CHAULES IV, DU LE BEL
I31S. •*- Philippe le Long ne laissa que trois filles : Jeanne de France , qm avait épousé Eudes , duc de Bouiv gogne; Marguerite , qui avait épousé Louis de Flandre, comte de Ne vers, et Isabelle, qui fut mariée avec Guigne; dauphin, comte de Viennois, etc. Il n'avait pas d'enfants mâles , et la couronne alla sur la tète de son frère Charles, qui avait été jusqu'alors comte de la Marche. U était beau de figure; on l'appela Charles le Bel. On ne fit point d'ob» jecUon à son avènement. Le droit de transmission en ligne collatérale, à défaut d'héritiers mâles, avait été reconnu au début du dernier règne; c'était le droit primitif de la monarchie. U y eut contestation seulement pour un apanage. Jeanne , flll0 de Philippe le Bel et femme du duc de Bourgogne , était venue au monde lorsque son père était comte de Poitiers ; le duc réclama le comté. Mais Philippe le Bel l'avait donné à son fils , à la condition qu'il retour*
neraît à la couronne , si le prince mourait sans enfants mâles. Cest ce qui était arrivé. La réclamation du duc de Bourgogne pour sa femme fut rejetée en la cour des pairs.
Le nouveau roi eut lui-môme une cause grave à faire vider ; mais c'était en la cour de Rome. Sa femme, Blanche de Bourgogne, qui, avec les deux autres brus de Philippe le Bel , avait rendu son déshonneur si éclatant , était depuis lors enfermée dans Ch&teau-Gaillard. Le roi voulut faire rompre son mariage. 11 s'adressa au pape et présenta des motifs de cognacUm spirituelle \ Mahaut, comtesse d'Artois , mère de Blanche, avait tenu Charles sur les fonts de baptême. C'était, dans les lois de l'Eglise , un empêchement dirimant, si le mariage s'était fait sans dispenses. La sentence du pape ne fit qu'énoncer cette décision. Le mariage fut déclaré nul. Trois mois après , Charles épou- ^ sait Marie, fille de Henri de Luxembourg, le dernier empereur , et de Marguerite de Brabant. Elle était sœur de Jean , roi de Bohème. « La feste fut célébrée très solempnellement et vindrent ceux de Paris jusques à Saint-Denis, encontre la royne à cheval et à pié , à moult nobles parements ^ »
Ce jour même , dernier jour de septembre , anivait une mort funeste.
Giraut Guète (Girard Guecte) avait été intendant des finances du dernier roi. « Par sa outilleté et malice , dit le chroniqueur, estoit venu de petit estât en si grant qu'il fu trezorier de Phelippe le Long. » Il s'attira des haines par la nécessité de lever des impôts ; c'était alors ce que les peuples souffraiert le moins. On Iti reprochait entre autres méfaits d'avoir oublié son premier estât ^ mais ce n'était qu'un prétexte; peuple et nobles hommes avaient à venger ses molestes^ griefs et inconvénients. De plus, le trésor était vide. On fit le procès à Giraut Guète; et d'abord , sur une première enquête, il fut condamné à payer treize
* Grandes Chron.
» Ibid.
HISTOIHB DB FRANCS. 513
cents mil lierez; puis , pour arriver à une connaissance plas ample des méfaits du trésorier, on le mit à la question , en gehewnes diverses. Il eût fini par le supplice; la question le tua *. «
Cétait le troisième ministre, depuis Pierre de la Brosse, ainsi frappé au nom de la liberté. Il semble que les rois jetaient volontiers ces tristes victimes à la colère du peupla et des nobles hommes. Et si c'était une punition de leurs mé» faits, rhistoire n'aurait à blâmer que la cruauté des supplices; mais des haines atroces souillaient cette justice; et les rois ne virent point qu'ib obéissaient à une pensée de réaction contre leur propre pouvoir. Remarquons qu'un des griefo contre Giraut Guète ce fut d'être venu de petit estai. Il en avait été ainsi contre Pierre de la Brosse. Bnguerrand de Harigny, de haute et noble maison, devait échapper à cette envie ; mais il avait servi l'autorité du monarque, et c'était en lui un crime de plus, pour peu qu'il restftt de parentage des malheureux chevaliers du Temple.
