‹ Histoire de France [microform], tirée de Ducoudray;Chapitre 26 sur 33 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

La Convention. — La Convention, la troisième Assemblée depuis 1789, se réunit le 21 septembre 1792. Elle abolit la royauté, proclama la République, mais en réalité concentra en elle-même tous les pouvoirs. Ses menil)res faisaient les lois, et, di- 5 visés en comités, s'étaient partagé l'administration.

Deux grands partis s'étaient tout de suite dessinés au sein de la Convention : les Girondins et les Montagnards. Les Girondins, ainsi nommés, parce qu'ils avaient pour chefs plusieurs députés de la 10 Gironde/ Brissot, Pétion, Vergniaud, Guadet, etc., croyaient la Révolution terminée et prêchaient la modération. Les Montagnards, ainsi appelés parce qu'ils étaient groupés sur les bancs les plus élevés, avaient pour chefs les députés de Paris, Robes- 15 pierre, Danton, Marat, etc. Ils voulaient, au contraire, pousser plus loin les changements et demandaient des mesures terribles pour effrayer les ennemis de la Révolution.

Procès et mort de Louis XVL — La découverte 20 d'une armoire de fer cachée dans un mur des Tuileries venait de révéler les correspondances de la cour

* Gironde, département au sud-ouest de la France.

LA REPUBLIQUE FRANÇx\IS&

avec l'émigration et l'étranger. Les ÎVIontagnards demandèrent la mise en accusation de Louis XVI et disaient qu'il fallait « jeter en défi aux souverains une tête de roi.» La Convention instruisit le pro- 5 ces du roi. Malesherbes, âgé de 'J2 ans, s'offrit pour servir de conseil au prince qu'il avait servi et aida les avocats Tronchet et de Sèze. Louis XVI, touché de ce dévouement, lui dit : (( Votre sacrifice est d'autant plus généreux que vous exposez votre

10 vie et que vous ne sauverez pas la mienne.» Héritier malheureux de haines accumulées depuis un siècle, Louis XVI fut condamné à mort, malgré l'éloquente défense de l'avocat de Sèze. « Je cherche en vous des juges, s'écria-t-il avec véhé-

15 mence, et je ne vois que des accusateurs!» La majorité de la Convention se prononça pour la mort.

Le roi, qui dans sa prison du Temple avait gardé la plus sereine résignation, monta avec calme et

20 dignité sur l'échafaud dressé sur la place Louis XV devenue place de la Révolution, et aujourd'hui j)lace de la Concorde (21 janvier 1793). « Je meurs innocent, s'écria-t-il, de tous les crimes qu'on m'impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort et je

25 prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France.» Il allait en dire davantage lorsqu'un roulement de tambours couvrit la voix de Louis XVI qui se livra aux exécuteurs. La Terreur. — Maîtres du pouvoir, les Monta-

30 gnards déployèrent contre les ennemis de l'intérieur et de l'extérieur une énergie farouche. Le pouvoir se trouva bientôt concentré entre les mains du Comité dç salut public, Maximilien Robespierre, ne

tarda pas à devenir l'âme de ce comité redoutable qui, pendant quatorze mois, fit planer sur la P>ance une terreur profonde. Le Tribunal révolutionnaire devint impitoyable. Le général Custine, pour avoir été malheureux, fût traîné à l'échafaud. La reine 5 Marie-Antoinette refusa de se défendre contre d'infâmes calomnies. Condanmée à mort dans la nuit du 16 octobre 1793, après une séance de vingt heures et le matin même, elle fut conduite au supplice dans la cliarette ordinaire sous le feu des in- 10 suites. Vingt-deux Girondins, parmi les(|uels des orateurs du plus grand talent, périrent ensuite, soutenant mutuellement leur courage par des chants patriotiques. Mme Roland, femme d'un ancien ministre, et du parti de la Gironde, s'écria sur l'écha- 15 faud, en saluant une statue de la liberté : « O liberté, que de crimes on commet en ton nom ! » Le duc Philippe d'Orléans, qui s'était rallié à la Révolution et avait voté la mort de Louis XVI, n'échappa point lui-même au supplice, ainsi que Bailly, un des sa- 20 vants renommés du temps, le vénérable président de l'Assemblée constilttante, le premier maire de Paris.

