iï:t>TDi..i: d£ fka^jcm
autour de cette mojQarehie de Jérusalem , aTaîent granofi , et , tout en faisant la guerre aux ennemis du nom chrétien^ ellies avaient fini par se laisser travailler par le mal deFin< dépendance et de Tenvie. Alors le défaut d'unité manquait partout , et ce fot la source de grands désastres. L& comte d^Édesse , Josselin do Courtenay, et le prince d*Ântiodi0, Raymond de Poitiers, oncle de la reine de France, donnèrent le si^al des rivalités. Les Turcs profilèrent de Tanarchie. Ëdesse tomba en leur pouvoir. Alors eommenrait à paraître \m nom formidable , celui de Noradin , sultan d^Âlep. Lorsque les chrétiens virent ces premières calamités, le senlimont du péril les rapprocha, et toos à la fois poussèrent un cri de détresse vers TEuiope.
Le pape , alors Eugène III , reçut les ambassades â& Té- Tiisalem , et tout aussitôt il fit un appel aux princes et aux rois. Mais c'est en France surtout que bonillonnmt la ferveur de la Croisade. Saint Bernard fut chargé de l'exciter encore. Déjà le roi , engagé par une sorte de vau, puis enflammé par le récit de la prise d'Édesse , avait tenu à Bourges une assemblée, et il avait déclaré son dessein. La voix de saint Bernard hâta ses résolutions. Une autre assemblée fut tenue au monastère de Vezday, en Bourgogne ; une grande multitude était accourue des points les plus éloignés de France. Saint Bernard prêcha en plein air du haut d'une éminonce. Il lut une lettre du pape qui appelait les chroliens à la guerre et leur ouvrait des trésors d'indulgences et de grâces ; puis , ajoutant k la souveraine parole du pape les éclats de son éloquence, il remplit d'enthousiasme ces immenses flots de peuple , et Ton entendit bientôt, de tous les points du vaste auditoire, ces mots répétés : La Croix ! la Croix ! Saint Bernard distribua d'abord des croix d'étoffe toutes prêtes; le rot reçut la première ; et , après lui , la reine. Ëléonore voulut aussi se croiser; puis s'avancèrent vers saint Bernard tous les grands , tous les seigneurs , tous les chevaliers , les plus grands noms de la France féodale et guerrière , trois évè- «lucs mémo ot deux abbcs ; tous reçurent la croix des iiiaias lia ;irand ussio&aaire. On allac^V^ ces croix à
lliûbit sur répauid droite, en signe d'onrôlemeiit. Bienldt les eroû manquant à saint Bernard, il derfaira sa robe , et en jeta les lambeaux. Toute la première ardeur delaCiui^ sodé était railumée. On s'excitait aux batailles , comme au leœfs de Pierre TËrmite. La France se déplaît une seconde fois , et les maUieurs mômes éprouvés par les preaûèffes expéditions sesiblâient être une excitation de plus aa courage et à 1» piété. Dans cette première exaltation , on aTait vouhi faire de saint Bernard le général suprême de la Croisade. Saint Bernard garda sa mission de prêtre ^ el il passa en Allemagne pour soulever d* autres masses chrétiennes. Sa voix semblait remuer la terre. L'entbousiasme se propagea comme une contagion. L'empereur CoûradlII prit la eroix. Les grands Vimitèrent. Toute TËurope suivit. Les pays mêmes qui n'avaianl pas entendu saint Bernard Ini envoyèrent des Croisés, cooune entraînés par l'impulsion de sa lenommée. Enfin deux vastes armées fnrentsur pied ; il ne fallut plus que songer aux préparatifs d'un vojage que l'imprévoyance avait, une première fois, rendu si fatal. On mit un an à ces apprêts, et il fut résolu que la Croisade s*en irait par terre à Constantinople , suivant la route qu'avait autrefois suivie Godefroy de Bouillon.
Mais Louis VU avait à prévoir aussi les périls qu'il pouvait laisser à son rayanme de France. Il fit une assemblée a Étampes , pour aviser aux aif aires de l'État. Là , il fut résolu queFabbé Suger serait régent du royaume. On voulait lui donner pour auxiliaire GuiUauvie , comte de Nevers. C'est saint Bernard qui présidait à ces choix d'honanes. En entrant dans l'assemblée des grands, il avait dit^ moDr trant ces deux serviteurs de la royauté : VoUà les deux éfées qui mflkmê à notre défense. Mais Guillaume avait résolu de se retirer dans un clottre. Oa ne put vaincre ses refus. Soger résista de même. Le grave et froid ministre n'avait pas pris part à tout cet entraînement de Croisade ,. et il rodottûbit le poids de ce gouvernement ébranlé par des secousses diverses. H fallut la venue du pape pour le con- Iraindre à obéir.
Cétait là une grave décision. La France pouvait périr
1S4 HI8T0IBB DB FIAHCB.
d'anarchie dans cet abandon de la puissance snprème ; le génie de Suger tint lieu de royauté, et Louis le Gros parut survivre.
1147. — L'empereur Conrad était parti à Pâques le pre« mier , à la tète de cent mille combattants. Le roi partit peu de temps après. On eut le temps de faire des édits pour la sûreté de FÉtat. Le pape déclara exconmiunié quiconque ferait des entreprises contre le droit du monarque. Une yague défiance se mêlait à Tenthoasiasme , et FÉglise était présente pour rendre aux ftmes leur sécurité.
Nous ne saurions suivre les aventures de la Croisade nouvelle : elle eut ses hasards et sa gloire. L*empire de Constantinople y garda son caractère ambigu. Les princes d'Europe y parurent avec leur chevalerie généreuse. Ma^ nuel Comnène , petit-fils d^Âlezis , occupait le trône. D avait des vertus brillantes ; mais sa politique devint de Tastuce, et son habileté de la perfidie. Les histoires sont pleines des trames odieuses de ce prince , tantôt contre Tempereur Conrad , tantôt contre le roi Louis. L*armée allemande fut engagée dans les pièges qu'il lui fit tendre par les Sarrasins , et bientôt Conrad , blessé dans une bataille , fut obligé de se sauver vers Farmée de France. La plus grande partie de son armée périt sous le glaive des musulmans ; le reste tomba en servitude. Le roi Louis , imposant par la renommée de son empire , avait été reçu à Constantinople avec des apparences d^honneur ; mais c'étaient des pièges d*une autre sorte. L'évèque de Langres pénétra la politique grecque , et proposa au conseil du roi de s'emparer de force de Constantinople. Le roi repoussa cet avis comme funeste , la croix ayant été prise contre des barbares et non contre des chrétiens. On reprit la marche vers l'Asie , M aussitôt les perfidies de Manuel éclatèrent. Sous prétexte de quelque injure , il fît arrêter les vivres destinés au camp des Croisés. Pour éviter les ruptures armées, il fallut faire des négociations. L'empereur exijgea Thommage des seigneurs ; leur fierté se révolta , et pourtant il fallut céder, pour éviter des humilia* tiens plus désastreuses.
■ISTOIBB DB FRAlfCB. 125
Ainsi la politique d^enthousiasme de rOccident allait se briser coni'^e les ruses de la politique grecque. Cependant ^empereur Conrad, reçu dans le camp de Louis, supporta avec une impatience orgueilleuse cette hospitalité, comme ai elle eût acrnsé son malheur; et il s* en retourna à Constanlinople. Cette fois, Manuel n'avait plus peur de sa puissance, et il le reçut avec empressement; mais il dirigea contre Louis toutes ses trahisons.
