‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 38 sur 50 · PHILIPPE VI, DE VALOIS · texte numérisé non relu

PHILIPPE VI, DE VALOIS

1328. — Charles le Bel avait laissé sa femme Jeanne enceinte , et point d'héritier direct de la couronne. Si un prince ne venait au monde , le sceptre allait encore se dé* placer. La branche de Valois touchait de plus près au trône. Nous avons suivi la fortune de Charles de Valois, Irère de Philippe le Bel. D avait laissé un fils nommé Phi*

HISTOIBE DB FBAKCE. 5217

lippe. L'héritage de la royauté devait lui échoir. Les 5arons et les nobles assemblés à traUier du gouvernement du rayaums^le jugèrent ainsi , conformément an droit acliique , et d'abord ils décernèrent la régence à Philippe. Peu après f la reine accouchait d'une fille. Alors Phibppe devint roi.

Celte fois, Tavénement d'une royauté collatérale ne sa fit pas sans contestation. « Aucuns disoient, mesmement les Anglais à qike leur roy appartenoit de droit et raison 'le* royaume de France, comme au neveu et plus prochain qui fil estoit de Isabel jadis fille du biau Phelippe *. 9 Les: Français opposaient à cette prétentionlaloi salique, diaprés laquelle famé ne par conséquent son fU ne powit par cous^ twne succéder el royaume de France. Le droit prévalut, mais la prétention subsista.

Voici que nous entrons dans an règne plein de désastres. La rivalité anglaise se montre. TTaffreuses guerres vont éclater. Mais l'histoire, qui peut-être ici serait tentée do renouveler d'anciennes accusations contrôla politique do saint Louis^ qui avait laissé s^enraciner cette fatale vassaUté delà Guyenne au lieu de la détruire, s'arrête, au contraire, pour observer que cette vassalité fut secondaire entre les causes qui mirent la France au bord de J'abîme. Ce qui se montre d'abord, c'est une contestation sur le droit de succéder à la royauté ; querelle de légitimité et de dynastie, qui en tous les temps eût pu se produire, puisqu'elle résultait de la parenté des deux races. Cette remarque n*a point été faite , et elle est importante. Slle dégage Hionneur national de la honte de tant de défaites et de tant de maux qui vinrent , pendant un siècle , jaccàblerla France.

Quoi qu*il en soit, il nous faudra marcher vite dans le récit des batailles. Nous nous arrêterons , selon la pensée du présent ouvrage, aux incidents qui peignent les temps jet les mœurs. Il 'nous arrivera rarement de conter les

■ Grandes Chron, » Ibid.

S28 HISTOIRE DE FRAIfCB.

manœuvres savantes des armées. Assez d^auires Font fait. Ce n*est pas renseignement le plus fécond et le plus grave que des temps comme les nôtres aient désormais à chercher dans les histoires.

Le règne de Philippe VI débuta par un supplice. Il semble que c'était déjà comme une coutume acquise de rechercher la conduite des trésoriers des derniers règnes. L'argent commençait à être le grand intérêt de la nation; c'était un triste indice de Uberté. Pierre Remy, principal trésorier du roi Oiarles, /ti accusé qu'il n'avoUpas bien loalment dispensé ne administré les biens du royaume, si comme pluseurs nobles et non nobles l'affermoienl ; et disoient que la valeur de ses biens montoU à plus de deux cens mille livres ^ Pierre Remy fut sommé de rendre compte ; il ne le put : on le condamna à être pendu. Et quand il fut près du gibet, dit le chroniqueur, il se déclara traître au roi en Gascogne. Alors on le pendit à la potence que lui-même avait fait faire tout le premier , dit encore le chroniqueur. Les vieux récits se plaisent à ces contrastes; c*est une partie de leurs drames et de leurs leçons. Mais l'histoire cherche ce que la nation gagnait à ces faciles représailles.

En même temps se débattait une affaire de succession, et qui prouve encore combien' alors les droits restaient mêlés et confus , et pouvaient donner lieu à des conflits sans engager l'honneur public , tel que nous avons dû le concevoir en des temps oli les intérêts nationaux sont devenus distincts.

Le royaume de Navarre refusait d'accéder à la souveraineté du roi Philippe VI. Philippe , comte d'Evreux , revendiquait le droit de Jeanne sa femme, fille de Louis le Hutin, à qui ce royaume avait été dévolu par le droit de sa mère, femme de Philippe le Bel. On a vu que Philippe le Long, oncle de Jeannt , avait, nonobstant le droit de sa nièce, pris le titre de roi de Navarre, et Charles le Bel l'avait aussi retenu. Mais le droit ne paraissait pas moins acquis à Jeanne d'Évreux. Pourtant d'autres encore le

* Grandes Chren*

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contestaient. Jeanne de Bourgogne , veuve de Philippe le Long, le réclamait pour sa fille, et la veuve de Charles le Bel le réclamait de même pour ses deux filles , et Tune et Tautre en vertu de la possession des deux rois leurs maris ; c* était une complication extrême de prétentions, et la justice semblait difficile. Philippe de Valois chercha Téquité. nfit prédominer le droit de Jeanne d'Évreux comme paraissant plus incontestable ; mais on ne le put régler que plus tard par des traités.

Après cela, Philippe se fit couronner à Reims*. On donna à cette fête un grand éclat, et tant qu'il riestoU mémoire de homme qui oncques tel eut vu.

