CHAPITRE XVI
LOUIS XVI ^ LA REVOLUTION (1774-1793
Louis XVL — Le fils de Louis XV, le Dauphin, était mort avant lui, en 1765, laissant trois fils qui, comme les trois fils de Philippe le Bel, et comme les trois derniers Valois, devaient tous monter sur le
5 trône, mais aussi être les derniers rois de la maison de Bourbon. A l'avènement de l'aîné, Louis XVI (1774), (|ui avait vingt ans, on espéra un changement complet de l'État. On trouva un matin sur le i)ié(Iestal de la statue de Henri IV, au Pont-Neuf,
10 cette inscription : « Il est ressuscité.»
Louis XVI comprenait peu les progrès politiques à réaliser, mais il avait un désir sincère d'améliorer la condition du peuple : il encouragea toutes les inventions, toutes les découvertes utiles. Il fut un
15 des premiers à comprendre l'utilité de la vaccine et à la défendre contre les préjugés. Il encouragea et seconda Parmentier qui s'efforçait de répandre l'usage de la pomme de terre; pour vaincre le dédain des courtisans, il fit servir sur sa table ce mets
20 aujourd'hui populaire et porta à sa boutonnière la fleur de cette plante méprisée.
Louis XVI, pour éviter de grands malheurs, n'aurait eu qu'à soutenir de son autorité les deux hommes de bien qu'il avait d'abord fait entrer au
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ministère, Malesherbes et Turgot. Malesherbes voulait réformer la justice, donner des défenseurs aux accusés, rendre aux protestants la liberté de conscience et à tous les Français la siireté de leur personne par la suppression des lettres de cachet. 5
Turgot, déjà renommé par l'habileté qu'il avait déployée dans l'administration du Limousin, voulait proclamer la liberté du commerce et de l'industrie alors gênés par une foule d'entraves. Afin de prévenir les famines trop nombreuses dans le cours 10 du dix-huitième siècle, il rendit libre le commerce des grains et améliora la navigation intérieure. Mais ces réformes soulevaient contre lui tous les privilégiés qu elles blessaient.
Malesherbes, le premier, donna sa démission au 15 roi, qui lui dit: « Vous êtes plus heureux que moi, vous pouvez abdiquer.» Turgot attendit d'être renvoyé. Louis XVI eut la faiblesse de congédier un ministre dont il avait dit : « Il n'y a que Turgot et moi qui aimons le peuple.» 20
Guerre d'Amérique (1778-1783). — La guerre d'Amérique vint un moment faire diversion aux difficultés intérieures. Les colonies, que l'Angleterre avait fondées au delà de l'Atlantique, s'étaient soulevées et avaient, en 1776, proclamé leur indé- 25 pendance.
Un planteur devenu général, Washington, dirigeait les armées. Franklin, autre grand citoyen, homme aussi savant que vertueux, qui a inventé le paratonnerre et travaillé à la délivrance de sa patrie, 30 vint solliciter les secours de la France. Le jeune marquis de La Fayette alla le premier offrir son épée à Washington. Louis XVI envoya 8000
hommes sous la conduite de Rochambeau, un des brillants élèves du maréchal de Saxe (1778). A cette troupe vinrent se joindre en volontaires bon nombre de gentilshommes. Une lettre de La Fayette à sa 5 femme, qui désirait le voir revenir (6 janvier 1778), montre qu'à côté de l'exaltation du jeune marquis,' il y avait une haute raison : « L'abaissement de l'Angleterre, écrit-il, l'avantage de ma patrie, le bonheur de l'humanité, qui est intéressée à ce qu'il y ait 10 dans le monde un peuple entièrement libre, tout m'engage à ne pas quitter.»
