‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 5 sur 50 · HENRI I · texte numérisé non relu

HENRI I

1031 . — A la mort de Robert, la terrible reine Constance tenta de rallumer les guerres de famille. Elle fit à son fils Robert un parti de seigneurs , où vint aussitôt se mêler le comte de Champagne , toujours prêt aux batailles. Henri , couronnéroi, fut surpris par cette soudaine levée d*armes. U quitta Paris avec quelques fidèles, et alla chercher un

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refuge sar les terres de Normandie. Le duc Robert, fils de Richard, Faccueillit avec honneur, et lui leva une armée. Henri vintaussitôtTers Paris, reprit les villes qui lui avaient été enlevées, et étonna la rébellion par l'activité de^sa défense. Ce fut Foulques Nerra qui alors fit entendre des paroles de paix en reprochant à la reine /a fureur brutale avec laqudle elle poursuitaU ses enfants * ; et il rétablit la concorde dans la famille de Henri. Peu après , Constance mourut, et laissa son fils Henri en pleine possession de la royauté.

1032. — Henri établit son frère Robert dans le duché de Bourgogne, dont lui-même avait eu le titre, et il tourna toutes ses armes contre Eudes, comte de Champagne, mettant à profit, dit le chroniqueur, les ressources de son esprit et sa rare activité pour surveiller et pour défendre les intérêts de son royaume. La rébellion fut domptée, et Eudes, qui s'était longtemps rendu formidable par ces guerres, ses usurpations et ses ravages, fut obligé de flédiir le genou devant le roi et d'obéir humblemerU à son autorité*. MeÔB ^infatigable guerroyeur alla tout aussitôt chercher d'autres batailles. Il disputa la Bourgogne Transjurane a Teiapereur Conrad, et il y avait quelques droits par sa parenté avec le roi Rodolphe HI, dont il était neveu. L'empereur qui n'avait que des droits semblables, ayant épousé Gisèle, nièce du même roi , avait de plus le titre d'héritier, écrit dans le testament de Rodolphe, et il avait aussi des armées plus puissantes. Eudes ne céda pas toutefois sans avoir tenté les combats. D s'attaqua au duc de Lorraine, Goscilon, vassal de Tempereur. La bataille fut sanglante ; Eudes y fut tué, et la Bourgogne resta à Conrad.

Eudes laissait deux fils , Thibaut et Etienne, héritiers de son génie de trouble et de guerre. Nous les retrouverons tOMi à l'kevre.

Le roi Henri, resté mettre du trône, avait cherché à 8*«ffénmr par des alliances. Il avait épousé Mathilde, fille de ïanpereur, et cette union était politique ; en même

* Chr. de Raoul Glaber. Liv* m.

*lbid.

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temps il avait fait au duc de Normandie des concessions de domaines pour se Fenchaîner davantage ; et la sagesse ici paraissait moins. Le duc de Normandie touchait à Paris par Gisors, Pon toise et Chaumont : c'était un grand péril dans le système de vassalités guerroyantes, qui constituait alors tout le droit public.

Bientôt le trouble renaît. Il y avait un quatrième fils du roi Robert, qui jusqu'ici n'avait point paru. Il n'avait point eu part au partage des domaines de son père, et il se fatigua de sa nullité. Les deux fils du comte de Champagne, Thibaut et Etienne, vinrent l'exciter aux armes. Il y eut des batailles. Eudes fut fait prisonnier, et les deux comtes furent poursuivis à outrance. L'un d'eux, Thibaut, tomba aux mains du comte d'Anjou, qui était alors Geoffroy, surnommé Martel, fils de Foulques le Noir. Peu après, l'autre mourut: il laissait un enfant. Thibaut, à qui le comte d'Anjou rendit la liberté, courut s'emparer de son héritage. La révolte contre le roi parut oubliée.

1037. — Mais une affaire plus grave se montrait dans la Normandie. Et voici que, dans ce récit, commence à paraître le nom de la Terre-Sainte, qui va se retrouver tout à l'heure dans toute l'histoire de cet âge.