Le 9 thermidor.* — La terreur n'avait cessé d'aller en croissant dans les premiers mois de l'année 25 1794. Chaque jour des charrettes emmenaient des

1 Le calendrier avait été changé pendant la Révolution: l'ère républicaine votée le 24 novembre 1793 Partit non de cette date, mais du jour de la proclamation de la République, le 22 septembre 1792. L'an I fut donc de septembre 1792 à septembre 1793, l*an II de septembre 1793 ^ '794 ^^ ainsi de suite. Les noms des mois furent empruntés aux saisons: Vendémiaire^ vendanges (septembre-octobre); brumaire^ brouillards (octobre-

LA REPUBLiyUE FRANÇAISE

victimes vers la barrière du Trône, où l'échafaud était en permanence. Ces cruautés firent horreur, d'autant plus qu'à ce moment les périls extérieurs disparaissaient, grâce aux victoires des armées. 5 Robespierre devint l'objet de l'animad version générale, et, le 9 thermidor, les députés de la Convention, secouant le joug de la peur, l'attaquèrent en face. Épuisé par les efforts qu'il faisait pour parler au milieu des clameurs, Robespierre pouvait à peine

10 respirer. La Convention enfin le fit arrêter avec son frère et ses collègues, Couthon, Lebas, Saint- Just.

Robespierre toutefois ne tarda pas à être délivré par ses partisans les chefs de la Commune de Paris.

15 II se rendit à l'Hôtel de ville pour préparer une insurrection. Mais la Convention apjjela à elle la garde nationale : des bataillons fidèles se dirigèrent pendant la nuit sur l'Hôtel de ville, qui bientôt se trouva cerné. Robespierre se tira un coup de pisto-

20 let qui lui brisa la mâchoire. Après avoir passé toute la matinée du 10 étendu sur une table, il fut porté tout meurtri â l'échafaud avec vingt-deux de ses amis. Le lendemain, on exécuta er^jore soixante-dix de ses partisans, et cette sanglante héca-

25 tombe fut une digne fin de la Terreur.

Le Directoire (27 octobre 1795-9 novembre 1799).

novembre); frimaire^ froids (novembre-décembre); nivôse^ neige (décembre-janvier); pluviôse, pluie (janvier-février); ventôse, vent (février-mars) ; germinal, germination des plantes (mars-avril); floréal, floraison (avril-mai); prairial, prairies (mai-juin); messidor, mois de la moisson (juin-juillet); thermidor, mois de la chaleur (juillet-août); /r«r//^<7f, mois des fruits (août-septembre). L'ère républicaine fut en usage jusqu'en 1805.

— La Convention avait organisé un nouveau gouvernement républicain qui se composait de deux Chambres distinctes, le Conseil des Anciens et le Conseil des Cinq-Cents. Le pouvoir exécutif était comix)sé de cinq membres qui formaient le Direc- 5 toire. Divisé, mal obéi, le Directoire s'épuisa en luttes incessantes contre les partis, il ne put se soutenir qu en ayant recours à des coups d'État et devait périr lui-même victime d'un coup d'État.

Cette éix)([ue eut un caractère ])articulier de 10 licence qui s'exi)lique par les terribles épreuves qu'on avait subies. La société s'abandonnait au luxe, aux fêtes avec une liberté (^ue ne gênait plus l'ancienne distinction des classes et qui rappelait celle de la Régence.* 15

Le général Bonaparte. — Mais l'intérêt de l'histoire se porte au dehors; les armées françaises passent de tous les côtés les frontières pour triompher de l'Autriche toujours en armes et toujours soutenue par l'Angleterre. Le général Bonaparte 20 étonne alors le monde par ses victoires et cherchera bientôt à le dominer.

Né à .^^accio le 15 août 1769, il était le second de huit enfants. A l'âge de dix ans, son père le fit admettre à l'école de Brienne, où les jeunes gentils- 25 hommes recevaient les princii)es d'une éducation militaire. Bientôt il se fit remarcjucr par son ardeur pour l'étude et surtout par son goût pour les mathématiques. Son amour-propre était vif. Condamné un jour à diner à genoux au réfectoire, avec 30 la robe de bure, il s'évanouit. On raconte aussi que manifestant un goût précoce pour les combats, il

^Voir page 142.

LA REPUBLIQUE FRANÇAISE

faisait élever des retranchements de neige par ses camarades.

