PHILIPPE III, DIT LE HARDL
Volontiers rhisloire s^arrêterait encore à ce nom de saint Louis, que nous venons de voir échapper à la terre.
390 mSTOlBE DE FBAirCB. 12170— l^SO
La mort du bon roi laissait les princes, les grands, l'armée entière dans la douleur; et, au moment où le camp était absorbé par le sentiment profond de celte perte, parut la flotte du roi de Sicile, que saint Louis avait longtemps attendiifll arrivait en faisant sonner les trompettes, et déployant joyeusement au rivage africain sesbannières^t ses pavillons. On lui répondit par le silence et par les pleurs. Il s'étonna. Puis, lorsqu'il sut la cause de cette douleur, il courut à la tente du roi son ûrère, se jeta à ses pieds, les baisant et les arrosant de larmes. Il n'arrivait que pour lui rendre les derniers honneurs. Son armée débarqua, et vint se mêlera cet hommage; et, après qu*on eut rendu à Louis IX les devoirs funèbres, on s'empressa de saluer lo nouveau roi, son ûls Phibppe, encore affaibli parla maladie. Son avènement était triste; il semblait prendre la royauté avec défiance; et, en même temps qu'il confirmait dans la régence ceux que son père avait chargés du soin du royaume^ il ordonnait que, s'il venait à mourir, la régence serait transférée au comte d'Alençon pendant la minorilo de Louis, l'aîné de ses trois enfants, dont il fixait la majorité à quatorze ans.
1270. -—Cependant on ne voulait pas abandonner l'entreprise do Louis IX, et Ton continua de faire la guerre au roi de Tunis. Il y eut d'abord des combats sans importance. Les Sarrasins étaient enhardis par quelques succès isolés, ri^mportés sur des corps épars; le soi de Sicile, bouillant à la guerre, les réprima par une attaque impétueuse et meurtrière. Puis, des troupes d'infidèles étant arrivées de divers lieux au secours du roi de Tunis, il fallut se préparera une bataille véritable. Philippe avait recouvré sa santé. H parut à la tête de son armée. Le roi de Sicile et le roi de Navarre secondaient sa valeur. Les multitudes musulmanes ne purent soutenir le choc des chrétiens; elles Se dispersèrent au loin, laissant leur camp sans défense, et du haut de leurs montagnes eQes en virent le pil* lage et Fincendie. Les Croisés restaient ainsi traîtres du golfe, et pouvaient hbrement communiquer vé>^ Tunis. Toutefois la guerre était sans issue. Les maladies désolaient
HiSSOIRB DE FRANGE. 391
Tarmée des Croisés, ei les Sarrasins, même en fuyani, gardaient Tavantage, par la facilité qu'ils aA'aient de rece* voir des seconrs et des Tivres de Fintériour des terres. Chacun songeait à la paix. Le roi de Tunis la •demanda. Il fat facile de faire un traité, et les cbrétiens surent le rendre utile. Le roi de Tunis fut obligé de payer les frais de la gnecro. Les chrétiens établis dans so& royaume y vivraient libres comme le reste des sujets ; ils auraient leurs églises; ils pourraient prêcher la foi de Jésus-Ckrist , et les mahométans pourraient Tembrasser ; le commerce des chrétiens serait libre dans le royaume de Tunis; tous les prisonniers seraient affranchis de part et d'autre ; le roi de Tanis enfin paierait an roi de Sicile un tribut double de ce qui était anciennement convenu. Cétait là comme une conquête, et Tambition de Louis IX n'avait point été au delà de cette Uberté assurée au culte et à la prédication de la Croix*.
Les primées alors prirent le parti de s'en retourner en Europe, et toutefois ils firent le serment de s'armer de nouveau pour la Terre-Sainte*. On se dirigea vers la Sicile. Phihppe emportait sur son vaisseau les ossements de son père; ks chairs et les entrailles avaient été remises au roi de Sicile. Le trajet fut heureux; mais au port de Tra" pani de tristes morts désolèrent le roi Philippe. Il aimait tendrement le roi Thibaut, qui fut atteint de maladie et mourut sous ses yeox. Après lui mourut sa femme, fille de saint Louis, pois la nouvelle reine , Isabelle d'Aragon, femme du roi Philippe, et enfin des chevaliers et des barons de haut lignage'. Alphonse, comte de Poitou „ est sa lemme étaient malades. La mort ne devait pas tarder à les frapper de même. Cette mortalité soiidaiae navra le cœur du rot , et telle fui sa désoiaiion que Ton trembla pour ses îours.
Philippa s^achemina, lo«t dé&o]é de ia solitude qui ve«
• Guillaume de Nangls.
• Ibid.
• Jhid.
392 HISTOIBE DE FRAIfCB.
nait de se faire autour de lui , vers ritalie; il passa quelques jours à Rome en de pieuses dévotions; puis il alla à Viterbe, où les cardinaux étaient assemblés depuis deux ans pour faire un pape. Il fit entendre de sages paroles pour, hâter la fin d'une délibération qui finissait par scandaliser les peuples. Dans ce rapide passage, il eut le temps d'assister à un crime atroce ^ Henri d'Allemagne, fils de Richard, roi des Romains, était venu à Viterbe pour réclamer le titre qu'avait eu son père. En même temps se trouvait en cette ville Gui , fils de Simon de Montfort, qui avait été tué dans un combat par Edouard, fils aîné du roi d'Angleterre. Guy avait épousé la fille de Rufin, comte de Toscane; et il eut sans doute quelque intérêt à repousser la prétention de Henri à ce titre de roi des Romains. Ne pouvant autrement attaquer son ambition, il lui tendit des embûches dans l'église de Saint-Laurent, où il s'était enfermé, et, ne pouvant l'arracher du milieu des siens, il alla le frapper, de son poignard; puis il le traîna tout sanglant à la porte de l'église, et malgré ses supplications il l'acheva de plusieurs coups, comme eût fait un bandit exercé au meurtre et à la férocité. Les cardinaux, dit l'historien, par respect pour le roi de France, qu'on avait rendu témoin d'un si grand forfait, frappèrent l'assassin d'un jugement, comme pour avoir ensuite le droit de lui faire grâce. On l'enferma étroitement dans un château fort. On se crut sévère ; on n'était pas de force à être juste. Philippe se hâta de fuir cette terre d'Italie, où semblaient le poursuivre des images sinistres.