1323.— Dans les premières années du règne de Charles le Bel, des bruits de guerre sainte avaient de nouveau été entendus. On désespérait d'arracher Jérusalem et la Palestine à la domination des infidèles. Hais quelques restes de chrétienté avaient survécu en Orient, et le pape Jean XXII, successeur de Clément V, craignait de les voir s'abtmer sous le flot des barbares. (Test en Arménie que la croix restait debout. Léon, roi de ce pays, avait jusqu'à ce moment résisté aux efforis mahométans ; mais les Tartares allaient s'ajouter à tant d'ennemis, et le pape, effrayé du malheur qui menaçait l'Église d'Asie , sollicitait le roi de France de prendre le glaive. Mais la situation des États d'Europe était devenue telle qu'il eût été impossible de renouveler ces expéditions auxquelles tous les rois jadis prenaient part avec enthousiasme, et périlleux pour un monarque de s'y aventurer tout seul. De grandes rivalités tra* Taillaient les nations, et la France avait besoin de concen«
* Grandes Chron*
TGV. u. 33
516 HISTOIBS DB FEAHCB.
Cest à ce moment que se forma vers la Guyenne une contestation d'où devaient sortir un jouf des guerres fatales.
Hugues , sire de Hontpesat , avait édifié une bastide en la seigneurie du roi de France , laquelle , au contraire , fl prétendait être de la seigneurie du roi d'Angleterre. D 7 eut procès entre les gens des deux rois , et la cause fat jugée au profit du roi de France. Le sire de Hontpesat, triste et dolent, ne se soumit point à Tarrét. Mais il appela à son aide le sénéchal d'Angleterre ; et il vint avec une armée de vassaux se saisir de la bastide. Ceux qui la gardaient pour le roi furent pendus , et la bastide fut rasée. Tout ce qui put être emporté fut amoncelé au chftteaa de Hontpesat. La nouvelle de ce méfait vint au roi, et aua* sitét réparation fut demandée au roi d'Angleterre. Celutci se hftta d'envoyer Edmond * , comte de Kent , son frère » et cousin du roi de France ; il venait avec noble chevalerie et avait pouvoir de traiter pour l'amende qui serait exigée. Le roi requit que le sénéchal et le seigneur de Hontpesat lui fussent livrés, et avec ce, le chasUl de Montpesât rendu. Cétait toute l'amende ; il n'en voulait point d'autre. Les envoyés d'Angleterre feignirent d'accorder la condition du roi , et ils partirent pour la Gascogne pour l'exécuter. Le roi leur donna Jean de Ambley (d'Erbley), son chevalier, pour recevoir la réparation en son nom. Hais , lorsqu'ils furent près d'arriver , les Anglais dirent à messire Jean qu'il s'en retournât, s'il ne voulait perdre la tête. Puis ils se mirent à lever des soldats , à garnir les chftteaux , et à se préparer à guerroyer contre le roi. Jean courut au roi, et lui conta ces nouvelles; et quand il les oit , U reputa Guscogne estre for faite , et a luy par droiet et jtislice devoir estre appliquée, et à l'instant il fit marcher vers la Gascogne son oncle messire Charles de Valois , avec ses deux fils, et messire Robert d'Artois, comte de Baumont-le-Roger , et une multitude de gens d'armes d'éUte. La guerre éclata comme un coup de foudre.
< Flrère d'Edouard par la seconde femme de son père Edouard I* , et cousin de Charles par la première femme du même Êdooard.
