PHILIPPE I
1062. -^ Le roi Henri, prévoyant au delà de la mort, avait institué pour tuteur de son jeune fils Philippe, déjà couronné roi , le comte de Flandres , Baudoin V , surnommé de rile , à qui il avait donné sa - sœur Alix en mariage; il lui avait décerné le titre de Marquis de France, comme signification du droit de régent. Et il avait fait à dessein ce choix à Fexclusion de la reine Anne, qui, venue des terres lointaines de Russie , avait peu de racines dans la nation, et de son frère Robert, duc de Bourgogne, qui en avait trop. La sagesse du monarque ne fut point trompée ; le comte Baudoin gouverna le royaume et le roi avec prudence, évita les chocs d* ambition, ne pritTépée qu'une fois pour comprimer les Gascons disposés aux révoltes, et laissa ensuite les divisions féodales suivre leur cours.
Mais un grand événement vint tout aussitôt bouleverser cette marche régulière du désordre.
St-Edouard, roi d'Angleterre , mort sans enfants, avait déclaré son héritier Guillaume, duc de Normandie, qu'on app^elait Guillaume le Bâtard. Baudoin sembla pressentir tout ce qu'il y avait de fatal dans cette élévation à une royauté étrangère d'un grand vassal de France. Peu de moyens d'action lui semblaient rester pour empêcher Feffet du testament du roi. Toutefois un prétendant à la couronne se présentait; c'était Harold ou Harald, fils de Godowin, comte de Kent, dont Edouard avait épousé la fille, et qui avait rempli l'office de maire du palais. La vie de Harold avait été pleine d'aventures; ayant été jeté par une tempête sur les côtes de France, il était tombé aux mains du comte de Ponlhieu, qui l'avait retenu captif, et puis l'avait envoyé au duc de Normandie, son suzerain. Le
duc Guillaume lui avait arraché une cession de ses droits sur la couronne d'Angleterre , et ensuite il Tavait mené dans une expédition contre les Bretons. Ainsi F un et Vautre s'étaient connus dans les batailles ; tous les deux avaient du courage, de Fhabileté et de Tambition. Quand JÉdouard fut mort, ils se retrouvèrent pour se combattre.
D'autre part, il y avait un frère de Harold qui nourrissait des pensées semblables de prétention à la royauté; c'était un caractère violent el une âme féroce, qui, du vivant d'Edouard, avait été contraint do sortir d'Angleterre , et le comte de Flandres l'avait accueilli. Quand fut venu le moment d'en faire un instrument de politique, le comte l'envoya en son pays avec une flotte ; et ainsi deux concurrents allaient s'offrir au duc de Normandie.
£n môme temps Conan, duc des Bretons, sommait Guillaume de lui restituer la Normandie, sur laquelle il avait droit, disait-il, par le fait de la volonté du duc Robert, mort à Nicée, qui avait institué Alain, son père, son héritier. £t Conan faisait plus que d'envoyer des messages insultants et menaçants au duc Guillaume, il paraissait en armes et assiégeait Château-Gonthier.
Ces difficultés semblaient suscitées de concert par le génie du comte de Flandres et par l'ambition de Harold; et Guillaume eut à répondre à tant d'agressions par une défense variée. Tout lui fut bon , et le poison même, s'il faut en croire l'histoire de Bretagne. On fit empoisonner les gants et les armes du duc Conan par son propre chambellan ; et comme le duc faisait défiler son armée sous Château-Gonthier, qui avait ouvert ses portes, en portant fréquemment ses ^ants à sa bouche, il aspira le venin fatal, et il mourut dans sa victoire. Tel est le vieux récit , imaginé peut>ètre par la nationalité rancunière des Bretons ^
Je ne saurais dire ici par quelle suite d'actions Guillaume le Bâtard devint Guillaume le Conquérant. Il avait commencé par s'attirer la faveur du pape, et ce suffrage était alors tout puissant dans les déplacements de royauté.
■ Argentré. — HisU de Bretagne^ liv. m , chap. 94. Le père Danl^!.
44 HISTOIKE DE FRAIfCE.
Lo pape lui envoya un drapeau bénit de ses mains; il alla ie déployer dans rassemblée de ses vassaux à Lille-Bonne, comme un présage do victoire : et, les ayant excités à lo suivre dans son entreprise , il se mit en mer avec une flotte de soixante-dix vaisseaux ^, chargés de soldats ac~ courus de tous les points de la Gaule. La pensée d'une guerre aussi aventureuse avait ému les imaginations : les grands vassaux se mêlaient au peuple ; les noms les plus brillants de la féodalité française se pressaient autour du héros normand : cent cinquante mille hommes marchaient sous les drapeaux de Guillaume *. Le roi seul, ou son ministre du moins , s* abstenait de vœux pour un triomphe qui renfermait des calamités pour la monarchie.
Le duc Guillaume débarqua à Pesenvai, dans le comté <]e Sussex; puis il marcha le long de la mer vers Hasting, 6t s'y établit. Là se décida la grande querelle des prétendants par une bataille mémorable. Guillaume, vainqueur «près une lutte sanglante et quelque temps douteuse, fut assuré du trône. Harold avait été tué dans la mêlée ; la roule de Londres resta ouverte ; Guillaume alla s'y faire couronner par l'archevêque d'Yorck.
1067. — Peu après, le régent du royaume, Baudoin, mourut laissant son pupille Philippe, âgé de quinze ans, tranquille sur son trône, et deux fils qui bientôt allaient se disputer la Flandres; le plus jeune, nommé Robert, avait, du vivant de son père, reconnu le droit de son frère aîné Baudoin , et il était allé tenter des aventures chevaleresques contre les Sarrasins d'Espagne. Déjà se développait le besoin d'expéditions lointaines , et par là devait se renouveler la constitution générale de JEurope. Robert éprouva des fortunes diverses; il gagna et il perdit des batailles , et enfin il revint en Flandres avec quelques débris de son armée. Son père lui fournit des hommes et
* Chr. de Hugues de Flenry.
* Ibid,^lA présente histoire ne saurait avoir à désigner les vaillants •qui prirent part à la conquête; mais il y a des noms qui se survivent : tel fut celui de Cantillon, que Thistoire retrouve ûdèle à lui-même dans la suite des révolutions de l'Angleterre.
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des vaisseaux pour regagner les rivages d'Espagne. Une tempête dispersa sa flotte ; alors il se fit pèlerin de Jérusalem, et il se mit en route pour Constantinople. Il trouva des seigneurs normands , avec des hommes de leur na-tion, qui servaient dans les armées do Tempereur contre Jes Sarrasins. U tenta avec eux de s'emparer de la Grèce. L'empereur découvrit la conjuration, et Robert s'enfuit dans son pays ; là, à défaut d'aventures, il fit des mtrigues. Il se maria avec la veuve du comte de Frise, qui gouvernait pour son jeune fils Thierry ; par là il acquit quelque force, et, quand son père fut mort, il prit les armes contre son frère Baudoin. Celui-ci défendit son droit; mais il fut tué dans la première bataille, et Robert resta maître du duché.
