CHARLES LE CHAUVE
Rhm la riante vallée de la Moselle, la pittoresque et riche vallée du Rhin, restèrent un éternel sujet de discorde entre la France qui réclame et l'Allemagne qui détient aujourd'hui ces pays jadis gaulois ro- 5 mains et francs.
Charles le Chauve (843-877). - Prince faible, Charles le Chauve, qui avait reçu la Gaule mutilée ne pouvait même y exercer son autorité. Les ducs et les comtes établis dans les provinces s'y déclare raient souverains. La France allait se décomposant en petits États. Pour comble de malheur, arrivaient de nouveaux barl)ares, les Normands.
Les Normands. — Nommés ainsi parce ciu'ils venaient des pays du nord, de la Scandinavie, les 15 Normands étaient d'intrépides marins, habiles à manier la rame et la voile. Leurs chants ordinaires suffisent a les peindre: «Que le pirate dorme sur son boucher, le ciel bleu lui sert de tente. — Quand e vent souffle avec furie, hisse ta voile jusqu'au 20 haut du mât. Les vagues bouleversées repoussent e pirate; laisse aller; qui amène sa voile est un lâche: mieux vaut mourir. - Si le marchand passe, protège son navire, mais qu'il ne refuse pas le tribut i u es le roi sur les vagues, il est l'esclave de son 25 gain. -- Les blessures honorent le pirate ; elles parent 1 homme quand elles se trouvent sur sa poitrine ou sur son front.»
Ces rois de la mer, montés sur leurs barques grossièrement construites et ornées à l'avant de 30 figures de serpents et de chevaux, arrivent à l'embouchure des fleuves: ils se saisissent d'un îlot ou d un poste de difficile accès qui leur sert de cantonnement, de retraite en cas de besoin. Le jour ils
restent immobiles dans des baies solitaires ou cachés dans les forêts du rivage ; la nuit, ils abordent, escaladent couvents et châteaux forts, pillent le pays, organisent une sorte de cavalerie avec les chevaux qu'ils rencontrent et courent en tous sens jusqu a 5 trente ou quarante lieues de leur flotille. A la vue de ces guerriers couverts d'un tissu de lames de fer disposées en écailles, armés d'une lourde hache, d'une épée à deux tranchants ou d'une longue lance, l'effroi des populations est indicible; les prières de 10 l'époque l'attestent: «De la fureur des Normands délivrez-nous, Seigneur! » s'écriaient-elles dans leur terreur.
Cette faiblesse les enhardissait: Paris, Orléans, Toulouse furent pillés; les Normands perdent même 15 l'habitude de retourner dans leur pays pendant l'hiver. Une seule famille se distingue par son courage contre ces ravageurs, celle de Robert le Fort, comte d'Anjou. Robert acquit une grande renommée en repoussant les pirates, mais il périt au com- 20 bat de Brissarthe (865) près d'Angers.
L^empcreur Charles le Gros (884-888). — Le fiis de Charles le Chauve, Louis le Bègue, ses petits-fils Louis III et Carloman ne firent que passer sur le trône. La Gaule tomba sous l'autorité d'un descen- 25 dant de Louis le Germanique, l'empereur Charies le Gros, qui reconstitua, en 884, l'empire entier de Charlemagne. Mais ce prince qui méritait bien son surnom était aussi faible en Germanie qu'en Gaule.
Dans l'été de 885, une nombreuse flottille nor- 30 mande conduite par deux redoutables chefs. Godefried et Sigefrîed, remonta le cours de la Seine. Elle comptait plus de trois mille barques longues et