J'ai dit comment l'imagination des peuples avait été frappée d'avance dé l'idée de cette révolution de 1000 ans qui venait de se consommer. De grandes et mystérieuses terreurs remplissaient le monde. Tout devenait un présage. Et aussi des calamités réelles s'étaient ajoutées à ces désolations imaginaires. Le chroniqueur Raoul Glaber nous a conservé le récit d'une famine effroyable qui ravagea les Gaules. Des comètes avaient brillé au ciel. Des miracles avaient éclaté dans les monastères. Des apparitions avaient épouvanté les prêtres dans les couvents et dans les églises ^ L'impression de ces choses extraordinaires disposait aisément les âmes à un besoin inconnu de péni« tence , et les pèlerinages lointains parurent une expiation naturelle des grands péchés et des grands désordres. On

* Pauim.Uv.m etiv.

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pensa que le pardon serait plus facilement obtenu par une prière faite en des lieux consacrés par les grands mystères du Christianisme. Quelques pénitents allèrent à Rome , un plus grand nombre alla à Jérusalem. Ainsi commença Je mouvement des Croisades; ce n'est pas par un système qu'elles s'expliquent, c'est par l'histoire.

« Dans le même temps , dit Raoul Glaber , une foule innombrable venait des extrémités du monde visiter le Saint Sépulcre du Sauveur à Jérusalem. Jamais on n'aurait cru qu'il pût attirer une afQuence si prodigieuse. D'abord la basse classe du peuple , puis la classe moyenne , puis les rois les plus puissants , les comtes , les marquis , les prélats; enfin, ce qui ne s'était jamais vu, beaucoup de femmes nobles ou pauvres entreprirent ce pèlerinage ; il y en eut môme plusieurs qui témoignèrent le plus ardent désir d'y mourir, plutôt que de rentrer dans leurs pays *. »

Le formidable Foulques le Noir fut de ceux qui firent ce pèlerinage par pénitence; et il le fît plusieurs fois, comme un homme qui a besoin de beaucoup de pardon. On finit par lui donner le surnom de Palmier, parce qu'il avait coutume de rapporter des palmes de la Palestine. Il fonda sur ses terres un monastère en l'honneur du Saint Sépulcre •.

Ce goût de voyages pieux remua surtout la Normandie; déjà nous avons vu les relations d'hospitalité qui s'étabhrent bientôt entre ces peuples et les moines de la Terre Sainte. On envoyait et on recevait des présents. C'était comme un penchant qui se révélait d'avance vers les choses de l'Orient. L'Italie était à la fois un but de pèlerinage. En iOlS, plusieurs Normands allèrent y faire des vœux et puis s'y établirent '.

L'histoire mentionne avec honneur quarante Normands, qui , au retour des Lieux-Saints , allèrent défendre Saleme , assiégée par les Sarrasins *, Leur gloire devint po-

* LIT. nr.

* Mém. de Hagaes de Fleury.

* Chronique de Hugues de Fleury*

* Le P. DaoieU

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pulaire, et peu à peu il se rattacha à cette idée de pèlerînage dans les lieux saints du Christianisme une pensée d'héroïsme , qui donna à la piété une exaltation inconnue.

S'il en faut croire la chronique de Hugues de Fleury , une migration se fît , plus solennelle et plus nombreuse. En lQ2i6 , Richard , fils de Richard I" , partit de Normandie pour Jérusalem avec sept cents pèlerins , se chargeant de les nourrir dans la route et de fournir à leurs besoins. Mais celte expédilion , dont nul autre chroniqueur n'a fait mention, est douteuse peut-être; ce qui est certain , c'est que Robert II, duc de Normandie, prit part à ce mouvement de pénitence. « Il se rendit à Jérusalem avec un grand nombre de ses sujets , emportant des présents magnifiques, en or et en argent, qu'il voulait distribuer dans son voyage * , k et ce fut là l'occasion de grands ébranlements dans son duché.

Robert n'avait qu'un fils , qu'il avait eu d'une concubine. Il l'avait nommé Guillaume , du nom de son aïeul. Avant de partir pour le lointain voyage , il assembla les vassaux de son duché, et leur présenta son fils comme son héritier, leur demandant pour lui le serment militaire. Les grands jurèrent de lui obéir.

