LOUIS IX
Depuis le départ de Louis IX pour la Croisade, la reioe. Blanche n^avait cessé d'exercer son génie à la défense du royaume de France, réprimant les restes de factions» surveillant la politique du dehors, protégeant le peuple par la justice, et en mènse temps suivant avec une doulou-
336 HlfiTOIRS DE FBÂNGE.
reuse soUicilnde la fortune de son fils , et ne négligeant aucun moyen de lui assurer des secours.
Le roi d* Angleterre renouvelait ses menaces , et souvent il chercha des prétextes d'attaquer la France. La régente , tout en se tenant prête à la guerre, fut soigneuse de la prévenir; le pape lui était un auxiliaire par ses foudres contre eeux qui troublaient les domaines des Croisés, et la reine, habile à se ménager cette protection, empêcha le roi d'Angleterre de paraître en France, même pour réprimer des révoltes dans la Gascogne.
Raymond, comte de Toulouse , mourut vers ce temps. Ses Etats revenaient à Jeanne, sa fille, qui avait épousé le comte de Poitiers, frère du roi. Blanche assura ce retour par une prévoyance pacifique et ferme, et la monarchie vit disparaître encore cette grande vassalité. D resta toutefois quelques résistances. Les villes d'Avignon et d'Arles s'étaient constituées dans une sorte de liberté républi* caine. Marseille avait aussi sa prétention d'indépendance. On ne les atlaqua point d'abord par la force. On attendit le retour des comtes de la Croisade , et alors on compléta, soit par les armes , soit par des traités , ce qu'avait commencé la sagesse de la reine.
Blanche avait l'œil sur tous les périls ; mais il y en eut qui furent au-dessus de son génie. L'enthousiasme des Croisades devenait quelquefois une sorte de fanatisme, et il arriva qu'au moment où les nouvelles sinistres de TEgypte parvinrent en Europe , la reine ayant aussitôt appelé les fidèles , pour ne point laisser Louis sans secours entre les mains des Sarrasins, quelques chefs de malfaiteurs se présen èrent au peuple comme des inspirés, et ils prêchèrent aussi la Croisade, appelant à eux principalement les pâtres et les gens grossiers des campagnes, et li>ur annonçant avec des paroles mystiques qui* le Seigneur les avait choisis pour délivrer le roi de France, (aptif dans le pays des infidèles. Il se forma dans la Flandre et dans la Picardie des liandcs innombrables de Croisés de cette sorte, qup l'histoire a dés gnés sous le nom de pastoureaux. Leurs chefs les faisaient m >uvoir à leur gré. Ib
HISTOIKB DE FRANCS. 337
avaient inscrit sur des bannières le récit de leurs visions; et, en déployant celte image, ils attiraient le peuple, dit le chroniqueur, de même que Taimanl attire le fer*. Bientôt on vit se répandre cette effrayante armée, qui des campagnes pénétra dans les cités, se livrant à des ravages impunis. Nulle puissance n'eût osé s'opposer à ce torrent; le clergé seul voulut éclairer le peuple, qui s'enteloppoU dans le crime *. Les pâtres se vengèrent par des meurtres. Ils vinrent ainsi à Paris, où la reine ne se crut pas de force à les réprimer, elle qui dans ce moment même appelait aux armes pour porter secours à son fils. Et cette espèce de tolérance leur devint une excitation à des désordres nouveaux. Ils se vantaient d'être des hommes irréprochables, puisque à Paris , dans la ville de toute science , on ne les avait point contredits '; et telle était la confusion du fanatisme , qu*au milieu de leurs folies et de leurs pillages on courait à leurs parodies des choses saintes. Leur chef paraissait dans les chaires avec la mitre et la croix des évêques. Il faisait ou rompait des mariages, il distribuait des croix , il accordait l'absolution des péchés. EnGn ces audacieux batidits commencèrent à éprouver de la résistance i Orléans ; les clercs de l'Université les attaquèrent par la doctrine et par les armes. Il y eut une bataille; beaucoop de personnes périrent de part et d'autre. Les pastoureaux s'en allèrent porter leurs brigandages vers Bourges. Là, ils furent de nouveau attaqués par les citoyens, et leur chef, qu'ils appelaient Lemattre de Hongrie, périt dans la mêlée. « Après cet échec, les autres se dispersèrent en différents lieux , et furent tués ou pendus pour leurs crimes ; le reste se dissipa comme une fumée \ »
Le passage dos pastoureaux parmi le peuple de Paris y avait laissé des germes de trouble. La reine , qui craignit des séditions , fit renouveler aux bourgeois leur serment
• Goinanmede Maogli.
• Ihid.
■Ittd.
• Ibid, Chrtm. 12&1.