1070. — Baudoin laissait doux ûls en bas âge : l'aîné- Arnoul avait douze ans ; avant de .commencer la guerre contre son frère , il les avait recommandés à la protection du roi Philippe , et Richilde , leur mère, comtesse deHainaut, se hâta de l'aller supplier de venir à leur aide. Philippe , jeune encore , courut avec témérité à la rencontre de Robert, déjà éprouvé aux batailles. Il se laissa surprendre auprès de Cassel, et toute son armée fut détruite. Le jeune comte de Flandres fut tué dans la bataille. Le roi rentra dans son royaume. La comtesse Richilde alla chercher d'autres secours , pour son second fils Baudoin, auprès de Tempereur Henri IV. Mais Robert eut le temps de s'affermir, et lorsque la guerre lui fut montrée au nom de l'empereur par le duc de la Basse-Lorraine etTévèque de Liège ^ il déconcerta les attaques par la puissance et l'habileté de sa défense. Le roi Philippe avait changé de vues , et , au lieu d'un ennemi, Robert avait un auxiliaire. La guerre fut abandonnée. Mais il se fit des arrangements Richilde et Baudoin furent laissés dans le Hainaut. Robert resta paisible dans la Flandres. Et Philippe épousa pou après Berthe , fille de la comtesse de Frise , et par conséquent belle-fille de Robert. De là devaient naître de tristes agitations pour ce règne.
Mais présentement l'attention générale est fixée à d'au^ très objets.
Voici qu'une immense lutte s'était déclarée entre la papauté et Tempire. Ce n'est point ici le lieu de la raconter. Mais l'histoire s'arrête à ce spectacle, où se révèle un effort extraordinaire de rénovation dans le monde catholique.
Depuis longtemps la constitution ecclésiastique fléchissait sous les passions politiques. Le désordre était entré dans le sanctuaire. L'anarchie féodale emportait le clergé comme tout le reste; et enfin une confusion étrange régnait dans la juridiction des puissances, la Royauté et l'Ëglise s'attaquant par des rivalités de commandement, qui n'aboutissaient qu'à des sacrilèges et à des simonies.
Un étonnant génie, Hiidebrand, fils d*un charpentier, avait apparu au miDeu de ces désordres, avec la pensée fixe de ramener l'humanité dans ses droits naturels, et on l'avait vu servir tantôt de guide et tantôt d'instrument à plusieurs papes qui venaient de se succéder, quelquesuns trop faibles pour opérer cette réaction, tous assez sages pour en suivre la pensée avec ténacité.
Alexandre II avait paru le dernier à cette œuvre de réformation chrétienne. La force d'âme, les lumières, le courage, rien ne manqua à ce pontife, si ce n'est le temps. Mais il laissait après lui Hiidebrand, son conseil, son ministre et son auxiliaire.
Lorsque ce grand pape parut sous le nom de Grégoire VII, la lutte restait engagée ; et il résolut de conduire la victoire de l'Ëglise à son dernier terme.
Or la victoire, c'était d'abord la liberté. Et comme la puissance temporelle n'avait acquis la domination qu'en établissant son droit par des maximes sociales qu'il fallait faire adopter pour toute raison de la servitude, le pape formula en maximes opposées le droit de l'Église, et les luttes pour la liberté se transformèrent aisément en batailles pour la suprématie. C'est ainsi qu'il en arrive dans les temps ob il se fait un effort de réaction quelconque contre les dominations exagérées; on arrive à des exagérations d'une autre sorte, jusqu'à ce que le temps ait remis l'équilibre entre le commandement et la liberté.
HISTOIRE DE FRAICGB. 47
La théorie sociale de Grégoire VII a été exposée de nos jours avec une extrême précision par Thiâtorien de ce grand pape ;le protestant Voigt ^ On voit dans les préoccupacions profondes du pontife la pensée fixe d'affranchir r%L'se en réformant les hommes. Et pour arriver à ce grand but, il veut faire rentre^la royauté dans ses limites ; car la corruption vient do ce qu'elle a fait invasion dans le sanctuaire. C'est Tidée générale du réformateur , et elle est admirable de vérité.
Or , entre les causes d'altération publique qui s'étaient enracinées, il y en avait une qui eût à la longue ruiné complètement la constitution de TÉgUse ; c'est celle qui tenait au droit d'invesfilure. L'tnv«sltlure était une dérivation du régime féodal. Le roi ou l'empereur avait la coutume de remettre à chaque dignitaire ecclésiastique , nouvellement élu , l'anneau et le bâton pastoral , double signe de sa dignité , et cette coutume tenait à ce qu'à la charge ecclésiastique était toujours attaché un fief qui , dans l'ordre politique , le liait au souverain comme tous les autres féaux. Mais ce qui d'abord n'avait été qu'une coutume constitutionnelle, se corrompit bientôt ou se dénatura pour . devenir un droit de disposer des dignités mêmes do l'Église. Le droit ainsi étendu fut supporté longtemps , à cause de la confusion de la société , et alors on vit les évêques et les abbés oubUer eux-mêmes la nature de leur mission , et se transformer en féaux bataiUeurs , chasseurs et aventuriers. Le premier désordre en produisit de plus grands. Les fiefs ecclésiastiques furent poursuivis comme un objet d'ambition. Le prince les mit à l'encan , et on les acheta a prix d'or , ou à force d'intrigue. De là des scandales conduits à l'excès, la débauche venant à la suite des simonies, et, avec les vices infâmes de ces sortes d'évêques et d'abbés , la servitude de l'Église entière.
Voilà donc le désordre que Grégoire VII voulut extirper, nie trouvait principalement en France et en Allemagne ; nul dessein ne fut plus grand ni plus digne d'un pape que
* fié $t pontifieat du pape Grégoire TU.
48 HISTOIRB DB FRàKGE.
celui de s^altaquer à un mal aussi profond et aussi rongeur.
En Allemagne, Grégoire VU rencontra pour obstacle un prince emporté par ses passions et celles des autres , mélange de faiblesse et de courage , capable de tous les excès par défaut de vouloir , subissant comme des lois les vices du temps , et défendant de§ coutumes funestes comme autant de droits. Ce prince était Henri IV ; il était entouré d^intrigues. Les favoris le dominaient , et sa politique flottait au gré des caprices. Cest du côté de ces périls que le grand pape eut à tourner tout son génie.
En France , le désordre , tout enraciné qu'il pût être , était combattu par des habitudes antiques de respect pour rÉglise. Le roi Philippe , malgré des dissentiments qui tenaient à la constitution civile , ne poussait pas les prétentions à Textrôme , et le scandale enûn n* était pas comme un droit inaliénable qu'on se crût permis de défendre par tous les moyens.
