‹ Histoire de France [microform], tirée de Ducoudray;Chapitre 13 sur 33 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

CHARLES VI

Minorité de Charles VI {1380-1388). — A un prince qui avait mérité le surnom de Sage, succéda un enfant de douze ans, Charles VI, qui, à peine arrivé à l'âge d'homme, fut atteint de folie.

Les oncles du roi, les ducs d'Anjou, de Berri, de Bourgogne, se disputèrent la régence pendant la minorité du jeune prince, et, par leurs exactions, leurs pillages, soulevèrent dans les grandes villes des insurrections.

En Flandre, les Gantois s'étaient soulevés contre leur comte et avaient pris pour chef Philippe Artevelde. Les oncles de Charles VI emmenèrent le jeune roi contre les Flamands, qui furent vaincus à la journée de Roosebecque. Fiers de leur victoire 15 sur les Flamands, les princes se vengèrent cruellement des Parisiens qui avaient désiré le triomphe des Gantois.

Quelques années seulement, de 1388 à 1392, le jeune roi, qui avait épousé une princesse allemande, 20 Isabeau de Bavière, gouverna par lui-même et reprit les prudents ministres de son père.

En 1392, Charles, malade de corps et déjà d'esprit, car les excès l'avaient usé avant l'âge, par-

tait en guerre contre le duc de Bretagne. Le 5 août, par une brûlante journée on traversa la forêt du Mans : tout à coup, un homme, la tète nue, vêtu d'une pauvre cotte de bure blanc, s élança, prit le cheval du roi par la bride et s écria a Arrête, s noble roi, tu es trahi!» Charles tressaillit, mais passa outre. On sortit des bois, on entra dans une plaine sablonneuse. Le soleil était beau, clair, resplendissant à grands rayons, d'une force dangereuse. Un des pages s'endort et laisse tomber sa lo lance sur le casque d'un autre page: à ce bruit de fer qu'il entend, le roi se trouble, se croit trahi, tire son épée, s'écrie : « en avant î en avant ! sus aux traîtres ! » blesse, tue plusieurs hommes de sa suite, se précipite même contre son frère le duc d'Or- 15 léans, s'épuise en courses furieuses, et, lorsqu'on parvient à le désarmer, à l'étendre sur le sol, il reste sans connaissance, les yeux hagards : il était fou.

Le royaume fut replongé dans l'anarchie. En 1407, le frère du roi, le duc d'Orléans, prince 20 aimable et spirituel mais débauché, périt assassiné, un soir, à Paris. C'était le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, rival et cousin du duc, qui avait dressé ce guet-apens. Alors se forment deux partis, celui des Bourguignons, celui des Armagnacs, dirigé 25 par le comte d'Armagnac, beau-père d'un fils de la victime. Paris que se disputent tour à tour les deux factions, est inondé de sang. Les Anglais profitent de ces discordes pour envahir de nouveau la France (1415)- 30

La bataille d'Azincourt Les chefs du parti

armagnac, maîtres du roi et du gouvernement, s'étaient décidés à marcher contre les Anglais. A

CHARLES VI

leur appel la noblesse accourut, mais insouciante et indisciplinée comme aux jours de Crécy et de Poitiers. Fiers de leur nombre imposant, car ils avaient réuni plus de cent mille hommes, les Fran- 5 çais se croyaient certains d'écraser la petite armée des Anglais qui battait en retraite, cherchant à gagner Calais. Le pays que ceux-ci avaient à traverser se soulevait, et les Picards barrèrent le chemin à. l'armée de Henri V près d'Azincourt.

10 L'armée française, commandée par le connétable d'Albret, arriva, et le 25 octobre 141 5 le combat s'engagea sur un terrain détrempé par les pluies d'automne.

Selon leur habitude les Anglais se postèrent

15 derrière leurs archers. Une nuée de flèches s'abattit sur les rangs des chevaliers français, obligés de baisser la tête pour que les traits n'entrassent point dans la visière de leurs casques. Les Français s'étaient rangés en escadrons si serrés qu'ils

ao ne pouvaient lever leurs bras pour frapper sur leurs ennemis. Leurs lourds chevaux enfonçaient dans les terres fraîchement labourées, et les chevaliers ne pouvaient atteindre leurs ennemis avec leurs lances, qu'ils avaient coupées par le milieu afin de

25 pouvoir s'approcher plus près des Anglais. L'avant-garde rompue mit le désordre dans le corps de bataille. Ce que voyant, les Anglais, jetant bas leurs arcs, prirent leurs épées, leurs haches, leurs maillets, se jetèrent au milieu des Français, frap-

30 pant, abattant tout ce qui se trouvait devant eux. Beaucoup de seigneurs se rendirent.

Or voici qu'une troupe française, faisant un détour, attaque les bagages des Anglais. Le roi

Henri V effrayé ordonne de ne plus faire de prisonniers et de massacrer tous ceux qui s'étaient rendus. Lorsqu'il fut revenu de l'émotion causée par cette alerte, il commanda de cesser îe massacre, mais une fouie de seigneurs avaient péri. Sur le 5 chami) (le bataille, le roi anglais, [)our relever encore sa victoire, s'écria « qu'il avait été l'instrument de Dieu choisi pour punir les péchés des Français.»

Un crime des Armagnacs vint achever le triomphe du roi anglais. Les Armagnacs étaient 10 maîtres du jeune fils de Charles VI, le dauphin. Ils feignirent vouloir se réconcilier avec les Bourguignons, et attirèrent Jean sans Peur à une entrevue avec le dauphin, sur le pont de Montereau. Jean s'y rendit et y périt égorgé sous les yeux 15 mêmes du jeune prince (1419).

Ce meurtre jeta tout à fait les Bourgi gnons dans les l)ras des Anglais. I*hilippe le Bon, fils de Jean sans Peur, maître du roi Charles VI, et la reine Isabeau, qui renia son fils, signèrent avec Henri V 20 le honteux traité de Troyes (1420). Ce traité déshéritait le daupliin Charles, accordait à Henri V la main de la fille de Charles M et assurait la couronne de France à ses descendants. Henri V se trouvait maître du pays. 25

CHARLES VII

Page 1