CROISADES
ddOÎ-hload.^— €e iiTBiail poiat asMz. d'avoijv ébranle lesmasses ^ il'fDilut yeill^.tout aûssiiOi» è co quo qelitt i>rétjipitation de Tenthousiasme ç^» do^ÇLuâi paa liou'à d'affrotix.
68 HISTOIBE DE FEAIfCB.
sainte, avaient à craindre de laisser leurs domaines en proie à ceux de leurs voisins qui ne quitteraient pas la France. On était alors dans le plein exercice de ce droit de répée , qui faisait toute la justice , et la irlxit de Dieu , que nous avons vue promulguée pour quelques jours de la semaine comme une suspension de T anarchie , lui laissait toute son énergie pour les jours qui n'étaient point exceptés. On étendit donc la trêve, et puis on la sanctionna par des peines terribles. Il fut dit que quiconque aurait, dans les jours réservés, fait violence à son ennemi, dans sa personne, ou dans ses serviteurs, ou dans ses biens, serait frappé d'excommunication, et même serait puni par la mort ou par Texii. Puis la irëve embrassa certains temps de Tannée tout entiers , TAvent^ le temps de la Septuagésime au dimanche de Quasimodo , et des Rogations à Toctave de la Pentecôte. Ainsi par degrés était restreint le droit de la guerre féodale , et Fimpétuosilé des ftmes avait à se porter vers d'autres batailles. Et, pour donner plus de sécurité encore aux seigneurs croisés , leurs châteaux et leurs terres furent mis sous la tutelle des lois et des ca* nons de TËglise ; nul ne pouvait les attaquer sans èlre frappé d^excommunication. Et enûn on annonça que la Croisade tiendrait lieu de pénitence aux pécheurs , et une indulgence plénière fut accordée à tous les pèlerins.
Alors il n*y eut plus de bornes à l'enthousiasme de la guerre.* De toutes parts , on accourait pour recevoir la croix des évèques. On racontait que le jour même où la Croisade fut résolue à Clermont , la nouvelle en avait été portéo miraculeusement dans tous les lieux de la chrétienté. Les grands , le peuple , les bourgeois des villes , les habitants des champs, hommes, femmes, enfants, vieillards, tous se précipitaient en armes. Les guerres des seigneurs étaient oubUées. On se réconciliait en prenant la croix. L'enthousiasme faisait naître l'amour. La paix régna dans toute la France. Hais aussi le royaume fut menacé de se changer en soUtude.
En ce moment, les deux monarques de France et d'Aï* lemagne , Philippe I*' et Henri IV , étaient encore sous les
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coups des excommunications de TÉglise. Mais ils semblaient pressentir les suites politiques de tout cet ébranlement, et ils le laissaient se développer. Hs virent s* enrôler tout ce quMl y avait de puissants vassaux autour de leurs couronnes. Mais la France surtout devait fournir ses plus nobles et plus fîers seigneurs à Texpédition ; de telle sorte que rOrient , qui allait voir de si grandes multitudes de peuples lui arriver de toutes les parties de l'Europe , ne les connaîtrait bientôt que par leur nom générique de Francs, comme si, dès ce moment, la France se fût emparée de son privilège de donner le branle aux révolutions et aux transformations de la société dans tout Tunivers.
Disons quelques-uns des noms qui resplendissent dans tout ce mouvement de la féodalité qui vole aux Croisades.
En tète , Fhistoire désigne Hugues , frère du roi de France , comte de Vermandois ; on rappelle Hugues le Grand , en mémoire de son aïeul; mais son autorité n'égale pas sa naissance : il marche avec peu de vassaux , et on ne le distingue que par sa probité et par son courage.
Raymond, comte de Toulouse, est suivi au contraire d'une multitude de fidèles ; le zèle de ses sujets lui a fourni des trésors, et il s'en sert pour donner à son com* mandement un grand éclat. Il marche aux batailles avec prévoyance. L'histoire lui a donné le nom de Jérosoly* mitain.
Robert, duc de Normandie, fils de Guillaume le Conquérant, s'est enrôlé , après avoir engagé son ducfié à son frère Guillaume , roi d'Angleterre, pour avoir l'argent nécessaire à celte guerre lointaine.
Etienne , comte de Chartres et de Blois; Robert, comte de Flandres , surnommé Jérosolymitain , comme Raymond de Toulouse * , paraissent aussi entre les che& les plus magnifiques de la Croisade.