De retour à Paris, il s'occupa de batailles.

Louis, comte de Flandre, en lui faisant hommage, lui avait dénoncé les révoltes de ses sujets. Bruges, Ypres, Cassel étaient en insurrection. Il ne pouvait dompter les rebelles, et il demandait le secours du roi. Philippe délibéra avec ses barons. Mais son désir clait de prendre les armes, pour ne point laisser grossir cet exemple de désordre. Quelques barons conseillaient d'allendre , et leur prudence le courrouçait. «Et vous, Gauchier, qu'en dites?» s'écria-t-il en s'adressent au connétable. On le soupçonnait d'être un pou refusant, dit le chroniqueur; pourtant il répondit au roi : « Qui bon cuer a à batailler toujours trouve iltems convenable K » Cette parole exalta le roi. « Qui m'aimera si me suive ! » dit-il aux barons. Et dès lors il ne fut plus question que de s'armer pour marcher du cAté d'Arras.

Philippe se prépara à la guerre par de grandes dévotions dans les églises de Paris , et puis il alla à Saint-Denis faire bénir l'oriflamme, qu'il remit à messire Mile de Noyers , « chevalier preux et hardi en tous bons faits d'armes '. » Bientôt après ses tentes étaient dressées sur le chemin d'Arras à Cassel.

' Je bqIb l'ordre des temps d'après les Grandes Chroniques » de M. P. Paris.

' Grandet Chron.

* Grandet Chron.

530 HISTOIBB TfB FKAUCB.

Lorsque les Flamands rirent Vannée da roi , ils firent dresser en haut lieu devant leur camp un grand coq de (oUe tainte, dit le chroniq;neur , et en ce coq avoit escript :

Quand ca coq chanté ara Le n>y trouvé ça entrera*

Ils rappelaient le roi ^rouu^ par moquerie , comme un roi de fottune ou de hasard , à cause des contestations sur son hérédité *•

Les Flamands se confiaient dans leurs mxdtttudes. De toutes parts ils s'étaient précipités en armes pour secourir leurs frères de Cassel. Et aussi Tannée française était formidable par le grand nombre de chevaliers qui étaient accourus des divers points du royaume avec un cortège de vaillants hommes. Bile était divisée en dix batailles^ dans Tordre suivant : la bataille des maréchaux et du mettre des arbalétriers avec six bannières ; tous les gens de pied suivaient cette bataille ; la bataille du duc d*AlenQon avec vingt et une bannières : elle se rangea jusques au pied des hauteurs de Cassel; la bataille du maître de Fhdpital d'oultre-mer, du sire de Beaujeu et de ceux do Languedoc « ayant treize bannières; la bataille du connétable Gautier de Châtillon , avec huit bannières ; la bataille du roi, avec trente-neuf bannières : là était le roi armé de ses plaines armes, et auprès de lui le roi de Navan^, Philippe d*EvreuXy le duc de Lorraine , le comte de Bar, et enfin le porte-oriflamme Mile de Noyers, avec une aile de six ban^ nières; la bataille du duc de Bourgogne, ayant dix-huit bannières; la bataille du dauphin de Vienne « douze bannières; la bataille du comte de Hainaut, dix-sept bannières, avec une aile de messire Jehan son frère , qui menait les gens du roi de Bohême , lequel était lors en terre sainto ; la bataille du duc de Bretagne « avec quinze bannières ;

* Ce8t la remarque de M. P. Paria. « Le surnom de fortuné, ({u'on m dcmné aonvent à ce prince, n'avait pas d'autre sens, en dépit des ezpli* caUons modernes. »

HlSTOiHB m VEiKGE. Ht

c'était la bataille la plas éloigaée de Cassel; e&e était i deux lianes de la première bataille.

« Si vint Tarrièro-garde, dit le curieux ehroniqueur, qui estoit la dixième bataille , et la coodnisoît monseigneur Robert d*Ârtois, et là avoit vingt-deux banières, et ser traist devers le mont Cassel, et avironna tout Fost et passa par devant la tente du roj , et alla à une abbaye assez près que Ten appelle H Wastine et s*i logea ^ »

Les Flamands, de leurs hauteurs de Cassel, suivirent ces dispositions, et ils purent ranger leur armée de manière à soutenir la lutte qui s'apprêtait. Quelques jours on se regarda de part et d'autre. Mais les maréchaux s'épuisaient de fatigue à aviser à la défense et à la subsistance des troupes françaises. Il arriva qu'un jour les Flamands, qui les suivaient de l'œil, selon le récit du chroniqueur, les virent plus lassés que de coutume. Les maréchaux venaient de fourrer, dit-il, et si (lUèrerU aaisier (se reposer); et pendant ce temps, personne ne veilloit, et « les grands seigneurs aloient d'une tente à l'autre pour eux déduire en leurs belles robes *. » Les grands seigneurs dont parle la chronique s'apprêtaient de la sorte aux bons faits d^armcs. La guerre leur était un amusement; on les avait vus jusque-là dédaigner de s'armer pour s'approcher des Flamands dans les escarmouches préliminaires; «et quand ils véoient aucun blescié qui bien avoit fait la besogne, si en rioient et moquoient. »

Ce jour-là donc les Flamands, du haut de leur montagne de Cassel, s'aperçurent que les maréchaux ne veillaient plus , « que nul ne faisoit le guet en Tost du roi , et que les chevaliers s'ébastoient à jouer aux dés et en autres déduits, et le roi estoit en sa tente avec son conseil pour ordener les besoignes de sa guerre '. » Aussitôt ils forment un dessein hardi, celui d'enlever le roi. Ils se précipitent de leurs hauteurs par trois grandes biUailles, sans faire cri

* Grandet Chron^

• Ibid.