TOM. a. fH
3n HISTOiBE DE FIANCE.
de fiiléltlé. En même temps, elle imposa à TUniversité qq statut par \e<\iue\ il élail dii que tout écolier qui serait pris dans la nuit ëerait jugé par le juge ordinaire , nonobstaDt les 4)riviiégie6 du corps. El peu auparavanX elle avait fait déclaror jpw le pa^e que les écoliers qui seraient trouvés porteurs d^arines seraient exclus des .privilèges. Les écoliers «Ions, c'éiai&nt des jbommes, ei TUniversité forxuail dans HaTf« u&d république constituée sons la tulelle de rÉgltae. C'est ce qui explique celle prévoyance de police^ avac rifiter\^ntioii nécessaire du pi^pe. Oa arrivait à des temps oh le bienfait de la science serait tourné contre la monarobie «t'oonlre rJÉglise., de qui il était descendu «ur le f>euple.
fiQascbe, d'ailleors, fit peu dérèglements nouveaux d*adminislration , elle se contenta de veiller à JLa pratique des loia. Son instinct de monarchie se déploya par un mélange de force et de sagesse qui contint tous les essais d'arbitraire. Pendant .ce temps les luttes d'Italie et d'Al* l^nagne s'étaient perpétuées^ avec des alternatives d'événements fanesles et de morts violentes.
Frédéric, poursuivi par le génie d'Innocent, et toujoam acharné contre l'Eglise , avait d'abord été attaqué d'une maladie -qoe l'horrible idée du poison vint aggraver. Et» peur comble , ses soupçons allaient s'arrêter sur Pierre Desvl^fis, son chancelier, un homme qui jusque-là avait été fidèle 4 et dont le génie était nécessaire à sa fortune. Le maiheureux monarque fit pendre son médecin ; on bdUa les jeux à Desvignes; puis^ après l'avoir promené tout mutilé dans plusieurs villes, on le jeta dans un cachol» où il se donna la mort. C'étaient de sinistres présages* Hents, l'un des fils de Frédéric^ celui à qui il avait donné là Sardaigne , mourut cyprès avoir été fait prisonnier par les B lonais ; un autre fut tué dans le royaume de Naples; en même temps Mainfroy, son fils naturel, le trahissait. Frédéric implora la pitié du pape; le p'ipr rejeta ses prières. Mors dans son désespoir Frédéric devint furieux. Retiré dans la Fouille, il se mit à frapper les peuples d^impdts, et à multiplier les violences et les supplices. Exé-
HISTOIVE DE FRANGE. 3tl
ormt tout le inonde, il fnt exécré de tous. Enfin 1 tomba de nouveau malade, et son fils Mainfroy rétoufTa«oiis un oiwiUer. iViste'fÎQ de ce prince, à qui semblau ipponaîse une autre foriunc. Il avail des qualités brillanites. Son esprit arait été cultivé par Télude. Il avait contriboé puis* samment à la dilTusion des hautes sciences; il av^it fondé tde brillantes universités. Tout semblait lui assurer de la gloire ; mais , av<>c les dons de rinlelHgence , il eut des penchants mauvais, un caractère dominateur, une ambi* lion dévorante. La renommée de ses perôdies allait de TAllemagne aux Lieox-Saints. Au moment de "la captivité tle Louis IX , il avait envoyé demander sa délivrance aux Sarrasins. Mais les chevaliers, dit Join ville , se félicitaient de ce que ses letlresn*éloient venuesqu'aprës les traités déjà eoBrrenus, comme si elles avaient dû contenir autre chose qu^unc intervention pour la liberté du roi. Tel fut oe priece, tft tel il fut jugé de son temps. Ses guerres avec l'Église lin turent fatales. La puissance de ses crimes alla se briser 4^ntre ce pouvoir, qui n*avait pour se défendre que la parole et des anathèmes ^.
Blanche avait vu ces tristes dénoûments sans y prendre part. Toutefois , lorsque à la mort de Frédéric le pape coih itinua de poursuivre son fils Conrad et d'appeler a la Croisade contre lui , comme il avait fait contre son père , Blanche ne permit pas aux chevaliers d^ aller a cette guf'ire^ et elle saisit les biens de ceux qui déjà s^étaient enrôlés, non point quelle voulût ainsi prendre parti dans la lutte de TËglise et de Tempire, mais parce qu'elle souffrait a^ec peine que la chevalerie allât s*épuiser à ces batailles,
« M. le ooiDle de Ségur a porté tout ion Intérêt «or ce prince , pour lui sacrifier les papes. C'était un reste des penchants du xviii' siècle.
