TON. I
cet ami fidèle de Childéric , mais sa version accuserait la grossière stupidité du peuple Franc.
Wuiomad , il l'appelle de ce nom, se serait d'abord empressé auprès d'CÉgidius , et, par des conseils perfides, il l'aurait poussé à frapp^er d'exactions d'abord, de meut* très ensuite , les sujets qui l'avaient fait roi. Les Francs auraient tout supporté en baissant la tète. Puis , ayant fait aller la tyrannie à son dernier terme, Wuiomad se serait tourné vers le peuple , et lui aurait rappelé la douce autorité de Childéric ; et le peuple ayant alors commencé à se remuer, il n'aurait plus été question que de donner ati roî exilé le signal de son retour.
Tels sont les récits de notre vieille histoire. On dirait que chaque peuple aime à lire des fables ou à trouver des chimères dans ses origines.
Ce qui est certain, c'est qu'OEgidius avait le premier commencé à populariser les habitudes romaines chez les barbares, comme aussi les noms francs parmi les Gaulois.
C'est pourquoi , dès ce moment, tout se mêle , et nulle nationalité ne reste distincte. OEgidius, tour à tour gaulois, franc ou romain , semblait animer cette confusion. Il y eut pourtant contre lui une réaction des Francs , et , pour la première fois alors, leurs races diverses parurent tendre à l'unité , en acceptant le pouvoir de ce même Childéric que les siens avaient un moment chassé. Ici l'histoire reparaît encore avec des anecdotes barbares et romanesques tout à la fois.
La femme de ce roi de Thuringe , à qui Childéric avait demandé l'hospitalité, quitta son mari pour aller auprès du Franc.
« J'ai reconnu ton mérite et ton grand courage , lui dit-elle ; je suis venue pour rester avec toi : sache que si j'avais connu , dans des régions au delà des mers , un homme qui valût plus que toi, j'aurais souhaité d'habiter avec lui. »
On dirait une parodie de la scène d'Alexandre et de la reine des Amazones. Childéric, enchanté, ajoute l'historien, épousa la reine Basine. Il en eut un fils qu'on appela
450 — 460 HiSTOiBE DB feauge. 83
du nom de CHovis* Ce fut un grand prince et un redoutable guerrier *. »
Peut-être cette aventure est-elle un indice de plus du mouvement qui concentrait la barbarie autour d'un même chef, et faisait effort pour repousser Faction romaine.
Childéric, devenu puissant par ce concours, s'avança dans les Gaules; il porta la guerre jusqu'à Orléans. OËgidius mourut vers le même temps, laissant à son fils Syagrius un rôle ambigu et une fortune douteuse. Son génie eût pu lui faire une destinée de gloire. Mais la Providence poussait le monde au delà des forces et de la volonté d'un honune.
Les Yisigoths et les Burgonde^ continuaient à tenir sous leurs mains la partie des Gaules qu'ils avaient arrachée à FËmpire. Les Armoricains étendaient leur indépendance , se heurtant tour à tour contre les Yisigoths et contre les Ronciains ; les Saxons étaient venus jusqu'à Angers, sous la conduite d'Adovacre. C'était dans toutes les Gaules un affreux déchirement d'autorité ; et il semble que l'histoire ait voulu peindre ce désordre par le désordre de ses récits. « Le comte Paul, dit Grégoire de Tours, avec les Romains et les Francs, fit la guerre aux Goths, sur lesquels il fît un grand butin. Adovacre étant venu à Angers, le roi Childéric arriva le jour suivant, ayant tué le comte Paul, il s'empara de la ville. » TeUe était l'anarchie des Gaules.
Dans cette confusion , l'intérêt de chaque peuple ou de chaque domination est mal démêlé. Grégoire de Tours continue ainsi :
«€ Sur ces entrefaites , la guerre s'alluma entre les Saxons et les Romains. Mais les Saxons, prenant la fuite, abandonnèrent un grand nombre des leurs au glaive des Romains qui les poursuivaient. Leurs îles furent prises et ravagées par les Francs , qui tuèrent une grande partie des habitants. »
Voilà donc que les Francs tantôt sont mêlés aux Ro-
^ Grég. de Tours, Uv. ik
— JT"
ifs cl
•-»— rmi>^ TLl
jurt^
■fus'-^ *-*!!.