Mais Robert , revenant des Lieux-Saints, alla mourir à Nicée. Cette nouvelle jeta le deuil et le trouble dans la Normandie. Il se fit des partis contre le jeune Guillaume. Un seigneur se prétendit d'abord héritier légitime du duché, il se nommait Roger de Toni ; il descendait, disait il, d'un oncle de RoUon. Il trouva des auxiliaires , appelés autour de lui par la renommée de ses batailles contre les Sarrasins d'Espagne. Mais un autre Roger , seigneur de Beaumont , le tua dans un combat.

Toute la Normandie fut en proie à des guerres privées. Nulle autorité ne se montrait. Alain , duc de Bretagne , vint se^mêler à ce désordre , prétendant aussi des droits à la succession de Robert. Mais il mourut sans avoir pu suivre ses desseins.

* Raoal Glaber.

HISTOIRB DE FRATfCB. 3S

Le roi Henri , témoiD de ce grand trouble , commença à son tour à chercher s'il n'en pourrait pas sortir quelque profit pour sa couronne. H eut aisément un prétexte de rupture. Il se plaignit d'insultes faites par la garnison normande du fort de Tillières, sur TÂure , et tout aussitôt il en demanda la démolition. Le refus fit la guerre. Tilliëres fut assiégé et se rendit. On y mit le feu , et tout indiquait une suite de pensées menaçantes. Le jeune ducGuillaume, qu'on n'avait pas vu encore dans les batailles, pensa qu'il fallait éviter de se commettre avec le roi de France. Ses ministres sollicitèrent la paix et l'amitié de Henri, rappelant les liens qui l'avaient uni au duc Robert. Henri se laissa toucher, et dirigea ses armes contre les partis qui désolaient la Normandie.

•Un autre prétendant s'était montre. Il était d'une grande et noble race. Son père, comte de Nevers, avait disputé la Bourgogne , après la mort de Henri , frère de Hugues Capet. Puis il s'était retiré en Normandie, où il avait épousé une fille de Richard II. Guy, venu de ce mariage , ne manquait pas de titres. Un grand nombre do seigneurs venaient à lui. Bientôt ilse vit à la tête d'une armée formidable. Le duc Guillaume appela à son aide le roi Henri ; et tous les deux allèrent combattre Guy dans le comté de Hyèmes. Dans la mêlée d'une bataille qui fut sanglante, le roi de France fut attaqué corps à corps par un capitaine nommé Haimon, qui lui porta d'horribles coups de lance et le jeta en bas de son cheval. Le roi allait périr, quelques chevaliers se précipitèrent pour le défendre. Haimon fut percé de leurs coups. La victoire resta à l'armée des deux princes, et Guy disparut du pays. On raconte que le roi voulut honorer la vaillance du capitaine qui l'avait si rudement atteint, et qu'il le fit porter en terre avec grande pompe. ^

Un autre prétendant se montra quelque temps après et cette fois avec la faveur du roi. C'était Guillaume d' Arques, comte des pays qui s'étendent d'Eu à Dieppe. Il était fils du second ht de Richard H , et son frère Manger était archevêque de Rouen. Le droit d'hérédité était ma^

nifeste. Le comte le soutint intrépidement dans son château d* Arques. Le duc Yy attaqua , et le roi lui porta des secours. Mais, après des combats oîi Tarmée des Français ne fut pas toujours heureuse , le roi se retira vers Paris « et le château qui manquait de vivres fut obligé de se rendre [1046]. Le comte se réfugia à Boulogne , et le duc devint maître de tout le pays. Déjà son génie s'était développé , et son autorité était devenue imposante.

1054. — Cependant, au bout de quelques années, Tesprit d'indépendance se ralluma. Les grands de Normandie souffraient impatiemment une domination sévère. Les vassaux voisins avaient eu aussi quelques querelles avec le duc Guillaume. Le duc d'Aquitaine le haïssait. Le duc d'Anjou le redoutait. Tous excitèrent le roi contre lui, et bientôt il se vit seul en butte à une ligue formidable. Deux armées de Français envahirent la Normandie : l'une sous les ordres du roi et du comte d'Anjou; l'autre sous les ordres d'Eudes, frère du roi; de Renaud, comte de Clermont; de Raoul , comte de Montdidier, et de Guy, comte dePonthieu.Lapremièredescendit versËvreux, la seconde vers le pays de Caux : l'une et l'autre portant de tous côtes l'effroi et le ravage.