Toutefois, en s*attaquant au désordre soit en France soit ailleurs , le pape fut exposé à toucher à ce qui pouvait ressembler à des droits réels. L'investiture et la simonie , ces deux fatales causes de ruine , étaient distinctes pourtant dans leur principe. La simonie dériva sans doute de rinvestiture , par une énormité de conséquence que les princes pouvaient d'abord n'avoir pas entrevue ; mais l'investiture elle-même dérivait de la constitution des fiefs , et de l'assimilation qui avait été faite des évéchés et des abbayes avec les grandes existences féodales , sous la loi plus ou moins fictive de l'unité monarchique. C'est ce mélange de droits et d^abus qui donna lieu à des luttes fatales , et qui depuis a perpétué dans l'histoire des jugements contraires sur l'entreprise courageuse de Grégoire vn.
Aujourd'hui toutefois la lumière se fait, et les hommes s'accoutument à comprendre ce qu'il y avait de fécond pour la liberté humaine dans ce travail de génie qui tendait à séparer TÉglise du contact dominateur de la royauté, à aiïranchir le sanctuaire, à isoler les deux puissances spixituelle et temporelle , quel que fût d'ailleurs le désir du
HISTOIRE DB FBANCB. 49
pape de faire prévaloir la première, et de transformer son indépendaDce en suprématie*.
Dans ces longues et fatales querelles, le roi Philippe ne parut point prendre un parti très-décidé. Le goût dos plaisirs le détournait de la politique, et il laissa le mouvement de rÉglise se développer, sans le heurter, mais sans le comprendre. Seulement , un heureux instinct Tempècha de céder à tous les vœux de l'empereur Henri IV. L*indépendance qu*il fallait à ses passions et à ses voluptés, n*aUait pas jusqu'à lui donner le courage d'une séparation avec TEglise.
1073. — Un des premiers actes pontificaux de Gré* goire Vn *, ce fut une lettre écrite a un conseiller de Phi- Bppe T', pour lui dénoncer les simonies qui désolaient rÉglise de France. Drogon, évoque de Hâcon, venait de mourir. Le cler|;é et le peuple lui choisirent pour successeur Landri , archidiacre d'Âutun. Le roi approuva ce choix, mais il ne voulut pas lui donner gratuitement Tinvestiture, et aussitôt Grégoire écrivit en termes foudroyants. « De tous les princes de notre temps qui ont vendu par une vile cupidité les dignités ecclésiastiques, et qui ont déshonoré TËglise leur mère, à qui, d'après le précepte du Seigneur, ils doivent l'honneur et le respect, il n*en est pas qui se soit rendu plus coupable en ce point que le roi de France; comme nous l'avons appris par des rapports non suspects '. » Et après ce début le pape arrivait à des menaces formidables d'anathème ; et en même temps il écrivait à Humbert, archevêque de Lyon, pour le fortifier contre les cabales, et l'exciter à sacrer l'évêque Landri.
Telle fut la révélation de la politique ecclésiastique de Grégoire VII. Bientôt il se tourne vers l'Allemagne avec des efforts semblables d'affranchissement. Puis il revient
* Voir les lages aperçus de Voigt, Thistorien de Grégoire VII, chap. 6, et pasaim.
■ Le P. Dani^ Tom. III, page 111.
* Vie dg Grég. VU. Eplst. , traduction de M. l'abbé Jager.
TOM. n. 4
^ fa^Ti>ânce; ti ^t^nâaM 8 y tfourer quelque rêsisiafi(ie et d'avance il montrait rexcomiiraniKÀtidn. TbuteM$, il tb^ihtf'fmfe'ibÈûer tme sani^ion écbfen%B à'sa:pôlith|u6, <eé'il- e89CiriA»tm grand coiicHo àfl^ome, d'où sortirenties
aé<?i«!én« soifWrtte»: j
F. On^au^en clëre n'oVtienne nne^ ^ipité an un emplbi 'etc^ésiffstiqtfe pat f oie de ^ sifÀonre, c'est-â-dfire, par lé «lo^yeil de Fargwit.
IL Qtle p^râoriiie ne conierre une É^ise acquise aviBç «cfel^^i^^ent; que personiieue se- permette tfaehciw ou'dê vendre les droits d'une éslise. L'Écriture ^ainte, lesdéctê^ tkîg-'cérffcile^ ^t fëj*eîilehfcçfS des 'Pérès c(wrflânimînt*les Tert(^euri3 et tesa?cfiétteiJHrs-de tfignît^s ectlésiaBtfqoes; Idb «nvremelitetrrB it ee* cbm^èrc^e ne peuvent pas'oièine évi4er'PêlnâWièTnfî. ' ^ '• '
HI.'Qtïè •wte'fofnc'libn de rcrarteHoît interdite aux cIbtts rriceniTRcnts^qu^alicrnTrprôtre n'épouse une femme, pt s^^l en a rnie, qu'H fti reuvoîc ^ous peine de déposition ; que personne ne soît élever au sacerdoce, sans avoir promis Sù>onnclferaent qii*fl gkrdera la continence perjpélueîlb. Tel est le décfret des plus saiats et ded plos anciens conciles. • . - *
r ' W. 0»^ ïè •perrrpte-ri'assiste pas aux offices d'tin cjeré tpiir. voit ïofuler. aux T>ièds lies décrets apostoliques. Tel estio défret^e'toôsles conèîTe». ^ " On «-^jèùln à ces eanons, dit rhîstorîen du grand papej uu«' ff/7Ôîb7ftîmtç cpai est comme- une pi^ce de conviction hi'cessoîPo à rëpoque oîi il vivait*; et ensuite les canx)n$ ftinent ^tlre^sé^ imx princes: Ce fut comme la promulgation dos lois do la réforme que poursuivait Grégoire YH. ^ îln'Frnnco^t Quelque opposition, mais plutOt par l*har Piitti^li^ c^rrtTacrèe des désordres que par une volonté" détepnirriijè ée^rvarsterèVâutarité du pontife, lly^ut px)nrlanl un synode réfractaire à Paris. Alors Grégoire VII
« • Cette apologétique, dit le tradacteur de M. Voigt, qal fat ndrmè^ à tous It 8 évt^qucs, est un yéritable «beÎHffœovre Aesagesw^t d'érudition. • rhap. a/. ' . . . • • • • ^ i '* ^
^fVÎS-^fMi tnstoxiis m fraxcê. , 5
'j^BTttttfv'eeded' arrêts implacables, n adressftsQi&âlcUrAaax ^ê«t9es.-'(fétoiit)fabT)TdQntableaui'Weot^i3létde]IàiK^ der^Jise; puis pne admonition sévère âu^pr^lais {^vamateors, éc éoiffn nne menace de Jes suspendre &ê USiUnts t^néthns 'éptôeopâleai; comme Coïiiplices de la ptoliti^Mf) 4A' pfmc^^^i par teur in tervention-' ils n'arrivaient à la cieàsalion de tant d*énormités. ,
• A iHwttr *B ce- moment, Gr^gohre HT pouesni»it.a^ iBuvre, qoeli^a^tbis adoux^issant sa paroW, maiis toqjpjui^ iidMeà^é ffîéme/pefnsée ; décoircéi|tanllé^p^ssipiis^ps^^]a periéTévdnee dèsr atterqide$ , arrntiiiit par dc^és à/&ura (ii^elsptoripÉ^ toiitle monde sajuridictioti Sttpr,ônv9 ;g[taHtIjp^ évècpies a Rome, les jn^gcant et leâ déposant de 3a j^ewè pdissahee; les contraignant de se rendre ' aux .3yQ<Mles t^ffus par «es lëgats; les obligeak S la fi^n' & sie îmx^JfiS Instruments de ses reformes, ftît-cé ^oqtre |e.i(Hitet.iCpiùr^ eut-mèmes*.