HISTOIBB DE FRANCE. 517
Le vieux comte de Valois était terrible aux batailles. Il fit, en arrivant, sommer toutes les villes de Gascogne et de Guyenne de se soumettre au roi de France , d*autant qae le roi d'Angleterre n'avait point encore fait hommage de son duchéf Toutes les villes quf résistèrent furent emportées de force. Agen tomba d'abord. Le comte Edmond s* était enfermé à la Réole; le comte de Valois courut l'assiéger. Pendant ce temps le pays tombait au pouvoir de ses lieutenants. Edmond demanda à capituler; le comte de Valois le laissa s'en aller en Angleterre demander au roi s'il consentait aux conditions imposées par le roi de France. En attendant, la justice se faisait : le château de Monlpesat fut pris et rasé, et la bastide, que le chfttelain avait détruite insolemment , fut reconstruite à ses frais. Peu auparavant , le sire de Ikfontpesat était mort de douleur, disaient quelques-uns; le roi voulut que ses biens fussent rendus à sa femme et à ses enfants. Il ne resta an pouvoir des Anglais que trois places fortes : Bordeaux, Bayonne et Saint-Sever.
Cependant la capitulation de la Réole avait donné lieu à une trêve , et cette trêve amena des négociations de paix, et dans ces négociations se mêlèrent des cabales de toute sorte.
Le roi d* Angleterre , Edouard II , homme de peu de génie , avait besoin de favoris. Par là , il croyait se donner de la force. Nous avons nommé Gaveston , ce Gascon qui l'avait gouverné longtemps , et qui ensuite fut mis à mort, moins pour ses méfaits que pour l'odieux de sa faveur*. Après lui, Edouard se donna deux maîtres au lieu d'un, les deux Spencer, père et fils, le père vénérable par ses vertus, le fils odieux pour ses vices, tous les deux pourtant se servant d'appui^utuel. Les grands du royaume avaient d'abord favorisé le fils, que le roi haïssait; une fois porté à la puissance, il domina le roi comme les seigneurs. Ceux-ci , indignés , prirent les armes , et alors commencèrent ces guerres civiles, où fut victime le
' Le D. Llngard.
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comte de Iiancastre , covsin du rot, AIor& les Speocev commencèrent è dôTentr formidable» par Leur crédit : tout fleebissmt, ei ils tenaieni à leur disposition la «uerre et réchafaud. La reine Isabelle, sorar du roi de Framce, avait pourtant retena de Tautofilé, et par là elle balançait k puissance des favoris ; mais les troubles de France leur furent une facile occasion de l'attaquer eUe-mème. U» supposèrent que ses vœux secrets étaient pour son frère, et ils finirent par la faire traita avec défiance, puis arec sévérité. On lui ôta ses cbâteaux , et on éloigna tous les Français qui étaient autour d'elle ; par là aussi elle deve^ nait un centre de ralliement aux seigneurs méconlents, et ils la jetèrent dans Tintrigue des partis. Enfin, par suite de ces cabales, elle eut un rôle dans les négociations de paix avec le roi de France. Les Spencer la laissèrent se cbarger d'une intervention. Le pape se faisait médiateur. Là paix fut faite parmi tous ces jeux de politique personnelle ^
13i5. *— Dans le traité qui fut proposé par la France, on remarque un sentiment do dignité haute et fière, qui se contente des réparations d'bonneur, et se met peu en peine des réparations, d'intérêt. Le roi stipulait que la Guyenne serait bien et dûment confisquée et saisie, à Texception des citadelles restées au pouvoir des troupes anglaises ; et en conséquence il y enverrait des officiers et un sénéchal pour la gouverner. Toutefois le roi d'Angleterre viendrait à Beauvais, à la mi-août prochaine, ollrir rbommage pour le duché de Guyenne, sans préjudice du droit du roi de France; et alors Charles, en considération de Tintervontion de sa sœur, la reiae d'ingleterre^ restituerait la Guyenne à Edouard.