Bertias, savant homme, mais Hcharné contre TËgli^e, avait fait do même; voici son portrait de Frédéric : « Egregius, dtrm vixit, impoxitor, et antaii eioelai , doctorum et supieoilc aanBUteimua, osqae ade6Bl Àrkt^telein, Plolemaeam, Galeoun , Avicenuoi, aUosqae €r»- €08 et Arabicos scriptores curaverit in Latinam iinguani transferri nulla Impensarum habita ratioae. » Comment, rer. (7erm.~]l Ip fait mourir tmpolsoimé par Maiofroy.
lorsqu^elle-mème appelait le secours de ses armes pour le roi captif.
Ce fut donc au milieu de ces travaux que la mort vint frapper la sage mère de Louis. Lorsqu'elle sentit sa dernière heure arriver, elle se fit déposer sur un lit de paille, revêtue d'un vêlement de sergp, et elle mourut ainsi dans rhumilité. Son corps fut enseveli dans une abbaye de Tordre de Cîleaux qu'elle avait fondée à Pontoise. La France perdait une grande reine; c'est à Blanche qu'elle devait la préparation de ce règne pacificateur de Louis IX, et aussi de sa sainte vie. L'histoire ne saurait trop bénir la sagesse de cette femme. On lui a reproché des faiblesses, et surtout le besoin de doroinaiion jalouse sur le roi, qu'elle avait formé de ses mains. Mais, sans justifier ces caprices d'amour maternel , disposé à la tyrannie comme tous les autres amours, il est permis de montrer l'espèce de droit qu'elle avait acquis sur l'âme et la pensée do son fils par le tendre génie qui avait présidé à son éducation. La gloire de Louis fui toute la sollicitude de Blanche. Ces deux vies semblaient confondues; une même intelligence les animait, et aussi une même foi et un même patriotisme. Blanche mérite d*avoir son nom inscrit entre les grands noms que la postérité couronne de gloire. Nul autre n'eut jamais de titres plus saints à l'amour et aux respects de la pairie.
1253. — Ce fut une triste nouvelle à porter au roi que celle de la mort de sa mère. Louis aimait sa mère d'an amour qui ressemblait à un culte. La piété seule put lui donner une force égale à cette douleur. Le légat avait reçu les messages de France , et il éiait chargé d'annoncer au roi son malheur. Il enlra dans sa chapelle, accompagné de l'archevêque de Tyr et de Geoffroy de Beaulieu, confesseur de Louis. La solennité de L>ur tristesse était un signe funeste. Louis devina que Dieu le frappait de quelque grand coup. Ils eurent peu à dire pour le lui apprendre. Alors il poussa un grand cri, et bienldt ses larmes coulèrent en abondance. Puis, sa pensée se to.irnanl vers Dieu, il tomba au pied de l'autel, en s'écriant : « Mon Dieu , soyex béni
HISTOIRE DB FRilNGB. 341
pour m^avoÎT longtemps conservé une mère si digne d'être
aîraén. Vous me Tenlevez, soyez béni encore ^ » Cétait
tout ce qu^il pouvait avoir de courage. Ensuite il s'enferma
avec son confesseur pour gémir librement et saintement,
récitant avec lui les prières des morts, et se fortifiant ainsi
par la piété contre la douleur qui Toppressait. ^endant
deux jours, nul ne put lui parler. Après ces deux jours,
sentant le besoin d'épancher son deuil, il envoya quérir
Joinville. « Et quant je fu devant lui , dit le naïf historien,
il s'escria en me rstamlant les braz, disant : « Ha! séné-
» chai, j'ai perdu ma mère. » Et je lui dis : « Sire , je ne
» m'en esbahis point; car vous savez qu'elle avoit une
» fois à mourir. Mais je m'esmervcille du grant et oultra-
» geux deul que vous en menez, vous qui estes tant sage
» prince »enu. Et vous savez bien , fis je, que le sage dit
» que le mosaise que le vaillant Homme a en son cueur ne
» lui doit rtpparoir au visage, ne le donner à congnoistre.
9» Car celui qui le fait, il donne grant joie au cueur de ses
9 ennemys, et en donn^ courroux et malaise à ses amys. »
» Et lors je Tappaisay img peu •. »
Telle était la douleur et telle la consolation du bon saint Toi Louis. Rien ne saurait être plus touchant.
Le roi fit faire de beaux services pour l'âme de la feue bonne dame sa mère, et il envoya des dons magnifiques aux églises de France, demandant qu'on priàtDieu partout pour elle et pour lui. Chacun partageait son deuil; et la reine Marguerite, qui eul à se plaindre de la domination jalouse de Blanche, n'en donna pas moins des iarmcs à sa mon. « Quand je la vy plourer si amèrement, dit Joinville, je ne me peus tenir do lui diro qu'il estoit bim vray qu'on ne doit mie croire femme à plourer, car \o deiiil (Qu'elle menoit estoit pour la Cemmo qu'elle haioit plus en ce monde. El lors elle me dit que ce n'estoit pas pour elle qu'elle pleuroit ainsi , mais que c'estoit pour la grant mesaise en quoi le roy estoit, et aussi pour leur fille, qui
* Ganfr. de Beilo.