Louis Tavait enfin connu ; il se défia de ses conseils comme d'une embûche , et il répondit À ses menaces comme à des lâchetés. L'armée marcha rers Laodicée et campa sur les bords du Méandre. Là se trouvaient des pièges, comme ceux où avaient péri les Allemands. Des multitudes d'infidèles s'apprêtaient à se précipiter sur les Croisés ; mais la défense était préparée. On passa le fleuve en leur présence et malgré les traits qui volaient de toutes parts. Le roi donna l'exemple du courage et delà sagesse. Les Sarrasins furent dispersés ; la victoire des Croisés fut si prompte , qu'on j vit un signe éclatant de la protection de Dieu , et même le bruit courut dans le camp qu'on avait vu un cavalier mystérieux , vêtu de blanc , lequel avait lancé les premiers traits contre les infidèles, et puis avait disparu *.
Après ce brillant fait d'armes, on pénétra dans Laodicée , et puis on suivit la route vers la Cilide , pour gagner Antioche , d'où Ton aurait à concerter la conduite de la guerre.
Ce long voyage était plein de périls. Les Sarrasins suivaient l'armée , épiant l'occasion de l'écraser par leurs multitudes. Une rencontre s'offrit. Les Sarrasins, maîtres d*une montagne , surprirent l'arrière-garde cheminant lentement par des défilés. Le combat fut atroce : le roi faillit 7 périr. L'armée le crut mort ou captif ; on le retrouva sur un rocher, où il était resté, après s'être longtemps défendu l'épce à la main. Plusieurs nobles chevaliers étaient morts dans cet affreux désordre ; les bagages
' Odon. LIv. Ti«
126 HISTeiBB BB FRANCS.
farent perdus , et les vivres mêmes Gommeocèrent à manquer.
L'armée cependant gardait sa confiance. Jusqua-là elle avait été conduite avec prévoyance, mais avec une succession de commandement entre les principaux seigneurs de la Croisade. On accusa de ce désastre Geoffroy de Ran* con , qui , ce jour-là, commandait Favant-garde ; et les Croisés demandaient qu'iliût pendu. Le comte de Haunenne , onde du roi , intervint et le sauva.
Le roi proposa alors le conseil d'élire un général, à qui Tarmée entière obéirait , offrant de donner Texemple de la soumission militaire. On désigna poor ce commande •« ment suprême un chevalier nommé Gdlbert, dont le nom était grand dans Tarmée. Gilbert débuta par une victoire éclatante sur les Sarrasins , que leur suocèfi avait enhardis; mais cette réparation de Thonneur des armes françaises fut sans frnit. On venait d'échapper aux périls de Findiscipline , onretoniba dans les périls delà politique grecque.
U restait quarante jours de marche pour arriver à Aotioche. Les chemins étaient difficiles., inconnus. On crut prudent de tenter le transport des troupes par des vais* seaux que promirent les Grecs, et qu'on alla attendre sous les murs d'Altahe, ville de rAsie-Minoure, à Pembouchuie du Sestri, dans le golfe de Satalie. Les Grecs , après cinq semaines, envoyèrent quelques navires. On fut d'avis que le roi partirait avec la noblesse^ et le reste de l'arnaée attendit des navires nouveaux. La défiance et la terreur étaient dans les âmes. L'armée aimait mieux s'exposer i tous les périls d'une marche par des lieux .ennemis que de rester inactive dans les pièges des Grecs. Cetie perplexité était affi»iise. Le r(M s'embarqua cependant, etamva à Antioohe ; il y fut reçu avec de magnifiques honneurs par le prince Raymond , oncle de la reine ^ , laquelle était aussi montée sur les vaisseaux grecs. Mais des calamités de toute sorte éclataient déjà. L'armée restée sous le commandement du comte de Flandres et d'Archambaut de
' Il était frère cadet de Guinaumc, duc de Guicnne, père d'Éléonore.
Bourbon, étak à peine en mouvement pour sa marche par terre , que des flots de Sarrasins , ainertis par les Grecs , vin* rent Fanvelopper et lui barrer toutes les issues. La vilie d'AUaiie sa referma sur eux , et ils furent contraints de se camper aux pieds des murailles, en proie à tous les maux de Ja <iiset4e et de la guerre. Les deux chefs surprirent un vaisseau, et voguteent vers Antioehe pour porter au roi ces sâitt&tres nouvelles. L'armée sans commandement et sans défense ne sut plus que se laisser tuer, et, dans cetlo épottvfeiBtable détresse, on vit trois miUe Croisés accepter la vie au prix du déshonneur, en se faisant renégats , et embrassant le culte de Mahomeit *.
D'autres malheurs se déclaraient. Le rot^ consterné des désastres de sob armée , n'en avait que plus d'ardeur à accomplir son vmu de pèlerinage à Jérusalem ; mais le prinoo d* Antioehe s'efforçait de ie retenir, voulant employer à sa propre ambition l'élite des Croisés qui entooratent encore le monarque. Il avait le dessein de s'emparer d'Alep et de Césarée , double point d'attaque formidable pour les éta* blisseaients eitréliens , et la reine secondait ses vues en pressant les nobles de la Croisade de se jeter dans cette entreprise. Les vieilles histoires racontent qu'une passion secrète la iaiseil mouvoir. « Le roi , dit le père Daniel , avait sur cet article plus que des soupçons , et il est surprenant qu'une veine de France fût venue de si loin , et par diéveliûn , et au travers de iaot de périls , pour se <déshonorer ainsi eUenratene et le roi son mari. » De sinistres intrigues s'ourdissaient déjà. Le prince d'Àntiocfae, maître du eœur de la reiae , la poassait au divorce « et en môme ten^s il ^efforçait d'éloigner le roi par des machinations de perfidie. Le i^ partit en effet , mais en enlevant sa femme, et il s'en alla ainsi accomplir tsîstement ses vœux sur le tombeau de Jésus-Christ.
Hais des dévotions ainsi faites étaient des présages peu favorables.