Il traversa le Milanais et s'avança vers Lyon. Partout on s'était empressé sur son passage avec des témoignages d'affection ; mais, lorsqu'il eut touché la France , les peuples se précipitèrent , non pas tant pour lui faire honneur que pour rendre un premier culte au roi dont il portait les ossements; car l'admiration publique avait devancé les jugements de TËglise, et avait déjà canonisé Louis IX.
1271. — Le roi PhiHppe arriva ainsi à Paris, au travers
' Les Grandes Chroniques, publiées par H. Paulin ParlB.
HISTOIBB DE FRAHCB. 393
des flots de peuple , le 21 mai. Sa royauté s'était ouverte sous des auspices funestes, et Tespèce de triomphe qui lui fut fait n'avait point tempéré le deuil qu'il avait en son cœur pour tant de morts récentes. Ce lui fut une consolation d'entourer de pompe les hommages populaires rendus à la mémoire de son père. Le corps du saint roi avait éii enfermé en un magnifique cercueil et d'abord déposé à l'église de Notre-Dame. De là on le transporta à l'abbaye de Saint-Denis, en la sépulture royale que Louis IX avait préparée à ceux qui l'avaient précédé et qui devaient le suivre sur le trône. Le cortège de cette solennité était grossi et comme sanctifié par le pieux empressement de tout le peuple. Philippe marchait à pied , suivi de tous les grands du royaume ; il aidait à porter sur ses épaules le cercueil sacré, et ceux qui ne le portaient pas voulaient au moins le toucher. Déjà on parlait de miracles ; les ma* lades, les infirmes, les pauvres, tous les souffreteux venaient se consoler en portant la main sur les reliques du bon roi qui les avait tant aimés. Jamais convoi funèbre n'avait présenté cet aspect touchant. Longtemps après, tous les détails de cette marche restaient dans la mémoire des hommes , comme des souvenirs de patriotisme et de piété ; et au xvii* siècle le P. Daniel a pu écrire ces lignes, que je répète avec émotion : «On voit encore aujourd'huy au faubourg Saint-Laurent et sur le chemin de St-Denis, comme sept pyramides de pierre , qui furent élevées par l'ordre de Philippe aux endroits où il s'était arrêté pour se reposer en portant le corps du roi son père. » Le patriotisme moderne n'a pas laissé vestige de ces monuments. Tout a disparu , et même les os du saint roi.
Phitippe s'en alla ainsi déposer à Saint-Denis le cercueil de Louis IX; en même temps on y transportait les corps des illustres morts de la Croisade , la reine Isabelle , le comte de Nevcrs, le roi de Navarre; c'était comme des tombeaux faisant cortège à un autre tombeau. Et parmi ces cendres glorieuses on aimait à voir celles de Pierre de Nemours, qui avait été chambellan, et que Louis IX avait tendrement chéri. Il n'était pas du sang dos rois ; mais oa
394 EisTc::;:: le France.
le mit aux pieds du roi, qu'il avait servi ; tel était le sentiment qu'on avait alors de la Hdélité. Toute la gloire de Pierre de Nemours fut de reposer dans le tombeau de son maître.
Après cette solconilé funèbre, on alla à Beinis pour le couronnement du nouveau roi. « Les roys de France ont accoutumé, dès le temps de Cbarlemaine, le grant roy de France et empereur des Romains, de faire porter Joieuse * devant cux^ le jour de leur couronnemenb, en Thonii^ir et la puissance du roy Cbarlemaine qui tant de terres conquist et tant Sarrazins mata ^ » En ce sacre, ce fut le comte d'Artois qui porta l'épée de Ghariemagne; c'était yn hooneur que s'élaieat disputé précédemment d'autres seî* gneurs, et surtout le comte de Flandre et le comte de Ciiampagne. Aux rivalités féodales conmiençaieat à se mêler dos titres d'une autre sorie. « Si la doU bailler le roy au plus loial et aa plus preud'bonaone du royaume et de tous les barons, et à cebiy qui plus aime rhonneur et le proufîlt du royaume et de la couronne *. » Ainsi parle le chroniqueur, et il ajoute que le roi ayant regardé apertement tous ses barons, si la tendit à Mobert, comte d'Jrtois.
Philippe annonçait de l'activité; il partit de Beima pour aller visiter les frontières^ de Flandre; le comte d'Artois l'entoura de fêles et d'hoomages; puis il reparut à Paris pour aviser aux soins du royaume. Alors lui vint la nouvelle de la mort du comte de Poitiers et de la comtesse Jeanne sa femme, qu'il avait laissés en Toscane fr^)pés de cette maladie d'Italie ^ fatale «ix principaux chevaliers de la Croisade. Le comte et la comtesse mouraient sans enfants, et ainsi revenaient à la couronne tes comtés de Poitiers et de Touloose, en vertu du trsdté de 1228, condu au début du règne de samt Louis avec le comte Raymond, père de Jeanne.
Il est juste de reporter cet accroissemâit de domaine à
> No» célèbre dtPépée de Charlemagne.
» Us Grandes Chroniques, publiées par M. P. Paris; V* vaL
" C.„ uùis Chi'o/Uques*
la prévoyance de Louis IS, qui s'était appliqué à étendre les tetres de la couronne et la juridiction royale par de» acqiusîAioiid de ebâtellenies et par des traités de toutes aortes avec les seigneurs; et enfin, malgré la présence de cette vassalité anglaise qu'il avait enracinée dans le sol de France , Fuidté de la monarchie se montrait présente aa début da règoe de son fis; le génie seul devait noanqucr à Taveoir po«r dter leurs périls aux concessions qu'avait cm pouvoir flaire le bon roi ^
Philippe m, qu'on a appelé Philippe le Hardi à cause de sa vaillance dans les combats d'Afrique, arrivait à une de ces époques où il semble que le monde s'arrête. Il n'était point sans intelligence. Il n'était pas surtout sans vertu. Les exemples et les avis de son père restaient gravés dans son âme. Il était pieux , mais d'une piété de mmne pl/uidi que de cheuaHer, dit le clironiqueur '. Il était plein de beUes paroles, ajoute4-il; sa sagesse maintint la paix entre les barons. Il avait mis toute sa conûauce en maître Maey^ abbé de Saint-Denis, homme religieux et aouméde fleur de sapienee^. Ce lui fut un utile auxiliaire de sa royauté. L'histoire nesaurait dire si ce fut de sa part un système politique d'écarteir de lui les seigneurs; mais les vieux récits disent qu^ils lui aoMieni mouU ma/uvais gré de ce qu'il ne les appe* îeU pas a» ea compaàgnie \ Ces mêmps récits lui reprochent (les goûAs de firivolUé, et principalement un amour extiêtae poor le dédttti de chacUr en bois. Cette légèreté n'empêcha p«& 1)9' monarqoA de saisir le glaive lorsqu^il faU«&t défendre son euiesHé.