532 HISTOIBB DB FIARCB.

ne noise. A leur aspect, il se fait un grand trouble dans le camp surpris, et les gens de Tost du roi se mettent à fuir vers Saint-Omer. Mais les maréchaux n'étaient pas désarmés ; ils sortent de leurs tentes , montent â cheval , et courent fera$U des espérons vers les ennemis. Robert de Flandre s'était précipité sur leurs pas ; mais il était suivi de peu de monde. Les Flamands continuent de marcher en force vers la tente du roi, et pendant ce temps toute Farmée se lève , et le roi se revêt de ses armes ; cette scène est curieuse. « Et vindrent ceux qui estoieni pour son corps , et le montèrent sur un destrier , et avoit une tunique des armes de France, et un bacinet (casque) cou* vert de blanc cuir; et à sa destre estoit messire Piastres de Ligny, messire Gui de Baussay et messire Jehan do Cepoy ; et à senestre estoit messire Froullard des Usages, et messire Sanses de Baussay ; et par derrière le Borgne do Sency, qui portoit son hyaume a tout une couronne et la fleur de lis dessus ; et par devant estoit messire Jehan de Biaumont, qui portoit son escu et sa lance ; et messire Mile de Noiers , monté sur un grant destrier couvert de haubergerie , et tenoit en sa main une lance en laquelle roriQambe estoit attachié , qui estoit d'un vermeil samit à guise de gonfanon à deux queues, et avoit entour loupes de soye vert, et ainsi ala vers la bataille ^ »

Un historien de nos jours traduit ce charmant récit en ces mots : « Philippe s'échappait par-derrière, sautait un cheval et s'enfuyait au galop *. » C'est avoir vouo une furieuse haine à ce qui est beau , grand et pittoresque.

Toujours est-il que les^Flamands s'arrêtèrent , effrayés de la masse arrné^ qui venait de se lever pour marcher avec le roi. Alors commença la bataille. Les nobles de France poussèrent leur cri : Mont' Joie I SainJt-Dmis! et ce cri fut le signal des grands coups de lance. Le combat fut atroce Les combattants étaient mêlés, et, entre les plus prompts à se jeter dans les rangs flamands, on distinguait

• Grandes Chron.

* M. do Sismondi, lom. X, p. 22.

le comte de Hainaut, descendu à pied avec .sa chevalerie, reçu et la lance au poing, et leur courant sus en criant : Hainaut f En peu de temps les Flamands furent déconfis, et furent Uec Ums tuis. Le comte de Hainaut, dans son ardeur de poursuite,, avait gravi les hauteurs de Cassel, et là il fit mettre à mort tout ce qui se rencontra sous sa main. En même temps les gens du roi entraient dans Cassel, mettant le feu partout; de quoi tout le pais fa rendis quant Us virent le feu. Puis le roi retourna sous sa tente , dit le chroniqueur , louant Dieu de sa victoire. Plusieurs chevaliers étaient blessés , et entre autres messire Lôys de Savoie, navré en la main; messire Bouchart de Montmorency, navré au pied; messire Henri de'Bourgoigne ot un oeil crevé. En même temps ceux qui avaient fui les premiers revenaient triomphants, et firent les bons varlets, dît le chroniqueur, et faisoient entendant qu^ls avaient tout vaincu. Les Flamands laissaient , dit-on , sur le champ de bataille dixneuf mille huit cents morts ^

Au bruit de cette victoire , tout le pays fut prêt à poser les armes. On entra dans Cassel, et le coq n^avait pas chanté, observe le P. Daniel. Le roi était rest^ quelques jours aux champs oà la bataiUe avait esté faite, attendant la guétison de ses gens malades et navrés. Puis il se dirigea vers Ypres. La ville lui envoya ses soumissions , et on lui livra les malfaiteurs^ dit l'historien; il veut dire les chefs de la rébellion , et le rai les fit tantôt pendre. On se saisit des armes, et Ton fit descendre la cloche qui pendait au beffroi, signal apparemment des émeutes et des révoltes. Là, le comte de Flandre vint trouver le roi ; il y eut comme une cour de jastice , où Ton traita du sort des séditieux captifs ou soumis. Il y en eut d'exilés, d^autres de frappés à mort; puis Philippe rétablit le comte ^^n son comté, en lui disant ces mots : « Conte, gardez vou/des ore en avant que par deffaute de justice ne nous faille plus par deçà retourner *. » Cétait un conseil et une menace. Après quoi

' Grafides Chron.

* IWd.