Puis commence à briller le nom de Godefroy de Bouillon, duc de la Basse-Lorraine, et l'un des grands vassaux de TEmpire. Il marche avec ses deux frères, Eustache et Baudoin.
* Suger. — Hiii. de louis le Grot,
:,70 usTQiiiE ra ^nuiCE.
Uœ ^baiit&de&tUiée £St.proj3Usetàr8a valeur ol^à ae pîéié. L'Italie a sashéros^, ^et parau^ux'BeiiémoiidtfBtiateiçcèdfi, lesiplusip^ulanesde.tDiis. ^Bnhémond était ^da
-sailig'de €GfS NormaQâa^iii!viiir8nt-6*é(ablir daneri^îe
.au fiomiiftanirciiiant'da sîàcIfi.JSoa grand-père Guillanflie, SHrnominé.BFa&-<te-Fer, ^ayait «occupé la.PouiUe, et «ou père Biehard, ouGuîcbaid, y avail ajouté la <€âlabre.eMa Sioile. .Bobémond perlait .le titre de ipriuee de Târente. Il avait unrfrère, nommé Rogec-Boble capitaiiie;(mais c'était
•luiâurtoot qui jdetmt remplir ^esqiie tout l'univers ûubruU
tdcMon habileté'^. Toncrède, le béros poétique, /était son cousin.gernkain.
«Sous cesnom^ illustres paraissent d'autres cbefs non moins puissants., et traînant avec eux des masses armé()s. iPiecre rErmite a rassemblé , dans les diverses contrées de TËuiiopa,, des 'multitudes qui obéissent à sa voix. Mais son* autorité d'apôtre , suffisante pour appeler le peuple , est impuifisante à le gouverner. Déjà des indices de désordre se maaiCestent , sinistre présage de l'expédition.
Lorsque ces flots d'hommes^ innombrablesiconvmeiemble de la mer , dit le «chroniqueur * , sont réunis , on songe à
Jes.mettre an mouvement pour le voyage. De toutes parts on demandait.que le pape sermtt à la tête du pèlerinage ; mais les soins de llÉglise le retenaient. Alors le commandement se divise. On laisse marcher on avant les masses
rqoi se meuwnti la parole de.Pierre; Un autre corps obéit à un 'chevalier nommé Gauthier sans .Avoir, devenu gé-
.néial, eomine, par hasard. Ce sont .ces deux masses ^nombrables de Croisés, qui s'en vont par rAUemagq^,
.Songeant le Danube , pour arriver à'Coostantinople. ftlais ell«s portent en edles le désordre., parce que nuUp p4xis^ santé autorité ne les: domine* L'historien Guibert les cempare à une armée de fous. Le reste de l'expédition , plus
'discipUné.,.se;fliei sous la conduite de Godefroy^ .cédant au«sfiul ascendant de fon, génie.
' Chr. de Hagaes de Fleury.
* Frag. de l'Hist, des Françait,
BISTOIBft USL FilAaiCE. ' 71
Vais., les deQz premî^s «orps ayanl ifât.ded;.pîUajj^c3 dans la Bcdgarie etdana la Ha^grie ^.loi'peiJiplea Jiss aitaquent, et les dépouillent ou les égorgent. CeUeiauaxqlia reMemble imatôtè une tvas4e d^oute.
Ge a'étttit pas^le seal désordre. .ISn.AllaKiagiic ,.il'&téiaiv fait d'autres iraasembteflidiits de-craisBde^ à Xa^ipal dtua pi^Ara nommé Gotesohalc^ absous la conduite d'un ^i gneoT nommé Ëmico. A leur passage par .la Hongrie , Jcs ravages s' étant renouvelés , les vengeances furaat Jes mêmes. LesCroisés qui pensaient alleraux batailles contre les Tores , rencontrèrent d'abord les armes.de ces ^peuples, qui n'avaient point pris part à l'exaltation d^une guc;rro qu'on ne leur (rendait pas sainte par le pillage.