Dès la première année de son rè^e, une occasion a'oC> fnt de tarer l'éi^ée. Le comte d'Arjnagnac était en guerre av^ee ttn< ehfttelaia de son comté, nommé Gioart, seigneur de Gasaboane (Casaubon). Il l'avait assiégé dans son cb&-
^ Le P. Daiiiàla recMiUllee addUioiisâe».domaUieafotti»9ar laiai Louis. — Fin de sa Tie.
* Grandes Chroniques, Philippe III.
* Ihid.
* Texte da manniCi, dp 8a9S-2, cité par M.. P. Paris. Ibtd.
396 HISTOIBB DB FRANCS.
tel, et le seigneur intrépide , s' étant précipité hors de ses murailles, avait tué le frère du comte d'un coup de lance. Le comte d'Armagnac rendit la guerre plus sérieuse en appelant à lui le comte de Foix pour réduire le vaillant Girart. Celui-ci se mit sous la protection du roi, et se sauva dans xin de ses châteaux , pensant que les deux comtes n'oseraient violer cet asile. Mais ils passèrent outre , et , malgré les protestations des baillis du roi, ils poursuivi* rent à outrance le châtelain , pénétrèrent de force dans le château , ûrent des meurtres horribles , confondant sous leurs coups les gens du roi et ceux de Girart; et Girart enfin ne se put sauver que par la fuite.
Cette nouvielle vint au roi , et quand U dî ce^le cuer 9i Iv/y angraissa; et il assembla ses barons, et il eut bientôt autour de lui un ost si grant que il deust toute terre faire frémir. On courul à Toulouse , et de là on marcha sur les terres du comle de Foix. La cité du comte était défendue par des montagnes , et là s* élevait un château à pic , qui semblait devoir résister à toutes les attaques. Lorsque Philippe vit de près ce château terrible , il jura qu'il ne partirait pas sans qu'il l'eût treshuchié et mis par terre, ou qu'il lui fût rendu à- sa volonté. Aussitôt il fit avancer des travailleurs pour percer les rochers et ouvrir des chemins. Le comte s'étonna de cette manière intrépide de s'attaquer aux montagnes, et, quand il vit les travaux s*ayancer, il fit des messages au roi pour le désarmer. Le roi exigea qu'il vtnt tomber à ses genoux et demander grâce. Le comte obéit. On le vil descendre de son château formidable, et se renir mettre à la discrétion de Philippe. Le roi le retint captif, et l'envoya enchaîné au château de Beauchène ou Beaucaire ; il saisit ses terres, et emmena à Paris sa femme et ses enfants ; mais un an après il délivra le comte, l'appela auprès de lui , l'arma chevalier , le fit paraître aux tournois, et puis lui rendit toute sa terre franchemerU et quite^ ment, et lui donna congé de s'en retourner en son pays *.
12172. — ^Pendant ce temps, quelques événements se pro-
« Grandes Chron,, de M. Paris. ~ Guillaume de Nangis.
HISTOIRE DE FRAIVCE. 397
taisaient en Europe. Un pape venait enfin d'èlre nommé; t^était^tSJbibaut de Plaisance, archidiacre de Liège, actuellement en la Terre-Sainte. Rodolphe de Hapsbourg, que le chroniqueur appelle Rodolphe d'Aussoy, avait été élu roi des Romains. Puis la mort avait frappé plusieurs monarques : Etienne , roi de Hongrie ; Baudoin II, empereur détrôné de Constantinople; Henri IH, roi d'Angleterre. L'élection papale avait seule occupé la France. Le nouveau pape Grégoire vint tenir un concile à Lyon. Le roi alla le saluer moult courteisemeiU^ et lui fist grand honneur comme à son père espiritud. Le concile fut nombreux ; les ambassadeurs des rois y étaient présents; le roi d'Aragon y vint en personne. On fit des réformes utiles. L'union de rÉglise grecque parut se refaire ; Michel Paléologue la favorisait par ambition ; ce ne fut qu'une tentative passagère. Entre autres décisions, le concile ordonna qu'à l'avenir les cardinaux se hâteraient dans la nomination des papes , et qu'on les tiendrait enfermés avec pou viandes jusques à tant qu^Us se fussent accordés ^
1^73. — L'Orient occupait encore l'Église. On prêcha la Croisade , et on mit des taxes sur le clergé. Mais la guerre sainte était mourante ; la foi ne répondait plus à l'appel des papes.
1274. — La cour de Philippe eut d'autres accidents. Henri , comte de Champagne et roi de Navarre, venait do mourir. Il avait épousé Blanche , fille du comte d'Artois, tué à la Massouro , et il avait d'elle une fille âgée seulement de trois ou quatre ans. Cette succession était péril* leuse. Les rois de Castille et d'Aragon se hâtèrent de montrer des droits sur la Navarre. Le roi de France se déclara le protecteur de la veuve de Henri et de sa jeune héritière. Les États de Navarre s'assemblèrent à Puente-la-Reina. La Reine n'osa y paraître , craignant que sa fille ne lui fût enlevée. EUe s'enfuit en France. C'était le triomphe des partis d'Espagne. Mais le roi Philippe leur opposa une politique active et prévoyante. H fit an mariage de la jeune
• Grands Chr^n.
398 HISTOIBE DB FRAIVCB.
fille de Henri avec son second fils Philippe, et il obtint du pape des dispenses pour la parenté. Par là il retenait la couronne de Navarre , et il prévenatt la transmissiop de la Champagne sur quelque lête étrangère. Ce fat an xxmp dTiabileté ; mais il fallut le soutenir par les armes. Il envoya en Navarre Luitasse de Bianmarchais (Eastache de Beaumarchais), vaillant capitaine, qui fit la guerre avec succès. Les factions étaient ardentes, les combats atroces. D fallut du temps pour ramener la paix dans ce pays désolé.