S34 HISTOIEB D£ FAAKCB.

le roi s*en retourna en France ; il alla d'abord déposer roxîflamme sur Fautel de Saint-benis; de là il s*achemina Ters Notre-Dame de Paris, « et quant UfU là use ûsi armer des armes qu'il avoit portées en la bataille des Flamens; et puis monta sur un destrier , et ainsi entra en Féglyse de Nostre Dame de Paris et très dévotement la merda , et luy présenta ledit cheval oii il estoit monté et toutes ses armeures ^ » ^

La victoire de Cassel jetait un grand éclat sur le début de ce règne. La Flandre était réduite pour quelque temps, et le comte se mettait déjà à faire justice par des actes de terreur*. De son côté, le roi d'Angleterre s'étonna de voircetto royauté qu^il avait contestée apparaître avec tant de gloire. Les mauvais desseins semblaient devoir en être amortis.

Nous nous souvenons de ce roi mis à la place de son père par des crimes et des barbaries. Edouard m, à son avènement, n'avait que quinze ans. Mais dès lors se rêvé* lait son génie ambitieux et politique. Il commenga par disputer le droit de régner sur la France. Toutefois, il ne pouvait alors le soutenir par la force. Mais il n'avait pas fait hommage pour la Guyenne , et , lorsque Philippe VI rentra triomphant, on lui rappela ce devoir. H promit de le remplir , et quelques mois après il venait à Amiens tenir sa parole. Le roi de France alla recevoir Edouard à grarU foison de ses barons, prélats et autres... et si firent moult graaU [este Vun à Vautre, Il y eut pourtant quelques difficultés pour les formes de l'hommage. Le roi voulait l'hommage Uge «^Edouard proposait l'hommage simple, distinction importante, l'un obUgeanl l'homme et le liant personnellement au service du souverain, l'autre reconnaissant simplement la terre comme un fief mouvant de la couronne. On fit des transactions; Edouard fit l'hommage en des termes généraux, promettant de le renouveler selon les coutumes anciennes, qu'il trouverait gardées dans les registres d'Angleterre, tin an après , il xepassait en

* Grandes Chron.

tt^Qte , et il sigoalt la charte suivanle;, .seellie de son 6cel, monumeiii historique dont il importa de garder la teneur :

« Edooart par la grâce de Dieu, noy d'AogleteiM, seigneur d'Irlande et duc d'Aquitaine, à tous ceux qui ces présentes lettres verront ou orront, saint : Savoir faisons que comme nous féissions à Amiens honsunage à exceUnot prince, nostre chicr seigneur et cousin Phelippe, roy de France , lors fu dit Bt requis de par luy que noos reoognoissons le dit hommage estre lige; et que nous, en faisant le dit hommage, lui promissions expressémail foy et loyauté porter. Laquelle chose nous ne fismes pas lors pour ce que nous n'estions infoormés né certains qne ainsi le déussions faire; si féismes au dit roy de France hommage par paroles générales en disant que nous entrions en son hommage par ainsi comme nous et nosprédécesseurs ducs de Guienne estoientjadis entrés en Thommage des roys de France qui avoient esté powr le temps. Et depuis en cela nous soions bien Jmfoucmés et acertainnés delà vérité, recognmssons par ces présentes lettres que le dit hommage que nous féismes à Amiens au roy de Fïance, combien que nous le féismes par paroles généxales, fu, est-, et doit estre entendu lige, et qne noos luy devons foy et loyauté porter coimme duc d'Ac]piitaine et per de France, et comme conte de Ponthieu et de Mous- Iroille (Montreuil). Et luy promettons des ore on avant foy et loyauté porter. Et pour ce que en temps à venir, de ce ne soit jamais descort né content (contestation) àlaire le dit hommage, nous promettons en bonne foy pour nous et nos successeurs ducs qui seront per le temps, qne toutes fois que nous et nos successeurs ducs de (inienne entrerons et entreront en l'honmiage de roy de France et de ses successeurs qui seront pour le lemps, rhomooage se fera par ceste manière ; le roy d'An^terre, duc de Guienne, tendra ses mains entre les mains du roy de France, et cil qui parlera pour le roy de France adrescera ces paroles au roy d'An^terre, duc de GnieiiDe, et

836 HI8T0IBB DB FRAHCB.

dira ainsi : « Vous devenez homme lige da roj de France, » mon seigneur qui cy est, comme dac de Gaienne et per 9 de Hrance, et lay promettez foy et loyauté porter? Dites » voire? » et le dit roy et duc et ses successeurs ducs de Ouienne diront : « Voire. » Et lors le roy de France recevra le dit roy d* Angleterre et duc au d^ti hommage lige à la foy et à la bouche , sauf son droit et Tautrui. De rechief quant le dit roy et duc entrera en Fhommage du roy de France et de ses successeurs roys de France pour la conté de Ponthiea et de MoustroiUe , il mettra ses mains entre les mains da roy de France, et cil qui parlera pour le roy de France adrescera ces paroles au dit roy et duc et dira ainsi t « Vous devenez homme Uge du roi de France mon » seigneur qui cy est, comme conte de Ponthiea et de » Houstroille, et lui promettez foy et loyauté porter. Dites 9 voire? » Et le dit roy et duc, comme conte de Ponthieu et de Moostroille, dira : « Voire. » Et lors le roy de France recevra le dit roy et conte au dit hommage lige à la foy et à la bouche, sauf son droit et Tautrui. Et ainsi sera fait et renouvelle toutes les fois que Thommage se fera. Et de ce baUierons , nous et nos successeurs ducs de Guienne, fais les dits hommages, lettres patentes scellées de nos grans sceaux , se le roy de France le requiert. Et avecques ce, nous promettons en bonne foy tenir et gar* der effectivement les paix et acors fais entre les roys de \France et les roys d'Angleterre, ducs de Guienne, et leurs prédécesseurs roys d* Angleterre et ducs de Guienne. Et en ceste manière sera fait et seront renouvellées les dites let^ très par les dits roys et ducs et leurs successeurs, ducs de Guienne et contes de Ponthieu et de MoustroiUe , toutes les fois que le roy d'Angleterre duc de Guienne et ses suc* cessenrs ducs de Guienne et contes de Ponthieu et de MoustroiUe qui seront pour le tempSr entreront en Thommage du roy de France et de ses successeurs roys de France. En tesmoignage des quelles choses , à cestes lettres ouvertes avons fait meclre nostre grant scel. Donné à Etham le trentième jour de mars, Tan de grâce mil trois