BaadoinIII,Toi de Jérusalem, aprèsavoixieçu Louis VU
* 0(}aii..LiT. TU»
avec de grands honneurs , lui parla bientôt de batailles à livrer anx Sarrasins. Le royaume de Jérusalem avait passé par des vicissitudes de gloire et d'infortunes. On voulait lui assurer une destinée de prospérité , et Ton arrêta qu'une grande assemblée serait tenue à Ptolémaïs , ou Saint-Jeand*Âcre, nom fameux dans les guerres saintes. L'empereur Conrad y vint avec un cortège d'évèques et de guerriers de Germanie. Le roi de France y parut avec ses brillants débris de la Croisade , ayant à ses côtés Févêque de Langres et celui de Lisieux, le cardinal Guy de Florence, légat du pape ; son frère Robert , comte de Dreux ; son gendre Henri , comte de Champagne , et d'autres chevaliers non moins illustres. Le roi de Jérusalem était venu avec sa mère Hélisante , suivi du patriarche de Jérusalem , et de tous les évèques de la Palestine, du grand-mattre du Temple, et des officiers principaux de son palais. Ce fut là une grande et nouvelle chose , de voir cette représentation délibérante et armée des intérêts chrétiens en face de l'islamisme. Hais les effets en furent peu fortunés. On résolut de commencer la guerre par le siège de Damas , d'où partaient les coups les plus soudains et les plus fréquents contre l'empire de Jérusalem. Damas était une grande et puissante cité de la petite Syrie. Toutes les forces du génie humain s'étaient assemblées pour la rendre magnifique et formidable tout à la fois. Les trois rois allèrent épuiser leurs forces et leur courage contre retle ville. Ses abords furent pris et repris. Les faits d'armes furent admirables. Mais la résistance fut opiniâtre [H48]. Les assiégeants manquèrent de vivres. Le découragement , la déûance , l'envie peut-être, rompirent l'unité de l'attaque. Le siège fut levé, et les deux monarques d'Europe songèrent à s'en revenir dans leurs États , le roi de France emportant plus d'une blessure dans son âme, et n'ayant à raconter, pour toute apologie , de son expédition , que les perfidies des Grecs et les trahisons même de sa famille. Cent mille Français avaient péri , et il s'en revenait seul avec une compagne qu'il avait pu croire infidèle.
1149. — Cependant le royaume était prospère, et la
\ 1 SO-^1 1 60 HISTOIEE DE FRARCB. 1 29
sage politique ie Suger, continuant celle de Louis le Gros, avait achevé de désarmer l'anarchie. Quelques-uns des seigneurs les plus indomptés avaient d'abord voulu profiter de Tabsence du monarque pour faire des pillages, pour dépouiller les églises et les pauvres. Suger réprima les ravages et les rapines , armé, dit son historien , d'un double glaive, Tun matériel et royal, Tautre spirituel et ecclésiastique '. Et pourtant il n'eut pas à verser une goutte de sang. « Cet homme, dit encore le moine chroniqueur, Tortueux lion extérieurement, agneau intérieurement, et conduit par la main du Christ, triompha par les armes de la paix des guerres qui déchiraient TËtat *. »
Par suite de cette ferme conduite , le roi allait trouver la France brillante et calme , le peuple heureux , l'État bien ordonné, l'armée fidèle et payée, le trésor riche, les palais restaurés.
Suger eut même le temps de rendre à Louis un office de plus. Le comte Robert, frère du roi, était arrivé le premier delà Croisade, et quelques Français se laissèrent aller à la pensée de ïui déférer le sceptre , comme par l'ennui de l'absence du roi. Suger courut au-devant des machinations qui déjà commençaient d'éclater. Robert les secondait; mais lui-même fut contenu. Dès lors Suger n'avait cessé de provoquer par des lettres le retour du roi. Celui-ci, dans son voyage, s'était dirigé par l'Italie. Ce fut à Rome qu'il apprit du pape Eugène tout ce qu'il devait à Tadmirable sagesse de son ministre. D'autres voix, moins fidèles, lui avaient porté des récits d'accusation et do calomnie. Ce fut dans ses douleurs une consolation touchante d'entendre ces réparations , et de pouvoir s'acheminer vers sa patrie avec sécurité et avec espérance.
1150. — La joie de son retour fut mêlée de douleur, et les peuples s'attristèrent d'une Croisade qui n'avait produit que des exterminations et des scandales. Les murmures allèrent chercher saint Bernard, qu'on accusa do
' Guillaume, moine. — Vie de Suger. Ll? . m. ' Ihid.
130 RISTOIBE DE FRANGE.
tant demalhears, etlni-mème «e défendit en accusant les désordres da temps, désordres qui s'étaient mêlés à la Croisade, et qne Dieu punissait par des fléaux.
CependantrEurop&avait peu changé d* aspect. Lisborme seulement avait vu une révolution heureuse , produite par une expédition chrétienne d'Allemands, d'Anglais et de Français , destinée pour les Lieux-Saints , et qu'une tempèle avait détournée de sa Toute. Le roi Alphonse s'était servi de ses armes pour expulser les Sarrasins. On disait ce prince du sang de France. « Par Henri , comte du Portugal, son père, et par Robert, duc do Bourgogne, son bisaïeul, il descendait de Robert, roi do France, son trisaïeul , qiii rétait aussi de Louis le Jeunet » Ainsi la Croisade, avec son esprit d'aventures, arrivait à des résultats imprévus, et ce grand mouvement des peuples n'était nulle part inutile à la constitution des États chrétiens.
L'Angleterre était restée dans sa situation politique ^ mais l'avenir était douteux encore. Etienne de Boulogne avait gardé le royaume, et Timpératrico Mathilde n'avait cessé de le revendiquer pour son mari, Geoffroy, comte d'Anjou. Le pape se déclara pour Mathilde, et ce grand exemple empêcha le couronnement d'Eustache , fils d'Éticnne; puis les intrigues se nouèrent dès le retour de Louis VIL Du côté du roi Etienne et du côté de Mathilde, on sollicitait l'investiture du duché de Normandie. D'abord le roi l'accorda à Henri , fils du duc d'Anjou. Puis il y eut des ruptures de ce côté. Eustache, fils d'Etienne, accourut pour soutenir son droit. On vit un commencement de batailles, tout semblait confus. Mais le roi devint malade; la paix se fît avec le duc Henri , et Eustache s'en retourna en Angleterre. Peu après , le duc d'Anjou mourut, laissant à son fils une destinée de roi, qu'il n'avait pu réaliser pour lui-même.
La France allait avoir de plus grnndrs nouveautés.
L'abbé Sugor semblait distraire sa pensée des intérêts pohtiqucs, qui l'avaient longtemps occupée. Lui qui avait
' Le P. Daniel.
UISTOIRX BB FBANCE. 1)31
blâmé la Croisade, tourna ses propres mœux Tcrs les Lieux- Saints, dès que le roi fut revenu. L'ignominie de cetie expédition tourmeotait son âme , et le malheur des Cliréliens d'Orient le remplissait de doulenr. On le vit s'appliquer secrètement à des préparatifs de secours pourTÉ^se de Jérusalem. Mais il voulait que l'État fût étranger à ces efforts, et lui seul, avec le secours des évéqves, voulait raffermir par de puissantes largesses l'oeuvre sainte des premiers Croisés. C'était moins avec des hommes qn^avcc de l'argent qu'il pensait accomplir cette œuvre savamment préparée. « Il espérait, dit le chroniqueur, 4ans l'appui du Tout-Puissant, qui d'ordinaire donne la victoire aux plus dignes , qu'ils soient peu ou beaucoup ; et il croyait la sagesse plus indispensable que de grandes forces, et la prudence plus nécessaire que les armes pour réussir en des desseins tels que le sien'. » C'était là une profonde pensée , et le chroniqueur lui-même est admirable pour ravoir ainsi dérobée à rintclligenco de son héros. Mpis la mort vint arrêter son exécution. L'abbé Suger mourut lorsqu'il songeait à faire de la Croisade une guerre de politique au lieu d'une guerre d'enthousiasme.
C'était une calamité pour la France , et des fautes désastreuses commencèrent à sa mort.