12^75. — De son côté, Philippe avait résolu de se remarier. Entre les femmes de haute lignée qui s'ofiraîent à son choix , il ouït parler de Marie , fifle du duc de Brabant , belle et <5age ^et pleine de bonnes mœurs *. Ge fut ceHe qu*il appela au trône de Prance. Sa venue allail changeft quelques existences que la faveur avait faites ; et déjà vient sous la plume de l'histoire le nom de Pierre de la Brosse, chambellan du roi, homme né de bas lieu, disait-on, et qui , par Ihabileté de ses intrigues., s'était rendu mattre du roi. La jeune reine, aimée du monarque, allait porter ombrage au favori; bientôt on pressentit des déchirements; plus tard devaient venir des sonpçons de crime.
Le mariage se ût avec pompe. Une foule de prélats et de barons de France et d'Allemagi^e étaient accourus à Paris. Et parmi ces personnages apparaissait, par une bco* reuse rencontre , le nouveau roi d'Angleterre , Édonsnl , qui venait faire hommage de ses domaines du pays ée France. Ce fut un éclat nouveau dans les solennités du couronnement de Marie. La cérémonie se fit dans la Sainte- Chapelle^. L^archevèque de Reims chanta la messe, et ce fut lui qui mit la couronne sur la tête de la reine. L*arche» vèque de Sens prétendait à cette juridiction ; le rei lui ep « posa l'exemption de sa chapelle. Du reste^ les fêtes fmrcnt brillantes, et le chroniqueur revêt son style de mille couleurs pour égaler le luxe des parares qu^étalèrent les cb^-.
* Grandes Chron.
* Le jour de la fête de Saint-Jean 1275. — Granéki f hron.
HISTOIRE DE FRATiGE. 3JJ
valiers et les barons. « Les chevaliers estoient vcstus de dras de diverses couleurs. Une fois étoient en^vair et l'autre en gri&, en vert ou en escarlate, et en plusieurs autres nobles couleurs; les fermans d'or es poitrines , et sur les espaules de grosses pierres précieuses^ si comnivt esmeraudes, saphirs, jacinthes, pelles, rubis et plusieurs autres pierres précieuses de plusieurs autres manières. Si avoient aniaux d'or es dois aournés de riches diamans et de riches topazes, et estoient leur dames aournées de riches treçoîrs et de riches guimples toutes tissues à fin or et couvertes de pelles et autres pierres ^ »
Les bourgeois de Paris prirent leur part des solennités. Ils y parurent avec un éclat semblable. « Ils encourtivèrent la ville de riches dras cCor de diverses couleurs eu de paiks et de cendaux; et les dames et les jeunes ilUes s'esbaudlssoient en chantant chansons et motets. »
Telle fut la joie des peuples dans le couronnement do Ivlarie, magnifique présage que devaient suivre des événements sinistres.
La politique se troublait du côté de FEspagne. Ferdiiiand , fils aîné d'Alphonse , roi de Castille , avait éjiousv^ Blanche, fille de Louis IX , et ce mariage avait été concerté par le saint roi pour aplanir des difficultés résultant d'un conflit de droit sur la Castille entre la reine Blanche et sa sœur Bérengère ■. Louis IX avait stipulé que la couronne appartiendrait à Taîné des enfants mâles qui vicn^ draient de ce mariage , à Texclusion des autres fils du roi de Castille. Mais, cette année même, le jeune Ferdinand étant mort, les États décidèrent que les enfants qu'il avait eus de Blanche seraient sans droits malgré le traité. A cette nouvelle, PhiUppe s'émeut et déclare qu'il soutiendra par répée le droit de Blanche, sa sœur. Il envoie Jean d'Acre, fils de Jean de Brienne, autrefois roi de Jérusalem, au roi Alphonse , pour lui porter des menaces. La guerre se montrait inévitable.
• Grandes Chrnn. Voir une note de M. Paris sur le teicXe.
^ Voir le rési.iiiu do ces prétentions dans le P. Diiniel.
400 HISTOIRE DE frauce.
1276 — 1278. — En même temps un horrible drame corn* mençait à se dérouler dans la famille du roi de France. Son fils aîné, Louis, mourut presque subitement. On soupçonna le poison. Cette funeste parole vint à Foreille du roi. Toute la cour fut dans Fépouvante.
S'il en faut croire les vieux récits, non-seulement accrédités, mais grossis même par les historiens venus ensuite, Pierre de la Brosse, ce ministre favori de Philippe m, osa prononcer le nom de la reine dans ces accusations funestes d'empoisonnement ^ Le roi n*en fut que plus glacé de terreur; et dans cette effroyable angoisse il s'adressa i des béguines et à des sorcières pour savoir la vérité. II envoya consulter les plus renommées, et on ne loi rapporta que des paroles rassurantes sur la reine. Une partie de sa douleur fut ainsi calmée; mais d'autres défiances commencèrent à tourmenter son âme, en se voyant enveloppé d'intrigues et de trahisons.
Cependant les querellée de Castille suivaient leur cours, n fallut recourir aux armes. Le roi envoya vers les Pyrénées une armée de vingt mille hommes sous les ordres de Robert, comte d'Artois, et du connétable Imbert de Beaujeu .Lui-même se mit en marche après avoir pris l'oriflamme à Saint-Denis, et il alla quelque temps s'établir dans le Béarn pour diriger la guerre. Les Castillans étaient accourus s'emparer des montagnes. H fallut entrer de force dans la Navarre. La moitié de la ville de Pampelune était aux mains des ennemis ; on Tenleva après un rude combat. Par malheur, d'affreux désordres furent commis. Puis le comte d'Artois fit des négociations ; dans ces négociations l'intrigue se mêla peut-être. Le roi de Castille, qu'il alla visiter pour l'amener à des transactions , lui fît entendre qu'il savait plus d'un secret de la cour de France, a Biau cousin, je ne suy point sans amis à la court de France , lui dit-il; et ainsi me devriez vous obéir et aider par raison de lignaige. Tay tel amis qui bien me savent mander tout son couvine, et qu'il veut faire» et qu'il en a
• Grandes Chran*
HISTOIIB DB fraucb. 401
pensée » Ce langage mystérieux fut uue excitation à des pensées funestes. Le comte d'Artois, qui haïssait Pierre de la Brosse, ainsi que tous les barons, n'hésita pas à le soupçonner comme le révélateur des secrets du roi ; et tout aussitôt il s'en vint au pays de France pour faire part de ses soupçons. Philippe était reparti pour Pari^.*^ Robert ïy suivit. Bientôt il eut rempli l'esprit du monarque d'angoisses nouvelles sur la trahison de ceux qui l'entouraient. EnQn une horrible trame vint achever sa conviction.