HI8T0I1B DB VIAIICB. S37

cens et trentiesme premier et de nostre règne quinte » Ainsi fat proclamé le droit du roi de France; mais cette charte ne devait pas arracher les germes d*antipathie qui vivaient au cœur des deaz nations, des deux rois peutêtre, n arriva même que , durant les négociations de cet hommage, il y eut en Guyenne un commencement de désordres et d'hostilités. Les Anglais, après quelques violences sur les soldats du roi, s'étaient emparés de Saintes; le roi envoya le duc d'Alençon pour venger son autorité. Saintes fut repris, et le château rasé. Il fallut une convention particulière pour la réparation de ces griefis.

1329.— Cependant le royaume de France était en paix . et, à ce moment, il y eut une grande assemblée d'évê« ques ; le roi les avait appelés à Paris , pour carriget tes excès de eux et de leur,of^(kà *. U s'agissait de déterminer la juridiction des tribunaux ecclésiastiques, et de la séparer de la juridiction civile, œuvre difGcile , et où se mêlaient des passions et des jalousies. Le roi apporta du tempérament dans cette entreprise , et les évêques lui décernèrent le titre de Catholique.

D'autres maux avaient, depuis deux ans, tourmenté l'Église. Le déplacement de la papauté semblait avoir troublé dans le cœur des peuples la notion et l'instinct de l'unité, et les rivalités de l'empire aggravaient cette incertitude de l'autorité. Louis de Bavière , ayant été se faire couronner à Ifilan de la couronne de fer ' , s'était de là acheminé vers Rome [1328}. Les Romains l'avaient reçu avec de grandes acclamations, et, l'ayant mené comme en triomphe au palais des empereurs, ils avaient aussitôt conçu d'autres desseins. « Puisque Dieu nous a donné empereur, dirent quelques-uns fUs du diable H dCiniquUé, ce seroit bon que nous eussions un père espirituel , lequiel nous administrast les choses espirituelles , ainsi conune

« Grande» Chron, de M. P. Paris. Le P. Daniel avait publié cet aete. — Voir les détails de ces négodations dans Faoissabp, f. xi?* ' Grandei Chron.

• Ibid.

638 ' HJSXOIBB DB FIAIICB. 1330—1340

ont fait les pères préeédens ^ » Et sur cette soudaine inspirationle peu{des*était ému de joie et s'était fait un pape« c*est-ÀHlire iifi anùipape^ dit le chroniqueur, ixnurt Dieu et contre eaincêe Eglyee. Cet antipape , nommé Pierre de Ranudie , était do^l'ordre des frères mineurs. H se mit à troubler TEglise , et il est vrai que le pèapLe qui Favait fait pape le chassa ensuite de Rome à cause de ses exactions. Hais il courut dans Tltalie , divisant les pastenrs et les fidèles , et ce fléau durait depuis deux ans, H j eut des excommunications contre Tantipape. Louis de Barière le soutenait. .Enfin Tauiorité pontificale resta maîtresse. Le rebelle alla tomber aux pieds du pape à Avignon , et on le vit s'écrier en présence des cardinaux a$semblés : Pire, j'ai pMdécm dd et deca/nt toy ; et puis encore , dit le chroniqueur : l'ai erré^ si comme beUe égarée; et il se mit à la merci du pape. Et le pape se contenta de r^ondre : « L'ouaille eagarée ne doit pas aux loups estre livrée , mais diligemment estre requise (recherchée) , et eUe requise et retrouvée, sur ses espaules estre nnse avec les auH très ouailles estre remise. » Le pardop fut accordé , et la paix rentra dans TEglise : des chants de joie éditèrent dans tous les temples.

Peu après , les Italiens abandonnaient la fortune de Louis de Bavière , et ils se précipitaient au-devant durci de Bohème, nouveau compétiteur de f empire.

1330. — En même temps la révolution d'Angleteire subissait une réaction contre elle-même, comme il arrive en tous ces déplacements violents d'autmté. Roger de Ifor» temer , ce favori on^ .cet amant de la reine Isabette , qui avait eu une si grande part dans le renversemenld'Edouard, fut accusé pour ce fait de conspiration contre le royaume d*Angletêrre ; le malheureux fut tiré à quatre chevaux et puis pendu en un gibet; la reine fut condamnée à passer sa vie captive en un château. Ainsi le jeune Edouard faisait expier le crime qui Tavait fait roi.