Telle était la réparation d'honneur qu'exigeait le roi de France. Mais, en Angleterre, le parti des Spencer eut peur de voir s'éloigner le roi, pour aller se nettre en France sous la puissance de la reine ei S04i$ Tififlueftce du roi Charles. Un stratagème lui conserva soa autorité ; Edouard fit cession du duché de Guyenne et du coaUé de Poathieut
• Voyex le D. Llngard, tom. III de la tr. franc.
fllSTOIBK DB FMflrOK. SI*
i sov fils Edouard, prince de Galle», et e» foti ce. j^ne. prince qu'on envoya faire hommage au soi de France. Ainâ 8* accomplit le traité de paix, ay6C.de;la lojf^jAfe&d'une'pari et de la ûnessede TauUce. Ce oa fat.pasr^oipeadant la ûb des diyiaion» est^ les deux p»y»4
Ge fut vers ce temps que mourut le oornio: de Valois,, ei samort fut entourée de circoastaDoest qui frappèrent Tes* prit du peuple. On disait que depuis longtemps sa vie était, bourrelée par le souvenir du supplice d^Bogoerrand de Marignj, qu'il avait si cruellement jeté aux mains des bourreaux. <r Sa maladie fut si griève qu'il perdit la moitié, de luy '. » C'était une paralysie ; et, lorsqu'il se vit ainsi privé de l'usage de ses membres, il fit faire des prièies.etdes au^ mânes publiques, et ceux qu'il chargea dâ distribiuer des. secours aux pauvres s'en allaient disant : « Priez pour mes- » sire Enguerran et pour messire Charles de Valois! » Et pour ce qu'ils nonunoient avant le nom de messire En* guerran que de messire Charles, plusieurs jugèrent que de la mort de messire Enguerran il fàisoit canscience. m Charles mourut dans ces douleurs ei dans ces roiaords dix jours avant Noël. Il laissait une grande renommée militaire; la pétulance de son caractère avait nui à ses vertus et sa gloire ne le préserva pas desdanger&de La. colère ei de la vengeance.
Cependant le monde s'apprêtait, à.defr révolutions. Lt reine d'Angleterre était restée ea Rrancô,,sous prétexte qa'elle n'était point en sûxetadans.le voisinage des favoris d'Edouard; mais on la croyait retenue par Tamour d'u& seigneur anglais , Roger de MortemeTt.qui «vait pris paît aux dernières guerres des barons, el qui venait, de s'é* chapper de la Tour de Londres. Edouard lui emvoja des ordres; elle refusa d'obéir, et elle retint df même le prince de Galles, par la liaiae qu'elle sut.M inspirer pour les Spencer. Alors éclata eB Angleterze usaf&reuxdéchteement. Le roi déclara la reine et son fils enneHÛstde. L'Etat, avec
' « Ut uni membroTnin suorum parte aedfll eoiporisprifaretiii; » Grandit Chronique», M. P. Paria.
520 HI8T0IBS BB FEANCB.
tous ceux qui resteraient auprès d*eux, et la division n*eii devînt que plus acharnée. Les barons passaient les mers pour s'dler joindre à Isabelle; Edouard fut obligé de fermer ses ports. Puis , comme le roi de France laissait sa sœur paisible en son asile « Edouard tint son séjour en France pour une hostilité publique, et, sans déclarer la guerre, il fit courir sur les vaisseaux français, et enlever tout ce qui se trouva dans les mers de navires marchands.
Alors Olivier Ingham , que le prince de Galles avait fait commandant en Guyenne, excité par les Spencer, leva le drapeau , et se jeta sur les terres de France. H enleva Xaintes. n fallut faire marcher une armée en toute hâte pour le contenir. La guerre était menaçante ; un instant on craignit d*atroces vengeances. Le bruit se répandit que le roi d'Angleterre avait fait mettre à mort tous les Français qui étaient dans son royaume ; Charles fit aussitôt saisir tous les Anglais qui étaient en France. Le bruit était faux : on relâcha les prisonniers.
