche (1199), et son frère Jean se fit reconnaître roi d'Angleterre.
Jean, homme à la fois lâche et cruel, poignarde son neveu Arthur qu'on voulait lui opposer. Philippe profite de l'indignation soulevée par ce crime
20 pour citer son vassal homicide devant les seigneurs de sa cour (1203). Jean se garde bien de paraître. La cour prononce la confiscation des provinces qu'il tenait, en fief, du roi de France, et Philippe a bientôt mis la main sur la Normandie, l'Anjou, la Tou-
25 raine, le Poitou. Jean ne voulut pas même se déranger d'une partie d'échecs pour répondre aux habitants de Rouen qui venaient le prier de les secourir. Puis regrettant ses belles provinces, il appela l'empereur d'Allemagne, Otton IV, pour
30 l'aider à reprendre les pays qu'il n'avait pas su défendre. Les comtes de Flandre et de Boulogne entrèrent dans la ligue, voulant arrêter les progrès de la royauté française qui cherchait à rççsaisir, à réu-
nir ses domaines épars. Mais le i)Ius grand nombre des seigneurs, avec les milices communales, se réunirent autour de l*hilipf)e Auguste qui marcha audevant de l'armée ennemie, composée de Flamands, d'Allemands et d'Anglais. 5
La bataille de Bouvines. — A mi-chemin de Tournai à IJIle, en Flandre, se trouve le village de Bouvines. La petite rivière de la Marcjuc coule près de là et on la franchissait sur un pont rustique. Philippe faisait passer cette rivière à ses troupes; 10 une partie des milices communales l'avait déjà franchie; le roi fatigué et accablé par la chaleur (c'était le z-j juillet 1214), se reposait sous l'ombre d'un frêne, près d'une chapelle, lorsque l'on annonça que l'ennemi approchait. Aussitôt le roi se leva, entra 15 dans l'église et, après une courte prière, il se fit armer et monta à cheval d'un air tout joyeux comme s'il etJt été convié à une noce ou à quelque fête. On criait de toutes parts dans la plaine: Aux armes, barons ! aux armes ! les trompettes sonnaient et les 20 corps de bataille qui avaient déjà passé le pont re- " tournaient en arrière.
A midi on vit déboucher toute l'armée des coalisés. L'empereur Otton avec le comte de Mandre, Fernand, et le comte de Boulogne commandaient les 25 principaux corps des alliés : au centre de leur armée on voyait un char traîné i)ar (|uatre chevaux où se dressaient les armes impériales ; « l'aigle d'or tenait dans sa serre un énorme dragon dont la gueule béante, tournée vers les Français, paraissait vouloir 30 tout avaler,» dit un chroniqueur. Pour Philippe, il était venu se placer au premier rang et n'avait pas même, dans son impatience, attendu Xoriflamme^
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bannière que les rois de France partant en guerre allaient prendre à l'abbaye de Saint-Denis.
Le combat fut d'abord acharné du côté des Flamands. Mais le comte de Flandre, Fernand, est 5 blessé et pris ; de ce côté, la victoire est bientôt assurée. Au centre, Philippe Auguste avait couru un grand danger. Les Allemands avaient pénétré jusqu'à lui et l'avaient renversé de cheval au moyen de leurs hallebardes. Un seigneur est presque seul
10 à le protéger, frappant d'une main et élevant de l'autre la bannière royale en signe de détresse. Les chevaliers accourent. Philippe est délivré. Otton, enveloppé à son tour, faillit bien aussi être pris ou tué. Son cheval est blessé, se cabre, se dégage et
15 dégage en même temps son maître, qui s'enfuit au plus vite hors de la mêlée. Le char impérial d'Otton fut brisé en mille pièces. Les Anglais furent les derniers rompus, mais le comte de Boulogne, qui les commandait, fut pris. De toutes parts la vic-
20 toire était complète.
Le retour de Philippe Auguste fut un vrai triomphe. A Paris, les bourgeois et la multitude des écoliers firent une fête sans égale; le jour ne suffisant pas, ils festoyèrent la nuit avec de nom-
25 breuses lumières. Le peuple sentait l'importance de cette victoire sur les étrangers: c'était la première victoire nationale.