Un plus falai incident en cette triste réaction . ce fut de

' Grandes Chron,

HISTOIBB DE FRArtCE. H'dd

voir Edmond , ce comte de Kent, frère du dernier roi , que nous avons vu dans les dissensions de France et d^Ângle* ferre , enveloppé dans les représailles. Il disait qu'Edouard « vivait encore, ^ et il ne voulait point obéir au roi son neveu. On lui fît trancher la tète pour le convaincre.

£n Espagne, on ne parlait que de batailles contre les Sarrasins , et la chevalerie d'Europe , au lieu de passer les mers, dirigeait de ce côté jses vceux de pèlerinage guerrier ^ Mais cette ardeur fut trompée par une paix qac le roi de Grenade accorda aux Sarrasins; et on soupçonna que cette paix avait été payée. La France avait peu d'événements; les chroniques ne mentionnent que des tempêtes , des gelées et des inondations, avec des récits de sortilèges et de guérisons mystérieuses des maladies. Il y eut pourtant un coup d'autorité , qui peint Tallération des mœurs. Le pape fit arrêter en un même jour dans tout le royaume tous les frères de r hôpital de Haut-Tas^ comme abusant des privilèges qui leur avaient été concédés. La corruption était entrée dans les ordres religieux par les richesses ; et les biens des templiers, après avoir été funestes à eax-mêmes ^ le devenaient à ceux à qui on ]es avait remis.

Mais bientdt allait se faire un plus grand ébranlement en France et en Europe ; il vint par de petites causes, qu'il est utile de dire en quelques mois.

Noos avons vu comment le comté d'Artois avait été adjugé à Mathilde (Mabaul) , comtesse de Bourgogne , au pr^odice de Robert d'Artois, son neveu.

Robert dévorait cette injure , et, ne la pouvant venger» il cherchait à la réparer , fûl-ce par la fraude. '

Ilavait épousé Jeannede Valois, sœur duroi Philippe YI; il avait aidé puissamment à faire prévaloir Philippe contre Edouard, et le roi Faimait. Robert esfêjk donc qu'il lui serait ftdle de iaire annuler les sentences qui le dépouillaient de ses droits.

n y avait dans l'Artois um^ damoiselle QeadUrfemxM , filh

* Grandes Chron,

leseigneur de Diviofiy de la chastellerie de Bétkune, Elle s'entremettaît des choses à veoir, dit le chroniqueur; c'était une devineresse qm avait du renom, et son habileté s'exerçait à diverses tromperies. Elle servit aux dessdns de Robert

Elle lui fit im titre par lequel le dernier comte d'Artois lai donnsût l'investiture de son comté , et die apposa sur ce titre un vieux scel qu'elle enleva avec un fer chaud d'un acte de rente à vie qm avsdt été fût en faveur d'un bourgeois d*Arras; et avec ce titre Robert d'Artois s'en vint trouver le roi, demandant justice.

La comtesse Mathilde, effrayée, fit des recherches, et découvrit le clerc qui avait écrit le prétendu titre d'investiture, et le. mena au roi. Le clerc reconnut son œuvre. Alors il y eut une enquête criminelle : le faux fût constaté en parlement; la Divion l'avoua dans les tortures de la géhenne, et peu après on la brûlait vive en la place aux Pourciaux^ à Paris. Robert fut de nouveau débouté de son comté d'Artois , et resta comte de Beaumont en Normandie. Alors la vengeance bouillonna en son ftme : « Par moy a esté roy, s'écria-t-il , et par moy en sera demis, se je puis ! » Et aussitôt « fist mener tous ses destriers qu'il avait biaux et nobles , et son trésor qu'il avdt moult grant à Bordiaux-sus-Gironde , et là fist tout mettre en mer et mener en Angleterre *. •

1331. ^ Le roi cita Robert devant sa cour; mais Robert se hâta de fuir chez le duc de Brabant. Philippe avait à redouter des ligues du côté de l'Allemagne ; il les prévint par d'habiles négociations. Robert fut contraint de changer d'asile; mais, cité de nouveau, il ne comparaissflât pas. On saisit ses biens. Enfin il alla s'abriter auprès du roi d'Angleterre. Là, il pourrait trouver des moyens plus sûrs de satisfahre sa vengeance.

Edouard Taccueillit avec joie, lui donna le comté de Richement , et le mit en ses conseils. C'était une insulte à la France, et le prélude d'une rupture.

* Crandei Chron.

HISTOIIB DE FBANCB. 541

Philippe saisit une occasion de témoigner son irritation.

Robert de Brace , roi d'Ecosse , avait , sa vie durant , soutenu fièrement la liberté de son peuple contre FAngleterre, et, avant de mourir, il avait obtenu un traité qui TaiEranchissait de^ Vhommage, et, de plus, le mariage de son jeune fils Davfd avec la sœur d'Edouard. L'Angleterre murmura contre ce traité; on en avait fait un crime à Roger de Hortemer, ce malheureux favori d'Isabelle, et Edouard IQ ne demanda pas mieux que de le violer. Après la mort du roi Robert, il alla chercher le fils de Fancien roi d'Ecosse , Edouard de Baliol , que Robert avait sup* planté , et il Topposa à David , qu'il venait de proclamer son beau-frère. L'Ecosse fut ensanglantée par cette rivalité ; David perdit dans une bataille quarante mille hommes, et il se sauva en France. Philippe le reçut comme Edouard avait reçu Robert, et de plus il lui donna des secours d'armes et de vaisseaux. Rien ne manquait donc pour pousser les deux rois à des hostilités plus déclarées.