* ioiaville. Uv. ii.
Ht% HISTÛIAB. DE FRAflCB.
e»toil demeurée en la g^rde des hommes. » Et cette naïveté épigrammaAi((ua du vieux conieur doit encore être gardée dans riûstoire, nûQ-«ealement comme un signe de la puissante aflîsction qui enchaînait les cœurs à Louis ^ mais eocore comme un hommage au génie de sa mère.
Après, celte morU Louis IX n^avait plus qu'à songer au retour en son royaume do France. U s'y prépara « mais lentement, et conlinuant d^assnrer dans la Palestine la possession et la défense des villes qui restaient aux chrétiens, et qu il avait relovées de leurs ruines. Enfin il quitta Sidon, qu'il s'était plu à reffoùra de neuf^, et s'achemina vers Sur, Ùi déjà loinville et ses chevaliers avaient conduit la reine et ses enfants; et de là tous arrivèrent à Acre, autre cité qju'il avait ceinte de fortes murailles et de grosses tours, pour assurer désormais cette entrée des Lieux-Saints.
1254« — On s'embarqua après Pâques, la veille de Saint- Marc. « EL ma disL le roy qu'il avoit esté né le propre jour saint Haie. Et ^e lui dis qu'il povoil bien dire que encore il y avoit esté né , et que assez estoit rené qui eschappoit de cette périlleuse terre où nous avions esté tant longuement *. »
Dans le traj,et, Louis IX donna sur son vaisseau d*admixaUes et touchants exemples de piété. On disait la messe tous les jours au milieu de ces pompes de la mer si majestueuses el si divines*. Le roi exhortait les mariniers à la Kertu. On Fécoutait comme un envoyé de Dieu : tout le voyage fut rempli de saintes pratiques^ et ainsi on voguait avec sécurité , conmie sous la garde de Dieu même. En ap|>rochant de l'tle de Chypre, le vaisseau pourtant alla se beurter contre un rocher ; en ce péril,, on vit ce que c*^est que l'amour d'un roi chrétien pour ses sujets. On croyait le vaisseau rompu « et tout le monde pressait le roi d*en sortir avec la reine ei ses enfants, a Que ferez-vous des cinq ou six cents personnes qui sont céans? dit le roi. Si nous descendons en Chippre , jamais n'auront espoir de retour-
• JoInvUle.
• Ihid.
HISTOIRE DE FBAKCB. 343
ner en leur païs. Pourtant vous ây que j.*aimc mioulx
meclre moy, la reine et mes enfants en dangier» et ea
la main de Dieu, que de faire tel dommage à si graiU
peuple *. » Toutefois le vaisseau ne fut point brisé. La
reine fît des vœux avec Joinville, et tout cet épisode est
plein, de charme. Mais les mariniers s'écriaient qu'ils ne
devaient d'être sauvés qu'à la présence et aux prières du
saint roi. On ne s'arrêta point m Chypre. On continua de
voguer vers la France, et l'on débarqua aux îles d'Hyères.
De là le roi fît un pèlerinage à la Sainte-Baume, pour
V honneur de la benoiste Madelaine, passa le Rhône à Bcau-
caire , traversa le Languedoc , et enfin arriva à Vincennes
le 5 septembre.
Les peuples l'arcueillaicnt avec des trnnsports de j.oio ; mais son deuil était profond, soit à cause de la mort de sa mère , soit à cause du mauvais succès de sa Croisade, qu^il attribuait à son indignité, et il s'en allait tristement reprendre son saint office de royauté, laissant pressentir des desseins vagues et cachés , répondant toutefois à l'amour des peuples par son amour, et satisfaisant leur joie par le spectacle de ses vertus et par Texercice de son génie de charité, de bonté et de justice.
Peu d'événements nouveaux s'étaient produits dans Tintérieur du royaume depuis la mort de la reine Blanche. Mais en Flandre un germe de guerre avait éclaté, par une singulière circonstance de la succession de ce comté. Après la mort de la comtesse Jeanne, qui ne laissait pas d^enfants, Marguerite, sa sœur, lui avait succédé. Celle-ci avait épousé dans son jeune âge son tuteur, Bouchard d'Avesnés, engagé dans les ordres, et eUe en avait eu trois enlasits. La comtesse Jeanne avait fait ensuite rompre ce mariage, qjui s'était fait contre les lois de TÉgiise ; et Mar-
' Joinville conflrme TopiniOD du roi par le récit de ce qui arrita à mcs«iie Olivier de Termes , Fequol , n'ayant pa^ oaé rfsfer Mir le vais* aeatt, fut phie d'un an et deini, tout riche homme ^'11 était,, saa» pou» voir sortir de lile de Ctiypre. « Or entendez donc que eussent pu laire tant de petits personnages, » etc.