Le duc marcha droit au roi avec une partie de ses troupes, et envoya le reste contre Eudes, sous la conduite du comte d'Eu. Des batailles furent livrées. Le comte Eudes fut battu dans le pays de Caux, près de Morleracr; le comte d'Anjou le fut sur la Dive, dans la basse Normandie. Le roi, à ce qu'il semble, était déjà rentré dans ses domaines; son expédition avait manqué de prévoyance, elle ne servit qu'à donner de l'éclat aux armes du duc Guillaume , et à justifier d'avance sa destinée.

Du reste, peu d'événements s'étaient montrés dans le royaume de France pendant ce long espace de temps , où n'apparaissent que ces prétentions et ces batailles de la Normandie. C'est encore la féodalité avec ses guerres et ses déchirements, qui absorbe en elle-même toute la vie politique, et l'histoire générale de la nation saisit à peine quelque indice d'un mouvement supérieur. 11 semble qu'il

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faille laisser à la constitution complexe de la monarchie le temps de se disjoindre par ses propres luttes.

LÉglise cependant opposait au désordre son esprit de pacification, et ne pouvant toujours désarmer Tanarchie, eJJe la suspendait quelquefois par une loi nouvelle qui fut appelée la Treugue (la Trêve) de Dieu. « On vit bientôt, dit le chroniqueur, les peuples d'Aquitaine et toutes les provinces des Gaules, à leur exemple, cédant à la crainte ou à Tamour du Seigneur, adopter successivement une mesure qui leur était inspirée par la grâce divine. On ordonna que, depuis le mercredi soir jusqu'au matin du lundi suivant , personne n'eût la témérité de rien enlever par la violence , ou de satisfaire quelque vengeance particulière , ou môme d'exiger caution ; que celui qui oserait violer ce décret public paierait cet attentat de sa vie, ou serait banni de son pays ou de la société des chrétiens. Cette loi, ajoute le chroniqueur, n'était pas fondée uniquement sur l'autorité des hommes ; Dieu manifesta plus d'une fois par des exemples terribles qu'il l'avait prise sous sa protection. La plupart des furieux qui osèrent, dans leur folle témérité, désobéir à cette résolution commune, tombèrent bientôt sous les coups de la vengeance divine, ou le fer des hommes en fit justice '. »

Telle était la réaction chrétienne contre les guerres privées , et l'imagination populaire n'expliquait les désastres dont elles étaient suivies qu'en y voyant des exemples de la punition du Ciel. D'affreuses maladies, d'horribles famines étaient la consécration formidable de la Trêve de Dieu , et l'on conçoit que les faiseurs de batailles durent plus d'une fois s'arrêter devant cette impression générale de terreur et de vengeance. • C'était, dit encore l'historien , une grande justice; car si Ton croit devoir honorer d'un culte respectueux le jour du dimanche qu'on appelle l'Octave, en mémoire de la Résurrection du Seigneur, ne doit-on pas aussi , par respect pour la Cène et pour la Passion du Sauveur, s'abstenir de toute c>ction criminelle

< RaoolGIaber. Llv.v.

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le cinquième, le sixième et le septième jour*. • Ainsi Tanarchie féodale trouvait un terrible contrepoids dans Fautorité de TÉglise et dans la croyance des peuples , et la trêve de Dieu était déjà reconnue et exécutée dans presque toutes les Gaules*^ à Tépoque des batailles des fils du comte de Ghandpagne et des prétentions armées qui troublèrent la Normandie. Et c'est pourquoi peut-être ces événements n'eurent pas de suite , et firent peu d'ébranlement dans la monarchie.