•Cependant de grands délxris d'armée, élajen^ arrivas à CoBStantinople ; et déjà la politique d'Alciis Comnèuc^ on était émue. Eten mftme temps le Tost^ de l'expédilion était en marche sous de moins mauvais auspices. Hugues lo Grand , avec Robert, duc de Noxmandie^^et Robert, comlo de Flandres , Etienne., oomte de Chartres , Raymond , comte de Toulouse , et Adh^mar , évéque du Puy, s'étaient dirigés par lltaIie;rLà, Bohémond s'était joint à eux. Par malheur, Hugues supporta mal sa position douteuse, dans une Téùnion de princes où il n'était pas assuré du commandement ; et il voulut arriver seul à Constantinople ,; pour avoir sous sa. main Varmée de GaiWiier ^axis Acpir. Pendant ce temps , l'empereur Alexis, qui, après avoii;de- HMmdé des secours à l'Occident., s'épouvantail de voir rOccideftt tout entier tomber sur son empire , avdit4>)édil6 des plans de politique peu favorables. Quand ilsutle frèro du roi 4e France engagé dans :son voyage par l'Albapie , il cherolia<à s'assurerde sa personne. Hugues avait essuyi ' des tempôtes BUT lajiier, et il arrivait dépouillé et isanif. forces^^Alezis., soais pritexto d'honneur, lîui.envoya^dcs ^misaaireB>poiini'am«ier à^Constan^DoplcEtla il sQijgea 41'abord À' rengager à soiipar un^sormenUdeilddlilé;, ;^oulant par là.retenir lus armées de Croisés. dontio yaibiéugo >lui faisaitupeur. Hugues. ilt à, larfin jog forxDent,, pres^ip do continuer sa o^urche ^eca las Liaux^-Saints.^ mais Alexis
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alors s*opposa à son départ , non par la violence , mais par des prétextes de politique qui ne laissaient pas moins voir au prince qu'il était capiif.
Mais Godefroy arrivait par la Bulgarie , avec une armée formidable , dont il avait assuré le passage par des traités avec le roi de Hongrie , et aussi par la discipline de sa marche. Cet aspect nouveau d*expédilion et de guerre obligeait Alexis à recourir à une autre sorte d'hypocrisie. C'était un caractère de souplesse , et prompt à la duplicité. Il donna tout aussitôt à Hugues la facilité d'aller à Godefroy , comme s*il n'avrait pas cédé à la peur des vengeances, dont Godefroy le menaçait pour son injure. Mais la perfidie restait dans son cœur. Il se proposa d'attaquer les .Croisés par la famine , en faisant disparaître toutes les provisions autour d'eux « et ensuite il finit par la guerre ouverte. Il y eut un combat sous les murs de Constantinople. Ce furent des massacres inutiles ; et Godefroy, pour assurer l'existence des Croisés, fut obhgé do former un camp , d'où il protégeait ceux des Croisés qui allaient au loin chercher des subsistances.
En même temps s'approchait l'expédition d'Italie ; co n^était pas la moins suspecte à Alexis. Elle marchait sous la conduite de Bohémond , qui avait achevé de détruire en Italie les restes de la domination grecque. Aussi l'empereur redoubla d'embûches et de perfidies ; et Bohémond de prévoyance et de courage.
Enfin l'immense expédition d'Europe se trouva rassemblée autour de Constantinople. On comptait cent mille hommes de cavalerie , et une infanterie plus nombreuse encore. Co n'était pourtant qu'une faible partie des multitudes qui avaient pris la croix. Le voyage avait été aussi désastreux qu'une guerre ; et il restait des périls de toute sorte avant même qu'on pût se trouver en face des infidèles, n fut fatal d'avoir pour premier ennemi un prince chrétien qui avait appelé les rois et les peuples à son aide. Son génie d'astuce multiphait l'intrigue. Et, par malheur, le défaut d'unité dans le commandement produisait d'autres dangers , et le pire de tous , l'anarchie.
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Ici commencent des drames mêlés de gloire et de mal- "heur ; la poésie les a racontés comme Thistoire , et je puis h peine les mentionner en courant.
Soliman, soudan de Nicée , est le plus hardi à venir par la guerre ouverte au-devant de la Croisade.
Les troupes désordonnées de Gauthier sans Avoir vont l'attaquer dans Nicée même. Elles se font exterminer dans une bataille. Gauthier périt avec les plus nobles chevaliers qui ravalent suivi.