Le roi Louis VU gardait l'injure d'Éléonore , et plusieurs fois U avait voulu se venger par le divorce. Suger avait écarté ce dessein, dont les suites étaient fatales. Le roi, devenu libre, le reprit avec ardeur. Et la reine même entrait dans ses vues par ses antipathies ; de sorte qu'il ne fallut trouver que des motifs publics de ruptuiie, et en ce temps ils étaient faciles par les empêchements de parenté que l'Église avait multipliés , et dont la poiitîque abusait. Dans une assemblée d'évêques, les liens de consanguinité entre les deux époux furent constatés , et le mariage fut dissous. La reine, comme afiranchie, s'enfuit tout aussitôt vers la (iuienne ; le roi avait espéré retenir cette ^grande principauté par le droit de deux £llcs qu'U avait d'Ëléo-
* GaiUtame, motoe. — fie-âg Sugcr^ Vm* lo*
nore. Mais l'esprit de cette femme alfait à d'autres desseins. Déjà les vœux et les ambitions se tournaient vers elle, et sa vie devenait comme un roman plein d'aventures. Tout à coup elle se déclare , et , entre les prétendants qui cherchent sa main , elle appelle Henri , duc de Normandie, ce fils de l'impératrice Mathilde et duc d'Anjou , à qui sont réservés de grands destins. Le mariage se fait sans éclat; mais tout aussitôt se révèle au roi Louis la fatale imprudence de son divorce. Le génie lui manquait pour réparer une telle faute ; il essaya pourtant d'armer une ligue contre le duc de Normandie. Le roi Etienne, d'Angleterre , y entrait naturellement; le comte de Blois , qui avait sollicité le mariage avec Éléonore , y entrait de même par le ressentiment de ses mépris, et enfin Geoffroy> frère du duc Henri, les favorisait par la jalousie d'une fortune inégale. Le roi pouvait donc garder sa supériorité, soit par la politique, soit par les armes ; mais, après avoir montré la guerre, il accorda la paix. Henri, plus prévoyant, courut alors en Angleterre [11S4]. Tout secondait sa fortune. Le fils du roi Etienne^ Eustache , mourut ences conjonctures. Etienne avait peu d'ardeur aux batailles. La nation, d'ailleurs, souffrait des dissensions civiles. On rapprocha les deux princes; Etienne adopta Henri , retenant la couronne durant sa vie; et bientôt après il mourut. Henri reparut alors en France, déployant toute, sa puissance de roi, et il vint faire hommage à Louis VII pour la Normandie, pour la Guienne, pour le Poitou, pour l'Anjou, pour la Touraine, pour le Maine, hommage menaçant, et qui déjà jetait sur l'avenir un germe fécond d'anarchie et de désastres.
1155. — Le roi dut pressentir cette effrayante fatalité; mais, ne l'ayant pas su prévenir par une forte politique, il s'efforça d'y échapper par des précautions sans portée, n fit un second mariage, qui ne manquait pas de prévoyance, on épousant Constance, fille d'Alphonse, roi de Léon et de Castille. En même temps il fit épouser Constance, sa sœur, veuve d'Eustache, fils du roi Etienne, d'Angleterre, à Raymond, comte de Toulouse. Par là il
HISTOIBB DE FRANGE. 133
entourait la Guienne d'influences contraires à ceUes du roi Henri. Puis il s'appliqua à mettre la paix dans le royaume, et il fit à Soissons une assemblée d' évoques pour arracher quelques restes de divisions ecclésiastiques , et pour faire jurer une trêve de dix ans à des seigneurs qui se faisaient la guerre , et nuisaient par leurs batailles à la liberté du commerce et à la prospérité du pays.
De son côté , le roi d'Angleterre affermissait sa puissance. Son frère Geoffroy prétendait au djcbé d'Anjou, en vertu du testament de leur père. Henri vint l'attaquer par les armes; il ne lui laissa point de places ni de terres; il lui paya seulement une pension.
Le roi avait une occasion de diminuer cette formidable vassalité du roi d'Angleterre, en prenant la défense de Geoffroy. Henri désarma Louis par un renouvellement d'hommage.
£n même temps Thierry d'Alsace , comte de Flandres, que nous avons vu dans la Croisade de Louis le Jeune, ayant fait un second pèlerinage à Jérusalem, laissa sous la tutelle de Henri son comté et son fils Philippe ; ainsi Henri tenait la France comme bloquée de toutes parts ^
U eut le sentiment de cette situation imprévue, et toute son activité fut appliquée à la rendre de plus en plus imposante. Il avait admirablement réglé ses affaires en Angleterre , et il semble que l'instinct national s'était identifié avec sa pensée d'agrandissement dans le pays de France. On lui laissa faire ses entreprises, et nulle sollicitude ne le rappelait au delà de l'Océan. Il s'empara d'Amboise sur le comte de Blois; puis, son frère Geoffroy étant mort, il porta la guerre en Bretagne, pour revendiquer quelques-uns de ses droits , et à ce titre il se fit céder, par le duc Conan de Richemont , la ville de Nantes avec son domaine. Il nourrissait d'autres desseins. U voulait s'emparer du comté de Toulouse, comme dépendant du duché de Guienne; mais, chose singulière! il songea d'abord à s'assurer du roi Louis et à le désarmer par un mariage. H
' Le P. Daniel.— Voir VHUt, de la Flandre, par WarDkœnig, tom. L
13i niSTOlBR DE FRANCE. 1160 — 1170
ût si bien que son fils Uonri, tout jouno encore, fui promis à Marguerite, fille du second mariage de Louis, ot qui n'avaiOque deux ou trois ans. Peul-élTe sa prévoyance se portait au delà de la circonstance présente, et la couronne do France se montrait à lui comme une espérance de plus ; car Louis n'avait pas encore d'enfant mâle.
Cette guerre , faite au comte de Toulouse , rompit toi>tefoîs ramitic avec le roi de France. Henri avait eu Tart de s'attirer les vassaux voisins , et la ligue qu'il avait faite était formidable. Il s'était fait une armée, non plus en appelant à soi les seigneurs et leurs féaux, selon la loi de la féodalité, mais en recueillant de grosses sommes d'argent, et prenant à sa solde les hommes de bonne volonté. Cest, suivant le P. Daniel , le premier exemple d'une armée ainsi constituée dans Thistoire moderne. Et avec ces troupes payées il s'en alla mettre le siège devant Toulouse, après avoir pris plusieurs places sur sa route. Louis le Jeune^ timide dans sa politique, trouva cette fois de la résolution. Le comte Favait appelé à son aide ; il courut se jeter dans la ville assiégée, et le roi d'Angleterre s* éloigna, ne voulant pas, disait-il, attaquer une place défendue par le roi de France.
1189. — Alors il y eut de nouveaux traités entre eux. Le comte de Toulouse resta paisible dans son comté. Le roi Henri renouvela son hommage pour la Normandie. Henri , son fils , fit hommage pour les comtés d'Anjou et du Haine ; et Richard, son second fils , reçut Finvestituro du duché de Guionne , et une fille du roi lui fut promise; et tout resta d^ailleurs dans la même situation qu'avant la guerre. Seulement le monarque anglais s'enracinait de plus en plus dans le sol de France , et ses vues d'ambition n'étaient que dissimulées.