1339^1333. — Toutefois ces antipathies mutuelles pa* rurent un instant suspendues par des préoccupations de Croisade, qui depuis quelque temps semblaient avoir plus profondément pénétré les âmes qu'on ne l'avait vu depuis saint Louis. Le roi de -France envisageait ce dessein sous un grand aspect politique ; il en faisait un moyen de ligue chrétienne entre les rois d'Europe; il voulait expulseï; d'Espagne le mahométisme et de là relever le sceptre de Godefroy. Pierre de la Palu, patriarche de Jérusalem, avait paru en France et en d'autres pays, renouvelant les exemples d'éloquence et de piété d'un autre siècle. En même temps étaient arrivés de nouveaux ambassadeurs de Léon , roi d'Arménie , implorant le secours des rois chrétiens , s'ils né voulaient pas voir disparaître ce dernier vestige de la chrétienté d'Orient. Enfin on crut voir renaître le vieil enthousiasme : le pape avait proclamé le roi généralissime de la Croisade, et il y eut un moment d'ardeur où toute la chevalerie de France prit la croix avec lui. De toutes parts on fit des préparatifs comme pour une guerre nationale; le royaume entier s'émut. Des sol-

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dats étaient enrôlés ; des vaisseaux étaient armés. Les rois de Bohême , de Nararre et d'Aragon avaient aussi pris la croix. Le roi faisait effort pour réconcilier Louis de Bavière avec le pape. La Croisade eût pu rendre la paix à ritalie et à ^empire. Tout était étacfié , tout était prévu ; on avait envoyé visiter la Terre-Sainte. Jamais semblables précautions n*avaient été prises , et tout le zèle ancien semblait renaître, avec Texpérience de pins. La flotte était déjà prête à Marseille pour recevoir Pexpécfition. A ce moment, Te pape mourut : tout s^arrêta.

1334. — Le pape nouveau, Benoît Xn (cardinal Jacques du Four, natif du comté de Foix), vint troubler quelque^ unes des pensées du roi de France. Il voulait ramener la papauté sur son siège naturel de Rome, et de là travailler i ia pacification de Fempire. La Croisade serait venue ensuite. Le roi, qui trouvait bon d*avoîr le pape en son royaume , s'appliqua à traverser de tels desseins. Précédemment il avait voulu réconcilier Louis de Bavière avec TEglise. Maintenant il eut peur de cette bonne harmonie, et il soufOa la discorde dans toute FAItemagne. D se plai* gnit au pape. H menaça de faire un nouvel empereur, et d'ailleurs Louis de Bavière avait des intérêts avec le roi d'Angleterre. Le départ pour la Croisade en un tel état de choses eût été d'un péril extrême. Philippe laissa s'amortir ce feu de guerre sainte , et le pape renvoya à des temps plus heureux les pensées raisonnables qui Favarent d'abord occupé.

Après fout ce grand bruit de préparatife chevaleresques, 3 ne resta d'apparent que l'irritation mutuelle des deut rois d'Angleterre et de France.

L'animosité s'était aigrie par des actes nouveaux. Philippe avait fait arrêter la femme de Robert, sa propre sœur, avec ses enfants, pour des intrigues qu'elle semait dans le royaume , et aussi , selon les chroniques , pour aucuns voulu qui atfoient ai fais; car le sortilège se mêlait alors à toutes les cabales. Robert n'en devint que plus ardent à exalter la haine d'Edouard , et à faire entendre en son conseil des paroles de guerre et de vengeance.

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n était secondé an câté de France , sur les bords du Rhin, par le comte de Hainant , farienx de ce qne Philippe avait rompu le mariage de sa fille avec le duc de Brabant, en donnant à ce duc sa propre fille Marie. Peu s*en fallut que lo comte de Hainaut n'embrassât dans ses ligues toute FAIIemagne. Hais le joî s*était fait a*is^ de ce cdté des auxiliaires par le manage de son fib Jean , duc de Normandie, avec Bonne, fille de Jean, roi de Bohême. Ce mariage avait attiré à Paris de nobles seigneurs , le roi de Navarre, le duc de Bourgogne, le duc de Bretagne, le duc de Lorraine , le duc de Brabant. Bt parla se faisait la séparation de l'Europe en deux parts , Tune à l'Angleterre, Tautrc à la France, si ce n*est qn^Edonani, inspiré par les ressentiments de Robert et par son propre génie, ne désespérait pas d'aiïaiblir le parti de France par la corruption et par I*tntrigue. Le duc de Brabant hii>mème, gendre du roi , semblait pouvoir en être atteint.

1335—1338. — Cependant rien ne se déclarait. I>e part et d'autre on pressentait toute la portée d*mie rupture qui se proparait arec un tel ensemble de colères. Le roi d'Angleterre eut mftme Fair de provoquer des négociations pacifiques. Il avait écrit au pape pour lui annoncer qu'il était prêt à lut remettre ses intérêts, à s'armer pour la Tcrrc-Saînte , et à renvoyer après la Croisade la décision des qucreffes; et en même temps il avait envoyé' en France Farchevêquo de Cantorbéry, pour proposer des conditions de paii. Philippe avait opposé à ces manèges la question du roi diécosse. Les dispositions à la guerre restaient au fond des négociations.