344 niSTOIRB DE FRANCE.
guérite, plus lord, avait pris un ï^ocoml ninri. Oni!1nume de Dampierre, sire (U* Bourbon, d*^ qui r U» avait i u aussi plusieurs enfants. A a mort de la cou) fssi» Jianne, rolte double prétention d'h«'riliprs% venus de »lenx mnri«Mg<»s, fit des difficultés que le roi Louis IX avait levées i ar >a médiation, avant son dépari i our les Lien -Sainis. Mais, pendant'son absence, de< coniplic:ili«m> élfiienl survenues par Talliance dos d'Av«snes avec Gn l'anmo, comte de Hollande, que le pape avail fail roi des Homnins, et par Tap* pel que les Dampierre avaient fait aux seifç eirrs de France. D y eut des batailli's; 1 '»^ d'Avesnes fiirenl vainqueurs. Au retour du comte d'Anjou de la Croisade, la corn. esse Marguerite Tinléressaa la cause des Dariipiern*, en lui conférant le comté de Hainaut. Le comte d'Aîijou alla relever les Dampierre par des vicloir» s. Alors \\ y eut des négociations, et Ton fit une trêve. Peu après arrivait le roi Louis LK. L*inlerveniion de son autorité L»ienveiliante allait mettre Tliarnionie dans, tout ce désordre.
La guerre persistait en Italie , et Tanarchie était au comble. Conrad, fils d« Frédéric, nvnit eu d*abord des succès, et môme il s'était emparé de Naples. Le pa|»e Innocent IV olTrit alors la couronne do Sicile au duc d'Anjou, qui ne Tajcepta pas à ce moment ; et en même temps Conrad périssait d'une mort soudaine. On accusa Maiofroy, ce bâtard de Frédéric, de l'avoir empoisonné •. Les pensées de crimes se mêlaient à ces guerres atroces. Conrad laissait un fils â;;é de deux ans , nommé Conradin. Mainfroy s'empara de sa tutelle. Il a\ait fait périr son père et son aïeul; on put croire qu'un dernier crime ne lui manquerait pas, s'il lui devenait utile; mais il se contenta de l'hypocriMe. Il feignit de se réconcilier avec le pape; puis il lui fit la guerre, et détruisit son armée dans un combat près de Nocera. Le pape mourut, dil-on, de douleur, et après lui monta au trône {xmtifical Alexandre IV. L*anarchie continua de ravager Tltalie.
Telle était donc la situation des États les plus voisins de
* Bertii Comment,
RISTOIBB DR FRANCS. 345
la France au retour de LAuis. Le roi ne se mêla point à ces luttes, à moins que ce ne fût pour les tempérer ; tout son génin s*appli()ua à réparer les maux qui pouvaient rester dans le royaume , à rc!ormcr les lois, à extirper les tyrannies , à faire aimer la paix et la justice.
C*esl ir\ toute une histoire nouvelle qui se montre. Nous conimcnvons à connaître le roi chevalier; le roi politique va tout à rheure n.ius apparaître; mais ce sera toujours le roi pieux, le roi formé aux leçons chrétiennes, et n'ayant pour insinration de son ?énie que la loi évangélique de Tamour de Dieu et des hommes.
Peu d'événements extérieurs vont se mêler à ces souvenirs. Il les faudra noter toutefois; car eux-mêmes seront pour Louis IX une occasion de plus d'appliquer sa politique et d'exercer son génie de réforme.
1^5«5. — Peu après son retour à Paris , Louis IX était allé visiter le nord de la France , encore tout agité parles guerres de la Flandre et des Pays-Bas. Il vint se reposer à Soissons. Là, il tint une sorte de cour ou de parlement. oh se trouva Joinville, à qui il fU si grant joie que tous s'en esmerveilloient. Celait un beau, présage pour une mission que Joinville avait à remplir. Thibaut, Faventureux comte de Champagne et roi de Navarre , était mort. Sa veuve, Marguerite de Bourbon, voulut marier son jeune fils Thibaut avec Lsabelle, fille du roi. Elle songeait ainsi à raffermir contre les prétentions et les attaques du roi d'Aragon. Joinville fut chargé de demander ce mariage , et le roi raccorda au bon compagnon de sa Croisade. Mais il en fit une occasion d'accommoder des différends qui s'élevaient entre le jeune roi de Navarre, fils de Thibaut, et le comte Jean de Bretagne , qui avait épousé une fille de ce même prince. Louis IX ne supportait pas la pensée d'un tort qui eût été fait sous son autorité. Le comte de Bretagne avait des prétentions sur la succession de Champagne ; il les fallut régler. Après quoi le maridge se fit avec une grande pompe.
