LE CONSULAT
vivres, les munitions passèrent à la suite des régiments; mais l'obstacle c'était l'artillerie. On imagina de partager par le milieu des troncs de sapins, de les creuser, d'envelopper avec ces deux demi- 5 troncs une pièce d'artillerie et de la traîner ainsi enveloppée le long des ravins. Des mulets furent attelés à ce singulier fardeau : mais bientôt les mulets manquèrent; les soldats s'attelèrent alors aux pièces et les traînèrent. La musique jouait des airs
10 animés dans les passages difficiles et encourageait les troupes à vaincre ces ol)stacles d'une nature si nouvelle. Au sommet, l'armée trouva des vivres préparés par les religieux du Saint-Bernard et après quelque repos commença la descente, qui ne présen-
15 tait pas moins de difficultés que l'ascension.
Bataille de Marengo. — En quelques jours, le Premier Consul avait jeté au delà des Alpes quarante mille Français. \ ingt mille autres venaient les rejoindre par d'autres passages. Toutefois il y
20 avait eu des retards qui amenèrent la chute de Gênes où la famine était devenue extrême. Masséna obtint les conditions les plus honorables. « Je serai de retour dans quinze jours.» dit-il en rendant la place. Bonaparte assura l'exécution de cette pa-
25 rôle.
Le 14 juin 1800 il rencontra l'armée autrichienne près de Marengo.
Obligé de disperser son monde dans la crainte de voir l'ennemi lui échapper, le Premier Consul ne put
30 d'abord opposer que des forces inférieures aux troupes autrichiennes. Jusqu'à trois heures il perdait la bataille, mais il tient bon et ne recule que pas à pas. Heureusement le général Desaix, ré-
cemment arrivé d'Égypt, avait été la veille détaché avec sa division, dans une autre direction. Il entend le bruit du canon; il descend de cheval, et approche son oreille de la terre. Nul doute, une bataille est engagée; son devoir est d'y courir; il 5 y court avec ses six niille hommes. Lorsqu'il arrive, les généraux l'entourent. Bonaparte, qui persiste, malgré l'avis de ses lieutenants, à poursuivre la lutte, demande l'avis de Desaix. Celui-ci regarde le champ de bataille : « La bataille est perdue, ré- 10 pond-il, mais nous avons encore le temps d'en gagner une.» Bonaparte ravi donne ses ordres. (( Enfants, cria-t-il, nous avons fait trop de pas en arrière ; le moment est venu de marcher en avant ! Rappelez-vous que mon habitude est de coucher sur 15 le champ de bataille.»
Le général autricliien. M, de Mêlas, ne se doutait point du désastre qui le menaçait. Il était rentré dans Alexandrie et expédiait à son souverain des courriers lui annonçant son triomphe. La division 20 Desaix s'avance et arrête les colonnes autrichiennes sur la route. Le général lui-même s'élance à la tête d'un régiment, mais dès les premières décharges il tombe frappé à mort. Les soldats désespérés se précipitent avec une véritable fureur sur les masses 25 profondes des Autrichiens que des charges de cavalerie achèvent de mettre en déroute. L'armée tout entière pleura Desaix et Napoléon le regretta plus d'une fois dans le cours de ses longues guerres. 3°
Une autre victoire du général Moreau, en Allemagne, força l'Autriche à signer la paix qui fut conclue à Lunéville (1801). L'Angleterre elle-