1160. — En même temps éclatait un fatal déchirement dans rÉglise, par la double élection des papes Alexandre 111 et Victor IV. L'empereur Frédéric, surnommé Barberousso, duc de Souabe, neveu et successeur de Conrad, que nons avons vu à la Croisade , se prononça pour Victor, pur antipathie pour Alexandre. Le roi de France, avec tout
HISTOIHE DR FBAIKCE. 13$
son royaume, reconnut Alexandre pour le véritable pasteur, et son élection aussi semblait être la plus légitime. « La nouvelle s'en étant répandue dans tous les pays, dit Thistorien de Louis le Jeune, les empereurs de Constanti-t nopla et d'Espagne, le roi d- Angleterre, le roi de Jérusalem^ le roi de Sicile, le roi de Hongrie et tous les rois da )a Chrétienté, suivirent l'exemple du roi Louise » U semble que le signal de l'orthodoxie devait partir de France dans les temps do doule. Cependant Frédéric persista dans le choix qu'il avait fiait
Il se tint des conciles, et il se fit des cabales. La Chrétienté resta longtemps émue et incertaine. Le pape Alexandre finit par prévaloir, et un grand concile tenu à Tours excommunia Victor et ses adhérents [1163]. Dans ce concile commença à paraître le nom. des Albigeois , sectaires méridionaux, dont l'opiniâtreté devait plus tard être si fatale.
Mais, bien que les deux rois d'Angleterre et de France fussent restés unis dans la question du pape, leurs intérêts contraires n'avaient pas cessé de perpétuer leurs rivalités. La reine de France était morte , ne laissant que des filles au roi Louis. Le roi s'était hâté de recourir à un autre mariage : c'était une nécessité politique; et il avait épousé Adélaïde, fille de Thibaut, comte de Champagne, et sœur du comte actuel, ainsi que des comtes de Blois. Ilenri suivait en même temps sa pensée tenace d'empiétoment. Il avait demandé les fiançailles de son fils avec Marguerite qui lui était promise, et cette solennité s^était faite à Neubourg, dans la Normandie. Tout aussitôt après, il s'était emparé de force de Gisors» de NeauHe et de Ncuchâtel, qui devaient en mariage appartenir à la fiancée. La guerre éclata. Le siège en fut d'abord porté dans le comté de Btois et dans la Touraine. Puis les deux rois par rurent en présence l'un, de l'autre dans le Yexin. Normand. Mais ils semblaient craindre également des batailles déci- • sives, et il y eut une trêve, pendant laquelle le roi d'An-
* Vfede Louis le Jeune*
136 HISTOIBB DE FRATÏGE.
gleterre continua la guerre par des perfidies. Il fît faire le mariago des deux enfants fiancés, à Tinsu de Louis, et les envoya en Angleterre. De la sorte, il resta maître des plact*s cfispuloes, et il s'avança vers le comté de Toulouse, pour r> non vêler ses entreprises. Louis le Jeune, simple et honnôie, ne comprenait rien à ce système de tromperies, et il le laissait se dérouler, se croyant assez puissant, pourvu qu'il gardât son rôle de probité.
Toutefois, il ne manqua pas totalement d'activité et do sollicitude, et il eut les yeux ouverts sur les périls qui entouraient rÉtat.
Des dissensions ecclésiastiques en Angleterre le laissèrent respirer. Là, il vit mieux encore quel était le génie de son rivaL
Thomas Bccket, archevêque de Cantorbéry, était chancelier de Henri, et gouverneur de son fils. Il avait assisté au concile de Tours, et sa renommée de vertu, de courage et de piété était grande dans toute TÉglise. De retour en Angleterre il s'appliqua à faire exécuter les canons sur la juridiction ecclésiastique, et par là il commença de heurter quelques-uns des grands de la cour, qui avaient besoin d'impunité pour leurs pillages. Il heurta le roi luimême par la liberté de ses plaintes sur la vacance des deux évêchés de Worcester et de Herfort. Plusieurs évoques s'unirent à lui. Le roi opposa les lois du royaume, et voulut les leur faire jurer. Quelques-uns jurèrent les lois, mais en ce qu'elles n'auraient point de contraire aux lois de Dieu. Cette restriction irrita le monarque. Sa haine menaça surtout l'archevêque de Cantorbéry. L'Église d'Angleterre fut déchirée en deux parts. L'archevêque crut prudent de s'éloigner; il passa en France. Le roi, furieux, le voua à ses vengeances*.
Cest ici UD long drame dans l'histoire d'Angleterre , et il a ses points de contact avec l'histoire de France. Le roi
' L'histoire de ces dissidences entre le roi Henri et les étèques d'Angleterre est longuement et exactement racontée par le D. Lingard. — HisU àf Angleterre, règne de Henri IL
Louis avait reçu avec honneur rarchevêque fugitif, pendant que le roi Henri le faisait dépouiller de ses biens, et déclarer déchu par quelques évèques prévaricateurs. Le pape alo«5 était à Sens. Thomas alla baiser ses pieds, et puis s^enferma dans Tabbaye de Pontigny. Une grande faveur s*atlachait au nom du saint évêque. Le roi de France se portait hautement son défenseur, et en même temps il avait mis quelque courage dans sa politique. Il avait donné deux de ses ûlles à Thibaut, comte de Blois, et à Henri, comte de Champagne, multipliant ainsi les liens de parenté, pour les opposer aux intrigues du roi d'Angleterre. L*impératrice Mathilde pressentit les périls de ces hostilités et de ces alliances, et elle voulut amener la paix. Mais elle ne fit que des traités bientôt rompus. Puis le roi de France eut enfin de son troisième mariage un fils qui fut nommé Philippe-Dieu-donné. Cétait un grand présage; des visions miraculeuses avaient, disait-on, précédé cette naissance longtemps demandée à Dieu par des vœux ardents'. Le roi Henri n'en mit que plus d'activité dans sa politique. Dans un intervalle de paix il vint marier son troisième fils Geoffroy, à Constance, fille de Conan, duc de Bretagne. Les grands du duché lui firent hommage: ainsi la constitution féodale du vieux pays des Gaules le livrait peu à peu tout entier à la domination de TAngleterre.
Cependant le pape venait de déclarer Farchevèque de Cantorbéry son légat en Angleterre, et lui avait remis dans les mains toute sa puissance pour rétablir la juridiction ecclésiastique, partout sacrifiée à Tempire séculier. L'archevêque ne pouvait exercer son pouvoir que du fond de sa retraite de Pontigny; mais ses lettres remuaient les peuples. U lança des excommunications, et le roi même parut s'effrayer. Sa mère Mathilde venait de mourir ; c'était comme le génie des négociations qui lui écl^appait. H se défendit par la violence. Il menaça de chasser tous les moines de l'Ordre de Ctteaux de ses Etats, si l'abbaye de Pontigny continuait de servir de retraite à l'archevêque.