En ce même temps, Henri, roi d'Angleterre, désira visiter la France, et le roi Louis l'accueillit avec courtoisie.
3i6 HISTOIEB DH BBâOCS.
Ce fut des deux côlés un éahange de ffttes, et Lcmbîs « m simple dans sa vie privée , étala>aveG.une sorte de joie les magnificences de sa royauté. Pbr mttlheur,.le roi d'Angle^ terre venait par des flatteries disposer Louis IX à des concessions funestes. Il voulait fiaive casser rararèt de la cour des pairs qui , sous Philippe^Aflgustti , avait conOsqué la Normandie ,. et, h- force de souplesse ei de défërence, il parvint,, sinon à jeter du trouble^ dans la eonscvence dO Louis, du moins à lui laisser espérer que la> restitution de cette province assurerait la paix à venir entre les donx peuples. « N*avons-nous pas épousé les desx sœurs, disait en effet le roi , trop facile à croire anr témoignages de Henri ! Oh ! si une telle parenté exiatait. entre de paorre» gens, comme ils s'aimeraient ^l » Et ainsi Louis était tenté par la chimère de faire une* aenle fiaoniliB des deoB familles qui régnaient sur TAngleterre et sus 1» France. Cette pensée se fit ïpiur; mais tout aussitôt 1ers baron» lais^ sèrent éclater leuns murmures avec une Bberté pateiotîquei £t ce fut alors que Louis dit à Henri ces paroles, qui- sent» Lient donner toute reiplication de ce plan de restitutiOD^ si souvent reproché à Louis IX : r O'plût à Dieu qne Insp douze pairs de France et la baronnio' me donnassent leur assentiment! Certes noua serions amis *i » L'amitié dt» Henri séduisait donc cette âme tendre. Ce n^'étaitipatrlàdd la pohtiqoie, mais c'était un penchant de vertn et de pro^ bité 1 Henri ne profita que trop bieiK de cette' dispositioc bienveillante. Il la sut nourrir par des hypocnsies, et il atiendifa qAie le roi de France eût acquis assez d'au tonte pour se passer de rassenlimefit de: se» pairs et d» ses barons^
U fallait que cette- fatale faiblesses pacihidattï là vîe'de Louis» IX comme un signe- nëeessaire de la débilité' bunuine. £a ce même moment il comiBeniçait àse livrer à ce travail de réforme générale*,, qui alhit lenouveter le royaume entier, et qu'à mon: tràs^and legret je ne poui^
** Matth. Puis.
HISTOIBE DE FRANCS. 347
rai saisir dana ses détails à cause de la rapidité de mes récits.
1^56 --r- 1257. — Le premier soin de Louis, rendu à son saint ofQce de royauté, fut d'assurer la distribution exacte de la justice.
Nous ayons vu que par là aussi les grands rois de la monarchie avaient constitué leur puissance.
Dans les derniers temps , Philippe-Auguste avait tenté d'opposer à la justice arbitraire , violente , avenue dés temps fëodaux dégénérés, une justice régulière, qui devait être rendue par des juges du roi. Cétait ]à une grande entreprise ; elle devait achever de faire de la royauté l'instrument de la liberté nationale.
L'établissement des baillis fut une œuvre sage et de hante prévoyance. Peut-être elle s'était altérée sous le règne passager de Louis YIII , et dans les premiers troubles du règne nouveau. Louis IX résolut de la raviver, et déjà la reine Blanche avait compris ce que ces magistrats offraient de secours à l'action tutélaife du monarque , et plus d^une fois elle avait animé leur zèle par des récompenses et par des caresses. Louis fit mieux que d'exciter le dévouement des bailh's , il le dirigea dans une pensée d'^unité , de liberté et d'équité, contre les justices partielles qui subsistaient encore, et perpéluaient Toppression féodale sous un autre nom *. Alors les baillis inventèrent les cas royauz, sortes de cas qu'ils allaient surprendre dans les plaids des justices seigneuriales, et qu'ils transféraient de leur pleine antorité à la juridiction du monarque. Il y eut plus d'une fois de l'arbitraire dans cette espèce de droit commun rétabli par la force. Ce fut le seul despotisme sous Louis IX. Par là on arrivait à la liberté. •
Toutefoiis Louis IX n'abandonna pas les baillis à leur propre zèle, et dans le début de ses réformes il s'appiiqna à régler leurs fonctions et leurs attributions. En 1^^, il fSt
* Voir une ordonnance de 1330 , commençant ainsi : ludotiem ami' cUet Hdelibtu tmgbaHUviM omnibui, Oràotm, du Louvre, tom Vni, p. 433.