. l078'«^^l'0Gll.-^Mais^a p^olîtiquè éiajt înoins hen?eii«> du côté de TAIlemagne; les résistances s'étaient Iraîas^ formées en guerres véritables. Un antipape. avait été élu. Henri le défendait par les armes. Toute ritalie fut en.pme aux batailles. Srégoire YII , dans le triomphe de ',se^,tà* Ibrmes, 'vH échapper de ses niains tPtite ss^ pMissai^£Q.f Rome fliêmé tomba an pouvoir de sonenuemi : toutilui dç^venwt mCdfelfe. Le roi Philippe parut s*associer à .ces colères. Une femme seule, ïa célèbre comtesse. Malfaildoi^ s'était aVtècbée à la fortune du grand pape^ et rien n'e^t magnifique dansThistoire comme ce spectacle ducx>i»aga d'uu vieillard et d'une femme h qui tout manqjuie, et^jui) résistent •au inotide entier. H fallait apparemment.que le* réformes dé l'Église ne ressemblassent p/|s à des victoires vromporlées par le$ atmos. Gi^égoire Vil acheva saviedao^ les fuites etdenslcs e^ils; mâisfËglise était ai&aaçhie.,> et le pt>ntife mourant lui laissait pour dernières paroles des excitations' au courage et des présages do paixetdo liberté "*•;
* V()ir1^.récitode.M.VoigtrnvTol.-^i^eP.<]to|akl,l9ill.i]|>'9.|il '
* Voîr^dattg'î'ouvras'e Ht Voijjt, tôm. II.
52 HISTOIRE DB FRANCB. 1080—1085
Pendant ces dix années de luttes ecclésiastiques, la politique , en France , avait été comme absorbée dans ce travail de rénovation.
Quelques événements s'étaient montrés pourtant du cdté de la Normandie « et il était aisé de pressentir que cette terre avait en elle des germes de révolutions qui seraient funestes.
Le roi Guillaume, établi sur le trône d'Âsgleterre, Bravait point perdu de vue ses domaines et son duché de France ; et on Favait déjà vu passer et repasser les mers pour affermir de toutes parts son autorité contre les essais de révolte ou d'indépendance. Les Manceaux l'appelèrent par leur rébellion, et il vint les frapper de son épée. Hoël, duc de Bretagne, les avait favorisés, et Guillaume se précipita sur lui avec son armée d'Anglais ; un légat du pape intervint dans cette querelle, et le roi Guillaume se laissa arrêter. Mais le duc breton ayant obstinément refusé d$ lui faire hommage , Guillaume reprit la guerre , et le duc se hflta d'appeler à son aide le roi de France. C'était une grande occasion de réiablîr le droit direct de suzeraineté sur la Bretagne; le roi le comprit, et il alla avec une grosse armée droit à Guillaume, qui assiégeait Dol. Guillaume leva le siège et fit des pertes considérables dans sa retraite. Alors un traité fut fait entre les deux rois.
Ce qui eût pu devenir fatal à Guillaume en ces démêlés, oh lui seul suivait une pensée arrêtée de politique , c'est que Robert, l'aîné de ses fîls, tourmenté du besoin de commander, faisait des intrigues pour se faire concéder la Normandie et les terres dépendantes de ce duché. C'est lui qui, par des intelligences secrètes ou publiques, soutenait les vassaux en révolte. Le roi Philippe l'animait dans ses desseins, et enfin il arriva à une guerre déclarée, favorisé, chose étrange 1 par sa mère Mathilde, qui lui sacrifiait ses autres enfants, et cette fois son mari lui-mcmc. Cette guerre, soutenue en Normandie, laissait les factions libres en Angleterre , et il fallut à Guillaume un puissant génie ou une renommée imposante pour ne point périr ians ces déchirements. On raconte qu'ayant assiégé son
1085 — 1090 rasTOiiB db fiarcb. 53
fils dans une place qae lui avait donnée le roi de France, Robert le blessa sans le connaître dans une sortie : et celui-d ayant ensuite entendu la voix de son père, la douleur pénétra son âme, et il se jeta à ses pieds; Guillaume se contenta de le maudire, et il leva le siège.
Peu après une réconciliation se fit, mais pour 6tre suivie de nouvelles rébellions. Robert reparut en Normandie, appelant à lui les peuples, ou bien ravageant les terres avec une armée qu*il avait reçue du roi de France. Guillaume ne voulait point s*engager à tout hasard dans une lutte qui pouvait laisser échapper FÂngleterre de ses mains. Toutefois une circonstance futile vint faire de son courroux un motif de détermination soudaine. Comme il était malade et fort gros , le roi Philippe se prit à dire : Quand est-ce que ce gros homme aura faU ees couches ? La raillerie vint au terrible Guillaume, et il répondit : Je ferai bientôt mes retetailles , et Philippe me verra avec mes luminaires. Et là-dessus il vint avec une armée jusqu^à Mantes, mettant le feu partout, et aux églises mêmes; c'étaient les luminaires dont il avait voulu parler, sinistre réponse à une parole légère, et qui montre que la raillerie n'est pas permise aux rois comme aux autres hommes.
1087. — Mais cette vengeance même fut fatale à Guillaume. Comme il était venu contempler Fincendie qu'il avait allumé à Mantes, la chaleur des flammes le fît éloigner, et ayant voulu franchir un fossé à cheval, le pommeau de la selle le heurta violemment, et il alla mourir à Rouen des suites de cet accident. Il n'eut que le temps de partager ses États. Robert ne fut point exclu de la succession, il eut la Normandie; Guillaume eut l'Angleterre; Henri fat mis en possession des domaines de sa mère Mathilde, qui était morte. Mais cela ne fît point la paix entre eux ; Robert prétendait à la couronne d'Angleterre, et il menaçait de l'aller disputer par les armes; Guillaume le prévint ,* et lui enleva quelques villes do Normandie. Cette dissension dura quelque temps ; elle était profitable à la France ; mais la France même avait à passer par des divisions d'une autre sorte, et non moins funestes.
fé vs^pjw J» ,ÏM9ÇIV 1090— 11 Pp
^iOSik, T^ PhilipRe-„4!tii avait eu plusienias enfants de la f»iii«Berllue^ 56. de jo^tac d'elle, ,01 youîui avoir une autre fpmt^' £^ a*âl9ijt.p8».a3;5e«.dfis débauçtiea^lltui fallait imdiTQKe?, piojuwne pgiu|r.ineitr». sa conscience en psit par Wn crime dé piu3» Ce!,te,Jii«toire.e8i IpQgu^ et triste tJc la i^çftie^ d^s lérqajG^ ciipides. .
