LOUIS VU
Tel était le siècle à la mort de Louis le Gros.
Le sage roi laissait en mourant outre son fils Louis, sacré roi, cinq fils et une fille: Henri, qui fut d'abord moine de Clairvaux, puis évêque de Beauvais, enfin archevêque de Reims; Robert, chef de la branche royale de Dreux; Pierre, sire de Courtenay, dont le nom s'est longtemps perpétué, et paraît subsister encore dans une lignée anglaise; Philippe, qui fut archidiacre de l'Église de Paris, et qui plus tard ayant été nommé évèque céda le siège à Pierre Lombard, le BiaUre des SenUences; Hugues, dont la vie est restée inconnue , et enfin Constance^ qui épousa en premières noces £ustache, comte de Boulogne , et puis Raymond V, comte de Toulouse. Quant è la veuve du roi» Adélaïde, elle se remaria à Matthieu de Montau^reney^ qui fut connétable de France *.
1137. — Louis Vn, dit le Jeune, avait dix-huit ans lorsr qu'il devint roi. Ce lui fut une heureuse fortune de trouver
* Le P. Daniol.
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à la mort de son père le sage ministre Suger, et Thistoire ]ui doit un premier témoignage pour avoir retenu auprès de lui un si bon conseiller de politique.
Louis se hflta de se rendre à Paris.
Arrivé à Orléans, il éprouva quelques diffîcultés avec la commune. Dans la première ferveur des institutions municipales, la susceptibilité de la liberté était grande , et cela seul explique comment les rois eurent Fair parfois de lutter contre les bourgeoisies qu'eux-mêmes avaient constituées en communauté. L'histoire de la liberté, dans tous les temps, est pleine de ces contrastes. Le roi Louis ne détruisit pas la commune d'Orléans. Hais il se fit obéir. Puis arrivé à Paris , il convoqua une assemblée de grands et d'évôques pour aviser aux grandes affaires du royaume.
La France était alors paisible, et elle voyait, sans trop s*y mêler, les troubles des États voisins.
Les Guelfes et les Gibelins commençaient à paraître en Italie. L'Angleterre avait ses révolutions. Henri était mort (1135), et, peu avant lui, Robert, ce frère atné, qu'il avait tenu captif pendant son règne. L'impératrice Malhilde, fille de Henri , devait arriver au trône avec son second mari, GéofTroi Plantaginel, duc d'Anjou. Mais cette succession fut alors troublée par la prétention de doux neveux de Henri, Thii*aut, comte de Champagne, et Etienne, comte de Boulogne, tous deux fils d'une de ses sœurs. Etienne fut le plus prompt k se jeter en Angleterre, pendant que Matbilde et Thibaut faisaient des intrigues en Normandie ; c'est ce qui le fit roi. La couronne semblait être au premier occupant, et devenu maître par sa rapidité, Élienne vint établir son fils Ëustacho dans le duché de Normandie. De là des di^chiremenls compliqués. Louis le Gros les avait vus naître, et les laissa se développer. Louis le Jeune ne s'y mêla point, si ce n'est qu'il donna sa sœur Constance au fils d'Étionm^ Mais les luttossu virent leur cours, sans entraîner la mon.irrhie <le Fiancn.
1141. — Louis le Jeune eut pourtant quelques difficultés dans son empiro. La première lui vint de réleclion de Pierre de la Chaire à l'arcliovccht' de Rourgcs. Elle s'était
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faite sans son consentement. 11 la voulut contester. Le pape InnocenL II la soutint de sa puissance. L'archevêque fut obligé de fuir sur les terres du comte de Champagne. Cela fit une guerre funeste. Le roi ravagea la Champagne. Treize cents personnes s'étaient réfugii^es dans Téglise de Vilry. Elles y périrent dans les flammes. Saint Bernard fut obligé d'élever sa puissante voix pour désarmer ces fureurs. Le roi , percé de douleur, se réconcilia avec le pape Céle&tin II, successeur dlnnocent; il reconnut l'archevêqie de Bourges, et il résolut d'expier les maux de la guerre par une Croisade.
Pendant ce même temps il avait fait une guerre moins désastreuse à Alphonse, comte de Toulouse, fils du vaillant comte Raymond de Saint-Gilles. Il voulait faire rentrer cette ville dans le domaine d'Aquitaine, ou de Guienne , dont elle avait été détachée à prix d'argent par le comte Guillaume, aïeule de la reine. Le roi montra seulement ses armes, et il fut reconnu, en droit, que Toulouse était un fief mouvant de la couronne.
Peu auparavant, une autre guerre féodale avait arrêté quelques moments Louis le Jeune. Gaucher, seigneur de Montgeai, s'était mis en révolte. Louis alla raser son château.
1144 — 1147. — Après cela, la pensée dû roi se tourna librement vers Jérusalem. Jérusalem et les Croisades n'avaient pas cessé d'occuper le monde. Les récits qui venaient d'Orient continuaient d'exciter l'émotion. On suivait avec anxiété l'histoire de cet empire des Francs, fondé aux Lieux-Saints. Sa gloire et ses vicissitudes captivaient les ftmes. Et déjà il avait eu des révolutions sur lesquelles se portaient vivement la curiosité et l'intérêt.
Cinq rois s'étaient succédé : Godefroy de Bouillon, premier chef de la Croisadp ; Baudoin , son frère ; Baudoin du Bourg, comte d'Édesse , leur cousin ; Foulques, comte d'Anjou , lequel était allé épouser Mélisante , fille de ce dernier , et Baudoin III , issu de ce mariage , devenu roi à l'ftge de treize ans.
Pendant ce temps , les principautés établies dès le début.