L'armée entière des Croisés court à la vengeance. Elle fait le siège de Nicée. Alexis, qui fait la guerre par Tin* trigue , suit les progrès de l'attaque pour en tirer profit. Lorsque Nicée est près de se rendre , il obtient par des intelligences secrètes qu'elle demande à ne se rendre qu'à lui. Les Croisés, indign es, lui laissent cet honneur et pensent à d'autres victoires. Antioche s'offre à leur valeur. Ils y, volent. C'est ici le plus glorieux épisode de ces guerres aventureuses. Il en faut lire le récit dans M. Michaud. On dirait une épopée. Mille incidents s'y rattachent. La guerre a commencé par se diviser. Les princes de la Croisade ont tenté des conquêtes de toutes parts. Tancrède s'est rendu maître de la Cilicie, et Baudoin s'est ouvert un grand État dans la Mésopotamie. Les armes chrétiennes dominent dans toute cette partie de l'Asie , et la Syrie se découvre par Antioche. Là se vont diriger et concentrer tous les efforts de courage. Tancrède arrive de sa conquête avec sa brillante renommée. Baudoin reste à Edcsse , pour ou-' yrir aux Croisés d'utiles communications vers les lieui qu'il a soumis. Le siège commence^ vingt-cinq mille hommes défendent la ville. Le fleuve d'Oronte la protège. Tous les princes de Syrie y ont jeté tout ce qu'ils ont pu de secours. Puis des multitudes d'infidèles se répandent pour troubler les conquêtes déjà faites. Baudoin est assiégé dans Edesse. Tout s'offre sous un^aspect sinistre. Pour comble, Godefroy de Bouillon, que sa sagesse a mis à la tête des conseils de la Croisade , est atteint d'une maladie grave. Les noires pensées commencent à monter dans quelques esprits. Etienne de Blois donne l'exemple
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procession au mont des Olives ; Pierre marchait en tète avec la croix. C'était la plus éloquente exhortation qui se pût faire aux soldats de Jésus-Ôirist. Le prêtre missionnaire y ajouta ses paroles de feu, et au sortir de cette solennité, faite à la vue des infidèles renfermés à Jérusalem et frémissant de colère, les CSroisés coururent aux armes , disposés autour des murs de la ville , selon les ordres des princes , et les batailles commencèrent avec une impétuosité qui ressemblait plutAt à Fardeur du martyre qu'à l'ardeur de la victoire.
Les noms des héros se pressent sous la plume de l'histoire; autour de Godefroy, chef de la Croisade, brillent les princes qui se sont partagé le commandement du siège, Robert, comte de Flandres, et Robert, duc de Normandie, Tancrède et le comte de Toulouse ; et puis d'autres chevaliers paraissent aux premiers périls , le comte de Saint- Pol, Baudoin du Bourg, Gaston de Béarn, Gérard de Roussillon, Conan le Breton, le comte de Montaigu, Louis de Honson. L'enthousiasme donne au siège un aspect extraordinaire ; les assauts se multiplient ; et quand la fatigue ralentit les combats, la foi les ranime. Des mira-* clés se mêlent aux batailles. Godefroy a vu sur la montagne des Oliviers un chevalier se précipitant du ciel au milieu des éclairs ; et Farmée , à ce récit , redouble d'ardeur. Enfin les murailles sont escaladées, les portes enfoncées, les Sarrasins partout refoulés, écrasés, mis k mort. Les Croisés pénètrent dans la ville sur des monceaux de cadavres et de ruines.
Vendredi 15 juillet 1099. — A l'instant le carnage s*arrète. Les Croisés, vainqueurs, se souviennent qu'ils sont pèlerins. Us quittent le casque et l'épée, et s'en vont, nu-pieds, se dispersant, suivant l'impulsion de leur piété» adorer et baiser tous les lieux jadis touchés par quelque merveille ou par quelque bienfait de Jésus-Christ. Le clergé de Jérusalem sort de ses temples pour aller recevoir ses libérateurs, en chantant des hymnes. Les Chrétiens s'embrassent et bénissent Dieu. Jérusalem n'entend que des cris de triomphe. Et, dans cet universel enthou-
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siasme, Pierre FErmite reçoit surtout des honneurs, n était parti 0 y a cinq ans de Jérusalem , promettant de rapportera la cité sainte sa liberté. On le considère comme Fenvojé de Dieu , et on Tentoure d^hommages. Plusieurs jours se pas^nt dans cette expansion de joie et de gratitude.
Mais les princes de la Croisade songèrent à affermir leur triomphe. Tous les chefs s*assemblent , et délibèrent de faire un roi. Les suffrages nomment Godefiroy. C'est à sa sagesse et à son courage que la Croisade a dû son succès. Sa piété égale sa vaillance. Il a les vertus d*un saint, et réclat d'un héros. On le fait roi. £t, peu après, il lui faut défendre le nouveau royaume chrétien contre une armée do quatre cent mille Sarrasins, que le soudan d'Egypte conduisait au secours de Jérusalem. Il va assaillir cette multitude d'ennemis avec ses Croisés vainqueurs , et il la disperse après un affreux carnage. Ainsi la Croix se trouvait maîtresse, et la cité sainte était affranchie.