Mais tes cabales étaient ardentes. La reine d'Angleterre redoublait d*activité contre les Spencer; les favoris mettaient en mouvement toute TEurope. Le pape les secondait, à cause du scandale de Téloignement de la reine; et aussi Targent leur était en aide : ils en jetèrent à profusion dans tous les conseils. On commença à dire qu'il était juste de rendre sa femme au roi d'Angleterre ; puis on parla d*une menace de censures de la part de Rome. Le roi de France se laissa toucher. On déclara à la reine qu*il iallait partir ; et déjà elle le soupçonnait, en voyant le vide qui commençait à se faire autour d'elle.
Robert, comte d'Artois^ lui restait fidèle. Il sut qu^on délibérait de l'enlever avec le prince de Galles, le comte de Kent et Roger de Mortemer. Il courut l'avertir dans la nuit, n lui avait assuré un asile. Elle n'avait qu'à s'enfuir dans le Hainaut; là elle trouverait le comte Guillaume, qui se dévouerait pour la défendra et pour la servir. Elle obéit à ce conseil ; elle courut à Yalenciennes. Guillaume , comte de Hainaut et de Hollande, lui ouvrit son comté* Un mariage fut aussitôt convenu pour le prince de Galles
HISTOIBB DE fbauce. 621
avec une fille de ce comte. Puis on se mit à équiper une flotte pour paraître en Angleterre, de manière à faire trembler le parti des favoris , peut-être le roi lui-même. La flotte parut bientôt après au rivage d'Angleterre. Le vent la jeta au port d'Herwich, sur les terres du' maréchal d'An* gleterre, qui était un des partisans de la reine. Bientôt une armée se forme autour d'elle. Les évêques se joignent aux barons ; on marche vers Londres dans un appareil formidable. Le roi veut s'armer pour défendre ses ministres ; car c'est contre eux que se fait la guerre; il appelle aux armes les bourgeois de Londres, ils répondent que leur privilège les dispense de servir hors de leurs murailles. Edouard comprend alors tous ses périls; il laisse dans la Tour de Londres Jean, son second fils, et il court chercher des barons plus dévoués, à l'ouest de l'Angleterre. Il laissait aux peuples une proclamation , oîi il mettait à prix la tête de Mortemer. La reine répond par une proclamation oîi elle déclare qu'elle n'a pris les armes que pour faire tomber les Spencer, les deux oppresseurs de la nation. Le choix du peuple était tout fait. Aussitôt que le roi est sorti de Londres, la multitude se précipite vers la reine, et entraîne la bourgeoisie et les magistrats. On surprend la Tour, et on délivre les prisonniers. Déjà la reine pouvait se sentir poussée au delà de son premier vouloir. De la haine contre les Spencer, on passa à l'opposition contre Edouard. La reine faisait la guerre au roi. Ce fut un spectacle horrible de voir le roi fuyant devant l'armée de sa femme. Il avait laissé Spencer le père, dans la ville de Bristol,' pour arrêter la poursuite. La reine y entra de force, et fit pendre Spencer, au grand applaudissement de tout le peuple* Le roi monta sur un vaisseau, pour s'enfuir en Irlande; les vents le rejetèrent sur le rivage, et il s'alla cacher au pays de Galles. Alors se préparaient de plus atroces dénouements : on commeujDa par faire proclamer qu'on respecterait la personne du 'monarque, et on demandait à ceux qui sauraient sa retraite de le ramener à Londres ; mais d'abord on décerna au prince de Galles le titre de régent du royaume, et l'on nomma partout de nouveaux officiers
82S HISTOIBB DE FRANCS.