348 HISTOIBB DB FBAIVCB.
une ordonnance qui coinnjençail par ces admirables pa^ rôles.
« Du BEVOIB DE BOIAL PUISSAUCE.
9 Voulons moult de cuer (cœur) la paix et le repos do nos sougés, en qui repos nous reposons, et si avons moult grant indi^^naiion encontre ceux qui injures leur font, et qui ont envie de leur |)nis el tranquillité *. »
Cello ordonnance prescrivoit aux baillis un serment de faire justice égale aux grands comme aux petits, et de garder les droits du roi el ceux des particuliers; puis ses précautions pour assurer Tinléprilé du juge élaienl d^une minutie aduiirable ; el enfin elle posait en principe la responsabilité des agents du pouvoir, doctrine antique dans la monarchie, et que les temps modernes ont rendue chimérit.ue tout en proclamant la responsabilité des ministres •.
Enire autres détails de l'ordonnance de 1254, Thistoire a déjà .signalé la défense faite bux bail iis de recevoir des pré>ents des ï)arlies»*. El ce fut peui-êire aux malices de Joinvillo que le bon roi dut ri<lée<lc celle réforme. L'histoire se lais^-e a 1er aisément au | laisir de redire les anecdotes du chroniqueur. A son relour de Palestine, le roi, étant à Hyèies , recul d'un abbé ne ('luny deux palefrois, l'un pour lui, Taulre pour la reine. « El disoil-on lors qu'ilz valloient bien chacun cinq cens hvns. El quanl le roy eut prins ces deux be.mx chevaulx, fabbé lui requist qu'il j^eusl pnrler avecques lui le landemain touchanl ses affaires. Eije roi le lui oc!roi;i. El qtnmi vint au lendemain, Tabbé parla au roy qui fesconui longuement et à grant j'iaisir. Et quant c« lui abbé s'en fusl parti, je d< manday au roy savoir si je lui diinandnie quebjue chose à n c ognoistre, s'il le feiuii ; et ii me disl que ouy voulenliers. Âdonc
* Ordonn, du l.ourre^ tum. I, p. 65.
* Vtiir VFssn ui Ita, ehudi >• nie>is de saint L'huis, par M. Beugnot» tuvr-i'p r».|Mon'"i ^,ir l'. cùi'iuie idt» iiitcnpltoua»
' Le P. Daniel.
HISTOIBB DS FnilNCE. 349
je lui demanday : « Sire, n*est-il pas vray que tous avez
» escoulé Tabbé de Cluny ainsi longuement, pour le don
9 de ses deux cbevaulx? » El le roy me respondit que
certes ooy. Et je lui dis que je lui avois fait telle demande,
affin qu^il deiïendist aux gens de son conseil juré que quant
ilz arriveroient en France, qu*ilz ne pansissent riens de
ceulz qui auroient à besongner par devant lui. a Car soiez
» certain, fys-je, que s'ilz prennent, ilz en escouteront
» plus diligemment et plus longuement, ainsi que vous
» avez fait de Tabbé de Cluny. » Lors le roy appella tout
son conseil, et leur compta en riant la demande que je lui
avois faite ^ et la raison de ma demande. Toutefois, lui
disdront les gens de son conseil que je lui avois donné
très bon conseil ^ »
Une épigramme donc fut Forigine de cette interdiction des présents. Mais ce n'était point assez de faire des règlements de justice, il fallait aussi faire un choix de juges. Louis s^appliqua à faire une recherche de ceux qui méritaient peu un si saint ofGcô.
Déjà les charges de judicature étaient vénales , et ce vice, fatal en des âges corrompus, était alors une sorte de nécessité, dérivant de Tétat social. Il n'y avait point autour du monarque , en dehors des existences de la féodalité %antique, des hommes éclairés en assez grand nombre pour constituer un véritable corps judiciaire. Et alors ce fut, plus qu*on ne pense, un gage d'indépendance, que de faire payer les ofHces de judicature. La corruption de la justice tient à des causes de nature diverse. Le juge qui n'a point acheté sa charge peut manquer de force comme celui qui Ta payée, et quelquefois il peut avoir moins d'intégrité; de sorte que l'histoire finira par apprendre par l'expérience des temps nouveaux à être plus réservée à regard des temps anciens. D'ailleurs la vénalité n'est pas la transmission des charges ; c'est une distinction que fit Louis IX. L'ordonnance de 1254 défendait à ceux qui avaient acheté des bailliages de les revendre. £!« deux ans
< loInTlUe. LIv. n.