Au bout de cinq ans, il passa à l'école militaire de Paris. Réservé, taciturne, absorbé dans ses études 5 ou ses lectures, il étonna bientôt ses maîtres : (( Corse de nation et de caractère, disait son professeur d'histoire, il ira loin si les circonstances le favorisent.» Il sortit de l'école lieutenant dans un régiment d'artillerie ; dès les premiers jours de la Révolution il

10 se montra favorable aux idées nouvelles. Mais sa carrière militaire ne commença qu'au siège de Toulon.

C'était en 1793, au milieu des plus grands périls de la France. Les généraux envoyés par la Con-

15 vention s'efforçaient en vain de reprendre Toulon, tombé au pouvoir des Anglais. Le commandement de l'artillerie est donné à Bonaparte, qui n'avait encore que vingt-quatre ans. Lorsqu'il arriva, le général Carteaux lui dit : <( C'était bien inutile : nous

20 n'avons plus besoin de rien pour reprendre Toulon. Cependant soyez le bienvenu; vous partagerez la gloire de le brûler demain sans en avoir eu la fatigue.» Puis il le conduisit vers les travaux. Le commandant d'artillerie aperçoit alors quelques pièces de

25 canon, mais elles se trouvaient à une distance beaucoup trop éloignée. Survient le représentant du peuple, commissaire de la Convention. Bonaparte se redresse, l'interpelle, lui démontre l'ignorance inouïe de tous ceux qui l'entourent, et le somme de

30 lui faire donner la direction absolue de sa besogne. De ce jour il eut en réalité la direction du siège, et Toulon ne tarda pas à être enlevé. Ce brillant fait d'armes attira sur lui les regards, et le général Du-

gommier apprécia le mérite de Bonaparte. «Récompensez ce jetme homme, disait-il, car si l'on était ingrat envers lui. il s*avancerait de lui-même.»

La révolution du 9 thermidor vint pourtant arrêter sa carrière. Un moment il fut emprisonné, 5 on le mit bientôt en liberté, mais on le priva de son commandement. Alors il vint à Paris, où il reclamait en vain, dans les bureaux de la guerre, la place qui lui était due. Aubry, membre du comité, la lui refusait. «Vous êtes trop jeune. — On vieillit 10 vite sur le cliainp de bataille, répliqua Bonaparte, et j en arrive.» Il resta quelque temps à Pans presque sans resources. Dévoré d'un immense besoin d'activité, Bonaparte sollicita la faveur d'aller en Turciuie, comptant régénérer l'Orient. Il allait 15 partir lorsque, le 13 vendémiaire (5 octobre I795)» la Convention, attaquée par les royalistes, l'appela pour la défendre sous les ordres de Barras. Bonaparte prit des mesures énergiques, d'habiles dispositions et triompha de l'insurrection.^ On lui 20 donna le commandement de l'armée de l'intérieur. Un jeune enfant de douze ans vint un jour, lorsqu'on avait ordonné le désarmement, réclamer l'épée de son père, le général de P»eauharnais. mort sur réchafaud. On la lui rendit ; l'enfant pleura à la 25 vue de cette épée. Bonaparte, touché de ce sentiment, le combla de caresses. Sur le récit qu'il fit à sa mère de l'accueil qu'il avait reçu, Mme de Beauharnais, Joséphine Tascher de La Pagerie, encore dans tout l'éclat de la jeunesse, alla remercier 30 Bonaparte. A quelque temps de là leur mariage fut conclu ; mais le général courut vite prendre le commandement, vivement désiré, de l'armée d'Italie.

LA REPUBLIQUE FRANÇAISE

La campagne d'Italie (1796-1797). — Bonaparte, en arrivant à l'armée d'Italie, ranime tout de suite les soldats par une énergique proclamation: (( Soldats, leur dit-il, vous êtes mal nourris et pres- 5 que nus ; votre patience et votre courage vous honorent, mais ne vous procurent ni gloire ni avantage ; je vais vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde ; vous y trouverez de grandes villes, de riches provinces ; vous y trouverez hon-

10 neur, gloire et richesses. Soldats d'Italie, manqueriez-vous de courage ? »

Il franchit les Alpes au point où elles sont le plus bas ; puis de victoire en victoire, à Montenotte, Mondovi, Lodi il s'avance dans les belles

15 plaines de la Lombardie. Il triomphe encore des Autrichiens à Castiglione, puis à la célèbre bataille d'Arcole.