en son nom. Puis, la retraite du roi ayant été déconverte, on ramona à Londres Tinfôrtuné avec son second favori , Spencer le fils. Celui-ci fut livré à d'aiïreux. traitements, puis il fut jugé, et on le pendit à Hereford, au bout d*un poteau de cinquante pieds. Il restait à faire justice dii roi. Le parlement le déclara déchu de la royauté ot déféra la couronne à son fils , le prince de Galles. Alors l'étonnément de la reine fut au comble , et il serait cruel à Fhistoire de démêler de l'hypocrisie dans la douleur qu^elle laissa voir. On nVtait pas n la fin de tout ce drame. Il se trouva des partisans du roi déchu, qui s'armèrent pour le rétablir. Une révolution nouvelle parut menaçante à quelques seigneurs; ils la prévinrent en corrompant son apothicaire. Celui-ci avait à donner un lavement à Edouard; ilmit au bout do la seringue un fer tout rouge, et il l'enfonça dans ses entrailles. Le malheureux roi périt dans ce supplice infàmi*. Il n'y a pas dans l'histoire un exemple qui approche de ce raffinement ignoble d'atrocité *!
1325. — Telle avait donc été Tissue de cette guerre de Goyenne, ainsi que de cette paix , où le pape s'était entremis, et où la reine d'Angleterre avait dû apporter son intervention. Nous avons dès ce moment sous les yeux un personnage do roi tout prêt pour d'autres drames. L'avénemcnt d'Edouard par les crimes de sa mère se montre déjà comme un présage. La malheureuse reine est réservée à des expiations; mais la France en portera une partie-
Ailleurs la politique avait aussi ses cabales , «mais exemptes de noirceurs.
La guerre des deux compétiteurs au titre impérial avait abouti à une bataille où Louis de Bavière avait détruit ^ l'armée de Frédéric d'Autriche, et l'avait fait lui-même prisonnier. Louis de Bavière était empereur, mais le pape ne l'avait pas reconnu. Le pape rappela dans une bulle le viBux droit de l'empire depuis Charlemagne, et il fit dé-
* M. P. Paris nie le fait. ~ GuiU. de Nangis n'€a fait pu meolion,
non ijluë i[uit lea CsTaiuLes Chron. — Le D. Lingard le raconte au contraire oumme avéré.
HTSTOIBE DE FEAJ!ÏC£« 0^
fense à Louis de prendre le titre de roi des Romaixis* Les. princes d'Allemagne qui Tavaient éla ou accepté &*irritèrent contre le pape. II j eut des luttes violentes » et le pape , désespérant d'engager dans ses intérêts rambiliai» de FAutricbe , se tournis vers la maison de France. C'était une Tieille pensée » déjà souvent mise en avant dans les» guerres d'Italie. Charles le Bel se laissa flatter par cette espérance. Ily eutdesintrigaes assezhabilenentconjdjuiidSik mais plus habilement déjouées. L'Allemagne n» se serait pas aisément laissée aller à seconder l'élection d'uv roi de France pour empereur. Les amitiés promises à Charles furent infidèles; et il remporta de cette entreprisa sécréta la honte do la voir bientôt divulguée et inutile *•
1326. — En ce moment un bruit de Croisade sembla se> ranimer encore, et ce bruit alla jusqu'en Orient. U donn» lien à une ambassade des deux Andronic qui régnaient à Constantinople ,, et qui envoyèrent témoigner an roi Charles IV de leur désir de mettre fin au schisme qui sépa* rait l'Orient de l'Eglise de Rome. Ce ne lut encore qu'unet négociation sans succès*
Tout devait être sans force et sans ef&cacité en ce iaible règne. Guy , dauphin de Vienne , et Edouard , comte da» Savoie , se faisaient la guerre à outrance^Le pape voukil;