« En ce temps meisme, dit le chroniqueur, advint que un message qui portoit unes lettres acoucha malade (tomba malade) à une abbaye *. » L'histoire ne s'explique pas autrement. Le messager mourut, mais après avoir appelé ceux de l'abbaye, et leur avoir fait promettre et jurer qu'ils ne bailleraient les lettres à nulle personne vivante, fors à la propre personne du roi de France. Un moine donc fut chargé de porter les lettres au roi. Et le roi ayant ouvert la botte qui les contenait reconnut le scel de Pierre«de la Brosse. On ouvrit les lettres : a Hais ce qui dedens estoit escript ncLVOult on point dçscripre ne faire assavoir'. »- Toutefois Pierre de la Brosse fut là-dessus mis en prison pour être jugé ; et les barons de France furent mandés à Paris pour oïr le jugement. Le duc de Brabant, frère de la reine, vint , par sa présence^ aggraver l'accusation. U demandait de justifier sa sœur par le duel. Mais une apologie d'une atrocité suffisante se préparait. Quand les barons furent assemblés, continue le chroniqueur, Pierre fut livré au bourrel de Paris qui pend les larrons, à un bien matin ^ ains souleU leoant. Le peuple s'était précipité à ce spectacle. Il ne pouvait croire qu^un homme de ii haut estât fut dévalé au bas. Le bourreau lui mit la corde au col, et puis lui demanda s'il ne voulait rien dire ; et il répondit que nenni. Alors le bourreau ôta l'échelle et le laissa aller entre les larrons, a Nul ne se doit fier en haulesce mondainne^
* Grandet Chron^ « fbtd.
• Ihid.
402 HISTOniS Dl FRAKCB.
né en son grand estât, dit toujours le chroniqueur. Car la roe de fortune qui ne se tient en un point Taora lantosl deralé et mis au bas*. » Pierre de la Brosse est resté flétri dans Thistoire. Teutefois, son supplice pourrait n'avoir été qu'une de ces repvésailles sanglantes qne les barons s'accoutumaient déjà à faire pénétrer dans la cour des rois, pour se dédommager de leurs défaites politiques. Le plus grand crime peut-être de Pierre de la Brosse fut d'être rinstrument de la pensée royale ; et Fempressoment des hauts seigneurs à courir avec la multitude autour do son échafaud accuse un besoin de vengeance plutôt que de fustice. L'histoire a répété souvent que Pierre de la Brasse était sorti de bas Keu, comme si c'était là un crime de plus *, et ce serait tout simplement une explication de la colère des barons. Du reste, tout ce drame garde ses mja- , tères, et à peine un choix est permis entre Tapologie et la flétrissure, lorsqu*on voit tous ces récits mêlés d'intrigues politiques, de haines personnelles et d'infâmes sortilèges.
1279. ^Philippe DI revint aux difficultés d'Espagne. Tout se compliquait en ce pays. La Castille était désolée perdes dissensions; la reine Yolande tenait pour ses petitsfils; le roi favorisait don Sanche, son fils cadet, leur oncle. D'autres querelles se mêlaient à ces rivalités. La reine était suspecte au roi pour ses galanteries; elle s'enfuit en Aragon, emmenant ses petits-file. Le roi de Castilie?iurieux, se mit à frapper de mort tous ceux qui avaient pu favoriser cette retraite. Il fit étrangler son propre frère, et brûler vif Simon Ruiz, un des plus grands seigneurs de toute l'Espagne. Puis il menaça de la guerre le roi d'Aragon ; et alors reparut le roi de France avec une armée sur les frontières de Gascogne.
Des négociations s*oavrirent entre les trois rois. Dès que le roi d'Aragon avait eu dans ses mains les deux jeunes princes dont le roi de France protégeait la cause, il avait commencé à se rendre difficile , et son intervention était
« Grandes Chron» Philippe III.
* Le P. DaDie!.
l^SO 12D0 HISTOIHS DE FfiANCE. Ml
bîent^ît devenue de Tintrigue. Pourtant il alla visMer PK- Irppe à Toulouse, et \m rendit de grands )iomi«ais^ Hais snîîe décision o^était apportée dans cette affaire peiptese de la succession de Gastille, et enfin d*autres pféoecnpalions Tinrent soudainement détourner le roi d'Aiagooide cer intérêt.
1280. — Rappelons-nous Foceupation dw rojDaime 4e Sicile par le comte d*Anjou , frKre dé saiol Louis. ]D«puia quinze ans» il jouissait de^ sa conquête; mais it régnatl sur des volcans. Constance, fille die Mainfroy h dmmpnéêÊ rescommunié\ avait, nous- Favons vu , épousé Ai moi d'An ragon , arbitre présentement oirtre le ik» de Ptonce et le rot de Castille. Lorsqu'il: fut de relouv de son voyage de Toulouse, Constance alla à lui en lui parlant du Toyaunwde Sicile , qu'eUe revendiquait comme son droit. C*était une honte à lui, disait-elle, de ne pas soutenir ee droit pav le glaive ! Et tout à présent le favorisait; eUe avait de» nouvelles de Païenne et de Messine; les Siciliens ne voulaient plus du sceptre de Charles, et jamais ils ne le tiendraiaDt à seigneur*. N^ était-ce donc pas le moment d'aller à eux, et de s' offrir comme un instrument de leur vengeanee?'
« Pierre , roi d'Aragon , fu mouk atalenté des maKces sa femme, et la crut de quanque elle disoit. » Dès ca mo* ment il se mit i fiatire des trames en Sieite. Les vleax partis n'y étaient point morts , et Charles les avait plus ' d'une fois irrités par la dureté de son pouvoir. L^empavenr Blichel Plsiléologne^ tour à tour soumis et infidèle à llS);Iise latine, les EstvorisaK perses intirigues. Et aussi Charles^ qai voyait ce travail de réaction, s'apprêtait à lui résister par une ligue avec le roi de France et les Ténîttens. Cest parmi ces luttes intestines que le roi d'Aragon jeta ses projets de crime.