Les Autrichiens cependant n'abandonnent pas l'Italie. Bonaparte les bat encore à la fameuse jour-

20 née de Rivoli (14 janvier 1797), s'avance toujours plus loin et se dirige vers les Alpes pour entrer en Autriche.

Il franchit de nouveau les Alpes, à leur autre extrémité, à l'est, par le col de Tarwis, et menace la

25 capitale de l'Autriche. Les Autrichiens l'arrêtent alors en acceptant la paix de Campo-Formio.

Les armées d'Allemagne avaient été moins heureuses. Mais, en 1796, le général Moreau s'était distingué par une retraite demeurée justement cé-

30 lèbre. Il avait traversé l'Allemagne pour rentrer en France sans perdre ni un drapeau, ni un canon, ni une voiture. Cette armée se prépara à recommencer la campagne avec unç autre qui fut confiée

au général Hoche, ïun des hommes qui ont laissé la renommée la plus pure.

Hoche et Marceau. — Hoche, né à Versailles, en 1768, était sergent au moment où éclata la Révolution. Il avança rapidement; à 25 ans, il com- 5 mandait en chef l'armée de la Moselle, et délivra l'Alsace. Le plus brillant avenir s'ouvrait devant lui. 11 comptait traverser l'Allemagne pour joindre Bonaparte sous les murs de Vienne. Il débuta par de brillants succès au commencement de l'année 10 1797; mais, quelques mois après il mourait prématurément à l'âge de 29 ans.

Son émule et son ami, Marceau, né à Chartres, s'était distingué et était mort l'année précédente, plus jeune encore. Soldat à seize ans, général à 15 22 ans, il vainquit dans les champs de Meurus, sur les bords de la Moselle et du Rhin, et, à 27 ans, il tombait frappé d'une balle ennemie. Les Autrichiens, qui l'estimaient, lui rendirent les honneurs funèbres dans leur camp et renvoyèrent solennelle- 20 ment son corps à l'armée française désolée. Sur le monument qu'on lui a élevé à Coblentz on lit encore: « Qui que tu sois, ami ou ennemi, de ce jeune héros respecte les cendres.»

Expédition d'Egypte {1798-1799). — Restait à 25 dompter l'Angleterre. Bonaparte, pour la frapper dans son commerce, fit décider l'expédition d'Egypte, par laquelle il menaçait la route des Indes. Le jeune général part avec trente mille hommes pour conquérir un vaste et riche pays. Il 30 débarque à Alexandrie (i^-- juillet 1798), traverse le désert et paraît devant les Pyramides, les plus grands et les plus anciens monuments qui soient

LA REPUBLIQUE FRANÇAISE

sortis de la main des hommes. <( Songez, s'écria Bonaparte, en les montrant à ses soldats, songez que du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemplent ! » Une brillante victoire disperse la 5 redoutable cavalerie des Mameluks. Bonaparte entre au Caire et ne tarde pas à rester maître de l'Egypte.

11 gouverne alors et administre sa conquête. Il envoie de tous côtés des savants qu'il a amenés avec

10 lui pour étudier les monuments mystérieux de cette terre, jadis si renommée. Puis il s'en va au-devant des Turcs qui arrivent par la Syrie: il les bat à la journée du Mont-Thaï )or. Mais il échoue au siège de Saint- Jean-d 'Acre, car la flotte anglaise protège

15 cette ville. La flotte française qui l'avait amené, avait été détruite par les Anglais dans la rade d'Aboukir. Bonaparte n'a plus aucune communication avec la France. Les Anglais débarquent une nouvelle armée turque à la pointe d'Aboukir. Bo-

20 naparte n'attend point ({u'elle attaque : il va audevant d'elle, la jette à la mer et la détruit (25 juillet 1799). Bonaparte ayant appris les revers de nos armées et l'agitation du pays, laissa son armée à l'un de ses plus habiles lieutenants, Kléber,

25 et quitta l'Egypte seul. 11 échappa aux croisières anglaises, débarqua à Fréjus, arriva à Paris où il ne tarda pas à renverser le Directoire et à se rendre maître du gouvernement par le coup d'État du 18 et du 19 brumaire (9 et 10 novembre 1799).

tu

Page 1