‹ Histoire de France [microform], tirée de Ducoudray;Chapitre 8 sur 33 · CHARLES LE GROS · texte numérisé non relu

CHARLES LE GROS

plates qu'ornaient de grossières figures de seri)ents ou de dragons. Instruits par les malheurs précédents, les Parisiens avaient protégé, par des tours, sur chaque rive du fleuve, les deux ponts qui met- 5 taient leur île en communication avec le pays. Deux cents seigneurs, avec leurs hommes, avaient répondu à l'appel du comte de Paris Eudes, digne fils de Robert le Fort, et s'étaient enfermés dans la ville. Aussi le roi des pirates, Sigefried, essaya-t-il de né-

10 gocier: il ne demandait que le passage pour aller en Bourgogne. Mais l'évèque de Paris, Gozlin, lui répondit : « L'empereur Charles nous a donné Paris à garder; si par hasard la défense de ses murs eût été confiée à ta foi, ferais-tu pour nous ce que tu

15 demandes pour toi? — Si je le faisais, s'écria fièrement le barbare, ma tête devrait tomber sous la hache et être jetée aux chiens.» Les Normands commencèrent le siège (novembre 885).

Un an entier les Parisiens repoussèrent les as-

20 sauts des pirates. Une crue subite de la Seine emporta une partie du Petit-Pont, et douze guerriers restèrent isolés dans la tour construite sur la rive gauche: un jour entier ils tinrent tête à l'armée des barbares qui finirent par incendier la tour. Les

25 douze Parisiens se retirèrent sur les débris du pont et continuèrent à combattre: sur la foi qu'ils auraient la vie sauve, ils se rendirent ; mais ils furent massacrés, et l'un d'eux, Hérivée, qu'on voulait épargner, refusa noblement de se racheter par une

30 rançon.

Cependant la misère de Paris croissait, car la famine était venue, et la peste. L'évèque Gozlin, qui soutenait les combattants par ses prières et son

exemple, mourut. Alors le comte Eudes s'échappa pour aller solliciter le secours de l'empereur Charles le Gros. Eudes parvint ensuite à rentrer dans la ville, malgré les Normands. Enfin, au mois d'octobre (886), sur les hauteurs de M(Kitmartre, parut 5 l'armée de Charles lui-même: les Parisiens s'attendaient à voir exterminer leurs ennemis. Charles, au lieu de combattre, acheta la retraite des Normands au prix de sept cents livres d'argent.

Charles le Gros montrait partout la même lâcheté. 10 Aussi les ^^rands de tous les pavs l'abandonnèrent et le déposèrent à la diète de tribur en Allemagne (887). Qii ne lui nomma pas de sticcesseur comme empereur, et chaque nation se choisit un chef particulier: l'empire de Charlemagne était à 15 jamais détruit. La Gaule donna la couronne au vaillant défenseur de Paris, le duc des l'rancs, Eudes. L'Italie se partagea entre plusieurs princes. Tout le monde d'ailleurs voulait devenir roi: il y avait des rois de Bourgogne, de Provence, de Lor- 20 ranie. de Navarre, etc., mais en réalité trois grandes nations sortirent seules de ce démembrement de l'empire carolingien : la nation française, la nation itahenne, la nation allemande.

Eudes, proclamé roi des Erancs en 887, régna -5 jusqu'en 898. Mais s'il commençait dans la Gaule devenue la France, une nouvelle famille de rois, les descendants de Charlemagne conservaient encore des partisans : un petit-fils de Charles le Chauve, Charles le Simple, succéda au roi Eudes.

Charles le Simple (898-922). — Ce prince qui méritait bien son surnom, car il était naïf et simple d esprit, mit fin pourtant, tll 9iâ par le traité

LA FAMILLE DEUDES

de Saint-Clair-sur-Epte, aux incursions des Normands : il concéda à leur chef Rollon, qui se fit baptiser et épousa la fille de Charles, les rives verdoyantes et fertiles de la basse Seine : ce pays forma 5 dès lors le duché de Normandie.

Grâce à la sévérité de Rollon, les Normands perdirent leurs habitudes de pillage, la sécurité revint et les anciennes populations, soumises à leur autorité, travaillèrent avec une telle ardeur que la Normandie

10 devint rapidement une des plus riches provinces. Charles le Simple, comme ses prédécesseurs, affaiblissait par ses libéralités le domaine royal, sans pour cela empêcher les grands de se révolter contre lui. Il fut renversé du trône en 922 et mourut, au

15 château de Péronne, captif d'Héribert, comte de Vermandois.

La famille d'Eudes; les ducs des Francs.—

La famille d'Eudes, au sein de laquelle s'était maintenu le titre de duc des Francs, l'emporta de nou-

20 veau jusqu'en 936 avec Robert P»- (922-923), Raoul de Bourgogne (923-936). Mais le petit-fils d'Eudes, Hugues, comte de Paris, duc des Francs, et connu dans l'histoire sous le nom de Hugues le Grand, ne jugea pas encore venu le moment de dé-

25 posséder tout à fait la famille de Charlemagne. Il rappela lui-même d'Angleterre où on l'avait emmené, le jeune fils de Chades le Simple, Louis IV, surnommé jxnir cette raison d'Outre-mer (936). Toutefois il entendait bien gouverner comme

30 avaient fait jadis les maires du palais.

A la mort de Louis IV, Hugues ne chercha pas non plus à prendre une couronne qui ne pouvait tarder à échoir à sa famille ; il reconnut Lothaire,

fils de Louis. Il mourut lui-même en 956, laissant trois fils, dont l'aîné, Hugues Capet, recueillit, avec le comté de l*aris, le titre de duc des P>ancs. Lothaire (954-986) était un prince actif qui ne put cependant secouer la tutelle de Hugues Capet. 11 s mourut en 986.

Hugues Ca[>et fit reconnaître le jeune Louis V. Mais Louis V mourut, au bout d'un an, à la suite d'un accident de chasse. Les seigneurs alors, rejetant les prétentions de son oncle, Charles de Lor- 10 raine, élurent [xuir roi Hugues Capet comte de Paris et duc des Francs. Ce fut le chef d une fa- • mille (|ui devait régler durant liuit siècles.

LA FÉODALITÉ

Page 1