La France, dont la marine s'était relevée, ouvrit glorieusement les hostilités. Un combat naval indécis près d'Ouessant étonna l'Angleterre ; une tem-
15 pète seule empêcha notre flotte, unie à une escadre espagnole, de débar(|uer à Plymouth et d'attaquer l'Angleterre jusque dans son île. Les flottes françaises avec d'Estaing et le comte de Grasse, dont ses matelots disaient : «Il a six pieds, et six pieds
20 un pouce les jours de bataille,» dominèrent dans les mers des Antilles. L'amiral de Grasse vint concourir au plan formé par Washington, Rochambeau et La Fayette, de cerner l'armée anglaise de lord Cornwallis dans York-Town. Conduite par La Fa-
25 yette avec une prudence et une fermeté qu'on n'eût pas attendues d'un jeune général de vingt-quatre ans; secondée par la bravoure des soldats d'un fameux régiment commandé par Rochambeau, l'entreprise réussit complètement et l'armée anglaise
30 se rendit ( 1781 ). Ce fut le salut des Américains. Les Etats généraux (5 mai 1789). ^ La guerre d Amérique, entreprise pour la liberté d'un peuple, avait, en France, excité les désirs de liberté ; de plus
lin
elle avait coûté cher et accru le déficit dans les finances. Pour sortir des embarras financiers, Louis XV'I rappela Xecker, habile banquier genevois. Necker cependant ne pouvait rétablir l'équilibre entre les recettes et les dépenses sans remédier aux 5 abus, sans demander des réformes politiques. Il voulut porter la lumière dans l'administration en publiant le l)U(lget. Il se rendit impopulaire et fut disgracié. Sa retraite mécontenta l'opinion déjà
toute puissante. ^°
La reine Marie- Antoinette, qui était Autrichienne et qui gardait à la cour de France la fierté de sa maison^ était déjà regardée comme l'àme du parti qui s'opposait aux réformes. Elle fit donner le contrôle des finances à un dissipateur, Calonne, qui. 15 pour faire croire l'État plus riche, dépensait beaucoup. Le moment vint enfin où il fallut avouer qu'on ne pouvait aller plus loin.
Calonne céda la place à Loménie de lirienne, qui se montra encore moins capable de reméclier au mal, 20 et il fut lui-même obligé de proposer au roi la convocation des États-Généraux.
Les élections faites au commencement de l'année 1789, firent comprendre que la nation était déterminée à soutenir ses députés. La Révolution com- 25 mençait, et, avec elle, un nouvel âge de la France et du monde.
La première séance des États (5 mai) fut un jour de joie et d'espérance. Le roi prononça un discours plein d'excellentes intentions et de promesses; il 30 recommanda l'accord, mais dès les premiers jours, les défiances s'éveillèrent, les haines se montrèrent.
On y voyait trois nations, représentées par les
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trois Ordres: noblesse, clergé, tiers état. Mais les députés du Tiers voulurent tout d'abord qu'on supprimât cette distinction des trois Ordres. En nombre double des deux premiers Ordres, les députés du 5 Tiers n'étaient rien si l'on votait par ordre. Ils étaient tout si l'on votait par tête.
Les ordres privilégiés refusèrent de délibérer avec le tiers état. Celui-ci passa outre. Il considéra qu'à lui seul il représentait la masse la plus nom-
10 breuse de la nation et, le 17 juin, se déclara Assemblée nationale (plus tard la Constituante).
Le serment du Jeu de paume (20 juin 1789)
La cour, irritée de la résistance du tiers état, qui demandait la réunion des trois Ordres, décide le roi
15 à tenir un séance solennelle pour imposer le maintien des trois Ordres. On ferme la salle sous un prétexte frivole. C'était le samedi 20 juin. Les députés, auxquels on refuse l'entrée de la salle, s'assemblent par groupes, les uns demandant à dé-
20 libérer en plein air, d'autres sous les fenêtres mêmes du roi. Le président Bailly, leur propose de se réunir dans une salle de jeu de paume, — ce jeu était alors fort à la mode; — ils s'y rendent. Là, dans cette salle sombre et nue, un bureau est improvisé
25 avec un établi de menuisier, quelques planches et quelques banquettes. Tous debout répètent avec enthousiasme la formule d'un serment mémorable par lequel ils s'engagent « à ne point se séparer jusqu'à ce que la Constitution du royaume soit affermie
30 sur des fondements solides.»
Le comte d'Artois, frère du roi, s'imagine déconcerter les députés en louant la salle pour y jouer à la paume. Les députés, auxquels se joint la ma-
jorité des députés du clergé, siègent alors dans l'église Saint-Louis.