— ^ - It u
460—470 HisTOiBE DB fbaucb. 85
£n même temps, Rome avait ses changements d*Empire. Ricimer assassinait son beau-père Anthénius, et le rem«* plaçait par Olybrius , nom resté frappé d*une flétrissure burlesque, la^ire de toutes. Ou bien Ricimer mourait à son tour, et T empereur de Constantinople envoyait Glycérius pour retenir ces débris ignominieux d'autorité.
A la faveur de ces scandales , les déchirements se renouvelaient dans les Gaules. Les Burgondes avaient leurs révolutions de pouvoir. Chez eux, quatre noms paraissent; ce sont les noms de quatre frères qui conspirent les uns contre les autres : Chilpéric et Godomer chassent Gondebaut et Godegesile ; ce fut un commencement d'accidents nouveaux.
Gondebaut alla supplier Glycérius , et revint avec ses secours disputer à ses frères leur usurpation. Il fît périr par le glaive son frère Chilpéric , fit noyer sa femme, et exila ses deux filles. La plus jeune se nommait Clotilde ; nous la retrouverons ; l'aînée , Chrona , cacha sa vie dans un monastère.
Son autre frère Godomer disparut : l'histoire ne dit pas quelle fut sa fin.
Euric poursuivait ses succès. Il avait porté ses ravages dans l'Arvernie , d'oîi étaient partis les premiers élans de faveur pour le renouvellement de l'Empire. Glycérius ne songeait guère qu'il y avait dans le monde une région où le nom romain était défendu, comme aux jours de la liberté. Chose étonnante! Sidoine Apollinaire , devenu évêque de Clermont, donnait à ce reste d'Empire, souillé par tant de hontes, l'appui de son ministère saint: nous trouverons tout à l'heure la cause de cet égarement accidentel de jiatriotisme.
Saint Mamert , évêque de Vienne , venait d'instituer les BogatUms, pour demander la cessation des fléaux du Ciel. L'évêque de Clermont les institua à son tour pour demander à Dieu la délivrance des Goths; et il écrivait à saint Mamert, en ces termes :
« Le bruit court que les Goths font un mouvement pour envahir le territoire romain; et c'est toujours notre pays,
86 BISTOIRB BB flIAlfeB.
à nous, malheureux Arvernes, qui est la porte par oli se font ces irruptions ! Ce qui nous inspire la confiance de braver un tel péril, ce ne sont pas nos rempart*«»calcinés, nos machines de guerre vermoulues , nos créneaux usés au frottement de nos poitrines ; c*est la sainte institution des Rogations, Voilà ce qui soutient les Arvernes contre les horreurs qui les environnent de toutes parts *. »
Un autre Ârveme, Ëcdicius, paraissait dans ces luttes avec une énergie égale et une égale vertu , mais en y joignant la force des armes ; c^est lui qui soutint toute la guerre. Elle fut atroce.
Bientôt Glycérius fut déposé. Nepos, qui le remplaçait, donna à Ëcdicius la dignité de patrice. C'est tout ce qu'il put faire pour TArvemie. Bientôt après , il la livrait aux Visigoths par un traité.
Nulle ignominie ne devait manquer à TEmpire. La der* nière arriva.
n restait en Italie des débris de toutes les irruptions qui l'avaient si souvent désolée. Oreste, un de ces débris» né fiujet romain, mais ayant vécu, depuis Attila, parmi les barbares, était le vrai maître. Il chassa Nepos, et fit empereur son propre fils Augustule , enfant imbécile , qui devait terminer l'histoire de l'Empire par la parodie du nom magnifique qui l'avait fondé. Dès ce moment, l'Italie fut en pièces. La Gaule fait un dernier effort pour la sauver. Euric meurt parmi les ruines qu'il a faites. Childéric, le roi franc, meurt à son tour. Clovis se montre, et la Gaule est rendue à sa destinée.
« EpiH. Vil. h (Traduit par M. Fauriel).