1281-1282. —Un seigneur dllaKé, Jean de ftocida, que le roi do Sicile avait dépouillé de ses biens pour sa fidélité à ia cause de Hainfroy,, était allé à Constânttnople
• Grandes Chron»
404 HISTOIBE DE FRAKGE.
offrir à Michel Paléologue des plans d'extermination contre les Français. Ses plans furent acceptés. Il alla les soumettre à Pierre d'Aragon , qui les approuva de même. Tout semblait propice : le pape actuel, Nicolas m, de la famille des Ursins , n'aimait pas les Français ; il consentirait sans doute à les laisser égorger. Une épouvantable conjuration se tramait dans toute la Sicile; et chose inexpUcable ! la rage patriotique la tint un an secrète. U fut convenu qu'à un certain signal on détruirait les Français par tous les moyens qui seraient au pouvoir des exterminateurs. Procida, habillé en cordelier, s'en alla prêcher le peuple de Sicile, et le disposer à la haine et au meurtre. Le pape , dit-on , favorisait cette pensée de massacre * ; mais U mojirut, et son successeur, Martin lY, était Français : tout pouvait échouer par ce changement de dispositions, n fallut se hâter dans l'exécution des trames. Le jour de Pâques (le 29 mars 1282), au bruit des cloches qui appelaient à vêpres , tout le peuple de Sicile se fait assassin. On se précipite dans les maisons des Français ; on les égorge, on les assomme, on les brûle, on les noie. Le massacre fut d'une horrible variété. Rien ne fut épargné, ni les femmes, ni les vieillards, ni les enfants. Les meurtriers prenaient plaisir à déchirer les victimes et à disséminer leurs entrailles. Ils ouvraient les flancs des femmes enceintes pour en arracher les pauvres créatures qui ne connaissaient pas la vie encore, et les briser contre les parois. Il y a des moments, dans la vie de l'humanité, où l'homme se fait bête sauvage. En peu d'heures, nul Français vivant ne restait dans la Sicile. Cet événement est resté sinistre dans^ l'histoire, sous le nom de Vêpres siciliennes.
Charles d'Anjou était alors dans la Toscane. A cette nouvelle efiroyable, il ramasse quelques troupes et vole à
' Le P. Daniel. — L'abbé Vély , docte historieD , encore un de cenx qne nous avons pria à t&che en ce siècle de déprécier, parce que la frivolité 86 croit rendre sopérieore par le mépris , Tabbé Vély est curieux à lire sur ces événements. U contredit Voltaire et ses mensonges avea asseï de hardiesse pour ion tempt.
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Messine pour Tassiéger. En même temps il envoie son fils vers le roi de Franco pour avoir des secours; le pape n'attend pas ses supplications; ce crime énorme excite son courroux. Il frappe d'anathème les égorgeurs, et il envoie un cardinal pour ramener les peuples à la soumisMon. Tout semblait favoriser une réaction. Messine étail près de tomber aux mains du roi ; mais il délibère sur les condi lions. Alors paraît le roi d* Aragon avec une flotte. A sa vue, les peuples s'émeuvent encore. On court à lui avec des transports. Charles n'a que peu de forces à opposer à son armée. Il lève le siège de Messine et s'éloigne. En même temps, il apprend que les vaisseaux qu'il tenait prêts pour marcher vers Gonstantinople ont été pris par Roger Doria, amiral de la flotte d'Aragon : tout lui échappe. Il sort de l'île par le conseil de quelques seigneurs qui le trahissaient , et va en Calabre attendre les secours de France.
1283. — Ces secours arrivent enfin sous la conduite du comte d'Alençon, frère du roi, et de Robert, comte d'Artois. Le roi d'Aragon, à leur approche, commence à s'étonner. Le pape l'avait excommunié; il craint le double effet des anathèmes et de la guerre. Alors il propose de prévenir l'efifusion du sang après tant de sang déjà versé, et il offre au roi Charles de combattre contre lui dans un lieu neutre. Il trace les conditions de la bataille. Au 1" juin, les deux rois se rendront aux landes de Bordeaux avec cent chevaliers chacun^ élus entre les plus hardis et les plus vaillants. Celui qui ne sera point fidèle au rendezvous sera déclaré infâme , indigne du nom de roi. Le vainqueur sera maître do la couronne de Sicile ; le vaincu sera déchu de tous honneurs, a Quant le roi de Secile oï ce , si en fu moult lie et respondi tantost que bien le vouloit *. » Le roi d'Aragon , sans doute, avait compté sur cet empressement chevaleresque. C'était un piège tendu à l'intrépidité française, et, pendant ce temps, l'ardeur de l'ar-
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xnée s'attiédirait en Italie, n se réservait, d'ailleurs, d'achever par la tromperie reffet de ce stratag^e.
Le pape protesta hautement contre la convention d'une telle bataille. Il envoya de toutes parts des cardinaux pour en prévenir le scandale. Mais Charles d'Anjou répondait que son honneur était engagé , en même t«mps , il faisait son choix de chevaliers, et il chargeait le roi de France de lui faire préparer les nieilleures armes qu'il fût possible pour la bataille.
Au jour venu, le roi Charles s'en alla avec sa troupo choisie de vaillants aux landes de Bordeaux. Le roi de France l'accompagnait. Le sénéchal de Gascogne tenoU sa court. Mais le roi d'Aragon ne parut pas; seulement la nuit devant, dit le chroniqueur, il était venu au sénéchal avec deux chevaliers, et il lui avait dit qu'il venait acquitter son serment, mais qu'il n'oserait plus demeurer pour la doubtance du roi de France, Néanmoins, le roi Charles Fattendit huit jours encore. Le roi do France, courroucé de la tromperie 4 voulut qu'on s''apprêtât à d'autres vengeances; il envoya des troupes pour ravager l' Aragon ; en même temps^ le pape fulminait des anathèmes contro l'usurpation de la Sicile; tout annonça des déchirements et des batailles.
Le pape déclara Pierre déchu de sa couronne d'Aragon, et il la déféra au roi de France. Il agissait en vertu d'un droit de suzeraineté qui remontait à Innocent m, lequel avait couronné l'aïeul de Pierre, à la condition que lui et ses descendants-garderaient foi et hommage au Saint-Siégo. La félonie était éclatante; Pierre ravissait la Sicile, qui était un fief de Rome. Rome se vengeait par le droit commun de cette époque.