Saint Louis. — Philippe Auguste mourut en 1223, laissant un royaume agrandi et surtout bien
30 administré, car il fut un prince législateur aussi bien que guerrier. Son fils Louis VIII, prince brave et surnommé Cœur de Lion, régna peu, mais réussit à pacifier le Midi, oti les seigneurs du Nord avaient
fait contre les Albigeois, qu'on accusait d'hérésie, une croisade terrible et sanglante. La royauté recueillit les fruits de cette sinistre expédition sans s> compromettre, et le Languedoc fut dès lors rattaché aux domaines de la couronne. Louis VIII 5 laissa plusieurs enfants dont l'aîné n'avait que douze ans (1226). La reine Blanche de Castille prit en mains la régence ; pieuse et charitable, Blanche n'en était pas moins d'une rare fermeté ; elle conjura tous les périls, triompha d'une ligue que les seigneurs 10 avaient formée contre la royauté, et livra un pouvoir affermi à son fils Louis IX que ses belles leçons avaient orné de toutes les qualités et de toutes les vertus.
Blanche de Castîîîe avait surtout rendu le plus 15 grand service à son fils en veillant avec une extrême sollicitude à son éducation. Elle l'élevait comme un enfant appelé à gouverner un grand royaume et le nourrit dans les sentiments de la plus austère piété, lui mettant devant les yeux bons exemples 20 et bons enseignements. Louis rappelait plus tard que sa mère. lui avait fait entendre qu'elle aimerait mieux le voir mort que le voir commettre un seul péché mortel.
Même quand il allait, pour se récréer, en bois ou 25 en rivière, il était toujours accompagné de son maître, qui ne cessait de l'instruire. Aussi devint-il un prince savant pour son temps, et, comme il inclinait naturellement aux vertus que sa mère s appliquait à lui faire aimer, il ne cessa de les pratiquer 30 sur le trône.
La croisade d'Egypte — Louis IX, en 1244, tomba gravement malade. Il fit vœu alors, s'il guéris-
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sait, d'aller en Terre Sainte. Ce fut la septième croisade. L'expédition fut dirigée contre l'Egypte, parce que le sultan de ce pays s'était emparé de Jérusalem. L'armée débarqua devant Damiette en '5 Egypte ( 1249). Louis IX, impatient, se jeta, l'épée au poing, dans la mer pour aller attaquer les Sarrasins rangés sur le rivage. Les Sarrasins s'enfuirent ; la ville fut prise.
L'année suivante, la peste envahit l'armée, et il 10 fallut songer à la retraite. Mais les musulmans enveloppèrent les Français, qui furent obligés de se rendre.
Les malheurs de ces expéditions mirent dans tout
son relief la fermeté et la patience de Louis IX.
15 Malade lui-même et pouvant à peine se soutenir, il
avait voulu néanmoins demeurer à l 'arrière-garde.
Prisonnier, il montra une sérénité inaltérable.
Le sultan demanda, pour la rançon de Louis IX, Damiette et un million de pièces d'or. Louis répon- 20 dit qu'il rendrait Damiette pour sa rançon et payerait pour celle de ses gens le million de pièces : car « un roi de r>ance, dit-il, ne devait point se racheter à prix d'argent.» Mais quelques jours après, le sultan était égorgé par les émirs. Louis IX fut en 25 péril. Un émir furieux se présenta à lui, tenant à la main un glaive ensanglanté : « Que me donnerastu, dit-il, pour avoir tué ton ennemi qui t'eût fait mourir s'il eût vécu?» Louis ne répondit point. On dit même que les émirs, pleins d'admiration 30 ix)ur sa noblesse d'âme, songèrent un moment à le prendre pour roi. Enfin ils le délivrèrent, lui et 1 armée.^ Un seigneur vint dire joyeusement qu'en pesant l'or de la rançon on avait fait tort aux Sar-
fi
rasins de dix mille livres. Le roi se fâcha et ordonna de les rendre.