Cette fondation du royaume de Jérusalem était quelque chose de grand et de merveilleux, qui pendant deux siècles allait appeler toute l'attention de l'Europe, et devenir roccasion d'un renouvellement complet dans les monarchies chrétiennes. Ce n'était point un fait d'armes isolé , ni une aventure romanesque , jetée en dehors du mouvement général de l'Église et du monde. Par là va se continuer, au contraire , l'impulsion donnée aux esprits, et de cette immense préoccupation de l'Orient sortira la dissolution de la constitution féodale, avec des formes nouvelles de pouvoir et de liberté.
Le sage et vaillant Godefroy ne régna qu'un an à Jérusalem* Il eut pour syccesseur Baudoin, son frère, qui, en montant au trône , laissa sa principauté d*Édesse à son cousin Baudoin du Bourg. Plusieurs chefs de la Croisade étaient déjà repartis pour l'Europe; mais d'autres Croisés arrivèrent en aide au nouveau roi. Hugues, frère de Philippe I*', reprit la Croix ; mais il mourut à Tarse, dans son voyage. Le comte de Blois voulut aussi aller réparer la honte de sa fuite. Les seigneurs de France perpétuaient
1^ Hlt»T«lftillI Il£ vBAarcs..
snrteut <^ iBOuvemefll jde migraiioB. Ce fut ptrlettra anneÉ: que se mainlint la rotule do Baudoin , parmiidea évâief>< ments qui ne furent pas sans- glbtpe)
Pendant qb temps, \h France était en painLllie» devait, ètfe ainsi, ractivité des ospriisnet doi cotur&gps^ae portimt sur un seul objet; et TOrient suffisait à cap liver .toute lattention des. peuples* Mais ilâômble oussiique, dès ce débutde forte impulsion donnée aux hooiuïes, la monar^ cbie peut pressentie Futilité qu'elle y troavera pour elle* nxême. Philippe P' ne prit point de part an grand meuvemeut delà Croisade ; maisil letolssa s'élindre et s'agrandir. Herpin, comte de Bourges, lui vendit' son r-omté, pour avoiu de l'argent pour son voyage. C'était, un commence*ment des transactions qui do-vaient plus tard se renouveler, et qui, jointes aux habiletés do la polili(]ue, finiraient un jour par déraciner les existences de la fcod^lité.
Sans doute, cette vue de Tavenii échappait au siècle qui se jetait si brusquement dans ces aventures prodigieuses^ Toutefois, un vague:i pressentiments pénétrait dans quelqites esprits de choix.
Guibert de Nogent», écrivain original, et dont la pensée est aussi remarquable que le style^ fait de l'histoire des * Français quelque chose de providentiel,, qui se découvre ^ans la marche des événements. C'est lui qui a inscrit'^ur son livre des Croisades cet.admirable titre : Gestes de Dieu^ par^ les Français^ Et dès ses premiers rérits il explique en cesHermes cette philosophie hardie do l'histoire; c'e^t cenxme.un résumé: chrétien des- temps que nous avons* parcourus jusqu'à ce moment. '
^ « Nbus savons, dit-41, d'une maniée ecrlnîne que; depuis la moment où ils ont adepte) le signe de lai foi queleur apporta lë bienheureux Bemi ,. les) Français n'ont jamais été atteints un sonlimoment d'aucune de ces con* tairions perfides, par lasq^uelles. toutes los autres nations OHi vu la pureté' de leurcroyamee plus ou moins alltVnét. Remaarquons'.encore que IcKmêmcis'Françâis qui conquit* rent-par lès armcs-ies^ champs des Gaulois devenus chré^ tiijnHv tandis qu'enxrmèmcs étaient, encore soumis aux
HI8T0IBB BB VJItmCBu T^i
orreors^ du. paganisBiA , s-abelinrent ceDendeoi de persé»- Cttler ou de faire périr auc^o Gaulois. à raison d^safoi en Christ, etque leur libéralilé nalurella le? porta a< eomhler