Et aussi Tacte par lequel la couronne d'Aragon était transférée à un fils du roi de France réservait entier le droit du pape*. L'acceptation de cette royauté fut solennelle; un^iand parlement fut tenu à cet effet à Paris. Charles,
' Voir Vacte et la formule du serment, apud Haûiald.— Le P. Daniel Ta transcrit.
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«ficond fils du roi , fut salué roi d*Âragon et de Valence et confte âe VarrcetonBre, et, pon* «ssùver «m droite, oa prêcha la 'Croisade. Pierre d*Ârftgoii était eous le coup des 'aim^èflMS , «eit on devait le ponrsmwe coûune un infidèle.
Le monde fdt atteirtif à oetle querelle. Pierre d'Aragon, qui d*abord avait brayé les foudres et la guerre, cem«mença à se chercher des appuis. 'Michel Palé<»logue lui était farore^le , mais il mourut. Pierre se iretounia vers TAngleterre , déjà disposée à prendre part à des hitles contre la France; il ofirit de marier son fils atné à Eléo* nore, fille d'Edouard; une alliance alhdt se &ire, le pape la prévint par des enfipècliemeiits de parenté. Pierre re* courtft auxVémfiens; ceux-ci délibéraient ealredeux partis également formidables; tout ce qa^il obtint, c'est qu'ils ne fourniraient point de vaisseaux au roi Charles. La guerre ne parut pas moins devoir être terrible. Le fils du roi Charles, prince de 8aleme, avait gagné des peuples an Sicile par Fhabileté de sa politique, qui faisait contraste avec la dure impétuosité de son père; il avait promulgué une constitution d*Élaft , qui promettait la réparation des griefs. Des deux côtés, on luttait par le prosélytisme et par les armes, fin même temps, ie roi Philippe préparait une expédition contre rAragen^ le roi ^^Atêfs^n annait une flotte contre lltalie ; et le roi de Sicile attendait à Mar^ seiRe un moment propice pour aller joindre son 6ks avec des vaisseaux. Bientôt tout se mêla, et les batailles commencèrent, mais par des accidents fortuits, plutôt que par un système de génie. La première expédition française était restée dans la Cdlabre ; le comte d*Âlençon , qui la commandait, mourut d'une-blessure. Le prince de Saleme, avec xme partie de la Hotte française, était près de Napies, attendant les arrtres vaieseaux du roi son père. La flotte d*ÂTagon, conduite par Roger Doria, survint et l'attaqua ; le prince de Saleme répondit à la bataille , et fut fait pri* sonnier. On crut qu'il avait été trahi. Quatre jours tiprès, le roi Charles arrivait avec le reste de la flotte; il courut -à Napies, où le parti français commençait à défaillir. U
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pouvait réparer tant de désastres par son activité courageuse. La mort le surprit dans la Pouille au mois de janvier; tout semblait devoir changer d'aspect par cette mort inopinée.
19i84. — Constance , fille de Mainfroy et femme de Pierre d'Aragon, gouvernait la Sicile, et se faisait populaire à force de haine contre le parti de France. Le pape Martin venait de mourir ; le nouveau pape, Honoré , remit la défense de la cause romaine et française tout à la fois à Robert, comte d'Artois, pendant la captivité du fils du roi Charles. La lutte fut ardemment soutenue, et Thabileté du pape eut pour objet d'empôcher l'empereur et ies * princes d'Allemagne de se mêler en cette querelle. Toutefois , nul événement décisif ne se produisait.
La diversion allait se porter du côté de l'Espagne. Le roi de France s'était fait là des alliances. Il venait de marier son fils atné, Philippe, avec l'héritière de Navarre , et ses armées occupaient ce royaume. En même temps, Alphonse, roi de Castille, était mort, et avait déclaré dans son testament le droit des jeunes enfants de son fils atné et de Blanche, sœur du roi de France, contre la prétention de Sanche, son fils cadet. Celui-ci pourtant gardait le sceptre; mais il n'osait s'aventurer en des batailles. Le roi d'Aragon manquait donc de secours en Espagne même , et enfin son frère , le roi de l'île de Majorque , venait de se déclarer contre lui. Il n'eut plus qu'à se défendre par sa propre épée.
Bientôt le roi de France s'avança vers le Roussillon avec une armée de quatre-vingt mille hommes de pied et de vingt mille chevaux. Ce fut une expédition savamment conduite. Une flotte la protégeait, et occupait le port de Rose ^ L'entrée de l'Espagne était défendue par des défilés et par des châteaux formidables. Le roi d^Aragon vit du haut de ses montagnes Fintrépidité française rompre tous
' Voir les récits curieux des Grandes Chroniques, éd. de M. P. Paris. — Le P. Daniel a suivi exactement le chroniqueur dans son récit tout militaire.
les obstacles. Son année fui contrainte de reculer de ville en ville. Quelque temps on s'arrêta devant Figuières ; mais les bourgeois demandèrent ù capituler. Les Français allèrent s'établir à Empurias, et là le jeune Charles, fîls du roi de France , fit acte de royauté en donnant des com* tés et des seigneuries. On se proposait de prendre Girone; Pierre d* Aragon s'appliqua à défendre une telle place, qui ouvrait tout son royaume. Le siège fut ardent ; des deux côtés on dispûtaitla victoire avec courage. Pierre d'Aragon avait remis la ville à Raimond de Cardonne, vaillant capitaine^ qui avait juré de la sauver ou de périr, et lui-même aVec son armée surveillait les Français, et les fatiguait par des attaques que les lieux lui rendaient faciles. Une de ces rencontres fut sérieuse; c'était la veille du jour de l'Assomption. L'armée française attendait un convoi du port de Rose. Pierre d'Aragon résolut de l'enlever. On connut ses desseins, et le roi Philippe chargea le connétable Raoul de Nesles\ Jean d'Harcourt, maréchal de France, et le comte de la Marche , de surprendre les Espagnols , tandis qu'eux-mêmes croiraient surprendre le convoi. Ce double choc fut terrible ; et cependant le petit nombre de chevaliers qui suivaient le connétable avait d'abord hésité à attaquer Pierre d'Aragon , qui marchait avec son armée. Us n'avaient que cinq cents hommes bien armés de fer, et, comme ils délibéraient s'ils ne s'en retourneraient pas sans combattre^ Matthieu de Roye, chetalier preux et sage, leur dit : « Seigneurs, voilà nos ennemis que nous avons trouvés, et c'est la veille de l'Assomption de Notre-Dame la douce Vierge Marie , qui à la journée d'aujourd'hui nous aidera. Prenez bon cœur en vous, car ils sont excommuniés et dessevrés de la compagnie de sainte Église; il ne nous convient point aller oultre mer pour sauver nos âmes , car cy les pouvons nous sauver *. »
' Les Grandes Chron, écrivent Raoul ^Eu. Gaill. de Nangto, édlt. de M. Gaiiot, écrit Raoul de Neslet , ainsi que le P. Daniel , Vély et tous les antres,
• Ibid.