, Ce ,4;^ Philippe, iniajipapDut arriver i ae séparer* de BlArtbe»» <ce. tuk de^iaire invalider son mAriagfi sous dos Ifrét^xtea d& p^r^njto. L^gjhe. avait faii dies lois sévères gn^ tes ezap&cbeamat^. 4^ celle «laUira^ far malheur^ on en atMisa. pWdluoe £ois en faisant iK>inpre par caprice des ^V^agas qu'on, avtaii icpotractés par suporcberie*.
.(Tesl^ee qu;av;aii fait naguère Foulques, comte d*Àpjoû, Bwenommé RacUn. U /avait successivejment renvoyé deux /eiDiqaa6««til.,en-avait épousé une. troisième qui avait nom ^eiirade^ fille de Simon de Montlort. CTest £ett« dernière jff^ Philippe (à ^on iour voulut «voir.
£e^ fet on horrible scandale. Berthe fut reléguée a Mon- ^ceiùl; le roi alla à Tours voir la femme du duc d'Anjou , (dgiBila heauié était célèbre; elle-mêxuo avait provoqué le «QBK>wrqiue, et eUe se laissa enlever avec éc!at.
Toute FEglise s'émuti ces scandales. Le pape, qui était .aii0lBrUrbaûi II,. dtaji prêt à défendre les lois chréuennes. I^ roi av4Ût'fait ^u appd aux évèques de France pour foiro ■^OD^aorer «on mariage nouveau.
Uj^^avaàûtMirdofit.ua évèque don-t il eût voulu le suflrage^
iC'éiaU Yvtea, de Chartres, grand-entre^ tous les auUnes. Yves
'<e6(.(«Ae ide ces oohicis et saintes ligures du moyen âge qui
na œooljreirt à T histoire comme uji témojgpnige des vertus
«t rda Tiotelli^enae qui vivaient alors dansTÉglisa. Le
•fcaiBd évèque Feçjojt lesrsolllcilialigjis.du roi, mais pour les
. rfje^r »vee dignité» Dans ses lettres au.rol, il aUaqiue sa
iaùle paasiiQtt { daa^ ses ieitces aux évèques, allés exhorte
•à se tenir feimes dans leur office de. gardiens des lois
isaijilea. Le nn i^ eiia Àsa^cqurf; il n'-obéit poiot. Alors le
Tfoi obencbft un. évoque >qui avec soeias de reoanuaée eût
fflus daiftiUeasea H. s*4» tr^u,v« «o daus.son xoyausie, ce
fut ré.ve^i'Ue^e Sieo]ia»/eA4QuxautresvvinreiUdeKoniiaii(iii(^
cri d'iodignalion parlil dans toutes les Gaules. Un jm$|qi| flMMBi» )6^ .s^ign#iuj|s< lieifliM^caH'e^yjrM mo. fifUiffrtppur djiCsmk^^A roîDofi^ttlitu ibâa, Sto/m^^f^kil «fflMirAif
|)r6fteMe!de»i)eâOân4iitemi|rahqj9eita'C3^è|i^40« N^>#^K| Ias.«gciii>i»wi<w4iiciw. <t» r^lipe.. : : .. .?:i '.ii
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«Je ne saurais aller auprès de vous, lui disait-^l[^^^,po9r plnmanm vuifiou» : ]» protmbt^^ .iffs^ qals J6| pap^ 70us Ûitoni^ par Vtutorité apDMliqo^, <£av^«aiT)fii^rf)».fttf€|r Q^Ue qii0:voiiB apf»t03 v»9tnBcapoii$è.;,la.|si$R#ii4»t <,'(I4 <itio Id papo vous ayaat^iieqiaiiëé aâratfi jpNQA^riM «omHU; voua aTiazr4^Q4u ai»évsé^pesdâ ^'asacmUef . £t'4eipïa8i le pape voafc c(éeIai«^ooiiuQuoiévaijvoi)ad^iOiWPer.javvet( MâtafemiBe'^ Btilde noua ne satinaiiiro|iik)irle^<^aaMLatti&ai^ 0( Tolre aarîaga esLooL (Tosfc par r«ipi»ct<pauy i^'out^qija îa n'irai pas aaprès de voua; car j'^auraia à dira toivi^c^^ cftteje etmfie à une leUre.Eiaifiai j* âpar8P/0rv.olraf anonunéa el voire (ttgnito^. »
Bertrade; irritée, pooasatt Philippaïaiix/vàiigaaifcaa.oH $aB»bla .YQiiloir aller, à de {alalea eilaéniteéi^ Il ^ait éii fidèle à la papauté, au laiapadea quarf^la9>deiF4*6inp^ra|i9 et de Grégûâre VU; DiamtçnaDiil'meDaeale papie l^bipiii H de^se aéparer de lui «.si tïlghaa na sa»€âMMiiiie'aoa Oftarii^f EniDèmsalaixipa^ il canyoqueà iBk&^fBs.'UB aestohinoin^a 4*ié«équa qa'ila ceonosiputt, ^tiiliVeuâ^Eunajfigerl'éi^qilQI |fa CfasietiiBa,.ciii]Bisel de aa^aaté^ TVaa né ,s'éttai»t';P4»M« B aobt aa/pape« etHir^ivonlaià/nataa poiBl«ffipay(^.iFi4ia îb «Banda iai< coomle f rii anaateur <|B?ilt neie* ne^aonn^tt pas^Ua veidani, d^il a«flL|éMA(|iaaBj» lajasai: camma^ar^
minel de majesté; et ce sont eux qui sont les criminels, eux qui sont infidèles au roi, en le flattant dans son désordre et se chargeant de son péché. Pour lui , il restera fidèle à son 4evoir d'évèque , dût-U y perdre la liberté et la vie^
Alors le pdpe fait tenir un concile à Âutun , ville indé* pendante du roi. L* archevêque de Lyon et Tarchevèque de Tours sont en tète des évèques qui viennent délibérer librement sur la situation de TÉglise. Trente-deux sont présents. Us renouvellent les excommunications contre l'empereur Henri et contre Fantipape Guibert , et ils excommunient Philippe lui-même, sur ce que, du vivant de sa femme, il en a épousé une autre. Ainsi le droit moral est vengé.