d'or et d'argent, de pierres préeie^99S< et^ d*atBbre fia, çeu» que. les Romains, <id^sl^u'''^vér.ilé', avaient frappés j^. l&,{ar et par le fea. £t ee n?«st pasi seulement pour c^uxrqoi vivepi. an milieu: d'eue qu'ils 9Q monOr^nt sanS; cesse. empcesj9és à les combler d'honneurs ;,ceux qui leur airiventd'Ëspagpe, d'Italie o^^detout- antre pays, sont aussiiacxuieijlis par eux ç^vec les témoignages delà plus vive aiOfootion : lenr amour pour les marjLyns et le$ confesseurs de la foi «.auxquels ils demeurèrent: toviour>s fidèles fivea une ardeur extcéme, les a constamment illustrés , a maintenuQhezteux le flambeau de la foi sans aucune interruption ,. e^t les a oonduits enfin aux plus beaux triomphes par la conquête de Jérusalem. £t comme cette nation a porté le joug dàs son.adole$Genee,. elle demeurera toujpurs di»t^iguée , /et sesa.tonjoqrs , an^milieu de toutes les autres , une nation noble , sage , belliqueuse , megoifiquement et paKfiaitement poire. Ausffl les hommes, de quelqaepays que ce soit, i sont-ils honorés en recevant ouenempiruntant cpn)B9e siirnQm le-uo^nmême qui appartient en propre ai^fi hommes de cette xobc&. Quelasont en effet 1^ breton» AiiglaiSi. les. Italiens, que npus n* appelons sur-le-cbûmp des hommes frajics^: lorsque nous Iqs voycfns distingués par leur bonne .conduite ^ ?; » . <
^Et.il ajoute ces paroles potables sur Veffçt politique «des
Qoisades» : . ,
«^4T cette ^époque, et avant q^e les peuples se fussent mÎ9| en^ mpuvemçnt poor cette grande c^péd^tion ;. la T^yajonfte ^e Frappe lét^it bvré d§ toutes partâr aux troubleset «fux^pluscrtueilcs hostilités^ On n'entendait parler que de* b]?ig€mdages; connais en tons heux,, d'attaquée sur les grands chemins et d'incendies sans cesse répétés ; .partout o^ livrait des ^Gomb^tsv qui n'avaient d'autre* cause- qua l'fniportemeiit d'une: eopiditéjeilréQée; et, pour to«t:dire
* GaibcrtdcNofl»nt^.lli«(«iB|erOoûa4es.Xlv. H.
80 HISTOIBB DB FRAIICB.
en peu de mots, toutes choses qui s'offraient aux regards des hommes avides, étaient livrées au pillage, sans aucun égard pour ceux à qui elles pouvaient appartenir. Bientôt les esprits se trouvèrent complètement changés , d'une manière étonnante et même inconcevable , tant elle était inattendue; et tous se hâtaient pour supplier les évoques et les prêtres de les revêtir du signe de la croix , selon les ordres donnés par le pontife de Rome. Et comme le soufHe d'un vent impétueux ne peut être calmé que par une pluie douce, de même ces querelles et ces combats de tous les citoyens ne furent apaisés que par une inspiration intérieure, qui provenait sans doute du Christ^lui-même '. »
Il importe donc peu que Fensemble des populations eût pénétré la portée du vaste mouvement qui se faisait en France. Mais plus ce mouvement était prompt et aveugle, plus il ôtait d'énergie aux autres passions; et aussi la monarchie resta calme , et, à la suite de ce vaste ébranlement extérieur , on vit Philippe I" mourir dans la paix de ses plaisirs et de ses désordres [1108]. Ce n'était point un homme vulgaire ; mais ses voluptés lui rendirent inutile son intelligence. Ce fut un de ces rois qui laissaient aller le monde à sa destinée , rois sans volonté et sans vertu , inutiles , si ce n^est qu'ils sont rois , et que , par ce titre même, ils retiennent le pouvoir, sans lequel il n'y a de possible que les déchirements de la société.
Philippe I** mourut à Melun, à 57 ans. Son règne fut de 48 ans ; longue durée de mollesse , qui s'explique par l'ardeur précédente de la politique,. et qui en même temps n^était pas inutile à l'affermissement de la race nouvelle. Ainsi tout sert , dans les vues de la Providence , l'énergie et l'inertie même. Les Croisades vinrent, parce que la France n'avait plus d^aliment aux passions ; et elles vinrent, parce qu'il fallait que la monarchie eût le temps de se refaire. Je ne prétends pas cependant toucher au doigt la pensée et le mystère de la Providence. Mais Tordre extérieur des événements est manifeste ; un roi batailleur
* Gaibert de Nogent, — HisU des CroUadet. Liv. n.
KISTOIEB DE FUAIVGB, 81
eftt absorbé les croisades, et il n'eût pas absorbé la féodalité. Peut-être il eût péri, lui et sa race , à une réaction que le temps seul devait accomplir.