' Lm <i|»vemioiia dn vieux ehronlqDiar aa 8ii|et do droit de Pempile* et de rÊgJiae métltent d'étr« notées. « Apiès te triomphe (de Leoia snr Frédéric), Louis, selon la coutome de ses firédécesseon,. envoya vars-le aouverain pontife une solennelle ambassade pour Ini demander quv'il le conimàt sur le trtoe, et le-eonremiét et bénft empereuf , ce qni, dltaitil • lui était dû de droit. Le pape oependaat wly touIui point oonMolhv disant que ». oomma U y avait ou opH^^^o» à soD éleoltoo^ il appartfr» nait au souverain ^ponUfe, avant de le conAnner dans. la. dlgiiUé àk l'empire , de décider définitivement aoqnel des deux ans revenait légitlmamept fet oomonne. Be même , dteattvil, an papeappaitient Tappro* baUon noQhSoataienit de rélacUon , mais mtei de. la persMm» élue*,, avant que les droits irapérian jniiswDt être léglUmivitiit eieicdfrr et^ LonfS, en s'Ingérant à les exercer, recevant les hommages de Tempire^ distribuant illicitement les fiefs, avait par là porté préi«àiM aax|«ivl^ léges de l'Eglise romaine , en sorte que , quand bien même il aurait a» auparavant quelques droita aa trône „ calta condotta ToA fitf ait ioalflK * ment. » GuiU. de Naogis , édit. de ST. Guizot.
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les désarmer ; il n'y put parvenir. Le roi se déclara médiateur , et il appela à Paris une assemblée de seigneurs pour juger leurs griefs. Tout fut inutile. Il fallut laisser continuer ces tristes batailles.
En même temps , quelques bandes de malfaiteurs parurenten Gascogne.Le chroniqueur les appelledes bâtards de nobles hommes. Les troupes d'Angleterre et de France durent marcher de concert pour détruire ces bandits. Du reste, rien de grand ne se produisait, et le règne de Oiarles le Bel s'achevait dans l'impuissance. D avait mandé au jeune roi d'Angleterre de venir lui faire hommage de son duché de Guyenne. « Si se excusa le roy que bonnement n'i povoit venir pour la mort son père ; si l'ot le roy do France cette fois pour excusée »Pea après, Charles mourait de maladie au château de Vincennes. « Et ainsi toute la llgniée du roy Philippe le Bel , en moins de treize ans , fu defaillie et amortie , dont ce fu très grant dommage '. 9
Charles le Bel laissait un nom peu glorieux , mais toutefois honoré pour quelques vertus de roi qu*il avait montrées. Il semble que les temps ne se prêtaient point aux grandes choses. L'esprit populaire était occupé de superstitions et de sorcellerie. Quelques disputes d'hérésie s'étaient aussi montrées *. Mais rien de puissant ne se remuait au fond des âmes. L'enthousiasme s'était amorti. Le nom de Croisade revenait encore , mais la chevalerie ne courait pas à ces aventures des lieux lointains. La croix qu'on portait sur ses vêtements n'était plus qu'une parure. Un seul pèlerin sembla sérieux. « Messire Loys de Clermont, voulant monstrer l'affection qu'il avoit à la terre saincte d'oultre-mer , prist congiéàNostre-Dame de Paris, et jura que jamais n'entreroit à Paris jusques à tant que il auroit parfaict son voyage ^. » Mais cela n'eut pas d'autre suite. La guerre et la paix furent infécondes.
Cest pour ce Loys de Clermont , fils aîné de Robert de
* Crandet Chnm.
*llnd.
* Voyez la Chron* de Guill. de Hangls , continoat.
* Grandei Chron.
HISTOIEB DE FRANCS. 525
France, sixième fils de saint Louis, que la baronnie de Bourbon fut érigée en duché-pairie. « Je trouve dans les lettres d'érection , dit le président Hénaut , des termes di« gnes de remarque , et qui ont Tair d'une prédiction pour Henri IV : Tespire, dit le roi, que les descendants du nouveau due eontràmerorU par Uur valeur à maintenir la dignité de la oowcme. t
Sâ6 BSTOIEB DE niMCS.
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