La séance du 23 juin. — Le 23 juin, se tint la séance royale, et les députés du tiers état pour ce jour-là rentrèrent dans leur salle. Louis XVI vint, 5 avec un cortège solentiel, faire entendre des paroles sévères et casser les décisions prises par les députés. Il ordonnait que les États délibérassent suivant les anciennes formes, par Ordres.
Après le discours dti roi la séance fut levée. Les 10 députés du tiers état ne twugèrent pas de leur place. Le grand maître des cérémonies vint dire aux députés de se séparer comme l'avait ordonné le roi. Alors le comte de Mirabeau. déi)Uté du tiers état, et qui déjà avait une haute réputation d'élociuence, ré- 15 pondit: a Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple et qu'on ne nous en arrachera que par la force des baïonnettes.)) Louis XVI céda. A quelques jours de là il engageait luimême les nobles à se joindre aux députés du tiers 20
état.
La prise de la Bastille. — Louis XVI n avait cédé que pour gagner du temps. 11 appelait autour de Paris de nombreux régiments, la ])lupart étrangers, puis renvoya l'habile ministre Xecker, qui con- 25 seillait de marcher d'accord avec l'Assemblée. Le renvoi de Necker alarme les Parisiens, mécontents déjà d'être entourés de troupes. Des groupes nombreux se forment au Palais-Royal. Un jeune avocat au Parlement, Camille Desmoulins, monte sur 30 une table, un pistolet à la main, et ameute la foule ; des rixes avec la troupe font des victimes. Le peuple veut des armes, envahit THôtel des Invalides,
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où il prend des canons et des fusils. Enfin, le 14 juillet, un cri général entraîne la population parisienne: A la Bastille!
Comme un torrent furieux, la foule, au milieu de
S laquelle on remarquait beaucoup de gardes-françaises et que conduisaient deux soldats, Élie et Hullin, se précipite contre la redoutable forteresse, à peine défendue alors par quelques Suisses et des invalides. Les portes sont enfoncées à coups de
10 canon, et, après quelques heures de résistance, la garnison capitule. Cette première victoire populaire fut malheureusement souillée par des vengeances, le meurtre du gouverneur de Launay, de plusieurs officiers, du prévôt des marchands, Fles-
15 selles.
Louis XM, apprenant la prise de la Bastille, s'écria: «C'est donc une révolte? — Dites une révolution, sire,)) lui répondit-on. Comptant encore sur le prestige de la royauté, il se rendit à Paris.
20 II y fut bien accueilli, mais par une population en amies. Bailly, nonmié maire de Paris, lui présenta les clefs de la ville, offertes jadis à Henri IV. « Ce bon roi, dit-il, avait conquis son peuple ; c'est aujourd'hui le peuple qui a reconquis son roi.» Louis
25 X\'l confirma la nomination de Bailly comme maire et du marquis de La Fayette comme chef de la milice bourgeoise ou garde nationale. Il mit à son chapeau la cocarde bleue et rouge des Parisiens. La Fayette y ajouta ensuite le blanc, couleur de la
30 royauté: ce furent désormais les trois couleurs nationales, la cocarde tricolore. « Prenez-la, sire, disait-il à Louis XVI : voilà une cocarde qui fera le tour du monde.» Il disait vrai.
Tous ces événements excitèrent une vive agitation dans les provinces. Les paysans, las du régime féodal, se précipitèrent sur les châteaux, les abbayes, qui étaient leurs bastilles. Alors l'Assemblée résolut de calmer cette effervescence par des 5 décisions promptes et hardies. A la séance de nuit du 4 août, le comte de Noailles déclare que le grand moyen, c'est de donner satisfaction au peuple en abolissant le régime féodal. Aussitôt seigneurs, évêques, députés des villes se succèdent à la tribune 10 et viennent tous, ati milieu des applaudissements, renoncer à leurs privilèges. On décréta en quelques heures la destruction du régime féodal qui durait depuis tant de siècles. On rivalisait de générosité. On s'embrassait au milieu de la joie 15 universelle. Il seml)lait (ju'une France nouvelle fût née en cette nuit mémorable du 4 août, qui est restée la plus belle date de la Révolution.