* Rlgord.->Fte de Philippe'ÀuguMîê,
138 HISTOIBB DB FRâHGB.
L'archevêque s'éloigna , et Louis lai. ouvrit un antre asile à Sens. Henri avait d^auires dentelés avec Louis; le prétexte en avait été dans une suecession du comté d'Auvergne. La guerre s'anima* Henri se multipliait par Fintrigue ; peu s'en fallut qu'il ne s'attirât la faveur du papa; mais aussi le pape croyait vaîftcre par la douceur ce caractère farouche. Il fallut que Louis se plaignlk de cette bienveillance, qui semJ)lait être un abandon de rardie*vèque de Caatorbéry et de ceux qui le défendaient dans son malheui. Les déchirements étaient au comble. Une trêve venait, puis la guerre étoiit plus ardente. Le pape, qui était rentré en Italie, voulut amener la paix par l'intervention de deux légats. Ce fût ime longue et difficile médiation. A la fin , le roi d'Angleterre parut perdre de ses avantages,, et il craignit uneaUcration de ses prospérités. Ce fut lui qui sollicita la paix,, et promit, chose étonnante! de prendre la croix si elle était faite. Aierstes deux rois s'embrassèrent, et les henunages fnreni ranou^ velés. C'était la un* ordinaire des batailles; meàs il était trop aisé de voir que cette forme de vassalité n'âtait rien de l'indépendance. Il j eut d'ailleurs une singulière claose de la paix : la charge de grand-sénéchal de France était héréditaire dans la famille des comtes d'Anjou; elle Favait donc suivi comme un droit dans son élévation àlarojauté ; et c'est une grande bizarrerie de l'histoire féodale, devoir Henri , roi d'Angleterre, revendiquer pour un de ses fils le titre de grand-mattre de la maison du roi de Fiance. Dons les dernières ruptures, Louis l'avait remis au comte de Blois; celui-ci s'en démit pour favoriser la paix, et Fon vit le jeune Henri, comte d'Anjou, âlsdaroi Henri, servir à table le roi Louis le jour de la PuiiUcation ; ca fût albrs tout le triomphe de la France.
tl69. — ^Après cela, l'affaire de l'arohevtqae de Chirtorbéry suivit son cours fatal. Le roi Louis s'était établi- niédiateur» Il appela rarchevèque^ à unei conférem» avec Henri , et là l'onj vit le vénérable Thenuas se jeter eux jmds du roi d'Angleterre , et se remettre à sa justice comme à celle de Dieu. Henri no trouva qioe des paroles impleca-
RISTOIRB DB FRANCE. 139
bles ou ambiguës , rappelant toujours les coutumes du
royaume, et reDoavelaiiA ses conditions menaçantes.
Toute la suita de cette tragique histoire semblait ainsi se
rcvâor. Le pape ne céda point; TarcfaieTéque retrouva son
énergîerLe roi , de son cdié> déploja ses colàres. U con-*
traâgnU la plupart des évèquesda royaome à des serments
quirompaieni Tunité catholique; et, en même temps, il
fit couronner son Sis Henri par Farchevèque dTorck,
contre le droit de Tarcherèque de Cantorbérj , primat
d^Angteterre , à qui appartenait ce pririlége ; et , pour Caire
de cette offense ecclésiastique une injure politique, il pro*
fila poor celte solennité de Tabsenee de la princesse îfar-
guérite de France, épouse do jeune prince, laquelle était
en Normandie. Ainsi-, tout était porté au comble. Le roi
Louis. fit irruption en Normandie avec une année, et le
pape menaça Henri de rexcommitnier. D fallut revenir
aux négociations , c* était rarirer les fourberies du roi
Henri. On. signa une nouvelle paix; il fut convenu que
raorcbevèque de Castorbéry serait rétabli dans son siège ,
et même que le couronnement de H^iri serait renouvelé,
et celte fois avec celui de Marguerite , et par les mains de
rarehevè(|iie de Gantorbéry. Henri acceptait sans peine
les humiliaUons , parce qu'il gardait la faciÛté des perfidies.
On croyait être arrivé à la fin de ces longs déinèlés ; on
était arrivé au dénouement d'une tragédie.
D n!y; avait qu'un mois que Farchevèque de Gantoii>éry était renif é dans sa pairie , lorsque les haines amassées contre ce martyr de la liberté ecclésiastique éclatèrent par us grand crime. Henri, resté en Normandie, avait fait appel au meurtre par des paroles effroyables. Quoi! avait-il dit , il ne se trouvera pas, entre tous les lâches qui mangent m0B pain , quelqu'un qui m^ venge d'un prêtre qui trouble mes États ^ H s'en trouva quatre. Quatre assassins , Thistoire ne doit pas dire quatre geatiisbommes , partirent pour aller sorprendjce dans son église l'intrépide pasteur.
■ Le P, Liiigard.
140 RISTOIRB DB FEAKCB.
et^ ils le massacrèrent à Tautel. Henri fut content , et rÉglise catholique eut un saint de plus.
Ce criui<* remua les âmes. Partout un cri d*horreur s' éleva contre le roi d'Angleterre. Le pape refusa de voir ses ambassadeurs, et il ne les reçut qu'en imposant des satisfactions. Le roi protesta par serment de son innocence , et cependant il se soumit aux réparations. Il acceptait les pénitences , par un redoublement d*hypocrisie. On eût dit le plus humble des chrétiens et le plus débonnaire des rois. Il se mit à genoux hors des portes de Téglise pour recevoir Tabsolution , et il offrait de faire toutes sortes de pèlerinages à Rome , en Afrique, en Espagne, en Palestine. Il s'abaissait comme pour attester qu'il n'était pas criminel , et son humiliation n'était qu'un soupçon de plus. Mais il jouissait du crime, et l'infamie lui était un jeu.
Toutefois , ces sanglantes hypocrisies allèrent à des fins qu'il n'avait pas prévues. Toute l'Angleterre s'indigna, et les lois ecclésiastiques , scellées par le meurtre d'un évoque , triomphèrent de la tyrannie du monarque. La réaction catholique fut universelle, et cette fois Henri accepta sérieusement la réconciliation avec le pape.
La politique de Louis le Jeune eût pu profiter de ce retour pour rendre à la France sa dignité; elle n'en sut profiter que pour produire d'abord des cabales sans grandeur, puis des guerres sans gloire.
Louis commença par animer le jeune Henri, mari de sa fille Marguerite , contre son père , le roi d'Angleterre , en l'excitant à demander la Normandie. Cela fit des déchirements domestiques , et ensuite des batailles. Le jeune prince se sauva en France , où il trouva un parti, et le roi Louis prit les armes pour le défendre. C'était opposer à un roi odieux une politique odieuse, mais avec l'habileté de moins. Et il est vrai que Louis avait feint de prendre au sérieux quelques paroles de Henri , au moment où effrayé des menaces d'excommunication , celui-ci avait feint lui-môme en fusant sacrer son fils de le montrer comme le vrai roi. C'étaient là d'impuissantes tromperies. La guerre cependant parut s'enflammer. Le jeune Henri avait
1170—1180 HISTOIHB DB FEAIICB. 141
attiré à lui ses deux frères, Richard, duc de Guienne, et Geof&oy , duc de Bretagne. Sa mère Eléonore favorisait même cette anarchie de famille. Oo parlait d*un sentiment de jalousie qui l'animait contre son mari , par suite d'une tendresse extrême qu'il aurait gardée à la jeune Alix , fille de France, fiancée à son fils Richard, et dont il retardait le mariage par des vues suspectes ^
Quoi qu'il en soit, Henri, enveloppé par la guerre auprès et au loin , lève des troupes par son système d'engagement soldé. Il y avait alors des bandes d'aventuriers connus sous le nom de Cottereaux et de Routiers, qui plusieurs fois avaient paru en divers lieux de France, pillant et ravageant au hasard, faisant des meurtres et des incendies, et se jetant partout où il y avait du ravage à faire et des dépouilles à enlever. C'était une population vagabonde ; elle avait été excommuniée par le pape, mais elle n^en faisait pas moins ses meurtres et ses ravages. La plupart de ces bandits étaient partis du Brabant, et aussi l'histoire les désigne souvent sous le nom de Brabançons, « gens qui méprisent la volonté divine , dit l'historien de Louis le Jeune, et se font suivants du diable *. » Ils servaient aux guerres privées des seigneurs, et se livraient à quiconque payait leurs fureurs. Henri en enrôla la plus grande partie ; le reste s'alla ranger«au hasard sous les drapeaux contraires.