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c Adonc s^acordèrent tous à ce qù*il disoit , et co'ùrarent sus à leurs ennemis moult fièrement. Si cammença la besoigne fort e.t aspre, et s'^ntredonnèrent moolt de ^ans colées ^. » V/ans ce combat inégal, le roi d*ÂTagon fat blessé à mort; mais il -ent la force de pousser son cheval hors de ht bataille pour -ne pas tomber arec son Teste de vie aux mains des Français. 1! monrat peu de temps après. Dès qa^il ne fat pins parmi les smis , le i^ourage tes flÉ>aQ» donna, et ils se ilispersèrent. Les chevaliers mnqneiirs rentrèrent an camp , n'ayant perdu qoe deux hommes. Après cela, Oirone n*ent plus' qn*à ouvrir ses portes.
La suite répontfît mal à ce début plein 4t gloire. Le roi , fatigué d*nne expédition qui avait été très-labcriense, toii-> lait s'en retourner à Toulouse pendant Thiver. Après aiveir fortifié Girone , il laissa s^aflaiblir la flotte et F armée par des congés. Le vaiHant amiral d'Aragon, Roger Doria, s'^empara des vaisseaux qui étaient restés à Rose ; oe fut un horrible échec pour Tarraée ^m cheminait vers Perpignan, et qui dès lors manqua de vivres et de secours. Sa marcbe fut tourmentée par des attaques fréquentes. Teoteffois, Tordre n'était point rompu. Au eol de Punssar, le combat fut plus périlleux; Tarmée^nt à s'ouvrir un passage par répée. Les routes étaient détruites par la pinie, -qui tombait à torrents? il périt beauooup de monde, et lé roi s'en retournait ainsi tout attristé de ses désastres, lorsque, avec tant de bonne chevalerie et si grmt peuple, dît le chroniqueur, il avait dû compter sur la seunrission de toute l'Espagne *. Au milieu de ses doulears , Il fut cris de la fièVre, et il se tratna, malade et sfffaibli , jusqu'à Perpignan. Là il mourut, après avoir reçu m gfroni déoookm le saeremerU de saincte Églyse.
128S. —Philippe III avait jeté peu d'^clrt. Oependaut il ne fut pas un roi vulgaire. Les événements manquèrent k son règne, parce qu'à ce moment il j avait comme on temps d'arrêt dans la marche de la société. Les incidents
' Orandei Chran.
• Ihid.
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de la |>olitique furent de ceux qui remuent les peuples sans Iqs transformer, des rivalités sans issue, des batailles sans but, des déchirements sans terme, des réyolutions sans génie.^Philippe HI eut des vertus personnelles, noble héritage de son père; sa piété était tendre, mais son carract'&re sans domination. On le nomma HaréH à cause de sa bravoure. II n*eut pas d'autre mérite éminent; aussi bien le génie même lui eût alors été inutile. ^^
Les restes de Philippe m furent portés à St-Denis. II laissait de profonds regrets autour de lui; la reine surtout mena grant deuU, et si longuement que à peine on put avoir remède de sa vie. Son tombeau fut mis auprès de celui de son père, avec celui de sa première fexpme, Isabelle d* Aragon, t Lesquels Philippe et Isabeau, dit le chroniqueur, sont eslevés de terre par deux pies ou environ, en belle tombe de marbre bis, en biaux ymages d'alebasrtre, richement et merveilleusement onvrés de très-noble et gentil œuvre *. »
Nul déplacement ne s* était fait dans la monarchie. La législation n'avait point été touchée : les pouvoirs restaient les mêmes; mais quelques additions avaient été faites au domaine royal. Le comté de Toulouse était acquis, et un échange de terres avec le comte de Gueldre avait amené à la couronne le port de Harfleur et quelques terres du pays de Caux. Du reste Fesprit humain grandissait par les études, et par les études aussi se dévelop^ pait un besoin secret d'indépendance. L'université de Paris avait eu ses troubles armés*. Une sorte de philosophie curieuse s'introduisait dans les lettres divines. Le fameux Albert le Grand avait poursuivi sa carrière : on sait oe qui: se rattache à son nom de frivolités scientifiques. Sa première gloire fut d'avoir été le maître de saint Thomas. D'autres docteurs avaient continué à jeter de l'éclat: Guillaume de Saint-Amour ; Henri de Oand, le docteur so- Unnél; Henri de Suze, ta eorverte et la splendeur du droit,
* lAB Grandet Chron.
* Chron. de Guill. de Kansii.
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auteur dé la Somme dorée; Hugues de Saint-Cher, inven* teur des Concordances de la Bible; Alexandre de Hallis, le docteur irréfragable et la fontaine de vie; Alain de Lille, le docteur universel; saint Bonaventure, le docteur seraphique. Ces grands esprits remuaient diversement Thumanité; quelques-uns la poussaient sans le vouloir à des idées nouvelles: la science faisait effort pour échapper à la religion.
Tel fut ce règne , atténué peut-être dans Thistoire par le voisinage éclatant de celui de Louis IK. La famille du saint roi gardait toutefois vin reflet de sa gloire. Le duc d*Anjou , ce roi aventureux et chevaleresque de Sicile , avait brillamment occupé Tattention des peuples ; le jeune Robert d'Artois avait aussi paru avec des vertus et du génie; mais Tesprit chrétien allait défaillir, et la descendance de Philippe le Hardi allait jeter dans les affaires un esprit nouveau, esprit de politique personnelle, qui laisserait i l'avenir une longue tradition de luttes, de déchirements et de batailles.