Les journées des 5 et 6 octobre. — Au mois d'octobre, des démonstrations imprudentes de la 20 cour et la famine amènent un nouveau soulèvement de la capitale.
La population de Paris marche le 5 octobre sur Versailles, les femmes en tète, portant des armes et criant : « Du pain ! du pain ! » Le roi accueille 25 une députation et promet de prendre les mesures qu'on lui demande. Bientôt la nuit, la pluie, la fatigue dispersent les attroupements. La Fayette cependant, qui n'avait pu arrêter cette invasion, la suivait pour la contenir avec la garde nationale. Il 30 n'arriva à Versailles que pendant la nuit, et eut bien de la peine à parler à Louis XVI, car dans ces
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moments de danger on respectait encore les lois de l'étiquette. Vers le matin, voyant la foule réfugiée dans les abris qu'elle avait pu rencontrer, et tranquille, il se retire, épuisé de fatigue. Il com-
5 mençait à peine à reposer qu'on vint lui dire que le palais était forcé.
Le 6 octobre, vers les sept heures du matin, les bandes d'hommes et de femmes qui rôdaient depuis la veille autour du château, trouvèrent enfin le
10 moyen de s'introduire, non seulement dans les cours, mais dans les appartements. Des gardes qui cherchaient â les arrêter sont massacrés. Tremblante, la reine se réfugie auprès du roi. Les gardes défendent vaillamment sa chambre et se font tuer.
15 Le plus affreux pillage commençait, et les scènes les plus sanglantes allaient avoir lieu, quand La Fayette, averti, accourt. Il pénètre dans le château et fait évacuer les appartemciUs. Mais la foule rassemblée dans la cour demandait que le roi vint à
20 Paris. Il fallut ([ue Louis XVI se montrât et promît d'y aller. La famille royale se dirigea vers Paris au milieu de cette foule qui témoignait par les cris les plus grossiers de sa joie farouche. Le roi fut dès lors comme prisonnier dans sa capitale et
25 se trouva à la merci des émeutes. L'Assemblée vint à son tour se fixer à Paris et s'installa dans la salle du Manège, près du jardin des Tuileries. Déjà elle avait fixé les principes sur lesquels elle entendait établir le gouvernement, dans une Dècla-
30 ration célèbre dite des droits de riiomme. Ces principes, ou vérités premières, appelés les principes de 1789, établissaient la souveraineté du peupie, Vcgalité, la liberté de tous les citoyens.
Mirabeau (1749-1791). — L'Assemblée, dans ses travaux, avait été souvent dominée par la grande voix de Mirabeau, l'orateur le plus éloquent qu'on etit encore vu à la tribune. Dès les premières séances des États généraux il se fit remarquer par s son rare talent d'orateur. Il prit une part active et décisive aux grandes discussions de l'Assemblée constituante. Toutefois la marcbe rapide de la Révolution l'effraya. Dans l'hiver de 1790 à 1791 il guida la cour et s'efforça de raffermir le trône que 10 sa voix puissante avait él)ranlé. Sa popularité en reçut de vives atteintes, et des publications hostiles le dénonçaient comme traître. L'orateur n'en parut point affecté et à la tribune accabla de son mépris ses accusateurs.
Bientôt cependant Mirabeau, vieux avant l'âge (il avait quarante-deux ans), épuisé par les excès de deux années d'un travail prodigieux, sentit son corps défaillir et i)lier sous le poids de son âme énergique. Il mourut le 2 avril 1791.
La fuite de Varennes. — Louis X\l, privé des conseils et de l'appui de Mirabeau, ne compta plus que sur la force pour arrêter la Révolution : il voulut aller rejoindre une petite armée qu'on lui préparait dans le Nord, et tout fut disposé pour la 25 fuite. Le 20 juin 1791, à minuit, le roi, la reine, la sœur du roi, Madame Elisabeth, sortent, les uns après les autres et déguisés, par une porte dérobée du palais des Tuileries. Ils se réunissent ensuite, non sans peine, et parviennent à sortir de Paris. 30 Une berline à six chevaux les entraîna rapidement sur la route de Châlons, où les fugitifs arrivèrent heureusement. Ils continuèrent leur route vers
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Montmédy, où les attendait une petite armée commandée par le marquis de Bouille.