1173. — Le comte de Flandres vint en aide au roi de France ; il alla prendre Aumale , et puis assiégea Neuchâtel, tandis que le roi, avec Henri, son gendre, attaquait Vemeuil. Cette dernière place , demi-vaincue , avait déjà capitulé , le roi d'Angleterre accourut , et proposa un combat singulier à Louis. Louis, cette fois, aima inieux se défendre par la tromperie; il offrit des conventions de paix, et, pendant ce temps, il sommait les habitants de Vemeuil de tenir leur capitulation. La place s'ouvrit; Louis y entra , enleva des otages, laissa faire des pillages
' Le P. Daniel.
142 mSTOIRB DE FRâKGB.
et puis s^ên alla. (Tétait faire la guerre comme TeAt ihite Henri ; mais ainsi faite elle ne convenait ni à la gloire du royaume , ni même à la probité de Louis.
Cependant le roi d'Angleterre alla rétablir ses affaires dans la Bretagne par des victoires plus réelles. Alors il appela ses enfants à une réconciliation. Le roi Louis vint avec eux à une conférence avec Henri; mois , en paraissant vouloir la concorde , il laissait aller les haines, et Tentrevue fut rompue par des plaintes et par des menaces. Les combats recommencèrent, mais sans résultat; on attendit le printemps suivant pour des batailles plus sérieuses; et pendant cet intervalle Louis s'attacha Richard, en le ceignant lui-môme de Tépéo de chevalier.
Henri fit des démarches suppliantes auprès du pape pour rappeler dans son parti. Quelque impie que fût la guerre que lui faisaient ses enfants, peu d'intérêt s'attachait à la fortune de ce monarque, fameux par des crimes. Rome cependant fit menacer le jeune prince; mais rien ne Tarrêta. H continua de semer le désordre dans le royaume de son père; il appela le roi d'Ecosse au secours d« ses révoltes ; lui-môme s'apprêtait à porter une armée par-delà les mers avec le comte de Flandres; mais les tempêtes le retinrent à Gravolines , et le roi Henri eut le temps de courir aux dangers les plus imminents. Déjà un de ses généraux avait remporté une éclatante victoire en Angleterre. Henri passa la mer pour en poursuivre le fruit ; et, chose singulière ! son premier soin fut d'aller se prosterner au tombeau de Thomas de Canlorbéry, comme presse par un besoin d'expiation, et pour écarter les malédictions qup le sang du saint évoque semblait tenir snr sa tête. L'histoire raconte quelles furent ses humiliations et ses ' pénitences ; jamais criminel n'avait fléchi à ce point sous le poids de ses remords. Le lendemain , le roi d'Ecosse était pris dans nne bataille , et Ton put croire que Dieu s'était laissé toucher par un tel repentir et une telle douleur.
1174. — Pendant ce temps, le roi de France attaquait Rouen. Le roi d'Angleterre, s'olant raffermi dans son
royaume, repassa la mer. On le vil soudainement paraîlro à Harfleur, et il marcha vers la ville assi^ogée. Dès qu'il y fut entré avec ses Brabançons, tout changea d'aspect. Bientôt le siège lut levé, et Von pensa de part et d'autre à ia paix. La fortune s'était déplacée; Henri, que tout seml>lait devoir accabler, avait repris sa supériorité : il fit les conditions du traité. Les places qu'on lui avait prises dans la Normandie lui furent rendues ; il en laissa à son gré quelques-unes à Henri, son fils. Il reçut hommage de son fils Bichard, pour son duché de Guionne, et de Geoffroy pour son duché de Bretagne. La terre de France perdait ainsi sa grande unité nationale, et désormais il faudrait de grandes calamités avant de pouvoir défaire ce que venait de consommer le génie de Henri Plantagenet, aidé de la politique débile de Louis le Jeune.
Âpres cela , il y eut encore quelques dissentiments de politique entre les deux rois pour le mariage de leurs enfants. Le roi d'Angleterre réclamait des cessions de villes; qui eussent été des démembrements plus funestes encore de la monarchie. Le pape fut établi négociateur, et, pour tonte condition de paix définitive, il imposait à tous les deux ime guerre sainte. Ces démêlés n'eurent point d'autre suite.
Dans le cours de ces guerres désordonnées de la France el de l'Angleterre, le génie de la monarchie française semble avoir disparu, et cependant l'histoire contemporaine le laisse apercevoir encore dans quelques guerres privées ou féodales. Le faible historien de Louis le Jeune îindîque en quelques récits, que l'histoire générale a négligés et qu'il importe ici de recueillir.
« Puisque la méchanceté croît de jour en jour, dit-il, c'est à la majesté royale à pourvoir à la sûreté du royaume, el à défendre ses sujets contre les attaques des méchants; car si l'autorité des rois ne veillait attentivement à la défense de rËtat, les puissants opprimeraient excessivement les faibles '• » Et, après ce préambule, l'historien raconte
• Vie de Louis }c Jeune,
quelques guerres qui semblent nous ramener à la politique tutélaire de Louis le Gros. « Le comte de Clermont et son neveu Guillaume, comte du Puy, ainsi que le vicomte de PoligKJ^c, poussés par l'instinct du diable, avaient coutume d'employer à la rapine leur misérable vie. Ils dévastaient les églises, arrêtaient les voyageurs et opprimaient les pauvres. » Les évoques et les abbés de la province allèrent solliciter les armes de Louis; et le pieux roi, apprenant les forfaits de ces t3rrans, courut les combattre avec la verge du châtiment, qu'il ne tardait jamais à saisira Par un exploit digne de la majesté royale , continue le chroniqueur , il les vainquit , et les tint captifs jusqu'à ce qu'ils eussent juré de ne plus troubler les églises et les pauvres*.
Peu après (1166) , il marchait en armes contre le comte de Châlons, lequel, suivant les traces du diable, qui osa tenter Notre-Seigneur , persécutaU d'une manière atroce l'église de Cluny. Tout le territoire avait été désolé. Le peuple était en proie aux bandes de Brabançons que le comte avait à ses ordres. Les femmes , les jeunes filles , les enfants abandonnés s'en vinrent en troupes désolées se mettre sous la protection du roi. Ce fut un spectacle qui arrachait des larmes. Le roi se hâta dans la vengeance. Il pénétra dans Châlons, donna les terres du tyran au duc de Bourgogne et au comte de Nevers, fit pendre à des fourches les bandits qui tombèrent sous sa main, et s'en retourna joyeux , remportant un si glorieux trophée '.