Louis ne veut pas encore rentrer en Europe ; il va en Syrie fortifier les derniers boulevards des chrétiens, Césarée, Ascalon, Saint-Jean-d'Acre. Il y 5 resta même près de deux ans après la mort de sa mère Blanche de Castille, dont l'administration vigilante avait conservé la paix au royaume. Un épisode du retour achève de faire connaître saint Louis. En vue de Chypre, son vaisseau qui a heurté un 10 écueil est sur le point de sombrer ; on supplie instamment le roi de i)asser sur un autre vaisseau, avec sa femme Marguerite de IVovcnce, qui l'a suivi dans sa terrible expédition. « Non, dit le roi, si je quitte ce navire le pilote en [)rendra moins de soin, et cinq 15 cents personnes qui aiment autant leur vie que moi la mienne, périront; j'aime mieux mettre mon corps, ma femme et mes enfants en la main de Dieu que et faire si grand dommage à tant de gens.» 20
Louis IX était la charité même. Comme les seigneurs murmuraient de voir tant d'argent employé en charités, le roi dit: «J'aime mieux que l'excès de mes dépenses soit fait en aumônes pour l'amour de Dieu, qu'en luxe ou en vaine gloire de 25 ce monde.» On le voyait réunir deux cents, trois cents pauvres autour de lui et leur distribuer de l'argent. L^ne fois, à l'entrée d'une ville, une pauvre vieille femme qui était à la porte de sa maisonnette, dit au roi en lui montrant un pain qu'elle tenait en 30 sa main : « Bon roi, de ce pain qui est de ton aumône est soutenu mon mari qui est malade.» Alors le roi prit le pain en sa main, et dit : « C'est d'assez
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dur pain,» et il entra dans la maison pour visiter le malade.
Un jour, on le vit, à Compiègne, servir cent trente-quatre malades de sa personne. Il ne craii gnait pas d'approcher des lépreux, et de les secourir, de leur donner lui-même à manger. Le pieux roi fonda la maison des aveugles de Paris, appelée les Quinze-Vingts, parce qu'elle était destinée à trois cents aveugles (quinze fois vingt).
10 La huitième croisade Louis IX ne pouvait se
consoler de l'issue malheureuse de sa première croisade. Affaibli par l'âge et les austérités, il voulut en entrei)rendre une nouvelle : ce fut la huitième et dernière croisade.
15 La flotte française se dirigea du côté de l'Afrique. A peine débarqué sur le rivage de Tunis, près de l'ancienne Carthage, Louis IX fut atteint avec une grande partie de ses soldats par la peste. Il voulut, sentant sa dernière heure approcher, et pour donner
20 encore un cxemi)le d'humilité, qu'on le couchât sur un Ht de cendres. Les dernières paroles qu'il adressa â son fils sont le plus beau testament royal : « Beau fils, dit-il, aie le cœur doux et compatissant aux pauvres: ne mets pas de trop grands impôts
25 sur ton peuple, si ce n'est par nécessité, pour ton royaume défendre. Fais justice et droiture à chacun, tant au pauvre qu'au riche.»
Le pieux roi montrait la plus sereine résignation au milieu de ses souffrances. Il rendit l'âme le
30 25 août 1270 au milieu de la désolation générale. Au même moment, on entendit le son de joyeuses trompettes. C'était le frère de saint Louis, Charles d'Anjou, roi de Naples et de Sicile, qui annonçait
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son arrivée. Charles ne put que recueillir et ramener les débris de l'armée.
Aujourd'hui le drapeau français flotte sur cette l)lage de Tunis illustrée par la mort de saint Louis,
Philippe le Hardi (1270-1285). — Le fils de saint 5 Louis, Philippe le Hardi, fut un prince sage et pieux, mais ne justifia luillement durant son règne de (iuinze ans le surnom de Hardi qti'on lui avait donné sur la plage de Tunis. Le sctil résultat important de son règne fut la réunion du comté de Toulouse 10 à la couronne après la mort cfAlphonse de Poitiers, comte de Toulouse (1270), oncle de Philippe, qui avait épousé Fliéritière de cette riche province. Cette réunion, accomplie en exécution du traité de Meaux de 1229, achevait de joindre la France du 15 midi à celle du nord.
Un frère de saint Louis, Charles d'Anjou, était devenu roi de Naples et de Sicile. Mais la tyrannie des Français amena un soulèvement en Sicile et un affreux massacre des Français, à Païenne, le lundi 20 de Pâques 1282, à l'heure des vêpres. De là, le nom de z'cprcs siciliennes donné à ce massacre que Philippe le Hardi voulut venger en faisant la guerre au roi d^Aragon. qui avait soutenu les Siciliens. Cette expédition (1248) fut stérile et Philippe mou- 25 rut au retour (1285), à Perpignan,