Mais à Sainte-Menehould le roi, qui commettait l'imprudence de mettre trop souvent la tête à la 5 portière, fut reconnu, tandis qu'on changeait les chevaux, par le fils du maître de poste, Drouet. N'ayant point le temps de le faire arrêter, Drouet saute sur un cheval et court à X^arennes prévenir les autorités. Quand la voiture arrive, au milieu
10 de la nuit, on demande le passeport: il faut descendre. Les gardes nationales averties arrivèrent; on força le roi â remonter dans la voiture, qui reprit le chemin de l*aris. A ce moment les dragons de Bouille apparaissaient auprès de Varennes, mais il
ï5 était trop tard.
Le retour dura huit jours ; la voiture marchait au pas, au milieu des gardes nationales qui l'escortaient et par une chaleur accablante. Trois députés, envoyés par l'Assemblée, accompagnaient la famille
20 royale, pour la surveiller. L'entrée à Paris fut morne et silencieuse, le roi fut plus que jamais captif aux Tuileries.
L'Autriche et la Prusse, excitées par les émigrés, déclaraient vouloir rétablir le roi dans son autorité
25 absolue, et la guerre étrangère s'ajouta à la guerre civile. La France fut envahie par les Prussiens. L'Assemblée décrète aussitôt que la patrie est en danger, et le 22 juillet 1792 la proclamation en est faite avec un appareil imposant. D'heure en heure
30 le canon tonnait en signe d'alarme; un cortège rnilitaire, portant des bannières avec des inscriptions, parcourut la ville de Paris, s'arrêtant sur les places pour lire le décret de l'Assemblée. Huit
amphithéâtres avaient été dressés sur différents points: une table posée sur deux caisses de tambour y servait de bureau aux officiers municipaux pour inscrire les noms des citoyens qui demandaient à rejoindre les années. Les volontaires affluaient S et se faisaient inscrire au milieu des applaudissements. On compta cinq mille enrôlements en deux jours. Ces soldats improvisés, indisciplinés, causèrent d'alMjrd l)eaucoup d'embarras; mais, encadrés dans les vieux régiments, ils lîc tardèrent pas â 10 montrer une grande solidité.
Mais bientôt le péril grandit. Les Prussiens sVmparaient de I.ongwy, de Verdun. Alors les ministres décrètent la formation de plusieurs camps, on convertit les cloches en canons, les fers des grilles en 15 piques ; on arrête en masse toutes les personnes suspectes, c'est-à-dire soui)(;onnées de rester attachées à la royauté; les prisons se remplissent de nobles, de prêtres. Puis des bandes organisées et payées par quelques chefs, sans qne les ministres 20 cherchent à s'y opposer, se précipitent dans les prisons et égorgent en foule les prisonniers de tout âge et de tout rang (3, 4, 5 et 6 septembre).
Victoire de Valmy. — Des massacres ne sauvent pas un pays. Ce qui le délivra, ce fut l'ardeur des 25 volontaires qui, joints aux vieux régiments, arrêtèrent l'ennemi. Les Prussiens avaient surpris les défilés des montagnes de TArgonne et se préparaient à envahir la Champagne. Dumouriez essaya encore une fois de les arrêter: il se posta près de 30 Sainte-Menehould et occupa les hauteurs où l'on remarquait le moulin de Valmy. Il garnit ces hauteurs d'artillerie et attendit de pied ferme les Prus-
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siens qui, commandés par le duc de Brunswick, tentèrent de les escalader. Immobiles dans leurs lignes, les Français accueillirent l'ennemi par un feu terrible, aux cris de Vive la nation ! Les Prus-
5 siens reculèrent et attendirent un corps autrichien qui arrivait : les alliés donnèrent un nouvel assaut vers le soir; ils se heurtèrent à la même résistance et battirent en retraite (20 septembre 1792). La Champagne ou plutôt la France entière était déli-
10 vrée. Le canon, qui annonçait cette victoire, annonçait en même temps l'ouverture de la Convention.