Louis protégea de même le monastère de Vezelay , mais cette fois contre la commune des bourgeois. L'histoire de ces démêlés est confuse; elle montre les rivalités qui dès lors se mêlaient aux étabUssements de Uberté.
Le comte de Nevers avait pris parti pour les bourgeois; le roi prit parti pour le monastère. Il est permis de soupçonner qu'en ces temps de réaction la commune
' 7i$ de Louis le Jeune,
* Ceci se rapporte à l'an 1 163.
* fie de Louis Is Jeune,
■UTOIBB DM FBAIfCB. 145
lendit plus d*iuie fois à devenir une forme de pririlëge contre la liberté populaire , qui 8*était longtemps abritée dans rÉglise. L*histoire aujourd'hui ne saurait, sans s'exposer à des erreurs, se décider entre des passions jalouses ; tout ce qu'elle doit, c'est de suivre le mourement dramatique qu'elles impriment à la marche de la société.
Mais ce détail même ne peut entrer dans la rapidité de nos récits. Revenons à la suite des temps.
1179. Louis le Jeune avait porté ses tendres sollid- Indes sur Philippe , son fils, l'espoir de l'avenir. « Réfléchissant à la courte durée de la rie humaine , dit i'histoxien de PhiUppe-Auguste * , il convoqua à Paris une assemblée générale de tous les archevêques et évèques , abbés et barons de tout le royaume des Français, dans le palais de notre vénérable père Maurice, évoque de Paris. Quand ils y furent tous réunis, Louis entra d'abord dans une chapelle , car 0 ne commençait jamais rien sans s'y être préparé; et, après avoir fait sa prière au Seigneur, il déclara aux évèques et aux grands qu'il voulait, sauf leur avis et leur volonté, faire élever au trdne des Français son fils bien-aimé, Philippe-Dieu-donné, au premier jour de l'Assomption de la bienheureuse Vierge Marie. Les prélats et les grands n'eurent pas plus tdt entendu la Tolonté du roi, qu'ils s'écrièrent tous d'une voix unanime : Soii! soit! et rassemblée fut ainsi dose. »
Mais, au moment venu du couronnement de Philippe , un événement étrange troubla la cour de Louis ,' et faiUit être fatal à son fils. Comme on le conduisait à Reims , pour son sacre, on s'arrêta à Compiègne. Là, le jeune Philippe s' étant aventuré à la chasse dans la forêt, avec les Teneurs du toi, fut emporté par un cheval plein de feu, et bientôt il se trouva seul dans la vaste solitude des bois, n erra quelque temps au gré de son cheval qui l'emportait çà et Ui, et la nuit vint le surprendre dans ses alarmes et accroître ses terreurs. 11 se mit, dit son historien, à pousser des gémissements et des soupirs, et imprimant
* Rjgord. — Gollect. des Mémoires.
146 niSTQnffl J>A.FBA]li€B.
sut nni/ifoniileisigae de lafwûiie.€roix, il se recommanda trà9r4iéTOtBâQMBi.à Dieu, à.la bienkeuieufie Vierge Mme, et^an.bieBhfiureux D^is:, patroniei défenaeni dea rois da France.. A; la fui.de. sa prièiDe, il regarda à droite , et tout à coup, il Yît. pyèfti de. lui qe paysaa qui soufflait sur des charbons ardeiit84.Sa<taillaéûiL.haute, son aspect horrî«ble V son viaaga noinci par le charbon ; il tenait une grande hache sur son cou» D* abord, à cette vue, Philippe trembla comme un enfant; mai» bientôt sa grande âme surmonta ses premiirea frayeurs. Il s^approcha de cet homme et le saluât aTQC.bîemreillanoe..Il lui expliqua qui il était» d*où il ytanait,, commant il ae trouvait là, et le paysan. reoon^ naissant la>pevsonne de son seigneur,, abandonna sur-le-champ flon travail^ et' ramena le prince en toute hftte à Kaniopolis (Codmpiègne) Spar un chemin abrégé*.
Haialas impressions de la terreur avaient été funestes, et une.ouiiladie mortelle se déclara. Les peuples coururent dans laa temples solliciter la guérison de FenfanL Le roi Louis, « qui ne cessait d'implorer jour et nuit l'assistance de Dieu.', t imagina que Tévôque de Cantorbéry qu'il avail accueilli .daaa sa vie lui serait propice après sa mort, et il voului aller demander à son tombeau la santé de aonfUa« Il ûtoai pèlerinage avec piété, et le roi d'Angleterre Vea* toura d'honneurs dans son voyage. Lui-même le suivit à Cantorbéry. La prière de Louis fut ardente. Il priait pour sa race et pour la monarchie de France. U fit des dom magmûques à l'Eglise du saint, et puis il repartit aussitôt. Il troiuraeon fils guéri. Mais lui-m^me fut peu après frappé à Saint4)eni3 d'une apoplexie; il n'en mourut pas soudai* nemeoi ;.«! il reata- affligé d'une paralysie qui ne lui. permettait, pas mémft de. faire un pas *. » Il eut le temps de faire.saicter sonifiyb.et de le marier avec Isabelle, fille du comte de: Hftâaaut. C'était un grand héhtage qu'il laiasait
« H. Guizot corrige Karlopolif .
' Rigord. — Vie dé PhHippe AugMttê» ■ Ihid.
* Rigord.
HISTOIRE DB FRANCE. lit
au royaume de France, et lui-même en mourant peu après lui laissait un héritage de bons exemples et de saintes vertus. Mais sa longue royauté de 43 ans avait été peu éclatante, et il faudrait désormaisdes verias <f une autre sorte, pour réparer les pertes que la monarchie avait faites par sa pelilicpie. Selon quelques éoriv^ins le surnom ét'Jmmet lui ftit èonné à causo de la répudiation dîÉléomofe det Guiennc ; faute grave , mais que rhisiolre: ne saurait »*a^ muser à caractériser par une épigrarome. l\ est plus simple de supposer que, selon la coutume de ces temps, on' le nomma Louis lo Jbune pour le distinguer do son pète, dont ilpartag,ca quelque temps la royauté^. Et en effet rhistorien de saint Bernard, parlant de Louis le Gros^^ rappelle Louis le Vieux. par opposition:*..
D* autres historiens plus rapprochés de son règne lui ont donné d'autres nocn» quKl) eAt été jastft de reoueiUir. Rigord ■ rappelle loMw le Bon^ efï Gmllëtoorele Breton^ Tappolle louis le Pieux. C'est par ces qualités en effet'quê' se distingue la vie de ce monarque. Le génie lui manqua» non point le courage, ni le bon sens* Sa renommée mérite d'être gardée dans Tbistoire , comme celle d'un roi honnête homme, bienveillant et populaire, qui lutta par la probité contre les periidies' du roi d'Angleterre; qui«. lorsqu'il voulut essayer de quelque ruse, ne sut> faire que des maladresses, qui toutefoia ent le pressentiment del'avenir, et sembla mourir en paix , dès que Dieu lui eut assuré par un miracle là vie de Phâippe et la perpétuité de sa race.
* C'est ainsi que Henri ,.1U& de Henri I^antasenet, est désigné p^ Guillaume le Breton sous le nom de Henri le Jeune. -^Vie de Philippe Auguste.
* GeoflfVoy dèdfittrvaux. L!v. iv.
' Vie de PMlippe^àugtmte.