1094. — Là-dessus , la reine Berthe meurt ; et il semble qu'une pacîQcation se pouvait faire. Chose singuhère! Philippe avait baissé la tête devant la terrible sentence, et le poids de Texcommunication restait entier. H s*était abstenu de se parer en public des ornements de la royauté; dans les lieux où il passait, les cérémonies saintes étaient suspendues ; et s*il voulait entendre la Messe dans ses chapelles, son chapelain allait solliciter des dispenses. L'excommunication n'avait plus ce caractère de terreur sinistre que nous avons vu au temps du roi Robert; mais la foi n'était point changée , et Philippe, qui avait menacé de se jeter dans le parti de l'antipape , restait humilié sous l'autorité des évèques qui, au nom du pape, l'avaient exclu de la communion. Gela donc seniblait appeler la clémence à la mort de Berthe; le pape néanmoins crut nécessaire de maintenir enlière la loi de l'Église. Mais il ordonna d*autres conciles qui furent tenus à Plaisance, à Qermont, à Poitiers. Tour à tour le roi fut absous et condamné encore, jusqu'à ce que le nouveau pape Pascal II, venu en France, mît un terme, en 1105, à cette longue histoire de scandales par un pardon canonique, à la condition d'une pénitence qui fut publiquement accomplie.
* Lettres d'Yves. — Le P. Daniel. — HisU des Coneilet, le P. Labbe.
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Pendant ce temps» quelques événements avaient occupé les peuples. Le roi d'Angleterre et le duc de Normandie^ son frère» s*étaient fait la guerre , et c'était la France qui en avait subi les malheurs, par Toccasion qui fut laissée au roi d'Angleterre de prendre des places presque en vue de Paris. Le gouvernement du royaume avait été à la fois atteint par Fanarchie, mais aussi un génie sauveur s'était révélé.
Philippe , préoccupé de ses voluptés et à la fois tourmenté par l'excommunication , s'était associé à la couronne son fils Louis , jeune prince qui» à 19 ans, annonçait la maturité d'un esprit formé aux épreuves de la politique. Louis exerça l'autorité avec force , et frappa de son glaive ceux des seigneurs qui profitaient de l'abaissement du monarque pour faire des brigandages ou accroître leur indépendance. Partout ob il vit des usurpations ou des désordres, il accourut avec son armée de fidèles. Déjà on l'appelait le batailleur ; mais il avait aussi une renommée plus imposante, celle de justicier et de défenseur de TEglise, parce qu'il la protégeait par les armes contre la spoliation des seigneurs. Mais l'admirable jeune homme fut en butte aux haines de Bertrade. Elle le poursuivit par des tentatives de crime jusqu'en Angleterre , oh il avait été appelé par l'amitié de Henri , devenu roi. Puis en France le poison même fut tenté. La bonne fortune de la monarchie le réserva pour des temps meilleurs.
Mais, entre ces accidents mêlés de honte et de malheur, nn événement immense, longuement annoncé par les dispositions des peuples, s'était enfin déclaré dans toute son expansion, et avait remué jusque dans ses entrailles le sol de la France et aussi de l'Europe entière.
Je parle des Croisades, de cet héroïque épisode du Christianisme, la plus merveilleuse épopée qui se soit vue dans l'histoire des nations. Et ayant prononcé ce mot de Croisades^ tout aussitôt le nom de leur historien vient sous ma plume, le nom d'un savant et d'un sage, qui le premier a accoutumé les nations contemporaines à comprendre une époque mal jugée et à raviver l'enthousiasme
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rasaient et du Saint-Sépalere. On maudissait les infidèles qui régnaient en des lieux touchés par les pas du Sauyeur ; on déplorait le malheur des temps qui avaient laissé passer en de telles mains la ville oh furent accomplis les grands mystères du Christianisme. On accusait la faiblesse des chrétiens, qui ne se précipitaient pas des derniers confins du monde pour ravir la Terre-Sainte à une domination aussi odieuse. Et aussi on portait au ciel les courageux voyageurs qui du moins allaient, par la prière et la pénitence , effacer les souillures des infidèles.
De sorte que le pèlerinage était déjà une sorte d*héroïsme ; et la piété se transformait naturellement en chevalerie , et, de leur côté , les infidèles en avaient reçu une impression de colère et de défiance qui les poussait à la guerre et les rendait plus formidables.
Cette disposition s* était déjà déclarée au commencement du siècle. En 1010 , le calife d'Egypte , Hakem Bamrillah, avait fait détruire, dans une de ces inspirations de fureur jalouse, Féglise du Saint-Sépulcre. On suppose qu il fut poussé à cette violence par le conseil d*un moine apostat, nommé Robert, parti d'Orléans, à l'instigation des Juifs , pour aller avertir le calife que , s'il ne se hâtait de détruire le temple honoré des chrétiens^ leurs nombreux pèlerins partiraient bientôt pour aller le chasser lui-môme de son royaume. Robert revint dans les Gaules après son funeste message. Il y trouva les peuples dans un état affreux d'irritation. Â Orléans, on avait exlenniné les Juifs , et Ton avait dispersé leurs trésors. Robert vint tomber aux mains de la justice populaire. On le battit de verges , et puis on le jeta dans un bûcher. Dans toutes les autres villes , on poursuivait de même les malheureux Juifs. U en survécut un petit nombre, et seulement, dit le chroniqueur , parce qu'il faut qu'il en subsiste toujours comme un témoignage vivant de la honte qui pèse au front du peuple qui a versé le sang du Christ ^
Hais , selon le même historien , la mère du calife d'Egypte
« Raoul Glaher. Uv. m.
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était chrëtientae; elle se nommait Marie, et eUe fit reconstruire, la même année, en pierres polies et carrées, le temple renversé par Tordre de son fils. « Alors on vit encore ane foule innombrable de fidèles accourir comme en triomphe à Jérusalem de tous les coins de la terre , et contribuer à Fenvi de leurs ofirandes pour retrouver la maison de Dieu '. »
Et, au retour de ces voyages, que de merveilles étaient racontées ! que de touchantes reliques étaient offertes à Fadoration! L*évèque Odolric, d'Orléans, avait, en son temps , rapporté au roi Robert un fragment eomidérable de ia vinérabU croix du Sauveur, c Cétait Constantin, empereur des Grecs , qui envoyait ce présent avec un srand nombre de manteaux , tous de soie , au roi des Français , dont il avait reçu, par Pentremise du même évèque , une épée avec la garde en or, et une boite du même métal, renfermant les plus riches pierreries *. « Le même év6que avait rapporté pour son église une des sept lampes miraculeuses suspendues èTéglise du Saint-Tombeau. » Tous les ans , au jour du grand Sabbat, le feu s'allumait de luimême à ces lampes , en présence de la multitude. « L'évêque avait été témoin du miracle , dit le chroniqueur , et il nous Ta communiqué '. » Ainsi, au nom de Jérusalem, se rattachait l'idée de Dieu toujours présent, et se manifestant par des prodiges.