350 HISTOIRE DB fhaiice.
i^rè*^, une nouvelle ordonnance viat cmufiraier oefi pnasûriplion-" avec des détails d'une prév.oy;aiice plus sévère encore. Car le roiiil défense de rev<ondre les prévôtés sans sa ])ei mission, ce qui était retenir le dr^it d'instiluer ies juges; el de plus il interdit aux baillis et aux sénéchaux de vcn*lre leurs ofûccs à leurs parents, frères, œveax, enfants, ou même aux amis de leurs pareol«, oe q«i était singulièrenii-nt réduire le droit de .propriolé, aissi 4}ue V. Beugnol ïn remarqué <de nos jours.
Louis IX consi dérail coiXkuac le devoir royal par evoellence de taire que la justice £CLt toujours assurée. €e fli'«st point le lieu de cherchor les formes judiciaires, ni la kâérarcliio des tribunaux *. Notons seuleuieBt jMr ^ikelqoes faits celte ardente poursiiilo du bon droit, qui est le grand caractère du lègne de Louis IX. C'ét'iit là comme une partie de sa piéié. Et aussi c'était ^llor droit à son cœur que do lui parler de.la justice. A Uyëres , on lui avait amené un cordelicr ronoiiimé, qui alla^ix prêchani panni le peuple ; le bon missionnaire ne sut que lui répéter cfue s^il xoiilnit longuement tix)Te en paix et au gré de son peuple^ qxCilluHl droicturier, £t disait, ajoute Join ville, «que jumais il n'avoit Irouvé, fusl entre les princes et hommes ehresliens, ou entre les mcscréans que nnllo terre «e seigneurie eut Ole transférée ne muée par f.irce d'un seigEiear«& autre, fors que par faalte do fijirc josûce et droicture '. » Ces sages ensiignements captivaient le roi, qtii voulut emnii-'ner avec lui le cordelier; mais celui-ci s'en retourna à ses prédicaiions populaires. Louis, lo4ilefois, n'oublia pas ses conseils, el il semble, aux récits de loinville, qu'il fes eut présents lorsqu'il se mit à celte grande œuvre doiréfarmation judiciaire *.
Jamais prince n'apporta dans radminisiralion delà justice celte lerveur el ce scrupule. Lui-même se faisait i^ge,
* Vdlr le travail de M. Rives sur les parlementa : Jnlmd. aux lettrei de (fAuufsseau j l'Essai de M. Beugnot , déjà cité; Àdminish aiion d§ iajtiirrice, <u>.
" JtMiivih». Liv. II.
■ Juiiiville. Liv. i*
«ISOIOIBB DE fraucl. SfSi
•et leimi<desiplaîdft réguliers ^ L'histoire, la ffvésie, tons
les «ris, ontoélébré ses touchantes assises de VincenneB;
« MakirWo^s >a|r yeu que le bon «aint, aivrès qu'il «voit
oay anesse >eii esté, lil se alloit esbattre au hois de t^i-*
eemiM, eit se seoit au pie cTun chesne, et nousTaisoii^aecdr
tous emprès lui*. »£l là se prononçaient les^entenoes les
:plus «droites ^t les plus.pures qui jamais, sans doute, aient
tfiAé dites par une bouche de juge : « Aussi plu«»eur«i foiz
Wf ^ea qve ondit temps d* esté -le bon roy venoit au jardin
ide Par» 4*iiffie cotte de camelot vestaë, ung surcot de >ti-
vetaine sans manches, et un maniel par dessus de sandal
-noir : et faisoit là estendre destappiz pour nous seoir -em •
fprès^elui, et là laisoit despescher son peofvle diligem-
-ment, <comme ro«s ay devant dit du beis de VieeDoes*. »
Adinîrfrble simplicité de cette j'^tice, impraticabicdansks
«lœurs modernea, mais qui n'a pas moins conservé le
droit d*émouvoir les âmes et d'exciter 'des trasspoTls
Alors le caractère de la royauté se prêtait ^ cette dî«irîtmtion personnelle de la justice, et atissi ^e caraei^e privé du monarque disposait ses sujets à recevoir ses j«' gements cotfiine des arrêts d'ime «agesse infaîHrble *.
^Ubs des applications de Louis fut de faire régner la jo^tice surtout cBtre les seigneurs, et de les accoutumer de la sorte à renoncer au droit barbare de la force, qui »rait été longtemps le seul moyen de clore entre eux leurs fuerelles. Le droit de guerrcHer dérivait pour eux de Fam* oiemno constitution féodale , et ce droit était le fléaii des peuples*. Il y avait donc dans ce travail de réforme de Looisuoéidooble améMeraliion, Tordre et la liberlé. Il aniva
^ Ihicart^e a une dissertation sur les formes ëe la jaStlce rendue par les Tois en personne : Des vlaids de ïa porte, Ëdit. de H. Petitot, tom.'IlL
' Joinvllle. Ut. i*.