Au midi toutefois , les vassalités s'étaient concentrées en une sorte d'unité. Le duché d'Aquitaine , celui de Gas^ cogne et le comté de Poitiers étaient passés sous un seul chef, le duc Guy-Geoffroy-Guillaume, et c'était la révélation d'une tendance à la simplicité monarchique qui plus tard devait reparattre. En ce même temps on voit le nom de Gérard d'Alsace, que l'empereur Henri III, son cousin, fait duc de Lorraine. « D est la souche des sérénissimes princes et ducs souverains de ce nom , dont la maison a donné tant de héros à la Lorraine, à la France et à l'empire *. •

Cependant le roi Henri songeait à l'avenir de sa couronne. Sa santé était fléchissante. Il s'associa au trdne son fils aîné Philippe, qu'il avait eu d'un second mariage avec Anne , fille de Jaroslaf S roi de Russie, et qui n'avait encore que sept ans. U entoura de pompe cette solennité. Les évêques du royaume , les abbés , les grands furent appelés à Reims le jour de la Pentecôte. Tous , dans une assemblée, donnèrent leur consentement au couronnement du jeune prince ; c'était comme une formule d'élection conservée dans l'hérédité. Puis Gervais de Belème, archevêque de Reims , fit la consécration. L'histoire des conciles nous a conservé le serment qui fut prononcé par le jeune roi. « Moi, Philippe, qui vais par la miséricorde de Dieu être couronné roi de France , je promets en ce jour de mon couronnement, en présence de Dieu et de

1 RaooI Glabert. Liv. v. — • Ibid. — » Le P. Daniel, - * Chr. de Saint-Denis. Ce deuxième mariage a de rimportance dans l'Hist. génér. de TÉglise. Voy. une dissert, du P. Verdière, Éludes de ThéoL, lom. II.

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ses saints, que je conserverai à chacun de vous en partieulier et à vos églises vos privilèges canoniques, 'quo j*obsenrerailes lois, et vous rendrai la justice , et qu'avec Faide de Dieu je vous protégerai autant qu'il sera en mon pouvoir , et comme il convient à un roi de faire dans son rojaume, à l'égard de tous les évoques et des églises qui leur sont confiées, et selon Téquité et la raison. Je promets aussi au peuple dont le gouvernement me sera con^ féré de maintenir, par mon autorité, Tobservation des lois^»

Dans ce serment il est remarquable que les grandes existences ducales ont disparu , il ne reste que TÉglise et le peuple. L'Église était toute la représentation de Torganisation sociale , et c'est avec un profond oubli dos temps qu'on a , dans les appréciations modernes , cherché une tendance d'usurpation cléricale dans ce qui n'était que le résultat des révolutions de la société. Il faut observer aussi que les vassaux avaient ou croyaient avoir leur indépendance suffisamment consacrée par la loi féodale et par le droit de leur épée, et le roi n'avait plus à jurer la conservation de leurs gouvernements ou de leurs domaines , qui étaient devenus une sorte de souveraineté distincte. Mais de là même devait un jour venir la décadence de leur pouvoir.

4 août 1060. — Peu de temps après cette grande solennité où , pour la première fois , on vit l'archevêque de Reims constater son droit de sacrer le roi de France , et de recevoir sa profession de foi ', Henri mourut. Il avait régné trente ans , et si dans ce long règne il s'offrit pou d'événements de haute importance, rautorité du monarque ne parut pas moins s'enraciner dans la nation. Vaillant à la guerre , il aima la paix. Il crut utile d'éviter les ébranlements ; et en effet Tégalité paisible du commandement était propice à la monarchie. Il y eut en lui une première

' Procès-verbal du sacre de Philippe 1*'. — Conventus Remensis. Tom. IX conc. — Hist. chron. L'abbé André * Prooèfl-verbal du uere de Philippe 1*'. Ihid.

révélation du caractère de générosité chevaleresque qui devait plus tard se développer. On a vu comme il entoura d'honneurs le cadavre du capitaine qui Tavait failli tuer dans la bataille où fut vaincu le comte Guy , Tun des prétendants au duché de Normandie. On raconte qu'il fit à Tempereur Henri III une provocation de combat singulier ; il avait tenu à offense Taccueil fait par Henri à Thibaut de Champagne , au temps de ses rébellions ; mais le défi n'eut pas d'autre suite.