Trois ans se passèrent à de tels préparatifs.

Pendant ce temps, les Ecossais avaient lutté vaillamment contre le roi que leur imposait FAngleterre. Il fallut qu'Edouard allât le rétablir en personne* Hais Philippe continuait de seconder leurs résistances.

Des querelles isolées avaient éclaté en Cruyeime. On demandait pour FAngleterre la restitution du chAteau de Saintes. L'afl'airefut examinée comme si elle avait pu être résolue par dos lois ordinaires d'équité. Le comte Robert

844 nsTOiBs de frakce.

sut en faire un grief de plus. A la fin, Philippe publia dans tout le royaume une déclaration contre Robert, qu*il dénonçait comme ennemi de TÉtat et criminel de lèse-majesté, et il faisait défense à tous ses vassaux liges et féaux, demeurant dans ^ royaume ou hors ^ royaume, de lui prêter aide ou assistance , ou de le garder auprès d^eux, sous peine de confiscation de biens et de corps. (Tétait un premier acte de guerre contre Edouard en personne. Après cela, Philippe s*en alla voyager dans son royaume comme pour s^assurer si tout était en état de tenir ferme contre Tébranlement cpii devait suivre toutes ces menaces d^hostilité.

1337. — L'imagination des peuples semblait attendre des événements extraordinaires. Une comète parut : cLaquelle, dit le chroniqueur, fu née au signe des Gémeaux, par la raison de Fesclipse de Tan précédent qui avoit esté le troisième jour de mars, par Mars et Saturne , si comme les astronomiens disoient ^ ; » et cette comète avait signifié, continue le chroniqueur, habondance de sang corrompu^ puis pour la raison de Mars qui estoUau signe duScorpûm, fausseU, fraudes , mensonges , larcins , guerres; et pour la raison de Saturne, conwUises, extorcUms, rancunes, haines, fnachinalions, inobidiences, misères de cuer^ mort^ rumeurs espœntables et paour et pluseurs autres choses tant en princes, en barons, en gens d'Eglyse, comme en autres choses de terre. Tels étaient alors les pronostics, et pourtant il se trouvait des hommes doctes pour annoncer ou pour observer les phénomènes du ciel. Mais la pensée publique était frappée par des alarmes que Tévénement devait îustifier trop cruellement.

Cependant Edouard , après avoir envoyé Farchevèque de Cantorbéry pour des négociations pacifiques^ avait envoyé un autre prélat, Tévèque de Lincoln, pour des négociations moins bienveillantes. Celui-ci s*aUa concerter avec le comte de Hainaut, et, après de longues intrigues, on convint de sonder les Flamands toujours prêts aux nou-

* Granâes Chron,

HISTOIRE DK FRAUCB. 54S

veaatés. Ici la politique anglaise trouva la sédition pour auxiliaire.

Les Flamands n*avaient cessé de rester armés contre leur comte; et, parmi les plus audacieux , on citait avec ef&oi un bourgeois de Gand, nommé Jacques barlhevelt *. n avait suivi autrefois le comte de Valois dans ses guerres d'Italie ; cet puis .j valet de la fruiterie monseigneur Loys de France. » De là , il était revenu à Gand, sa patrie , oîi il avoit à femme hrasseresse de miel*. Cet homme, d'une activité infatigable et d'une audace effrayante, s'était mis à la tête des factions populaires contre la noblesse , et il marchait suivi d'un cortège d'hommes armés^ pour faire justice contre les oppresseurs du peuple. Sa justice, c'était l'assassinat. L'autorité du comte de Flandres était impuissante à réprimer un tel désordre. Jacques Darthevelt de* vint le roi du peuple ; on le mit à la tète de la commune de Gand , et de là il fit trembler tout le pays '. Cest à cet homme que s'adressa le négociateur d'Edouard, et, quand la négociation fut arrêtée, Jacques assembla le peuple, « et leur montra , dit la chronique , que sans le roy d'Angleterre il ne pooient vivre ; car toutes Flandres est fondée sur drapperies , et sans laine on ne peut drapper , et pour ce , il looit que l'on tenist le roy d'Angleterre amy. » Le peuple applaudit , et Jacques s'en alla tout aussitôt avec son cortège d'bommes armés répéter à Bruges , à Ypres , à Bergues , à Cassel , à Furnes , sa harangue anglaise ;

* Les Grandes Chron, écriyent Jacques de Artheyelt; Froissard dit Jaquemart Dartevelle.

* Grandet Chron, SuWant Froiisard , Jacques Dartheyelt lui-même avait élé brasseur de miel.

* « Celluy estoit entré en si grant fortune et en si grant grâce à tous les Flamands que ce estoit tout fait ce qu'il faisoit, et youloit deviber et commander partout Flandres de Tung des bouts jusques à l'autre, et n'y avoit nully tant fust grant qui de riens osast trespasser son commandement ne contredire. Il avoit toujours après luy allans aval la ville de Gand soixante ou quatre-vingts varleU entre lesquels il y en avoit deux ou trois qui sca voient de ses secrets , et quand il rencontroit ung bomme qu'il bayoit ou avoit en souspcçon il estoit tantost tué. > Froissard , f. xvii.

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