Et cependant les pèlerinages n'étaient pas toujours entrepris par de simples vues de piété. L'amour de la renom^^ mée se mêlait quelquefois à la dévotion. Le chroniqueur parle d'un saint homme bourguignon, nommé Lethbaud , dont la légende n'est pas sous ce point de vue sans importance historique. « Quand il fut au sommet du Mont des Oliviers , d'où le Seigneur s'éleva aux cieux à la vue d'un grand nombre de témoins irrécusables , il se prosterna la Jkce contre terre , les bras étendus en forme de croix. D
' Raool Glaber. Ut. m.
* Raoul Glaber. Uv. it.
» Ibid.
facsa Qiiio]ir«nt,deianii«s, eiâentitsoaâniefkkiiie^^uM «Ktftsa iiMffat>Ie 4ui Télaviit à; Dieu, il se leva qu4îlqu« temps après.., élçncfit les mains vers le -del, faisaot tous ses . efterts j^or se souleiec et se soutenir «tans Jes. airs , et ei^primarences mots les.désii»4e son euMnr : Seigacur Jësqs , disait^l , vous qiû ayea daigné ëesçen^Fedu trdne dfe votre majesté sur la terre pour sauver les hommes i sans qui 'ée ces lieux préseats A meSxiegasds a^ei quitte le. inonde sous .vue forme homiaîne pour setoiraei 4aQg les ciQui., .d^pù .VOIS ^Àles venu ^ je vous en supplie . an non» de votse ^nlé teiite-p.ttiisacle^ si.mon âme doit se séparer cette amiée de bio|i cor,pSr€aites<Hnoi le grâce de ne pas m'éloigner ^icU ^pouc ^ue. je.puisse mourir à la vue dBs. lieux qui furent lémoins de voire Ascension ; ^ar de .mèmo' que mon corps a voulis vous suivre en venant visiter votie tombeau^, mon ^me serak peuth-êlro, assc^ heureuse à son topripanr voos suûnne sans obstacle dans le paradis, sr . , . . . ,
Le yœn dn p^fciin Ait aceompJî ^.et.le ehroniqueur r^ conte sa douce mort , qu'il arv^t sue. dit-il, delà bouche de se^ camp9gQon9 ;piufiâla|oiite£esnaiiivesctvsigmnca^ tiyespar<des :>« Corties , celui-^là n^avoit/pas fait Je voyage de Jérusalçoi j^ac vâniiic , Gomi^ff taat. d'autres qui ne Ten^ treprennêiijt quap^our s'en: foire Isenneur à leiur .retour *. ^
Or , de ce mélange d'honneur mondain et de^piélé cé«^ leste qui se tsouvefdans'l^slointaiois poUp-ina^s^ sortitre caracl&re iofco^nu 4^ cWvâlorie ciirétiLvnnKi v<iv^;bi&n^^ onudlait rair sadéplojror en.di^s espédiitiûnSi uan^forméus en .guerres vé£itaÛies.^ous romj^.lème dcfla j&olx^ . £a.,Eivpfigiia-A les fl;Hilaillcs..s'él£fieDl Tanioices., et les çhrotion^ des Gaules salaient plus d'uqc foiâ acmés ^^our portcç.^cpufs. àlejurs (rênes. OuillaumQ, dpc d' Aquitaine, et Eugiuof f.duo de Bourgogne » fîrpnt, dès. le milieu 4q onzième siiècle,, ,des expéditions qui furent un prélude des guerres saintes. Plus lard , en 1087 , le roi Alphonse , frappé d'une défaite , appela à son aide la chrétienté tout
* Raoul Glabcr. Livre iv.
•MPDIttf>l)K'»jQl0l. ^
4QiriM.îfeve, «I IttiIcMsM fert9-èpé8«lai «ùffit, 4â tes <taiipds ^tatiç&isflB iM âreài q«»pa9ser le» i^Bénéea etmEagririQs *fiai«s oocnpéés pttc ksJf flures. Jliiim cœtte icbee d'kjpixmBr la.€f9k etJfe ^ahT« :»at mfûtôkHsiétnt derMue" l/Sdée prés^OUffiMate* énB CcMile Xikuissipe; ii ee nom deffSttvaBîns >!0««defl*l!iiims ., iauB* lescaamisiBrétalettt étwas. Aux' uns i]i pi^ér'4ra<<û«liei raiii(Mr'4ie»iAlsnlkwcb»nHt anee«d>
i *liB^ fiapes^oMiieiit pas irirsana ?iji^Ti?e énudtion oe mooveaient de pèlorinages^neDmr fonromtiait le» peuples. Le'^hreimei pB|ns qnîipoBiiit coiiipi»eifilreqcie.de lÀ de&ait iofUr te reiioiMrellGiôamt iki: meiÀle ^ liât te papefiraurais (Gerb^flt. fL.ùt m» Mtee-à'taus'lDsprioQcçB cfaréliens pour tlAinmoMteiclB^^péaril teuicriaseRBasan* de lM9iaiDisn)ic,.el "ItfRiCMiter àrano li^e»9aintero(]iitFeâa.faBisbari«. Lelciisps ^i^élastpB^ytftaTGainQSB^^na'vaste ébnaoJsDmentdcs Groi- .^désl'OB devakipas&tre 'ie fait'da'lK relonié d'an iiamaiG, ^iiraisile pfrôdiiltiËtimi raatpnotrgéoérHi de la socié^^
Srégenre MI , .^poisBant ^éifie »à ipit TieiL n'-échappait, Tahiti TéprQ»dre;]a^ iienséeiéa Oerlîere^iM'teii^éUrt pas .ntôrR^oiâTBd ^EàagB; J^ja îles nénroiiitioniiqui ah:ur«nl?iTdépendâmment de toutes les irotonÊés tto Fhomme V'^'cst ««mfaBmBTQt'm aiftoe* de- liante: ja»tôUigt'Bts tie ifos cdm- ^iroBidre. £ti[iiisi^cmiii4riie)au-moUi8;d« les ^aTerncii. r "' Maiftlotosq^d l*@^eidi9ni>l^tie»tien so-iwt accatttumc à J^idéo de ft'ak'mdier de sa pitipro iiase >pour ae fcter <^ur rOrioBt:, rl'viiittm :mo;aaiit on le itiouireinfent se» fit. ({b.I(j*- •EDème «tit aantf nal effoi^l. An lieu d'un. p«i$«dDt nionarqui3 iou'd-un.pohtife pali(ique,,iliiQtallui dpu'un^u'vre m4)}UP 4t:iio viens pap&*( . i ;
G& foi un annMe d'AmenS's miimné Pierre , homme de .yyi ta^pect.^ $'Jl faut ea croire les vieiiieft hiatoiueâ,, mw diitieiiiiaginaiioDproaiptie, Q^t d!uaa éi^^quoncarpiOf itlstii»!
* Voinsa lettre aax chrétiens. — Vie et pçnlificat de Grégioire VU, parVoigt, criap G.