Durant ce long règne , peu de modifications parurent dans le droit public ; mais de grandes réformes se firent dans la gestion des églises et des monastères. Depuis les spoliations commises au temps de Charles Martel, il y avait au fond des cœurs un ressouvenir profond , et un besoin souvent exprimé de réparation. Henri fit de cette justice un puissant moyen d'amélioration politique : il rendit au clergé tous les biens dont il fut possible de disposer, après une si longue dépossession , et y ajouta tout ce qu'il put de terres restées incultes et comme abandonnées dans le pays , au milieu des guerres et des usurpations féodales. Ce fut là une force puissante de résistance à l'anarchie , et do là devait sortir la liberté définitive du peuple.

Mais le clergé était travaillé d'un mal pire que la misère et le dépouillement. La simonie ravageait l'Église dans tout l'Occident. « Elle n'avait pas seulement corrompu l'Église gauloise ; l'Italie tout entière en était encore bien plus infectée , et toutes les charges ecclésiastiques étaient alors l'objet d'un trafic aussi vénal que les marchandises exposées en plein marché ^ » On en était venu à Rome à vendre le siège apostolique à un enfant de douze ans * ; le peuple romain s'était révolté contre une si grande ignominie , et l'empereur avait dû intervenir pour l'élection de Grégoire VI , qui ne fit que montrer ses vertus sur la chaire de saint Pierre '. Le roi Henri s'apoliqua dans les Gaules

' Baoal Glaber. Ut. ▼.

" Ibid.

' Nommé en 1044 , Il ee dépouilla de ea di$fnité en 1046, dans un concile, pour mettre fin à l'anarchie romaine. Yoy. VHist. de VÉglise,

nsTOiBB DB FiAircas. 41

à rextennination d^un mal aussi infâme. Il fit des réformes dans les monastères et dans les églises ; il travailla à donner au clergé de la dignité ; comme Robert, il mit son zèle aux constructions des saints édifices. Mais en tout cela il parut vouloir agir par sa seule force , et il vit avec déplaisir la venue du pape Léon IX , qui voulut de sa personne arracher les abus , en présidant un concile à Reims en 1049 ^ Plus tard , il s'opposa au voyage de Nicolas II , qui voulut venir pour des causes semblables. Cétait comme un besoin de montrer la royauté suffisante aux nécessités morales de la nation, et aussi elle se rendit imposante par la mission de réforme chrétienne qu'elle fit reconnaître en elle.

Sous Henri P' parut Fhérésie de Bérenger , d'Angers , contre la présence réelle ; hérésie parfois renouvelée , parce qu'il est de la destinée du christianisme d'être attaqué dans sa racine , afin qu'il soit plus manifeste que sa destinée est aussi de ne point mourir.

Quant à Forganisation extérieure des états et des pouvoirs dans les Gaules , elle subit peu de modifications apparentes. Le royaume de Provence , passé d'abord dans la Bourgogne Transjurane , était venu ensuite , par Conrad le Pacifique, dans le domaine de l'empire. Mais les comtes s'étaient rendus peu à peu indépendants. En 1054, le comte Geoffroy parut vouloir s'afTranchir également de la souveraineté de l'empereur et de celle du roi de France. Il transforma la féodalité dans son pays, en y érigeant cinquante fiefs, qui, rompant pour le présent l'unité du commandement , en préparèrent cependant le retour sous une autre forme. Ce fut dans cette partie ancienne des Gaules que la civilisation nouvelle jeta les premières racines. L'esprit municipal avait survécu , et les seigneurs n'exercèrent que comme un patronage ce qui était ailleurs un droit de domination.

Mais la tranquillité des modifications qui se faisaient dans le royaume était comme une préparation des vastes

' Frag. de YHût, des Françaii.

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ébranlements qui allaient se faire de tous côtés. Voici que nous entrons dans les révolutions qui vont embrasser F uni* vers. Nous ne pourrons que les mentionner avec rapidité ; mais nous nous efforcerons de les pénétrer dans leurs xauses , et aussi d'eu marquer toute la portée.

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