• Voyez, dans l'ouvrage de M. Michaud , les longs préliminaires das Croisadea. \ , .: ; i '
64 HISTOIBB DB FRANCS.
qui, ayant visité les Lieux-Saints et ayant été témoin des profanations qui les désolaient, conçut le dessein d'ébranler les rois et les nations par sa seule parole, et de les entraîner à sa suite pour mettre un terme aux sacrilèges.
Le patriarche de Jérusalem , nommé Siméon, avait reçu la confidence de ses vœux et les avait encouragés ; puis Dieu même sembla les accueillir. Jésus-Christ était apparu au pauvre ermite et lui avait dit : Lëve-toi, Pierre , hâtetoi de fiiire ce qui t*est commandé. Je suis avec toi , il est temps de secourir mes serviteurs.
Et aussitôt Pierre repartit pour TEurope. H alla droit au pape Urbain II , avec des lettres du patriarche Siméon. II lui parla de ce qu*il avait vu avec des paroles touchantes , et il remua vivement ses entrailles. Le pape crut voir en cet homme une mission d'en haut, et il renvoya aux rois et aux princes pour leur mettre sous les yeux le même tableau des douleurs et des ignominies des chrétiens d'Orient. Pierre alla prêchant partout, et partout étalant les misères de l'Église de Jérusalem , partout excitant la colère et la pitié , s'emparant de la pensée des peuples , animant les princes , flattant le besoin de gloire , portant en toutes les âmes une émotion de liberté.
L'ébranlement produit par la parole de Pierre ressembla à une vaste révolution. Cet homme , qu'on avait va appliqué jusque-là à des œuvres de charité et de dévouemei^, avait un empire extraordinaire sur les hommes. « En tout ce qu'il faisait ou disait, dit un historien contemporain, il semblait qu'il y eût quelque chose de divin : en sorte qu'on allait jusqu'à arracher les poils de son mulet pour les garder comme des reliques. En plein air, il portait une tunique de laine, et par-dessus un manteau de bure qui lui descendait jusqu'aux talons. H avait les bras et les pieds nus , ne mangeait point ou presque point de pain , et se nourrissait de vin et de poisson ^ » Cest cet ermite qui remua le monde.
Quand le pape vit ce vaste ébranlement, il se déclara le
* Golbert. — HitU du Cfoi»ai€», Ut. ii.
HISTOIBB DE FRANCE. 6S
chef (Tune ligue qui serait faite entre les rois et les peuples , et qui aurait pour objet la délivrance de la Terre- Sainte. H annonça ce grand dessein au concile de Plaisance. Tout semblait propice. L* empereur Alexis Comnène, attaqué par les Turcs dans sa capitale , avait envoyé des ambassadeurs au pape pour appeler les secours de TOccident catholique. Une guerre ainsi entreprise, par Funion de toutes les armes chrétiennes , devait être assurée du succèâ. Les princes venus à Plaisance reçurent avec en« thousiasme la communication d'un tel dessein. Le concile tout entier applaudit à la guerre , et le pape n*avait plus qu'à donner le signal aux armées qui de toutes parts allaient se presser comme des flots.
Mais il voulut donner plus d'élan encore à l'enthousiasme, n convoqua un autre concile à Clermont en Auvergne ; et là furent mandés les princes, les cardinaux, les rois, les évèques , les abbés, tous les chefs des peuples , les peuples même. Une immense multitude accourut à la Toix du pontife. Les ambassadeurs de Constantinople y vinrent pour exposer les douleurs et les calamités de l'Église d'Orient, et se faire suppliants au nom de l'empereur Alexis. Leur voix pénétra au fond des ftmes ; et, après eux, le pape en personne parla à l'immense auditoire; son éloquence fut simple^ mais pathétique. Il commença par redire tous les maux de l'Orient; il pleura sur Jérusalem; on eût dit un prophète avec ses antiques parofes de douleur. Et quand il eut ému les cœurs par ses peintures de calamités et d'opprobres , il s'écria : « Pleurons donc sur nos frères et sur cette terre que nous appelons Sainte à si juste titre. Hélas! mes frères, tandis que, par vos dissensions criminelles, vous vous déchirez les uns les autres; que vous vous faites de cruelles et d'injustes guerres ; que vous opprimez la veuve et l'orphelin ; que souvent vous portez vos violences jusqu'aux autels , vous abandonnez rÉgUse, pour laquelle, en quaUté de chrétiens , vous êtes tenus de combattre jusqu'à l'effusion de tout votre sang. Au nom de Dieu , prenez d'autres idées et d'autres sentiments, et réunissez-vous sous l'étendard de Jésus-Christ T. n. B
f){]^ HISTOtnS DB FHAirCtt.
[.othr alIèrcbnAattli^ avec pins de coufagoc encore qtie* lès anCîehs LsraéHlris cèS'notivcfanx Jébusédus, et les chasser de Jlornsaleinilltousseraglorieut de mourir pour^Jésnis- Chrîsl et soilS^ Yeé mtiraiHBsd'tme ville* à Va: vu© tle latfuelle il crst Drtort' pour Vous. Que si vous motfrcr avant d'av(nr exc^c^ité une si saibte entreprise, vous» aver pour maître un'Drou qui se» contente de la vdïonté, et qui récomp^ense également ccuï qur sont wnus travailler à la première et à Ih sixT^e heure dU jour. '
«f 0 me^ frèresf^tous" tant cfue vous êtes ici d^évê^es et dc'prôtres, allez- donc, dispersez- vous dans vos églises, redilts à vos peuples ce que vous venez d'entendre-,-'ammer- Ics à combattre pour Jcsus-Christ-, et apprendre parte la conquête de Jérusalem. Diles-leur do se disposer à une si glorieuse guerre par la confession de leurs péchés! Allez totts, mes chers enfants T allez ! nous lèverons les mains aii-del comme lifoïse, tandis que vous combattreÉ ces perfides Amfalodtes *. »-
C'est à ces paroles du -saint pontife que partit du milieti de la multitude émue ce cri universel : Dieu leteutl qui devait devenir pendant deux sièJes le cri de b&taille des chrétiens. Dès ce moment, une vaste expédition fut résolue," il ne fallaiit plus que la régler. On commença par eh consacrer la pensée par un signe extérieur, qui perpétuât le eburage aussi bien que l'enthousiasme. Le pape voulut (pilB cmk qui s'enrdleroicnt' pour la guerre sacrée' potta^ont la croix sur leur habit ; et ainsi les soldats qui prenaient les armes pour la délivrance<les Lieux-Saints étaient des Croisés, et la guerre qui ébranlait tout l'Occident gardé dans les'annales du monde le grand nom de Q*oisade.
«' Temprtihte ee fragment du discours d'Urhaln 11 an père DanleU qrn Ta *ptlÈ d'un' numtiscrJt du V&tican. — Guil^ert 4e Notant ,. Hist* des rrfii$ade$\ IW. u, publie une longue harangue que le pape attrait,4itil ,,nronQncée. Mais U dit que si ce ne sont pa^ ses termes, c*est tu^ m:)tns son esprit.
niSTOIRB.DB FBAHCB. 61